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placé toute leur infanterie et cavalerie, et leur ar- *««• tilterie, où il n'y avoit moyen de les attaquer Qu'avec grand désavantage; de sorte qu'en cette action, il n'y eut qu'un officier des Cravates tué et un autre de pris. Les Généraux connurent bien que les ennemis n 'avoient dessein que de les atauser et faire perdre leur journée; ilsse résolurent de continuer leur marche; dés qu'ils ftjrent un peu éloignés, ils revinrent encore sur la même éminence d'où ils les avoient fait déloger , inais n'osèrent marcher plus avant; ainsi les nôtres continuent leur voyage et vont ce jour-là loger à Renty, et le lendemain à Marquion, et de là à Crèvecœur et Vâucelles, entre Cambray et le Gatelet, par commandement du Roi. Les ennemis, qui les côtoyoient toujours, s'étoient rendus à Cambray, et ne manquent point dès le lendemain de paroître avec leur cavalerie au-devant de Cambray, à une demi-lieue de Crèvecœur. Soudain leur garde à cheval donne avis aux Généraux qui étoient logés à l'abbaye de Vaucelles; ils font seulement avancer quatre ou cinq escadrons au delà de Crèvecœur pour les reconnoître, et font préparer l'infanterie qu'ils avoient campée audit 9 Crèvecœur. Les Cravates ne manquèrent pas de venir encore escarmouche^ niais il n'y eut autre chose; ils jugèrent que les ennemis
mh. n'étoient venus là que pour reconnoître leurs logements.
Il n'y a de Crèvecœur à Cambray qu'une petite lieue; les ennemis se campent au delà delà ville et y font des retranchements. Leurs corps de garde à cheval étoient toujours placés sur une éminence qui leurétoit fort favorable, car Ton ne pouvoit voir au-derrière d'eux; de même au-dessus de Crèvecœur étoient les corps de garde des Généraux, et assez proches les uns des autres , si bien que tous les jours il se faisoit force escarmouches; les Généraux de part et d'autre s'y trouvoient souvent, mais il n'y avoit moyen de rien entreprendre, car chacun se tenoit dans son avantage; car bien qu'il ne parût d'un côté et d'autre que cinq ou six escadrons, ni les uns ni les autres ne pouvoient juger ce qui étoit au derrière; de leur côté il y avoit quelques ravins où l'on jetoit de l'infanterie, et le lieu de Crèvecœur au-dessus qu'ils firent bien retrancher , et y avoit de jour et de nuit deux mille mousquetaires et six cents chevaux. Us demeurèrent à ce même temps, durant tout le siège du Catelet, et les ennemis aussi en leur campement de Cambray; l'on croyoitbien qu'ils se mettroient en devoir de secourir ledit Catelet, ou de faire quelque offert d'un côté ou d'autre; mais ils n'entreprirent
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rien du tout que plusieurs parties qu'ils faisoient mn. sur nos fourrageurs, et en attrapèrent souvent de ceux qui y alloient indiscrètement; mais l'ordre avait été mis pour les escorter, et nul ne savoit ni lt jour, ni le côté où ils dévoient aller, que le Ma* réchal de camp qui en a voit la charge, et chaque fois ils xnenoient pour le moins mille ou douze cents chevaux et autant de mousquetaires; aussi n'y arriva-'t^U jamais aucun inconvénient. La fatigue étoit grande pour la cavalerie, tant pour les gardes de jour et de nuit qui étoient fortes, que pour les coq vois de pain 1 qui venoient de Saint-Quentin, et l'escorte des fourrageurs qui se faisoit trois fois la semaine , encore n'y pouvoit-il fournir, car tout étoit mangé; il le falloit aller chercher à* trois ou quatre grandes lieues. L'on demeura là plus de trois semaines , car après la prise du Catelet , qui fut emporté d'assaut, il fallut donner cinq ou sis 14w P t « llbr * joujrspour réparer les brèches que les mines avoient faites; il y avoit dans la place sept ou huit cents hommes deguerr^j le Gouverneur* fut pris, tous les officiers et soldats pris ou tués.
* Voir {correspondances, 10 septembre 1638) une lettre du Maréchal à M. des Nçyers, dans laquelle il se plaint de toutes les irrégularités que les munitionnaires apportent dans les fournitures du pain.
* Don Gabriel de las T wrea ; Çeda, du langwdo* tolonUire dau
220 MÉMOIRES DU DOC DE LA FOftCE.
i««. Huit ou dix jours avant la prise , étant à Vaucelles, le Roi qui s'en étoit retourné d'Abbeville à Paris, manda au Maréchal de Châtillon de l'aller trouver; monsieur le Cardinal, qui étoit vertu à Saint-Quentin, lui dit en passant : Je suis d'avis que vous alliez droit chez vous sans voir sa Majesté f car elle n'est pas contente de vous; il font prendre du loisir, pour accommoder vos affaires. Peu après , il reçut en chemin une lettre de sa Majesté, qui lui commandoit de se retirer chez lui , ce qu'il fit. Il passa à Paris, mais sans s'y arrêter. L'on jugeoit que cela provenoit du mauvais succès du siège de Saint-Omer, et de quelques mauvais offices qu'on lui avoit rendus.
Sa Majesté écrivit au Maréchal de la Force qu'elle vouloit qu'il eût le commandement seul en son armée et qu'il avisât le moyen de la faire vivre dans le pays ennemi, tout le reste de la campagne; car de pouvoir entreprendre autre chose, il n'y avoit pas moyen, d'autant que la saison étoit fort avancée et qu'il y avoit de grandes maladies dans l'armée; d'ailleurs il est certain que le Prince Thomas et Comte Piccolomini étoient toujours à trois
l'armée, lui donna un coup de pertuisane à l'épaule et le fit priionnler. ÇUmur* François, tome XXII, page 207.)
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ou quatre lieues de lui avec leurs armées, le cô- i«s. toyant toujours. Néanmoins il s'avance vers la rivière de Selle, qui va de Gateau-Cambresis à Vaïenciennes, mais à de méchants villages où il falloit camper, et la saison ne le permettoit plus, les froids . et la pluie augmentoient les malades; de plus la stérilité du fourrage telle que toute la cavalerie périssoit; il n'y put arrêter que trois ou quatre . jours, et fut contraint de se rapprocher de la frontière, à un village nommé Hannape, à cause aussi qu'il avoit grand'peine à retirer le pain de muni- : tien qui leur venoit de loin.
Le Maréchal séjourna à Hannape quinze jours avec toujours force incommodités de fourrages, et étoit contraint de l'envoyer chercher bien avant dans la France, car du côté des ennemis il n'y en avoit plus du tout.
Étant là, le Maréchal de Ghaulnes et le grand- Maître l de l'artillerie le vinrent trouver de la part du Roi avec plusieurs instructions, et pour conférer avec lui sur le tout, et pour la disposition de l'armée et des quartiers d'hiver où on les pourroit mettre, et qu'on pût la tenir encore ensemble le plus longtemps qu'il se pourroit, pour fatiguer les ennemis et soulager d'autant les sujets du Roi,
* La MeilUraye, cousin germain de Richelieu.
Octobre.
Octobre.
323 MÉMOMS DU MJC DE IA FOBGB.
tm. Ce qu'il fit tout autant qu'il y put maintenir l'armée et que sa santé lui put permettre; il fut toujours mal disposé tant qu'il fut en ce lieu d'Han» napfc; il s'en vint à Guise 1 et plaça l'armée aux environs; étant là, il reçut une dépèche du Roi qui lui mande qu'il avoit ordonné au sieur du Hallier, qui commandoit l'armée du Maréchal de Brézé , qu'ayant achevé les réparations nécessaires au Catelet, il le vînt joindre» Ledit sieur du Hallier lui mande qu'il le verroit le lendemain, fet avoit donné rendez-vous à toutes ses troupes à une demi-lieue de Guise; ils résolurent qu'en at* tendant le commandement de sa Majesté, il iroit joindre son quartier à Vervins, et toutes les troupes de ladite armée aux environs ; durant ce jour$ il fit faire plusieurs convois de bleds et de munitions de guerre au Cateau-Cambresis et à Landrécy ♦ Les ennemis s'étoient placés : le Prince Thomas au Quesnoy, et le Comte Piccolomini à Avesnes ; ils firent souvent des parties sur les troupes du Roi, mais en vain, Le séjour de Guise fut bien encore d'environ trois semaines et étant déjà dans le mois de novembre.
1 Le Roi blâma le Maréchal d'avoir quitté Hannape. Voir [corretpondancet, 18 octobre 1638) la lettre dans laquelle M. de la Force se justifie.