CHAPITRE XXI
SOMMAIRE
Siège et prise de Porentroy. — Le Maréchal de la Force se rapproche de la Lorraine. — Il apprend la mort de sa femme. — Fin touchante et chrétienne de la Maréchale de la Force. — Le Maréchal renvoie Feuquières avec ms troupes. — Il fait donner la montre à Tannée et la met en garnison. — - Succès de Gallas et retraite du Duc Bernard* — Le Duc de Lorraine, fortifié de Jean de Wertk* prend plusieurs places en Alsace. — Sévérité de la Force envers deux Mestres de camp qui s'étoient rendus à Jean de Werth. — Le Doc Bernard prie la Force de l'assister.-* Belle défense du régiment de Normandie dans Remiremont. — Le Maréchal rassemble son armée à Lunéville. — Il marche contre le Duc Ctfarles. — Escaf- «eucies auprès d'Épinal. — La Valette Ta rejoindre le Duc de Weimar. — Le Baron de Boisse, petit-fils de la Force, est tué traîtreusement tandis qu'il parlementait. — Le Marquis de Castelntut, son père, court lt venger, — Son infanterie défaite par Jean de Werth. — Le Maréchal, âgé de soixante-dix-sept ans, épuisé de fatigues, frappé de tant de pertes dans sa famille, sollicite son congé.
— Le Roi le refuse et envoie pour le soulager le Duc d'Asgouléme»
— Ce Général fait perdre à la Force une occasion d'attaquer le Duc de Lorraine. — Ils s'établissent autour de lui pour lui couper les vivres. — Progrès de Gallas. — La Valette et Bernard de Weimar lui font lever le siège de Mayence. — Ils reçoivent quoique échec dans leur retraite et perdent leur artillerie et bagage. — Bitge et prise de SainWMihtel fw le Comte de Boissons, ~ La Force et d'Angeuléme reçoivent l'arrière-ban de Normandie et de Champagne commandé par la Meilleraye. — Le Duc de Saint-Simon t'y trouve aussi. ~ La Valette et le Due Bernard se joignes* à la Force et à d'AngouléMe. — Le Duc Charles se réunit à Gallas.
— Tous deux se retranchent si bien que l'armée du Roi ne peut 11» «ffjNpe* — Us «fusent la bataille qu'on leur aOn. - Les
Généraux du Roi se retirent faute de vivres. — Gallas et le Duc Charles s'éloignent également. — Le Duc d'Angouléme rappelé.— Le Maréchal de la Forée commande seul l'armée. — Il poursuit le Duc de Lorraine, passe la Moselle et charge Gassion de ravitailler Chaté et Épinal. — Gassion bat Jean de Werth, prend Charmes et Neufchàteau. — La Force prend Vaudémont et délivre toute la Lorraine jusqu'à l'Alsace. —Il met ses troupes en quartiers d'hiver. Le Roi lui accorde enfin son congé et donne le commandement de l'armée au Marquis de la Force.
1635. Lorsque le Maréchal de la Force alla attaquer le château de Montjoye, il avoit envoyé monsieur de Feuquières aux environs de Porentruy, qui n'en étoit qu'à deux lieues, pour essayer de les étonner avec les troupes suédoises, en tout cas d'empêcher qu'ils ne munissent la place; il se campa auprès et logea trois ou quatre corps de garde aux environs, hors de la portée du mousquet. L'armée étant libre, le Maréchal alla attaquer Porentruy, car il apprend qu'il ne falloit point espérer de pouvoir approcher l'armée du Duc Charles, qui étoit déjà dans l'Alsace près de Brisach.
Dans ladite place de Porentruy avoit été laissé le colonel Lavergne, homme de réputation, avec son régiment qui étoit de plus de huit cents hommes; l'cta commence l'attaque par la ville, qui n'étoit pas bonne. Le château pouvoit se défendre plus de quinze jours; mais voyant la brèche faite à la
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ville, ils s'étonnent et entrent en capitulation; ledit tas. sieur Maréchal, à cause de la disette du pain qui faisoit pâtir l'armée, fut aise de gagner temps et leur accorde de sortir la vie et bagues sauves. Ce siège ne dura que quatre jours. Ayant pourvu à la place et ne jugeant rien d'important à quoi ii pût occuper l'armée de sa Majesté, il prend résolution de s'en retourner vers la Lorraine; aussi les Suédois pressoient fort leur retour vers le Duc Bernard. Etant là il reçoit. la triste nouvelle de la mort l de madame sa femme, qui étoit à Metz avec le reste.de sa famille. L'assiduité qu'il rendoit aux armées du Roi, sa Majesté ne pouvant être en repos s'il n'y étoit toujours, et de même le Marquis de. la. Force son fils, sur lesquels elle se reposoit grandement, les obligeoit, pour jouir quelquefois de la présence de leurs familles, de les faire suivre; elles étoient lors toutes à Metz et y étoient demeurées .tout le temps de leur voyage d'Allemagne, au retour duquel ils les allèrent voir. Bientôt après, la. bonne femme, qui étoit attaquée de beaucoup d'infirmités, étant dans l'âge de soixante-quatorze ans, tomba malade d'un grand rhume qui lui fit du tout perdre l'appétit et presque le dormir. Ce petit corps
1 Voir (correspondances, 13 et 14 juin, et 2 juillet 1635) plusieurs lettres du Roi et de M* de la Force relatives à U mort de la Maréchal*.
1*8 MÉMOOBS W DOC DE LA fO&CE.
alla diminuant jusqu'à sa fin, laquelle, par le i*p~ port de tous les assistants, fut la plus chrétienne et la plus heureuse qui se peut dire, sans qu'il parût qu'elle fût attaquée d'aucune douleur ni d'aucune agitation; seulement elle dit plusieurs fois qu'elle eût voulu voir son mari, et ainsi finit-elle doucement ses jours, ayant toujours les yeux vers le ciel, et toutes ses paroles si chrétiennes qu'elle laissa non-seulement à la famille, mais à toute cette ville, un merveilleux regret. Le pauvre mari, jugée sa douleur et quel regret il devoit avoir de cette séparation après avoir demeuré cinquante-huit ans ensemble, et en quoi il mettait toute sa consolation pour la fin de ses jours, espérant de les pouvoir terminer ensemble en repos et servant à Dieu; mais le Tout-Puissant en voulut disposer autrement!
Arrivant près de Lure, le sieur Bellefonds l que le Roi avoit pourvu d'une charge de Maréchal de eamp, le vint trouver là avec huit ou dix cornettes de cavalerie et cinq régiments d'infanterie* après avoir pris trois ou quatre petits châteaux sur la frontière de la Lorraine, dont les troupes du Duc Charles s'étaient emparés.
Le Maréchal de la Force, qui voit les grandes fa-
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