LIVRE ni, CHAPITRE XXIL
prendre pied à telles désobéissances; étant en che- 1**7. min, le Parlement députe vers sa Majesté, qu'ils étoient prêts à satisfaire à sa volonté, de sorte qu'ils lui donnèrent tout contentement ; aussi s'en retourna-t-elle à Saint-Germain.
Peu de jours après, sa Majesté, qui avoit toujours dit au Maréchal de la Force qu'elle vouloit reconnoître ses services., lui fit dire par monseigneur le Cardinal qu'elle vouloit lui donner la qualité de Duc et faire ériger sa terre de la Force en Duché- Pairie pour lui et les siens, et commanda que les lettres lui en fussent envoyées. Cette gratification de sa Majesté fut tellement dans l'approbation d'un chacun 1 , que toutes les formalités en tel cas re- *««iet quises y furent promptement observées, et avec tant de bonne disposition, que tous messieurs du Parlement disoient librement qu'ils n'avoient vu aucune réception d'Officier de la* Couronne faite si honorablement) ni avec un plus grand applaudissement; en effet, il étoit en très-grande estime de toutle monde. Il fut conduit au Parlement par monseigneur le Prince et plusieurs Ducs et principaux Seigneurs de la Cour, qui l'accompagnoient. Les lettres patentes furent lues, et il prêta le serment
*Voir (correspondances, 12 août 1637) une lettre remarquable écrite de Genève par le Duc de Rohan au Maréchal de la Force. III. 13
3 août.
19fc MÉMOIRES DU DUC DE LA FORCE.
i«7. publiquement ; après, son avocat l s'étendit fort sur l'antiquité de sa Maison, sur sa grande extraction et les grands services que lui et les siens a voient rendus à la Couronne, et ceux que ses enfants y r*ndoient tous les jours, L'Avocat général 3 voulut parler aussi, qui fit merveille; l'on en pourra voir lesdites harangues 3 .
Toute cette action fut fort glorieuse pour lui et pour toute son honorable famille, ayant en cette célèbre Compagnie, fort exalté leur valeur et les témoignages qu'ils avoient tous rendus de leur générosité en plusieurs occasions.
Cette année-là, le commandement des armées fut donné à d'autres, soit que sa Majesté le voulût soulager en son âge, ou pour le retenir prés d'elle, lui ayant dit qu'elle vouloit elle-même se mettre en campagne et désiroit qu'il fût près d'eHe pour commander sadite armée, et le Marquis, son fils, avec lui. Un chacun sait ce que les gens de guerre en disoient, ne se pouvant taire qu'ils le trouvoient bien à dire.
* Le sieur Joubert. Voir l'Introduction au 1 er volume*
2 Jérôme Bignon, l'un des plus beaux génies de son siècle, et de
tous les écrivains le plus précoce, car il avait publié à l'âge de dix
ans son premier ouvrage.
8 Ces discours sont conservés avec les détails de la réception du
Maréchal de la Force aux archives de la Maison de Coudé. (Recueil
de pièces, n° 832.)
IIVRB IH, CHAPITRE XCT. 195
Pendant ce temps-là, l'amour ardent qu'il avoit mi. pour ses'enfants, et de maintenir la paix entre eux après sa fin, comme il avoit fait de son vivant, le fait résoudre à éclaircir toutes les affaires de sa Maison, soit pour les droits d'un chacun, soit pour le payement des dettes qui étoit grand, tant à cause de tous les désavantages qu'il avoit soufferts durant les ^guerres de la Religion, que des grands frais qu'il a faits depuis en servant le Roi dans le commandement de ses armées.
Us emploient des gens de conseil, et ensemblement disposent si bien toutes choses, qu'avec le gré et contentement d'un chacun, toutes leurs affaires s'éclaircissent; ils passent plusieurs contrats pour bien assurer le tout et empêcher qu'à l'avenir il ne puisse arriver entre les frères aucune contestation, prennent aussi les expédients les plus commodes pour acquitter les principales dettes. Le tout réussit fort heureusement, ce qui fit d'autant plus estimer la prévoyance et prudence du père et le bon naturel des enfants et leur mérite.