‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 3)Chapitre 61 sur 114 · CAUMONT · texte numérisé non relu

CAUMONT

Par mondit Seigneur

PEGUSLAS.

Daagweux projet d'un habitant de MonflanquiB. — Nécessité d'assister leaPro* testants qui se soulèvent vers la Garonne.

Je crois véritablement que le laquais de Belsunce a été tué 10 fevriec puisqu'il n'est point arrivé à Sainte-Foi, ou orf Ta pris prisonnier. Je vous mandois comme j'avois appris, mais de lieu assuré, qu'un habitant de Monflanquin avoit cherché dans Bergerac, par toutes les boutiques d'apothicaire, de r arsenic et du sublimé, et même dans celle de Couvert, a6n que vous en donniez avis à mon frère de Castelnaut. Je mandois aussi qu'il falloit aller vers la Garonne afin d'appuyer ceux qui commençoient à se redresser, et qui, si on les abattoit derechef, ils ne s'en relèveraient jamais; et que j'attendois ici pour voir si je pourrois prendre le temps pour l'affaire que savez; avec l'aide de Dieu, vous en oyerez parler demain. Je le supplie qu'il nous conduise et assiste par son Saint-Esprit, et veuille bénir nos bons desseins, les faisant réussir à sa gloire et au bien de son Eglise. A. de Cauxont. à Monpont, ce jeudi 10* février.

LE MARQUIS DE LA FORCE A M. DE MOlfTFOTJlLLAlf.

Lettre de M. de la Force pour secourir M. de Castelnaut. — Entreprise sur Bergerac. '

it «rrier. Mon très-cher frère, j'ai reçu lettres de Monsieur, que je vous envoie; vous verrez comme il désire que nous nous tenions en état pour pouvoir partir pour aller assister mon frère de Castelnaut, lequel lui mande qu'on le va attaquer, et qu'il croit nous être plus avantageux de passer par dessus Bergerac; tellement que je crois qu'il vous faudra vous en revenir.

LE MARQUIS DE LA FORCE A *A MARQUttE DE LA FORCE. Itl J'espère aussi essayer demain l'affaire que savez 2 Je prie TE- lui. ternel qu'il bénisse nos desseins, et nous assiste et conduise ittttrift. par son Saint-Esprit. Hâtez encore mon cousin de Saiht- Miohel, et donnez ordre aux affaires qui sotat là pour cet forts. Je prie Dieu, etc. A. de Caumont. A Monpont, ce Jeudi 17 e février à midi.

If< DE HOKTPOtîILLAfl AU ftAËQUIl DE LA tOftGi.

Détresse de ses troupes. — Achat d'armêà.

Monsieur mon très-cher frère, c'est chose étrahge de voir ce quartier; il n'y a pas six hommes pour pouvoir monter A cheval ; véritablement M. de Saint-Maurice s'y devroit trou* ver. Monsieur me mande de faire monter à cheval quelqu'un pour apprendre des nouvelles, je ne sais presque personne à qui je me puisse adresser; j'ai prêté mon cheval au capitaine Baudry afin d'y aller; M. de Lorxe y va. Pour la Roquette, je ne sais où il est, et crois qu'il ne vaut guère grand'chose et force autres de cette cabale ; et faudroit témoigner à ces gens* là le peu de cas qu'on fait d'eux. Je vous supplie de faire en sorte que j'aie ces cent piques; Yidal me dit qu'elles étoieni belles, et que si Monsieur en disoit un mot aux Consuls qu'il! les donneroient au prix qu'il leur coûtoit, et que ce pourroit être demi-écuj j'en ai grand besoin; ma sœur donnera de quoi. Je prie le bon Dieu nous vouloir tenir en sa sainte garde et vouloir permettre que tous les traîtres soient découverts. Vous me pourrez mander par M. de la Philoliece qu'il nous faudra faire pour demain ; on ne trouve rien plus ici, tellement qu'il faut permettre aux soldats d'aller loin, et cela pourroit être dangereux; tous ces messieurs crient à la faim. J. de CaumonI . De Saint-Maurice* ce 18* février.

18 tinter.

lE ftAfeQtilS DE LA POltCt! A LA MARQtllSÊ Î>Ê LA FÔfltife.

Entreprise manquée sur Aiguillon. — Attaque nooturd*. — Arrestation 4'il espion à la Rochelle.

J'ai reçu les lettres que m'avez envoyées de la Rochelle* mais vous les deviez avoir déchiffrées, car vous avez le chiffre, ou il est dans le cabinet; Avant-hier on âtoit eu qlid-

89 BMW.

2&& CORHÏSPONDAIfCKS.

que dessein sur Aiguillon, mais il n'y eut moyen de rien faire ; on le vouloit prendre par escalade, à quoi il n'y a point d'apparence. La nuit passée, nous ayons monté à cheval avec quelque infanterie et avons fait attaquer quelques barricades des ennemis, et ceux de dedans aussi ont fait une sortie ; je ne sais ce qu'ils auront fait, mais nous n'avons pas fait grand'chose, et ne sais ce qu'on a tué des ennemis ; des nôtres, il en est mort sept ou huit et autant de blessés. La Commère, béarnois, est un des premiers qui donna et est blessé un peu à une cuisse. Les ennemis laissent fort en patience ceux de dedans, et ne tirent point le canon ; il y a huit jours qu'ils n'ont pas tiré vingt coups. J'ai bien reçu une lettre de vous par le laquais de la Guionie, mais non par celui de M. dé Saint-Maurice, lequel je n'ai point vu. Je suis bien aise qu'on aie arrêté à la Rochelle ce Rivière qui est de. Duras ; vous savez que delà on me donna avis qu'il trahissent, et que lorsqu'il me porta une lettre de M. de Soubise, on me manda qu'il l'avoit fait voir à Bordeaux, et de fait, elle étoit ouverte, et qu'il avoit vu le Roi, et que même on lui avoit donné force pistoles, et étoit tout couvert de clinquant ; il n'y a point de doute qu'il a eu intelligence avec les gens que mande M. de Lescun, et ce fut eux qui l'adressèrent pour l'envoyer à Montauban. Ces gens-là font tout ce qu'ils peuvent contre nous en faveur de votre grand ami, et cette chattemite de femme de l'un d'eux qui vous fait bonne mine, et cependant vous voyez ce que M. de Lescun m'en mande. Je vous renvoie ce billet tronqué dont une partie est de M. Levines et l'autre de M. de Lescun ; vous verrez si avec le chiffre vous en pourrez tirer quelque chose, et leur répondrez avec le chiffre ce que jugerez à propos. Monsieur a tant d'affaires qu'il n'a pu faire la réponse aux lettres de la Rochelle ni de hier, ni d'aujourd'hui. » mm, J'avois écrit dès hier tout ce que dessus, j'espérois que nous ferions quelque chose à nuit, mais il n'y a pas moyen. Je vous enverrai Monravel dès que Pelautier* aura écrit à la vieille; je ne sais si ce pourra être demain ou dès qu'il s'y sera passé quelque chose. Je vous donne le bonsoir et prie

1 Ce nom semble désigne rM.de la Force. > . . j

l'Éternel vous tenir en sa sainte et digne garde. A. db <*»• Càumont. A Clairac, ce mardi soir 29« mars. »«am

P. S. Je fermerai cette lettre de ma bague. M. de Parsac commence à se porter mieux et est prêt à sortir dehors. Louis est gaillard et est dans Tonneins.

Secours envoyé & Tonneins par eau. — Maladie de M. de Thémines. — Bléssures des Comtes de Lauzun et de Gurson. — Détresse de l'armée royale.

J'ai reçu à ce soir deux ou trois dépêches de vous tout à 2iTrU la fois, je crois que la dernière écrite est par M. de Bergues ; je n'ai pas eu loisir de les lire toutes, car nous montions à cheval pour escorter un convoi que nous envoyons à Tonneins, bien qu'il fût par eau, lequel, encore qu'il fût nuit, nous avons bien jugé être arrivé assurément. C'étoit dans un des grands et bons bateaux qui soient sur Garonne, et l'avions si bien armé et accommodé que, nonobstant une patache que les ennemis avoient, et cinq galiotes qui lui ont tiré deux ou trois coups de canon et force coups de mous-, quet, il a passé à travers eux, et lui ont fait large, car il étoit si fort que s'il les eût rencontrés de front, il les eût mis à fond et brisés. Us ont reçu par ce convoi force poudres et farines, et grande quantité de fèves qu'ils ont, et bled, et ont fait quelques moulins à bras, et en font toujours, tellement que je crois que les ennemis auront de l'exercice pour longtemps, et se morfondront pour le moins trois mois, et espère, avec l'aide de Dieu, qu'ils ne le prendront jamais puisqu'il nous a fait la grâce d'y jeter ce secours ; son saint nom en soit béni 1 Nous avons su par un trompette des ennemis que M. de Thémines est malade, et on l'a porté à Marroande ; qu'on a aussi emporté le Comte de Lauzun blessé à une cuisse, et le Comte de Gurson d'un coup de mousquet à travers l'épaule gauche, lequel on a emporté dans un brancard. Je crois que la maladie de M. de Thémines fera fort écarter ses gens, mêmement toute leur cavalerie mourant de faim comme elle fait ; la nôtre a aussi un peu pâti. Je vous prie, obligez force gens qui s'en sont retournés, de revenir bientôt ; il y en a plusieurs à Lambert qui s'en sont retour-

Ul COMEiPONDANCU.

né*. Si M. dft Saint-Maurice vouloit, je serois bien aise que a wtt» g0I1 j eune fii s flt une compagnie de mousquetaires à cheval, al il pourrait prendre ceux qui étaient audit Lambert (car il ne veut plus avoir de commandement), et qu'il choisit quel-* que bon lieutenant, et que tous eussent de bons mousquets, et qu'il s'en vint nous trouver le plus tôt qu'il pourroit. Je vous écrirai demain par vos messagers ; cependant je prie Dieu, etc. À. de Caumont. A Clairac, ce samedi à minuit, 3» avril.

M, 4e MoptpowUao eoiionce l'entrée du convoi à Toneeina. — MM, de U F*m vont rejoiq(Jre le Comte d'Orvat. — Bruit de la mort de M, de Thémine?,

4âtrfL Je vous ai écrit dès avant-hier au soir comme nous avions fait entrer un grand rafraîchissement dans Tonneins par la rivière, et jugions cela du lieu où nous étions; cette nuit nous avons reçu lettre de mon frère de Montpouillan qui nous mande comme tout s'est conduit fort heureusement à la grande honte de nos ennemis, lesquels en sont fort étonnés et les nôtres grandement encouragés, puisqu'ils se voient munis pour longtemps de toutes choses nécessaires. Nous délogeons bientôt d'ici pour nous avancer vers le Comte d'Orval, et pour ramasser encore des forces de tous côtés, à quoi nous travaillons. Le bruit court de la mort du Maréchal de Thémines, nous ne savons pas si elle est assurée. Monsieur écrit à MM. les Consuls de Sainte-Foi. Nous n'avons pu rien découvrir de Y homme masqué ni de Y ivrogne. Je vous prie me mander tout ce que jugerez le mériter, et ce que deviendront ces troupes que vous dites ramasser de delà la Dordogne, et si vous jugez l'affaire dont nous parlions avant mon départ, faisable, et en quel état il est. M . de Théobon est toujours au lit de sa blessure, laquelle est astheure en bon état ; je le suis allé voir quatre ou cinq fois. S'il se passe quelque chose de deçà, je vous le ferai savoir incontinent, avec l'aide, de Dieu, lequel je prie, etc. A. de Caumont. Ce 4 e avril.

LE MARQUIS DE LA FORCE A U MAftQflM! DE LA FORCE. ïkl M. DE LA FORGE A LA MARQUISE DE LA FORGE.

Nouvel» da siège de, Tonnelns. — La ville s«C8»aaimtftt approvisJoanée, — Attente du Comte d'Orval.

Ma chère fille, je vous fais ce root pour vous prier d'aviser irai, avec MM. le» Consuls de Sainte-Foi, que l'on puisse sûre* *a?ru. meut faire tenir à M. de Favas celle que je lui écris; je crois qu'il la faut adresser à M. de Lescuu à Roy aD. Quanta nos nouvelles, les choses sont ici au même état. J'ai tous les jours des lettres de votre frère de Montpouillan : les ennemis n'en» treprennent rien, ils sont rebutés d'assauts et laissent les nôtres fort en repos; ils n'espèrent plus d'en venir à bout que par famine, mais, avec l'aide de Dieu, ils y seront trompés; car, outre ce que les nôtres ont forée bleds, fèves, lards, huiles et vins, et qu'ils ont fait faire des moulins à bras, qui est tout le défaut qu'ils avoient, je leur fus souvent tenir de la farine et des chairs : le dernier oonvoi il y avoit près de trois cents sacs de farine, et force poudre. Nous avons tenu cinq ou six jours nos troupes de delà la rivière du Lot pour les faire vivre, à présent elles repassent deçà ; voire mari y est, et doit oejourd'hui aller couchera Castelmoron, où je fais état de l'aller trouver demain. Nous attendons M. le Comte d'Orval avec ses forces. Je ne sais si vous avez encore nouvelles de M. le Baron de Savignac, je voudrais bien qu'il s'en vint à nous, et si vous avez moyen de le solliciter, ce sera bien fait, et à M. de Longa. U y a aussi plusieurs qui se sont retirés vers Sainte-Foi; je vous prie les faire solliciter qu'ils nous viennent rejoindre, nous serons vers Monflanqum. Don* nes-uous souvent de vos nouvelles, nous fêtons de même. Je prie Dieu, etc. Ce 8 e avril, à Clairac.

Maladie du Baron de Beynac. — Ralliement de troupes à Monflanqqin. — Ceux de Touneins font sortir tontes les bouches Inutiles. — Éclat d'une mine des •no«TOH,^Ma)a<Heseto^s«rtioM daai rarn^«roya*e.-Suecésd>M. da Sonbise.

Nous nous portons tous bien, Dieu merci, hors M. le Ba- « •«*>• ron de Beynac qui est malade à Clairac. Il y a déjà quelques jours que je ne vous ai écrit, parce que nous sommes à la

24» CORHESPONDÀNCES.

1622. campagne pour rafraîchir nos troupes, et astheure nous ii arrii. gommeg avanc és vers Monflanquin pour rallier les troupes qui nous viennent, tant du Comte d'Orval que de MM. de Bourzolles, Yivans, Savignac, d'Oradour, Prunget, Arambures. Je voudrois bien qu'ils se hâtassent un peu, car j'espérerais, qu'avec l'aide de Dieu, que nous ferions quelque chose de bon. Il ne faut point que vous soyez en peine de ceux de Tonneins, car ils sont si bien retranchés qu'on ne les sauroit forcer; aussi les ennemis ne prétendent pas l'avoir parla, mais espéraient l'avoir manque de vivres et munitions, à quoi nous avons pourvu, leur ayant jeté dedans grande quantité de farines et poudres, et envoyé des meules de moulin, tellement quHIs en ontfaitdeux qui, je crois, sont achevés astheure, et ils ont dedans grande quantité de bleds. Ils ont fait sortir plus de cent chevaux et force personnes inutiles qu'ils avoient, qui se sont tous conduits à sauveté. Il y a quelques jours qu'une mine que les ennemis faisoîent, se fondit sur eux et en assomma plus de quatre-vingts; je crois qu'ils ne songent plus à en faire, aussi n'y gagneroient-its rien. Ils ne tirent aussi guère leur canon, ce qui témoigne qu'ils n'espèrent pas l'avoir par force ; mais ils se fortifient eux pour se garder des sorties et surprises soit de ceux de dedans, soit de nous. M. deThémines est fort malade, d'autres disent mort. Ils ont force maladies parmi eux, et force de leurs gens s'en vont, et de la cavalerie et de l'infanterie; ils retiennent les autres par artifice. Us leur persùadoient que quand ces chevaux sortirent, que mon frère et M. le Vicomte de Castets étoient sortis, et tous les principaux, et qu'ils se rendroient bientôt; ils menacent ceux de dedans de la venue de quatre mille hommes, et en assurent les leurs , et que le Roi viendra bientôt : mais je crois qu'il aura bien à faire ailleurs, vu ce que lui mande M. d'Esdiguières, et puis M. de Soubise se rend grandement puissant, car mon frère de Castelnaut me mande qu'il a vu une lettre que M. de Biron écrit à un de ses amis, et lui mande que M. d'Epernon a refusé d'assister le -Comte de la Rochefoucauld, lequel a été contraint de se .. mettre en garnison et laisser la campagne libre à M. de Soubise, tellement que le Roi sera occupé là. Je prie le bon Dieu, etc. A. de Caumont. AuLédat, celundimatin 11 9 avril.

M. de la Force jette des munitions dans Tonneios. — Assaut repoussé. — Pertes nombreuses dès ennemis. — Leur cavalerie se retire devant celle des Protestants.

J'ai reçu deux billets de vous par la voie de Cugnac, et à *«• ce soir un par Monsieur, qui esi arrivé en ce lieu deux heures l4 iTriL avant moi. Depuis mon départ d'avec lui, il a jeté plusieurs fois des munitions dans Tonneins, et même le jour avant qu'il ne partît de Clairac, qui étoit avant-hier. Ce même jour, les ennemis ayant fait passer deux canons du côté de Clairac, les mirent en batterie contre une maison que les nôtres tiennent sur le bord du fossé, qui s'appelle la maison de Tripet, et tirèrent tant à la maison qu'aux barricades qui sont devant, et après y avoir fait brèche, après soleil couché y donnèrent un assaut : l'attaque dura deux heures. Les ennemis avoient une fois gagné la barricade et se vouloient loger dans la maison, mais enfin les nôtres les rechassèrent et menèrent battant bien avant; ils ne savent pas le nombre de gens qu'ils ont tués, à cause de la nuit, et n'attendirent pas le jour à mander cette nouvelle, car mon frère de Montpouillan l'écrivit à Monsieur dès les dix heures du soir. Pour eux, ils n'y ont perdu que deux soldats et sept ou huit blessés. Mais quand les ennemis eussent gagné cela, ce n'étoit pas grand'chose, car nos gens ont de très-bons retranchements derrière, et n'ont point à craindre de mine, et moins du côté que me mandez, que de nul autre, car ils sont fort éloignés du côté du château ; assurez-vous qu'il est du tout impossible de les forcer. On croit que ceux qui firent cette attaque étoit le régiment de Ribérac qui étoit nouvellement venu, et qui est de huit drapeaux ; mais il a été, si c'est lui, si bien mouché qu'il n'aura pas envie d'y retourner. Encore qu'il arrive aux ennemis des gens de tous côtés, leur armée n'est pas de beaucoup si forte qu'au commencement, car ils en ont perdu force ou par maladie, ou tués, ou qui s'en sont allés, même de la cavalerie, à cause que leurs chevaux f meurent de faim, et même les hommes. Force gens croient qu'ils lèveront le* siège. Une partie de la cavalerie des ennemis nous suivoit hier; nos gens qui faisoient la retraite, les ayant aperçus, nous nous mimes en ordre; mais dès que nous tournâmes tète 4

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3W CORRESF0WAKCB5,

i«a. eux, ils s'arrêtèrent, et bientôt après prirent le chemin de utTrii. j a re t ra ite droit à Casseneuil, d'où ils étoienf près, ce qui nous obligea à les laisser aller et juger qu'ils n'avoient pas envie de nous attaquer, mais oui bien quelque troupe s'ils en eussent trouvé d'écartée. M. le Baron de Beynae se porte mieux. Il y a quelques jours que n'ai point vu M. de Parsac, je lui donnai quelques pistoles. MM. de la Nouaille et de Janioon sont dans Tonneins; le premier a été un peu blessé, mais ce n'est rien. Je vous ferai savoir le plus souvent que je pourrai de nos nouvelles. Je prie Dieu, etc. A. de Gaumoht. A Monflanquin, ce jeudi soir H° avril.

Siéje de Tonneins. — Nouvel assaut repoussé, — Blessure de M. de Montpouillan.

10 avril. Je vous ai voulu renvoyer votre laquais pour vous mander de nos nouvelles, lesquelles sont bonnes, Dieu merci; vous en saurez bientôt plus particulièrement, moi-même en. serois le porteur, sans que j'ai peur que cela obligeroit force gens à en faire de même. Il est venu nouvelles de Tonneins qui disent que dimanche dernier il s'y donna un assaut où il demeura des morts de ceux qui les attaquoient, sept cents sur la place, et fallut qu'ils se retirassent avec leur courte honte ; ceux de dedans ne perdirent que quatre ou cinq et sept ou huit de blessés. Il y a cinq ou six jours que le frère 1 du capitaine Olivier fut blessé à la tête ; on avoit envoyé demander des ferrements pour le trépaner» mais par cette dernière nouvelle on mande que ce n'est rien et qu'il n'a rien d'offensé comme on oroyoit au commencement Cela m'avoit mis en peine, le sachant galant homme, et n'en suis pas tout à fait dehors» parce que je vous ai oui dire qu'on ne peut connoltre les coups de la tète pour en juger» qu'au bout de quarante jours. Us ne m'ont point mandé de quoi il a été blessé, ou d'éclat de canon, ou d'autre chose On pourvoiera au lieu eu vous faites votre demeure, nous aviserons à cela cette nuit. Dieu vous conserve, etc. A. dk Cagmont. Ce mercredi 20 e avril à midi.

1 M. de Montpouillan i le Marquis de la Force se désignant lai-même par le Mmd'OUMar. *

US MARQUIS DE LA FOICI A U KAftQUHE DE LA FORGE. 151

Lettre de M. de fa Force aux Consuls de Sainte-Foi. — Nécessité de les obliger a reoevoir garnison «lapa leur ville. — Arrivée de MM. de Noaillac et dt Beyrac,

Monsieur écrit à MM. de Sainte-Foi pour les obliger à *•»• mettre ordre pour leur sûreté, et empêcher toutes ces me- 2I wa nées et pratiques qui se font parmi eux. Je crois qu'il faudrait faire lire là lettre devant tout le monde, en pleine Jurade, et s'ils ne font ce qu'ils doivent, peuUêtre faisant semblant de les quitter, cela les y obligera. Vous avez M. de Monlong qui y peut aider, et qui, en cas de besoin, si lafemme * du capitaine Olivier vouloit sortir de là, lui pourroit faire escorte Jusqu'à la garnison, etdelà vers sa belle-sœur 3 . Il faut obliger ceux de Sainte-Foi à recevoir deux compagnies pour le moins de cinquante ou soixante hommes chacune ; je crois que Monsieur y renverra M. de Saint-Maurice pour y donner ordre. Nous partons pour aller joindre MM le Comte d'Orval et de Bourzolles. MM. de Noaillac et de Peyrac arrivèrent à soir avec soixante chevaux. Je prie Dieu qu'il vous assiste et conduise, n'ayant point égard à tant de péchés qui régnent parmi nous, mais aie pitié de son peuple par sa grande miséricorde. A. de Caumont. A Faux, ce jeudi matin 21 e avriL

P. S. Je vous prie de m'envoyer à la première commodité du sucre rosat, car nous avons force personnes enrhumées»

NoureHea do siège de Tonneina. - Arrivée de M. de Bourcolles avee des troupes. - Maladie de M. de SaîDi-Mauriee.

J'adresse ce mot à la sœur de Castelnauf pour vous le faire ** aT,a tenir. Nous avons encore hier reçu des nouvelles de Tonneins : mon frère de Montpouillan écrit deux lignes à Monsieur de sa main et mande que dans deux jours il pourroit montera cheval. C'est une grande perte que du pauvre Jasses ; il n'en avoit point fait de remarquable que celle-là. Les ennemis sont logés sur le bord du fossé des deux demi bastions, mais non dedans, car les nôtres y ont fait des coffres qui

1 La Marquise de la Force. * La Marquis* do CaiteJnatrt.

ira. les incommodent fort. Ils ont tâché à les brûler par des arti- » avril, g^ à f eu . ma i g> j)j eu merc j 9 i| 8 n ' on t p U • les nôtres ont fort

travaillé dedans et ont fait trois bons retranchements. Le capitaine Pelautier part à ce matin pour aller à Monflanquin et de là s'approcher d'eux. Nous demeurons encore à nuit en ce lieu pour attendre le Comte d'Orval ; on croit que s'il n'est point arrivé, c'est que mon frère d'Eymet, qui le devoit joindre, l'a fait attendre, et aussi qu'ils mènent des gens de pied. M. de Bourzolles nous a joints avec cinquante maîtres, soixante mousquetaires achevai et cent hommes de pied, et MM. de Peyrac etNoaillac avec quelque cinquante chevaux; MM. de Limousin aussi nous doivent joindre bientôt, à savoir : MM. de Prunget, d'Arambure et les enfants de M. d'Oradour. Mon cousin de Saint- Michel est fort malade à Monflanquin. 11 faut que M. de Saint-Maurice et tous ces messieurs se rendent lundi soir vers Monflanquin ; il faut voir si on peut avoir des gens de pied de M. de Savignac. Je prie Dieu qu'il vous assiste de toute sorte de biens, qui est là ce que j'avois à vous dire, etc. A. de Cauwont. Ce 23 e avril.

Arrivée du Baron d'Eymet à Monflanquin. — Annonce des troupes du Comte

d'Orval.

24 avriL Je ne sais si je dois croire ce que me mandez de M. d'Epernon, il y faut avoir l'œil. Nous partons d'ici tout présentement pour aller loger auprès de Monflanquin. Je ne crois pas que la cavalerie de cet homme que mandez, puisse être assez forte pour nous oser attaquer, et ne crois pas qu'il se voulût joindre avec les autres; je ne sais pas comme ils pourvoient compatir ensemble. Si vous en apprenez quelqu'autre chose, faites nous-le savoir. Je viens tout présentement de recevoir deux lettres que Monsieur écrit à MM. de Saint-Maurice et Savignac, je vous les laisse ouvertes : vous y verrez comme mon frère d'Eymet est arrivé à Monflanquin ; cela veut dire que le Comte d'Orval ne viendra point. Cependant un gentilhomme nommé Boussac, qui vient de Boussac, dit que son père l'envoyoït tout exprès pour porter nouvelles qu'il avoit vu les troupes de M. le Comte d'Orval, et qu'elles arrivèrent hier à trois heures après-midi à Saint-

24 avril.

Laurens, qui est près de Castelnaut, où ledit sieur étoit allé; l622 ; mais je n'y vois pas grande apparence, ce pourroit être ceux qui viennent de Limousin. Je vous écrivis dès hier comme mon frère de Montpouillan se portoit bien et qu'il avoit même écrit deux lignes de sa main ; le reste étoit en chiffres. Le porteur de la lettre de Monsieur dit que mon cousin de Saint-Michel se porte mieux ; j'espère que ce ne sera rien. M. le Baron deBeynac est aussi guéri. Je vous envoie la lettre que Monsieur m'a écrit, afin que voyez ce qu'il me mande : il ne faut encore divulguer ce qu'il me mande touchant la paix. Je prie Dieu, etc. A. de Càumont. A Larche, ce dimanche 2fc e avril, à six heures du matin.

M. de la Force attaque les ennemis sons les mars de Tonneins. — Sa cavalerie s'amuse à piller. — Sortie des assiégés. — Ils s'emparent du canon et incendient les magasins de l'ennemi. — Mort de M. de Hesnie. — Blessures de MM. de Saint-Maurice. — Panique des assiégeants qui se noient au nombre de cinq cents. 1

Je vous ai voulu, incontinent après notre combat, faire so avril, savoir de nos nouvelles, afin que n'en fussiez en peine et qu'on ne vous déguisât la vérité ; je vous dirai comme nous nous sommes bien frottés, et que, Dieu merci, tout ce qui est de la Maison n'y a reçu nul mal. Il y a eu de la perte d'un côté et d'autre, je crois beaucoup plus grande du côté des ennemis ; mais la leur ne guérit pas la nôtre. Nous ne savons pas ni le nombre ni les personnes de qualité, mais nous y avons perdu de braves gens, ou ils sont prisonniers, qui sont MM. de Gampagnac, Grand-Castaing , qui étoient dans la troupe où j'étois, et MM. d'Auripech, Richomme, Solmignac, le neveu de celui qui a été à moi; Boudou et un ou deux capitaines de M. de Lusignan ; Vernète, lieutenant de feu la Mothe-Gaschon et quelques cinquante soldats. Cela a été sur notre retraite que quelques-uns se sont effrayés, que cela a été fait, car jusque-là nous les avions toujours battus, et avions déjà défait deux compagnies de cavalerie; et nos gens se sont trop amusés les uns au pillage, les autres à courre deçà et delà, à tuer du monde, s'écartant au lieu de se tenir ensemble. C'étoit du côté de Tonneinsdessous; j'ai mené battant un gros de cavalerie jusque dans

9IM» COBHMPOTOAIIQW.

im. les fossés de la ville: c'est là que M. deGrand-Castaing a été So ttrii. tué, et M. de Campagoac Ta été par deux hommes qui lui ont donné deux coups de pistolet ; mais ils ne l'ont pas porté bien loin : Belsunce a donné à l'un un coup de pistolet par la tête, lequel est tombé roide mort. G'étoit une personne de coin— inandement, car il aVoit une mandille toute couverte de pansements d'or. On en a pris plusieurs comme cela et plusieurs chevaux : je crois que nous saurons bientôt les personnes ûù condition qu'ils y ont perdues. J'ai eu mon cheval blessé d'un coup de pistolet; j'en ai eu un autre sur les doigts, qui n'a pu percer mon gantelet , et ne m'a fait de mal que comme qui m'eût donné une taloche. M. de Saint-Maurice est un peu blessé à un bras; son Gis a un coup de pistolet à la jambe, et le fils de M. de Campagnàc à la tête; mais tout cela u'est rien. Ceux de dedans ont fait sortie de leur côté, mais un peu trop tard, car je crois qu'ils ne s'attendoient plus que nous dussions donner, à cause que le jour nous aVolt surpris, et étoit déjà soleil levé; que si nous fussions arrivés un peu plus tôt, nous les taillions en pièces ; et comme cela tnêtoe , si on ne se fût amusé à ce que je vous ai dit» et qu'on eût toujours poussé sans leur donner loisir de se reconnottre et se rallier. Je vous dirai donc que ceux de dedans se saut fendus maîtres de tout lé bourg qui est entre les deux Villes* et du canon, ont tout brûlé et maisons et barricades* et, je crois, le magasin des ennemie. Nous ne pouvons pas savoir s'ils ont mené le Canon dans leurs fossés , ou ce qu'ils ont fait : je crois que nous en aurons demain des nouvelles. Je m'assure bien qu'ils ont tué plus de deux ou trois cents hom* mes. Chaudru en est sorti cette nuit, qui assure que mon frère deMontpouillan étoit guéri de sa blessure, mais depuis avolt été un peu malade. Nous leur avons fait jeter un convoi cette nuit. M. de Mesnie est mort dedans de maladie. Il y en a fored qui assurent, en ce combat, avoir vu tomber M, d'Elbœuf j il y en a qui croien t qu'il est mort. Je m'assure qu'ils ont perdu plu a de soixante gentilshommes; mais je plains grandement le* braves gens qui, je crois, y sont morts, que je vous ai mandés* Le Seigneur n'a point voulu nous bailler la victoire entière* Sa sainte volonté soit faite! Si d'abord une partie des troupe* eussent donné avec moi vers la ville de Tonneins-dessou*,

US MARQUIS DE LA FÔllGE A II MAlQtJlSE DE LA POUCE. SSS

nous nous en fassions rendus maîtres > à ce que je crois , et iC ** de MM. d'Elbœuf et de Thémines ; mais le bon Dieu ne l'A 80 -wlu point voulu; ce sera quand il lui plaira qu'il noU9 assistera plus puissamment; je l'en supplie de tout mon cœur, et qu'il lui plaise de délivrer nos Eglises de l'oppression en quoi elles sont, et qu'il fasse reconnoltre à toute la terre qu'il est notre protecteur et préservateur, et que nous lui en puissions rendre louanges et actions de grâces. Je le supplie qu'il voue tienne en sa garde, et vous préserve de mal et tout ce que nous aimons. A. deCaumont. A Clairac, ce samedi 30 e avril, cinq heures du soir.

/>. S. M. de Saint-Maurice vous supplie d'écrire à sa femme, et lui faire savoir comme il n'est qu'un peu blessé, et que ce n'est rien. Mon trompette a eu aussi une mousquetade à l'épaule , mais ce n'est rien, J'oubliois à vous dire aussi que Gast, l'avocat, et Dangounet sont à dire ; je ne sais s'ils sont morts ou prisonniers. Force gens assurent qu'il s'est noyé quatre ou cinq cents hommes des ennemis, d'un grand effroi qu'ils ont eu de notre attaque et de la sortie de ceux du dedans. Nous avons bien vu tous les bateaux chargés de gens, et gagner de delà la rivière. Je voulois vous envoyer Larquai» mais ayant trouvé ces autres porteurs, je le réserve pour vous mander plus particulièrement toutes choses*

Même lUjet que là précédante. —Maladie de M, de fttontpduttlAtt.

Je vous écrivis dès le jour même de notre combat ; je vous 3mai . puis mander avec* plus de certitude la sortie des nôtres qui sont dans Tonneins, et la perte des ennemis , qu'on assure avoir été de près de deux mille hommes ou tués, ou noyés, ou qui s'en sont fuis. A leur sortie, ils tuèrent cinq ou six cents hommes, se rendirent maîtres de toutes les tranchées, barricades et logements des ennemis jusqu'à celui de M. d'Elbœuf . Enfin ils brûlèrent et mirent presque tout à feu, emmenèrent deux canons et une couleuvrine qu'ils allèrent quérir à plus de cinq cents pas, et les menèrent dans la ville, et les ont déjà mis en batterie contre les ennemis. Ils n'y perdirent que cinq ou six soldats, le capitaine Lentïllac , blessé à un

te», bras, mais ce n'est rien . Mon frère de Montpotrîllan a la fièvie ***** tierce; Fraische est malade, aussi Janicon et Saint-Orse. J'oubliois à vous dire qu'ils prirent aux ennemis cinq cents corselets et autant de mousquets, et force autre butin. Nous ne savons pas au vrai les personnes de condition que les ennemis y ont perdues, mais il y a plus de soixante gentilshommes. On assure que MM. de Gornuson, de Sevèse et le maréchal des logis de la compagnie de M. de Thémines, y sont demeurés, et que ledit sieur de Thémines quiétoit déjà malade, s'efforça tellement qu'il est grandement mal, et l'a-t-on porté au Màs. Des nôtres , nous ne savons pas si ceux que je vous avois mandés, sont morts ou prisonniers, si n'est ceux de M. de Lusignan, qui ne sont que prisonniers et lui ont écrit; pour MM. de Campagnac et de Grand-Castaing, ils sont morts, et ai-je peur que MM d'Auripech et Richomme le soient. Ces braves gens sont grandement à plaindre ,' et même s'étant perdus par la faute des nôtres, par la pillerie des uns qui s'amusoient à prendre des chevaux dans des granges, et même à fouiller et dépouiller les morts par la campagne, et par le désordre et poltronnerie des autres; car sans cela, nous avions une victoire entière des ennemis ; et si toute la cavalerie eût poussé comme ma troupe, nonobstant tout cela, ils étoient tous défaits; car je rompis deux troupes de cavalerie, et n'y eut que la mienne qui combattit, et vous puis assurer que le capitaine Olivier 1 en porta trois ou quatre par terre de sa main. Les pauvres MM. de Grand-Castaing et Campagnac étoient avec moi ; je crois encore que j'y ai perdu Dangounet et Gast, l'avocat, s'ils ne sont prisonniers , mais il n'y en a point encore de nouvelles. Nous envoyâmes hier un trompette, lequel n'est point encore revenu : je ne sais pourquoi les ennemis l'ont retenu. Cela a grandement effrayé les ennemis, et crois qu'a* vec l'aide du bon Dieu, nous les obligerons à lever le siège, si les nouvelles que l'on a portées de la Rochelle, de ce qui est arrivé à M. de Soubise, et que l'approche du Roi ne les assurent; ces nouvelles m'ont grandement affligé et m'ont mis

1 Le Marquis de la Force lui-même. Voir les notes précédentes au nom d'CWp/#r. 9

en peine, n'y voyant nulles nouvelles de vous; je vous prie **»• qu'il y ait toujours un mot de votre main. Je ne crois pas am * ! * que M. de Soubise ait fait une fort grande perte ; au moins lés ennemis mêmes ne la font pas si grande, ni un imprimé qui en court L'Éternel ne nous veut pas encore tout à fait délivrer, et nous donne parmi de la prospérité de rudes coups de fouet. Il faut tout recevoir de sa main, et nous conformer à sa sainte volonté : il le fera quand il connoltra être expédient pour sa gloire et notre salut. Je plains grandement aussi le pauvre M. de Lescun et ces ministres; j'ai grande peur qu'ils ne sortiront jamais; l'Éternel les fortifie et les console, et veuille être apaisé envers nous, et veuille avoir pitié de sa pauvre Église ! La lettre que M. d'Hespérien vous écrit, me met grandement en peine. Je vous supplie, songez à cela et à la sûreté de la belle-fille de Pelautier, qui est en lieu dangereux; il ne faut pas qu'elle attende l'extrémité : celui qui veut suivre son conseil, la pourroit escorter jusqu'à son Gouvernement, et de là chez sa belle-sœur, et après plus avant. Je vous prie, mandez-moi promptement des nouvelles. Je prie Dieu qu'il lui plaise nous garder et préserver de tout mal, et nous conseiller par son Saint-Esprit. A lui soit honneur et gloire à jamais 1 A. de Caumont. A Clairac , ce lundi soir, 2 e mai.

Désertion dans l'armée ennemie. — M. de Bourdeille se retire avec ses troupes.

Je vous dirai comme l'armée de l'ennemi depuis notre at- 3 mai. taque, se dissipe fort : M. de Bourdeille s'est retiré avec sa cavalerie et infanterie. Il faudra prendre garde au lieu où vous êtes, et qu'ils fassent bonne garde, car il y pourroit avoir quelque dessein contre eux, comme déjà m'avez mandé qu'on vous en a donné plusieurs avis, et ledit sieur de Bourdeille y pourroit servir. Je le trouve toutefois très-difficile. Ce présent porteur vous dira plus particulièrement de nos nouvelles, et comme nous allons donner encore quelque venue aux ennemis, mais non périlleuse comme celle de l'autre jour. Le Seigneur Dieu nous veuille bien conduire et adresser, nous gardant de tout mal et conduisant toutes nu 17

35S COUmOKDAM».

$•». chose* pour sa gloire et le bien de ton Église, nom faisant lt

s naj, gf^ q Ua nou9 D0Ui purgions revoir en bonne santé arec tout

sujet de joie et contentement, afin que nous lui en puissions

rendre louanges et actions de grâces. A. ra Caumoht. A

Clairac, ce mardi soir 3* mai.

Capitulation de Tonneins. — Les ennemi* violent le traité. — De malades et pillent le bagage. — État dangereux de M, de Moi M. de Casteloau de Chalosse s'empare de Mont-de-Marsan.

6 mai. Vous apprendrez par le porteur comme la capitulation de Tonneins fut faite hier, et comme tous ceux qui étoient dedans, sont ici : il sont sortis avec leurs armes et bagage, tambour battant, mèche allumée ; à la vérité on leur avoit fait promettre de ne porter les armes de six mois, mais les en** nemis ont contrevenu les premiers à la capitulation, tellement que les nôtres ne sont plus obligés à leur promesse; car, contre la capitulation, les ennemis ont désarmé presque tout le régiment de M. de Tbéobon et partie de celui de M. de Lusignan et de M. de Castets, mais fort peu de celui démon frère de Montpouillan, Ils avoient promis aussi de faire conduire jusqu'ici trois bateaux où on avoit mis les personnes les plus malades, mais les ennemis les ont, presque tous ceux qui étoient dedans, pillés, poignardés, même des femmes de quatre-vingts ans, et jetés dans la rivière, et la plupart aussi du bagage qui étoit venu par terre, pillé. Voilà comme il n'y a nulle assurance en leurs paroles; c'est pourtant un grand coup qu'on a sauvé tous les hommes et femmes qui sont venus par terre ; à tous le moins je ne crois pas qu'en en ait tué deux, et une partie des armes sauvées. Mon frère de MonU pouillan vous auroit fait pitié, tant il est défait; il a la fièvre double tierce. Il désire fort de vous voir et croiroit être bientôt guéri s'il étoit auprès vous , et à cause de cela vouloit aller à Sainte-Foi ; mais Monsieur veut qu'on le porte à Castelnaut, et avons envoyé chercher une litière à Calonges. M. Janicon est malade, et M. de Saiot-Orse, et Fraiscbe l'atné, et la Nouaille, et plusieurs autres. Je crois que la plu* part ne pourront bouger de quelque temps d'ici. Le sieur de Pelautier x et le capitaine Olivier partiront demain matin 1 M. de la Force et le Marquis de la Force. Voir les notes précédentes.

LE MARQUIS D? LA FORCE A LA MARQUISE DE LA FORGE. S 50 pour s'en aller vers vous. On nous a assuré que M. le Marquis '***• de Castelnau (de Chalosse) s'est rendu le maître dans le Mont- 6 mai de-Marsan, et qu'il a douze ou quinze cents hommes de pied et quatre cents chevaux. Dieu nous veuille assister et vous tenir en sa sainte garde f A de Càumont. A Clairac, ce vendredi soir 6° mai.

Attente des nouvelles de M. de la Force. — Les habitants de Capdenac, exaspérés contre Sully et le Comte d'Oral, choisissent le Marquis de la Force pour les commander.

Je vous ai déjà fait trois dépêches dont il y en avoit deux i« jnm. semblables ; mais on m'a assuré qu'on avoit assommé les porteurs. Je crois que si cela est, vous n'êtes pas en petite peine, sinon que vous ayez su par bruit commun ce qui s'est passé ici. Je ne le suis pas moins, n'ayant eu nulles nouvelles de vous ni de Monsieur, sinon qu'on assure qu'il a fait sa paix et pour toute la Basse-Guyenne ; Dieu veuille qu'elle soit bonne et bien observée ! Pour mei, je suis en bonne santé, Dieu merci, m'étant rendu en ce lieu avec force périls, où arrivant, les habitants qui étoient au désespoir d'être vendus par M. de Sully, s'émurent tellement que j'eus de la peine k empêcher qu'ils ne lui méfissent et au Comte d'Orval ; tellement que s'étant rendus les maîtres, ils me prièrent de •

vouloir demeurer avec eux, et qu'ils se fioient et se donnoient à moi ; j'ai cru ne les devoir abandonner, et que j'y étois obligé par honneur et encore plus par conscience. Je vous supplie que je sache promptement de vos nouvelles et de celles de Monsieur, étant merveilleusement en peine. Dieu vous conserve et tout ce que nous aimons, et aie pitié de nous» pauvres pécheurs, nous faisant la grâce que nous puissions tous servir à sa gloire pour mourir en sa grâce 1 A. PS Caumont. A Capdenac, ce mercredi 1 er de juin,

P. S, J'envoie Foulonge vers Monsieur pour apprendre dt ses nouvelles, M. de Sully m'a promis obtenir un passe-port pour cela ; je ne sais si on lui permettra de passer où vous êtes ; je le désirerais bien.

Chagrin qu'il a de sa maladie. — Sèment et promesse écrite qu'exigeât de M les habitant* de Capdenae. — Difficultés de sa position. — D demande eansel ao Maréchal. — Si le Roi prend confiance en lui, il espère remettre la fOleen son obéissance.

ictt. Monsieur, c'est avec on extrême déplaisir qoe j'ai appris 6yàn ' votre indisposition et que je me vois si malheureux que ce que je croyois avoir fait pour votre assistance et assurance, semble être tout le contraire, puisque vous croyant assiégé et en péril, j'eusse, s'il m'eût été passible, remué ciel et terre en votre faveur ; cela m'obligea de venir en ce lieu, non sans grand péril, où je trouvai ce peuple prêt, encore que je n'y eusse pas été, de faire ce qu'ils ont fait, et m'ayant appelé, et fait jurer, et donner promesse par écrit de ne les abandonner ni livrer entre les mains du Roi, ni de M. de Sully, ni du Comte d'Orval. Je vous demande, au nom de Dieu, Monsieur, parce que je sais que vous nous aimez comme doit un vrai père qui aime non-seulement la vie de ses enfants, mais aussi leur honneur, leur corps, mais aussi leur âme, que vous me donniez quelque moyen et fassiez en sorte que je conserve principalement ma conscience et mon honneur; que si pour votre conservation et contentement vous désirez • que je me mette entre les mains du Roi pour faire ce qu'il

lui plaira de ma vie, j'obéirai à vos commandements : aussi n'ai-je pas la puissance pour pouvoir faire davantage, puisque je suis aussi bien que M. de Sully et le Comte d'Orval entre les mains de ce peuple. Vous savez que je n'ai que sept ou huit gentilshommes, et que je ne puis avec cela contraindre plus de trois cents soldats à faire contre leur volonté. À la vérité ils me reconnoissent pour leur chef, mais pour leur commander conformément à mes promesses, car s'ils oient connoissance que j'eusse autre dessein, je crois que ma vie et de tous ceux qui les voudroient porter au contraire, courroit grande fortune. Vous considérerez donc cela, s'il vous plaît, Monsieur, et que tout ce que je pourrai faire, sera de les abandonner; que si S. M. vouloit prendre fiance en vous et en ceux qui vous appartiennent, et se fier en moi de cette place, je pourrois porter les habitants à se remettre

LE MARQMS DE LA FORGE A LA MARQUISE DE LAtORCE. 261

sous son obéissance et à ne faire point la guerre ; autrement "**• il n'y a sorte d'extrémité à quoi ils ne se portent. Jugez si on 8ilta " pourroit obtenir cela, et quittez plutôt quelque chose de la récompense que le Roi vous a promise. Je remets cela à votre volonté et prudence. J'attendrai vos commandements et prierai le Tout-Puissant, qui est le conseiller et le père de toute miséricorde, qu'il ait pitié de nous, qu'il nous conduise et conseille et garde ceux qui espèrent en lui, nous faisant la grâce à tous de nous conformer à sa sainte volonté, et conduire tellement nos actions qu'elles lui soient agréables et qu'elles réussissent à sa gloire et au bien de son Église. Votre très-humble et très-obéissant fils. A, de Caumont. A Capdenac, ce lundi 6 e juin.

Il n'a pu abandonner Capdenac pour aller voir M. de la Force. — M. d'Eymet ya trouver le Roi. — Resolution de la garnison de Saint- Antonio.

Je loue Dieu qu'il y a de l'amendement à la maladie «i*. de Monsieur, et le supplie de tout mon cœur le vouloir encore conserver et le remettre en santé , afin qu'il puisse servir à sa gloire , au bien de son Église , et au soulagement de sa pauvre famille , qui recevroit un terrible échec en sa perte. J'envoie ce porteur pour en apprendre des nouvelles ; l'Eternel fasse que j'en reçoive de bonnes, et qu'encore tous ensemble nous le puissions remercier et louer son saint nom des biens qu'aurons reçus de sa bénigne main. C'est avec un déplaisir extrême que je n'ai pu lui aller rendre ce que je lui dois ; mais je ne pouvois abandonner ces places, M. le Duc de Sully et Comte d'Orval y étant, sans courre fortune de les perdre, ou à eux. Vous aurez vu mon frère de Tonneins, et ce que j'ai mandé à Monsieur et à vous. Mon frère d'Eymet est retourné vers le Roi, lequel on tient être vers Négrepelisse , et qu'il avoit envoyé M. de Thémines pour faire les approches dé Saint-Antonin, là où ils sont tellement résolus à se défendre, à ce qu'on dit, qu'ils veulent, plutôt que se rendre jamais, mourir les uns sur les autres en défendant la brèche. Les uns disent que

tlfï - S. M. doit revenir'de deçà; les autres qu'elle veut aller droit i»J** à Castres, et n'attaquera point Montauban : la vue en découvrira l'effet, et faut attendre ce qu'il plaira à Dieu d'envoyer à son peuple. Je le supplie qu'il nous traite en sa pitié et non selon nos démérites, et qxf il vous tienne en sa sainte garde. À. de Càuhont. A Capdenac, ce dimanche 12* juin.

RétabUMement de M. de la Force. — Mouvements de MIL de Bahu, de Montbrun et de Malaose.

so juin. Je suis grandement aise que Monsieur se porte de mietix en mieux : je prie le bon Dieu de lui augmenter sa santé de plus en plus. Vous ne devez point être en peine de moi; je me porte bien, Dieu merci. J'attends avec impatience mon frère d'Eymet, qui est allé vers le Roi, lequel est à Toulouse; et M. de Rohan est, à ce qu'on m'a assuré, à Milhaud, avec sept ou huit mille hommes, et M. de Montbrun dans Montauban, et le Marquis de Malause à Castres. Dieu nous veuille donner une bonne paix, et ait pitié de son peuple. Je prie l'Eternel, etc. À. de Caumont. à Capdenac, ce dernier de juin.

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