‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 3)Chapitre 41 sur 114 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

SOMMAIRE

Le Maréchal de la Force reçoit de grandes caresses du Roi et du Cardinal. — Il est le seul Général qui n'ait point essuyé de revers, — Le Roi lui fait don de cent mille livres et de cinquante mille au Marquis de la Force. — M. le Prince assiège Dôle. — 11 est contraint de lever le siège. — Une armée ennemie venue de Flandre, prend la Capelle et le Gatelet. — Le Marquis de la Force envoyé en Champagne. — Le Comte de Soissons ne peut résister aux forces des ennemis. — Les Maréchaux de Brézé et de Chaulnes vont le joindre.— Leurs efforts réunis n'empêchent pas l'ennemi dépasser la Somme. — Ils sont battus et se retirent vers Noyon. — Prise de Corbie. — Stupeur générale. — Le Comte de Soissons arrive à Compiègne. — On rompt tous les ponts sur l'Oise. — L'effroi gagne Paris. — Le Roi et Richelieu ont recours à M. de la Force. — Le Maréchal rassure les Parisiens, dont il est l'idole , et qui exigent que toutes les levées se fassent en son nom. — Il met sur pied un régiment pour donner l'exemple, — Il se montre tous les jours 4 l'Hôtel de Ville. — Il entre en campagne avec les premières levées, et va à Pont- Sain te-Maience. — Le Roi donne le commandement de l'armée à Monsieur, et le Maréchal de la Force pour conseil. — L'armée campe à Arson , au delà de l'Oise. — La Force fait une proposition hardie. — On préfère aller attaquer Roye. — Les ennemis repassent la Somme. — S. M. arrive à l'armée. — Expédition heureuse du Marquis de la Force. — Siège et reprise de Corbie. — Le Marquis de la Force envoyé contre Jean de Werth. — Brouillerie du Roi et du Comte de Soissons. — Monsieur part pour Blois, et le Comte de Soissons pour Sedan. — S. M. montre au Maréchal de la Force les lettres qu'elle reçoit de ces Princes. — Négociations pour leur accommodement. —Le Roi va à Orléans.— Monsieur vient l'y trouver. — Pénurie des finances. — Emprunt aux villes du Royaume. — Hardiesse du Parlement de Rouen. — • Le Roi piqué s'y achemine et reçoit en route m soumission, — S. M. crie

Duc le Maréchal de la Force, et fait ériger en Duché-Pairie la terre de son nom. — Le Maréchal Duc de la Force est conduit au Parlement par M. le Prince de Gondé. — Honorable réception qu'on lui fait. — Le commandement de l'armée est donné à d'autres. — Murmures des gens de guerre.

1636. Le Maréchal de la Force* après avoir mis ses troupes en quartiers d'hiver et laissé le commandement de l'armée au Marquis de la Force, prend son chemin pour aller trouver sa Majesté, auprès de laquelle arrivant, ce fut un accueil digne de sa bonté, ne se pouvant lasser de le caresser et lui témoigner le contentement qu'elle avoit de ses services. Il reçut aussi de grandes caresses de monsieur le Cardinal de Richelieu, qui gouvernoit tout* En effet, son retour fut si bien accueilli et avec un si grand applaudissement de tout le monde qu'il n'est pas croyable, jusqu'aux bourgeois de Paris. Il est certain que ce fut un temps bien favorable pour lui, car trois autres Généraux qui commandoientde puissantes armées, savoir : le Maréchal de Créqui celte d'Italie, monsieur le Cardinal de là Valette celle d'Allemagne, et messieurs les Maréchaux de Chàtillon et de Bréaé celle de Flandre , âvôient tous reçu du désavantage et avoient été malmenés. Cependant ledit Maréchal eut ce bonheur que, bien que véritablement le plus faible, il ne laissa pas de

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pousser toujours les ennemis et de prendre de grands avantages sur eux, encore qu'ils fussent toujours beaucoup plus forts que lui.

Il demeure quelque temps près de sa Majesté, et à Paris pour pourvoir à ses affaires , visite souvent monsieur le Cardinal, lequel lui dit que le Roi étoit tellement satisfait de ses services qu'il les vouloit reconnaître et aussi au Marquis de la Force, son fils; que cependant sa Majesté avoit ordonné qu'on lui baillât cent mille livres pour subvenir aux dépenses qu'il avoit faites , et cinquante mille livres au Marquis de la Force, qu'il auroit soin de lui faire bailler de si bonnes assignations que ce seroit comme argent comptant.

Le Marquis de la Force, qui étoit démérité eu Lorraine 1 pour commander l'armée, fut rappelé au bout de quelques mois, et ladite armée fut se-» parée, une partie pour joindre celle que comman-

* le Matéehal a omis ici de parlé* du combat de Râon, si glorieui pour le Marquis de la Force, et où, le 18 mars, il défit et prit le Général Comte de Collerodo avec le corps qu'il commandait. Malheureusement nous n'ayons pas retrouvé les lettres du Marquis de la Force au Maréchal sur cette affaire* ni celle* du Roi au Marquis ; mais on peut voir (correspondances,^ et ^mar$ et 2 avrtf 1638) deux lettres de Richelieu et une de des Noyers qui félicitent le père et le fils de cette victoire. Le Cardinal lait également mention dans sel mémoires de ee mémorable fait d'armes. {Collection Michaud #| Poujoulat, 2° série, tome îx, page 67.) .

doit monsieur le Comte de Soissons en Champagne, l'autre celle que commandoit le Cardinal de la Valette au pays Messin, et l'autre celle que commandoit monsieur le Prince, qui eut le sieur de la Meil-

3 j«ta. leraye, grand Maître de l'artillerie, pour Lieutenant Général. Ils allèrent dans la Franche-Comté et mirent le siège devant Dole, ce qui ne leur réussit pas bien, car après y avoir employé deux mois de temps, dépendu force munitions, perdu beaucoup d'hommes, monsieur le Prince fut contraint de lever le siège, dont aussi il eut ordre du Roi, à cause qu'en

3 juillet, ce même temps vint une grande armée de Flandre, commandée par le Prince Thomas ', qui attaqua la Capelle et prit cette place dans cinq ou six jours, de là le Catelet qui tint encore moins.

En ce temps-là, le Marquis de la Force, qui étoit auprès du Roi , eut commandement de sa Majesté d'aller en diligence pourvoir aux villes de Reims et de Laon, et lui fut baillé le régiment de Biron, de vingt compagnies, et les deux cornettes de cavalerie

1 Thomas François de Savoie Prince de Carignan , cinquième fils de Charles-Emmanuel Duc de Savoie ; il avait épousé Marie de Bourbon-Soissons et désirait se fixer en France; mais quelques dégoûts qu'il éprouva, comme son petit-fils le Prince Eugène, l'en dissuadèrent. Il alla donc offrir ses services à Philippe III , et nous fit bien du mal à la tête des armées espagnoles. Cependant il finit par se réconcilier avec Louis XIII, devint Grand-Maître de France et Génétajis sime des armées françaises en Italie*

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desSennectères, ce qui étoit tout ce dont l'on pouvoit disposer lors. Il trouva lesdites villes grandement effrayées et en très-mauvais état, soit pour les munitions de guerre, soit pour leur défense. Il ne perdit point de temps pour tout Tordre qui s'y pouvoit mettre, et dans peu de jours eut fort rassuré tous les habitants.

Le Comte de Soissons, qui étoit en Champagne, s'avance avec l'armée pour s'opposer à leurs progrès, mais son armée qui n'étoit que de huit ou dix mille hommes de pied et d'environ deux mille chevaux, ne peut arrêter les ennemis que l'on faisoit forts de trente à trente-cinq mille hommes, dont plus de la moitié étoit en cavalerie. Le Maréchal de Brézé eut ordre d'aller rallier les troupes qui étoient en Normandie et Picardie, nouvellement revenues de Flandre, et de joindre avec cela ledit Comte, ensemble le Maréchal de Chaulnes ; mais tout cela ensemble n'étoit capable de leur résister; ils tâchèrent de s'opposer au passage de la rivière de Somme, mais lesdits ennemis qui avoient grand nombre d'artillerie, se vinrent loger à Bray sur le bord de l'eau. Le Comte de Soissons y avoit placé l'armée et fait quelques retranchements au deçà de leau, mais leur artillerie les endommageoit grandement, ayant l'éminence de leur côté; d'ailleurs en même

temps qu'il» les amusoient là, ils allèrent poser de* ponts au«dessus, de sorte qu'ils avoient déjà gagaé

ter août. Je passage avant que les nôtres en eussent avis; ih ne laissèrent d'y accourir, niais en vain et si mal à propos qu'ils y furent encore battus, et contraints de se retirer vers Noyqn. h?& ennemis firent pem-r blant de les suivre et y envoyèrent une partie de leur cavaleriej cependant avec le reste de leur armée ils allèrent attaquer Corbie, qu'ils pressèrent siYivementqueleGouverneuretleshabitantss'éton~ nèrent; la garnison fit semblant de vouloir tenir bon,

15 août. ipaiB tout se laissa aller, de sorte qu'ils se rendirent si soudain que cela apporta un meryeilleux étonnement partout. Le Comte de Soi sson s se retira à Compiègne, logea l'armée au deçà de la rivière de l'Oise, vers laquelle les ennemis s'acheminoient. Soudajp toutes les villes où il y avojt pont, comme Beaumont, Creii et Pont-Sainte-Maxence, rompirent soudain leurs ponts. L'effroi se coule jusqu'à Paris ; cela obligea bien un chacun de se réveiller. Le Roi, qui étoit à Fontainebleau f s'en étoit venu à Paris; le Cardinal de Richelieu, qui gouvernoit tout, se rendit près de sa Majesté, Ils appelèrent le Maréchal de la Force, et n'y avoit nul qui ne se trouvât bien empêché, car c'étoit une puissante armée qui venait soudainement à eux* ayant déjà fait de grands

progrès, et en fort peu de temps, et y avoit port peu de moyens de s'y opposer, car les principales ar-r niées de sa Majesté en étoient éloignées; celle que commandoient le Cardinal de la Valette et le Duc de AVe^ar, étoit aux environ d'Haguenau et Strasbourg pour s'opposer à celle de Galas; celle de mou* sieur le Prince étoit engagée au siège de Dole eu la Franche-Comté, et celle du Comte de Soissons étoit foible, comme a été dit ci-dessus, et véritablement dans l'effroi,

La nécessité les obligea encore de se servir du-* dit Maréchal de la Force, Sa Majesté l'appelait incessamment au Conseil, et le Cardinal de Richelieu; il -étoit bien nécessaire d'en prendre de bons, car l'épouvante étoit si grande même dans Paris qu'il y avoit bien du mystère à les rassurer, et ledit Ma-» réchal avoit commandement d'aller souvent parmi eux. Tout le peuple avoit pris si grande créance eu lui, que sur la levée des gens de guerre que l'on résolut de faire dans la ville, et dont messieurs du Parlement et tous les Corps se disposèrent à fournir l'argent, et pour la levée et pour l'entretenement durant trois mpis, ils voulurent que ledit Maréchal de la Force en fût le Directeur et que les payements se fissent par ses ordonnances. Messieurs du Conseil, messieurs des finances et messieurs les

tm. Secrétaires d'Etat, tout le monde contribua sans exception; messieurs du Corps de ville nommèrent trois de leurs principaux bourgeois pour recevoir ladite levée de deniers, qui fut de deux cents et tant de mille écus pour être distribués ainsi que ledit Maréchal l'ordonneroit; il fit lever en son nom un régiment de vingt compagnies avec le drapeau blanc, ainsi que le Roi lui commanda, disant que cet exemple serviroit et donneroit courage à tout le reste; de sorte qu'il étoit tous les jours à la Maison de Ville avec le Prévôt des marchands et tous ces messieurs qui témoignoient avoir une grande confiance en lui, et il est certain que sa présence les rassuroit tous.

11 se fit en moins de douze ou quinze jours une levée de septou huit mille hommes de pied et de douze ou treize cents chevaux, et dès qu'il y en eut le quart de cela, ledit Maréchal eut commandement de se mettre à la campagne pour les rallier; au bout de quatre ou cinq jours, sa Majesté s'avança elle-même jusqu'à Senlis, et lui donna ordre d'aller jusqu'à Pon t-Sainte-Maxence, où étant, il fit soudain redresser les ponts et faire des retranchements au bout de la chaussée, avec un bon fort où il jeta un corps de garde d'infanterie et un corps de garde à cheval, faisant tous les jours battre l'estrade jusqu'à trois

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