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Comme la circonvallation fut presque achevée, mm. on apprend que la nécessité de ceux de dedans n'étoit pas telle qu'on dût espérer les faire rendre de longtemps; de sorte que la proposition étant mise en avant de les attaquer de vive force, aussitôt cela *° oclobro fat résolu, et les soldats y témoignèrent grande disposition, disant qu'il valoit mieux en sortir bientôt que de tant languir.
Sa Majesté, qui étoit en un assez mauvais quartier où il y avoit forcemalades, eut volonté de changer d'air et d'aller faire un tour jusqu'à Chantilly; elle commanda au Marquis de la Force de la suivre ; qu'elle vouloit qu'il demeurât prés d'elle-même pour rallier huit à neuf mille hommes qu'elle avoit fait venir de rafraîchissement, et pour se servir de lui selon les occasions, témoignant toujours prendre grande confiance de lui et en faire beaucoup d'état
Les attaques entre Corbie se font par les deux Maréchaux de la Force et de Châtillon du côté de deçà la rivière où avoit toujours commandé le Marquis de la Force ; le Roi l'ayant emmené, fit commandement au Maréchal de la Force, son père, d'en prendre particulièrement soin. Il fit dresser trois batteries; aux deux plus proches, il mit cinq canons à chacune, et deux à une plus éloignée.
Le Maréchal de Cbâtilioi* fit ouvrir les tranchées
mw. de son côté avec une fort grande diligence et fai-* soit état avec dix-huit canons de faire trois batteries, ce qui étoit de quoi fort les tourmenter par ces diverses attaques ; -sa première batterie étoit un peu éloignée, n'étant que pour favoriser ses approches; néanmoins cela ne laissa pas de leur nuire.
Celles du Maréchal de la Force étoient fort proches et furent plus tôt en état; de sorte qu'encore qu'il n'eût fait tirer qu'aux défenses, et ne vouloit tirer en brèche que les autres ne fussent plus avancées, il fut tout ébahi qu'étant à une des batteries, on lui vint dire que ceux de dedans avoient de- 10 notembri. mandé trêve; en effet, ils avoient fait sortir un tambour de l'autre côté pour demander à parlementer; on en avertit soudain le Comte de Soissons qui avoit le commandement en l'absence de » œtobrt. Monsieur, qui étoit parti trois ou quatre jours plus tôt que le Roi pour aller faire un tour en poste à Paris et à Blois.
Les assiégés offrent de bailler des otages, et que le lendemain ils enverroient des députés pour traiter. LeditComte accepte cela, leurdonne aussi des otages, envoie avis de tout au sieur Cardinal, et assemble le lendemain les Maréchaux de France et les Maréchaux de camp pour recevoir les députés et voir leurs demandes. Il n'y eut point de difficulté à la
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capitulation. On leur accorda volontiers les choses ***• raisonnables, à savoir leurs armç$ et bagues sauves, des charrettes pour leurs malades et bagages, et pour leur honneur, un couple de petites pièces; par cérémonie, trois jours de temps à sortir. Il leur falloit presque cela pour se préparer et accommoder leurs malades ou blessés.
Les trois jours expirés, le Comte de Soissons fait unoYtmbrc. mettre l'armée en bataille pour leur sortie, ordonne quatre compagnies de gendarmes pour leur escorte jusqu'à Arras, et met la place entre les mains des Gardes du Roi, jusqu'à ce que sa Majesté y eût autrement pourvu, laquelle reçut un grand contentement de cette bonne nouvelle. En effet,- ce fut un grand bonheur en la saison rigoureuse de l'hiver où Ton étoit. Ce coup releva fort les courages des peuples, augmenta de tant plus la réputation des armes de sa Majesté et remit en bonne assiette les affaires, car l'armée qui par la fatigue auroit pu fort se diminuer, par le repos et rafraîchissement se pouvoit renforcer et mettre en bon état d'agir lorsque la saison le requerroit.
Huit ou dix jours avant la reddition de la place, sa Majesté eut avis que les ennemis, pour faire diversion, s'étoient avancés avec leur cavalerie jusqu'à Cambray, et vouloient courre du côté du Re-
**•• thelois et de la "Champagne, mêmement Piccolomiuî et Jean de Wertl*. Elle envoya'en diligence le Marquis de la Force de ce côté-là, avec commandement de rassembler dix-huit ou vingt cornettes de cavalerie qui y avoient été envoyées pour se rafraîchir, afin de s'opposer à eux et garantir le pays.
Il n'eut pas resté huit jours dans le pays, qu'il a avis que les ennemis s'approchoient. Soudain il mande toute la cavalerie et met ensemble environ deux mille chevaux, envoie le colonel Gassion avec cinq cents chevaux pour prendre langue d'eux, lequel part avec cela et jette une partie de quinte ou vingt devant lui, qui lui rapportent que Jean de Werth êtôit logé à un village à quatre lieues delà, qui était fort facile à enlever; s'il eût promptement donné cet avis au Marquis de la Force, il pouvoit faire ce bon coup; mais pour en être mieux assuré, Gassion y voulut aller lui-même, et ce retard leur donna le loisir de déloger. Celte belle occasion ftit perdue; lesdits ennemis s'en allèrent au village de Givet, sur la rivière de Meuse, où 9s firent dresser un pont. Cela obligea ledit Marquis de se tenir toujours en gros, attendant ce qu'ils deviendroient, et Se fit quelques parties qui lui réussirent heureuse* ment; il leur défit deux cents chevaux pour un coup» Enfin lesdits ennemis passèrent la Moselle et
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s'en allèrent prendre leur quartier d'hiver, de qui **». obligea aussi le Marquis de la Force de renvoyer se* troupe» en leurs garnisons, et lui de revenir trouver sa Majesté suivant le commandement qu'il en reçut*
Le Comte de Boissons ayant pourvu à la ville de Corbie, eut commandement du Roi de le venir trouve^ sa Majesté étoit partie de Chantilly et étoit allée eouehera Ecouen où ledit Comte arriva le len- « novembw. demain au matin à sen lever. Le Maréchal de h Eôroe, qui tenoit la même route, y arriva aussi une berne après» Sa Majesté ayant ouï sa messe partit pour s'en aller à Versailles et dit au Comte de Soissons : J'ai mmyé Lambert *, Maréchal dé cmp, m Chmpagney pour meure U$ troupes de mm armée aux garnisons que foi ordonnées m Mre GùUvefwmeM.
Ledit Comte pressa pour y aller lui-même, mais ta Majesté lui dit : Cela n'est pas digne et voue : ce qui lui déplut 2 , ainsi qu'il k (fit aprèsau Maréchal
1 Jean de Lambert sieur de Saint-Bris. BaSsompierre raconte qu'en «aUvamuiwba*rk*deU reçtstuoam^<guetad6xliargé«.d6 dtagé* qui lui fit plus de soixante troua dont néanmoins aucun ne fut dangereux. Son fils épousa Anne-Thérèse le Marguenat de Courcelles, «JOBBUe *otu 16 ft*m ta U Marçut* de Ufiitat, et aoteurdea Avis d'une mère à sa fille.
* Le Comte de èoïssons craignait que le complot qu'il avait formé âvée lfaUfÊ** pour M défaire do Cardinal ptfBdttllé ifég* de Corbie, n'eut été découvert, et il voulait, en se retirant dans son Gouvernement de Champagne, se soustraire Aux vengeances de flicheliëu.
tS8 MÉMOIRES DU DUC DE LA FORGE.
de la Force, car il avoit dessein d'y aller et de les placer lui-même, et il ajouta comme il se départait : On môte le commandement de l'armée; à quoi ledit Maréchal répondit : Vous voyez, monsieur, que Von la met toute en garnison; je vous irai trouver tantôt à votre logis à Paris. Car ils se séparèrent incontinent.
Comme ledit Maréchal fut arrivé à Paris, il envoie chez ledit Comte savoir s'il étoit en commodité de le voir; mais on lui rapporte qiraprès avoir dîné chez madame la Comtesse sa mère, il s'en étoit allé baigner et dormir chez Précontal. Le lendemain ayant le même dessein de l'aller voir, on lui mande qu'il étoit parti bon matin pour aller à Versailles trouver le. Roi; et croyant voir Monsieur qui étoit revenu de Blois le jour auparavant, le Maréchal s'en alla à l'hôtel de Guise où il logeoit. On lui dit qu'il n'y avoit pas couché et ne reviendrait que le soir; sur le midi, la nouvelle fut répandue partout qu'ils s'en étoient allés tous deux dès aonwmbp.le soir auparavant, et qu'on leur avoit donné l'alarme qu'on les vouloit saisir.
Ce nouveau changement donna beaucoup d'appréhension aux gens de bien que cela n'augmentât encore les maux de l'Etat. Les avis en furent donnés aussitôt à sa Majesté. Le Maréchal de la Force
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ne put l'aller voir que le lendemain, et encore qu'il i«». fût parti bon matin, la trouva déjà en chemin pour s'en venir au Louvre; le Roi l'entretint fort sur cette alarme qu'avoient prise Monsieur et monsieur le Comte de Soissons, et s'il jugeoit que ce dessein vint de plus loin, d'autant qu'il avoit toujours été auprès d'eux à l'armée; mais le Maréchal assura à sa Majesté qu'il n'en avoit jamais rien aperçu et qu'ils n'avoient jamais fait paroître aucun mécontentement, hormis ledit Comte, de ce qu'il ne lui avoit pas été permis de s'en aller en son Gouvernement de Champagne.
Le sieur de la Coste étoit venu trouver le Maréchal de la Force, étant en peine de ce que par mal* heur il avoit été tout le jour et tout le soir auprès de Monsieur, qui s'étoit servi de son carrosse jusqu'à ce qu'on lui eût amené des coureurs et porté de l'argent pour partir; craignant qu'on lui imputât quelque chose de ce départ, étant du tout innocent de cette affaire, il demandoit avis audit Maréchal de ce qu'il devoit faire; monsieur de la Force lui conseilla de s'en venir le matin avec lui trouver le Roi, ce qu'il fit en effet. Sa Majesté fut aise de s'enquérir avec lui de toutes les particularités de ce qui s'étoit passé, et sa Majesté avoit cru qu'ils étaient allés ensemble, Monsieur et monsieur le
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km. Comte, jusqu'à ce qu'elle fut assurée par eux que Monsieur avoit pris le chemin de Blois et avoit renvoyé ses coureurs d'Etampes, où il avoit pris la poste; le Comte de Soissons étoit allé vers Sedan,
Sur le soir, sa Majesté eut un de ses courriers revenu de Blois, qui lui assura que Monsieur y étoit et qu'il partait un gentilhomme de sa part, envoyé vers sa Majesté, ce qui lui donna beaucoup de contentement. En effet, il arriva le matin à son lever, et sa Majesté appela le Maréchal de la Force pour lui faire part de cette bonne nouvelle et de la lettre qu'il lui écrivoit, fort judicieusement faite et fort respectueuse, lui protestant de son obéissance et qu'il ne feroit jamais rien contre son service. Il en arriva aussi quelque temps après du Comte de Soissons, cela donna grande satisfaction au Roi; néanmoins il y avoit toujours de quoi appréhender que ces méfiances continuant, cela ne pût produire avec le temps du désavantage à l'Etat, en la conjoncture où se trouvoient les affaires générales, et la grande aigreur qui étoit entre les Couronnes, y ayant de grandes et puissantes armées de tous les côtés sur les frontières d'une et d'autre part.
Il se fait force voyages de personnes envoyées de la part du Roi vers Monsieur et de mondit sieur vers sa Majesté, et de même dudit Comte de Sois-
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sons. Ces négociations s'acheminent bien; plusieurs 'M'en espèrent bon succès, d'autres non. Après plu-r sieurs articles accordés, il s'en propose de nou- 1631. veaux. Gela déplaît à sa Majesté, qui reconnoit l'importance de cette affaire et ne veut laisser traîner cela davantage; le Roi se résout en continuant le traité, de marcher lui-même et de s'acheminer à Orléans. Cependant on a voit tellement pourvu à tous les^ passages, qu'il étoit malaisé que Monsieur eût pu faire aucun dessein; il fit paroître qu'il ne s etoit retiré que sur l'appréhension qu'on lui avoit donnée qu'on se vouloit saisir de sa personne.
Sa Majesté part de Paris avec ses Gardes seulement et la cavalerie qui a accoutumé de le suivre, et dit au Maréchal de la Force : Je veux que vous vous reposiez, et si j'ai besoin de vous , je vous manderai. Le Roi commanda au Marquis de la Force de le suivre Ê , puis se rendit à Fontainebleau et de là à 4 février. Orléans. Comme les choses qui regardoient le contentement de Monsieur furent accordées, il fut question de se voir, le Roi jugeant qu'il importoit à la réputation de ses affaires que cela fût, car de s'être approché si près et que cela ne fût point, Ton en feroit mauvais jugement et ses ennemis en pren-
1 Voir [correspondances, 2 et 9 février 1637) deux lettre» du Marquis de la Force écrites d'Orléans à sa femme.
îeiT. droient de l'avantage. Monsieur, qui ne pouvoit se développer de la méfiance, y faisoit de la difficulté et vouloit faire remettre cela à un autre temps. Sa Majesté s'y affermit, enfin il ploya, et pour satis— e «Trier, faire à ce que sa Majesté désiroit, la vint trouver à Orléans; ce ne fut qu'embrassades, et d'abord vivant ensemble avec la même franchise qu'aupai4«vrier. ravant. Le Roi s'en revint à Paris, Monsieur s'en retourna à Blois, et sept ou huit jours après s'en revint trouver sa Majesté à Paris- La saison étoit propre pour les réjouissances; ce ce ne fut pour quelques jours que comédies * et ballets.
La nécessité et grande importance des affaires obligeoit sa Majesté à faire un grand fonds de deniers; l'on avoit demandé à toutes les villes un emprunt qui alloit fort haut et qui faisoit crier beaucoup de gens. La ville de Rouen, soit que le murmure du peuple y portât le Parlement, ou que de soi-même il y fût convié, donnèrent un arrêt sur ce sujet, fort hardi, et qui déplut au Roi. Ce qui s «in. décida sa Majesté à s'y acheminer pour ne laisser
1 Le Cardinal de Richelieu fit représenter dans son hôtel une comédie qui coûta plus de cent mille écus, voulant politiquement masquer par des réjouissances la pénurie de l'État et la situation critique où se trouvait le Royaume.