‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 3)Chapitre 72 sur 114 · LA MARQUISE DE LA FORGE AU MARQUIS DE LA FORGE · texte numérisé non relu

LA MARQUISE DE LA FORGE AU MARQUIS DE LA FORGE

fait passer le temps, car elle est toujours fort plaisante, sans tm. parler toutefois guère mieux que quand vous partîtes. Mer- *<**obre. credi madame de Badefol allant au Fleix, fut prise par un exempt et douze archers du corps, et commandement fait de retourner à sa maison pour la faire ouvrir et y recevoir garnison, fut contrainte de s'y acheminer, et passant à la Linde, s'évanouit, et dit se trouver si mal qu'elle ne sauroit aller plus avant. L'exempt envoie à Bergerac, d'où la Gardelle et quelque trente soldats de sa compagnie viennent se barricader devant le château de Badefol. Cependant madame de Badefol, lasse d'être ainsi étroitement gardée dans une maison de la Linde, a fait ouvrir la sienne où ils entrèrent hier matin, et inventorièrent tout ce qui s'y trouva; on y a mis sur l'heure huit hommes et autant au port; aujourd'hui on en a mis vingt au port et dix dans le château, nourris aux dépens de la terre. De là l'exempt est allé à Limeuil, où il à aussi mis garnison dans la ville et château ; de même à Lanquais, aux dépens de M. dé Bouillon. Sa Commission qui est fort ample, porte nommément qu'il en mettra à Beynac et Carlus et autres lieux où il jugera à propos pour le service du Roi, et dit-on que la maison de céans est comprise dans ce retentum, et de même qu'il a charge verbale d'assigner mon frère de Castelhaut, MM. de Beynac et Bourzolles à se rendre près du Roi à certain jour, pour répondre de certaines menées dont ils sont accusés : c'est, mais on ne le veut pas divulguer encore, que vous étiez tous accusés par une déposition supposée au fils d'Isaac Martin, démembré de géhenne pour vous faire accuser, ce qu'il ne voulut faire, et je le sais de bon lieu ; néanmoins cette déposition faite depuis sa mort, porte que vous avez tous fait diverses menées qui se content en diverses façons. M. d'Epernon l'a dit ainsi : que vous aviez eu entreprises sur Bergerac et Libourne, et deviez revenir de Hollande par mer avec force gens pour les exécuter. Sur cela, vous êtes décrété à prise de corps, et mon frère et ces deux messieurs aussi; on n'en fait pas grand bruit astheure, mais si vous étiez pris les uns ou les autres, ce décret paroîtroit bientôt. Il se faut bien garder et ne se dépiter point pour cela, mais continuer à bien faire et se contenir dans le respect dû au Roi. Mery est revenu de Béarn, où il a été fort

M4 COtlWPOKDAKOK*

usa. *oupç€ADé| B • trouvé M. de Loubie mort, madame de Salles s octobre, ** mademoiselle de Bellefleur Tort affligées; le Baron d'Arros •I sa famille bien tains, mais asseï incommodés en leurs affaires, pleins de bonne volonté d'y pourvoir, mais sans guère de facilité à ce faire, nonobstant la prétention de la succession de madame de Salles. Quant à la fille dont il voua parla céans pour M. de Belsunce, qui demeure vers Rayonne, elle n'est ni mariée ni recherchée, et n'a aucunement changé; mais il n'y a nul moyen de l'avoir s'il ne lui porte trois mille écus comptant par votre moyen, sans ce qu'il aura de delà de son père ; ledit Baron d'Arros m'a mandé qu'il ne faut point penser lui trouver départi, je dis de deçà en façon * du monde, s'il n'est aidé par vous de cette somme-là. 11 me mande qu'il a bien pensé à un autre parti plus riche, mieux bâti et meublé, qu'on auroit sans difficulté avec six mille écus, sans y comprendre ce que son père lui donnera ; mais où pourrions-nous prendre six mille écus, vu l'état de nos affaires et ce temps misérable où on ne peut recouvrer un sol? je Décrois pas seulement que de longtemps nous pus* sions fournir les trois mille écus. C'est chez cette dernière et plus riche demoiselle, que M. de Talouet souhaitoit tant de pouvoir aller, quand vous aviez querellé contre le Comte de Grammont. Ledit Baron d'Arros m'a aussi fait parler de marier M. de Brasselay, mais je n'en espère rien, car astheure les filles de ces quartiers, ça demande tant d'argent qu'il n'y a moyen que les cadets s'y puissent présenter; néanmoins s'il y rencontre plus de facilité, il m'a promis de m'en donner avis plutôt exprès s'il advient autrement. On m'a dit que le capitaine Béoste avoit encore quelque affaire en Hollande, où il pourroit aller si vous y êtes encore; ledit Baron vous en pourroit mander ce qui en seroit par cette voie. Je vous baise très-humblement les mains et prie Dieu qu'il vous conserve, bénisse et conduise par son Saint-Esprit.

P. S. Nous n'avons quasi trouvé papier qui vaille à Pau, quelques actes d'hommages, mais nul dénombrement. Je vous avjse que si on veut mettre garnison céans, j'aime mieux souffrir le siège de toutes les communes de Guyenne et de la garnison de Bergerac, que de la recevoir; c'est une trop mai*-, vaiee eompagnie pour moi que des soudards ; la goinfrerie n'est

point selon mon humeur. On fait courir mille sots bruits : qu'il est entré quatorze vaisseaux anglois dans la Rochelle, qu'on en a coulé quelques-uns à fond, que l'armée angloise est séparée en. deux; l'une est descendue aux Sables, a pris la Chaume et l'autre a assiégé Brouage. Cela n'a ni apparence ni vérité à mon avis. À Castelnaut, ce 8 e octobre.

ia*

LE MARQUIS PB LA FORCE A LA MARQOTSE 0B LA YOftCS.

La flotte angloise derant la [Rochelle. — Assassinat de Boeklogham. — Affaire de Montauban.

Nous eûmes hier nouvelles de Paris comme les Angtojs o < arrivèrent à la Rochelle , il y eut vendredi ou samedi soir huit jours, et dès que Monsieur en eut l'avis, it partit en poste pour aller trouver le Roi. Je erois qu'avant que ne receviez celle-ci, vous auras appris des choses qui s'y seront paasées. On mande aussi de Hollande comme ils sont partis, et que celui qui y commande, duquel je ne me souviens du nom, le Roi d'Angleterre lui a promis que s'il secourt la Rochelle, il Ini baillera la charge de grand-Amiral qu'avott Bouqoingan, lequel fut tué d'un coup de poignard, allant accompagner M. de Soubise qui l'étoit allé voir, par celui qui lai levoit la tapisserie comme il passoit. Il a fort peu, à ce qu'on mande de Hollande, été regretté du Roi d'Angleterre, et encore moins du peuple ; celui qui Fa tué étoit encore dans la Tour de Londres. Je demeure ici plus longtemps que je ne croyois ; celui que j'avois envoyé quérir mon passe-port à son Altesse, n'est pas encore de retour, et ai il y a treize jours qu'il est parti, et on va en trois bonnes journées d'ici à Bruxelles; j'ai peur qu'on l'ait tué. Je ne me soucie pas de demeurer encore ici quelques jours. Je serois bien aise, avant partir, d'apprendre ce qui ce sera passé devant la Rochelle; déplus j'entends ici de si bons prédicateurs que cela en fait aimer la demeure.

JPavois écrit ce que dessus dès hier ; depuis est arrivé ce- w octobra. lui qui étoit allé à Bruxelles pour le passe-port, lequel il a porté, tellement que je crois partir, s'» plaît à Dieu, vers le

commencement de l'autre semaine. Je fais état de renvoyer ip octobre, d'ici une partie de mes chevaux, et vous ferai ramener ma jument angloise et celle qu'avons eue de M. Massac , lesquelles vous mettrez au haras. Cet affaire de Montauban sera cause que les communes ne seront pas si échauffées à tuer le monde. Vous ne m'avez point mandé si le grani homme est assurément mort. Je te prie encore un coup de ne t' affliger point et de te remettre, comme tu dis, en la providence du bon Dieu, qui nous assistera, s'il lui plaît. A. de Caumont. A Sedan, ce mardi soir 10 e octobre.

Bruit de paix. — M. de Montmorency bat les troupes de M. de Bohan. — Fait remarquable. — Demande d'argent.

5soYembre. M faut que je vous die que je suis en une extrême peine de ne savoir point de vos nouvelles; ce qui me met le plus en peine eât que par les dernières que j'ai vues de vous , vous mandiez à M. le Maréchal que vous trouviez mal de votre tournement de tête : Dieu veuille par sa grâce que ce n'ait rien été. Celle-ci est par l'ordinaire de cette ville qui part demain. MM. d'Arambure etdeRoyse partent aussi demain pour aller vers Paris. Nous n'avons ici nulles nouvelles assurées. On mande de Paris que la paix se traite entre la France et l'Angleterre; mais on dit que nonobstant le traité, les Anglois ont commandement, à quelque prix que ce soit, de ravitailler la Rochelle si l'occasion s'en présente; il$ n'ont point, à ce que l'on croit, autre commandement, et ne sont pas assez forts pour mettre pied à terre, car ils ne sont pas plus de cinq à six mille hommes. On a mandé aussi ici que M. de Montmorency avoit battu quelques troupes de M ? .de Rohan, et qu'il avoit envoyé au Roi quatre cornettes. J'ai vu ici un gentilhomme auprès du Roi de Bohême, qui est anglois, qui a sa grand'mère, laquelle a vu de ses fils ou petits-fils qui sont venus d'elle, jusqu'à trois cent soixante-dix personnes : je vous mande ce fait parce que je le trouve fort étrange. M. Galant ne m'a point encore envoyé mon lit de camp ; mais si la paix étoit faite en France ou se faisoit, je n'en aurois pas grand besoin ici; aussi n'y demeurerois-je

guère. Dieu veuille que nous en puissions avoir une bonne ! iuîs. Si j'avois à demeurer ici l'hiver, il faudroit songer à me faire * noTeno™. tenir de l'argent; car vous ne me donnâtes que quatre mille et tarit de livres, et les trois sont déjà dépendues ; il est vrai que j'en ai d'autres. J'ai plus dépendu depuis être parti de Sedan, et si n'y a pas vingt jours, que je n'ai fait depuis être parti de Castelnaut jusqu'au jour que je partis de Sedan ; c'est une extrême cherté que celle qui est dans toutes ces villes. Il m'a fallu aussi donner de l'argent aux gentilshommes qui sont avec moi. Il me tardera bien que je ne reçoive de vos lettres. Dieu veuille que j'y apprenne de bonnes nouvelles. A. de Caumont. A la Haye, ce dimanche, 5 e novembre.

Ordre do Roi [d'Angleterre de secourir la Rochelle. — Détails sur la Cour de Hollande.

Je vous fais ce mot par un sergent de M. de Castel vieil, 10 qui s'en va chez lui; ce sera pour vous assurer de notre bonne santé, de mes frères et de moi, et vous dire que je suis en une extrême peine de ne recevoir point de vos lettres. L'ordinaire d'ici arriva hier, qui m'en apporta de M. le Maréchal, lequel me mande que les deux courriers ordinaires de Toulouse n'ont point apporté de vos lettres, et qu'à cause de la peste, ils ne passent plus au Peyrat ; mais cette raison ne m'ôte pas hors de peine, car ou vous eussiez envoyé les lettres ailleurs, ou eussiez pris la voie des ordinaires de Bordeaux, et je sais bien que vous n'êtes pas paresseuse à écrire. M. le Maréchal me mande qu'on croit la paix entre les deux Couronnes, et qu'on parle de faire une grande ligue contre l'Espagnol ; mais tout le monde ne la croit pas ici. On a écrit d'Angleterre que leur Roi a mandé par Montagu (qui est celui qui a porté quelques articles de paix), que quel traité qu'il y eût, on secourût la Rochelle à quel prix que ce fût ; même depuis ce traité on a parlé de quelque combat qu'il y eut, duquel l'on ne sait pas la vérité, qu'on dit n'être pas à l'avantage des François : il est vrai que ceux

SM GOBUflPQNDAIiCB*»

im, qui disent toutes ces nouvelles, sont tenus favoriser le parti iobiumNi. fa rebelles. Je reçus une lettre de vous à Sedan, par laquelle me priez de vous mander si mon frère d'Eymet étoit amoureux tout de bon ? je vous dirai que je crois que oui, et d'une personne l qu'on estime fort, et qui est en aussi bonne réputation que nulle qui soit de deçà; ses moyens peuvent être de quatre h six mille livres de rente à elle et quatre mille de douaire, et quelques pierreries, entre autre* elle a un diamant'qui vaut trois ou quatre mille écus. Je l'ai vue et lui trouve fort bonne mine : elle est presque aussi grande que votre sœur. Pour ee qui est de cette Cour, j'ai reçu force bonne chère de H. le Prince d'Orange, du Roi et de la Reine de Bohême , laquelle je trouve fort courtoise et fort vertueuse ; je n'ai point vu encore madame la Princesse d'Orange à cause qu'elle ne faisoit que s'accoucher d'une fille. Voilà les nouvelles de la Haye ; je vivrai bien en impatience que je n'aie des vôtres, A. db Cauvont. A la Hay«v ce vendredi matin 10 e novembre.

19 n'wnbre

Reddition de la Rochelle. — Prise de la flotte espagnole par les Hollandofs. — Divertissements do Pasteur du Moulin.

Je crois que la prise de la Rochelle aura étonné forée gêna qui ne lecroyoient pas ; pour vous, vous l'avez toujours cru, et M. le Maréchal aussi, et ne vous êtes point trompée en ce que vous disiez que les Anglois ne feraient rien qui vaille. On parle fort de paix; Dieu nous en veuille donner une bonne et nous veuille à tous amender et avoir pitié de son pauvre peuple 1 Par toute la Chrétienté, ceux de la Religion ont élé rudement châtiés. Il n'y a que ceux de ce pays qui ne t'ont point encore été; au contraire ils prospèrent, et leur est venu nouvelles assurées par deux de leurs capitaines de la flotte qu'ils avoient vers les Indes, comme ils ont pria sanaeoup férir la flotte d'Espagne, et font leur butin de trente millions de livres. Ils amènent cinq galions et un grand vaisseau, et ont eoulé à fond quatorze navires, parée qu'ils n'avoient pas as>

rAntotofelfeMm. V<rfrkleltrtftirsfitedQtBno?etn*re.

ses de gens pour les conduire. Ils doivent arriver dans deux oa trois jours; j'irai bientôt à Amsterdam pour les voir et lf acheter du bezoard et autres brouilleries, de quoi ils ont à. quantité. Je trouve fort étrange le traitement qu'on a fait à madame deBadefolet aux autres ; si on fait la paix, on ne passera pas plus avant; mais si on n'a pas cette volonté, on verra encore pis. Pour changer de discours, je répondrai à ce que me mandez pour le mariage de Belsunce : il ne faut pas précipiter; nos affaires ne sont pas encore en état de lui pouvoir donner de l'argent autant; il se faut gouverner selon le temps sans nous incommoder. Je suis fort aise de la bonne volonté que témoigne lui porter M. le Baron d'Arros» et de l'autre parti qu'il lui procure. Si celui que me mandez vient par deçà, il m'en entretiendra plus particulièrement comme la connoissant fort. On me mande de Paris que M. de Chiasenne n'a guère opéré pour la délivrance de mes cousins ; maïs au contraire qu'il n'étoit plus permis à personne de les voir depuis huit jours. M. du Moulin est bien remis; il faut que tous les jours, pour se divertir de ses études sérieuses, qu'il passele temps ou à jouer à la courte-boule, ou aux échec* et autres passe-temps. Nous ne sommes pas ici si bien pourvus de ministres qu'à Sedan. Je crains bien que, comme vous me mandez, la peste soit cause que je n'aie pas si souvent de vos lettres; il les faudroit envoyer par la voie de Bordeaux. Je prie à Dieu que je puisse toujours recevoir de bonnes nouvelles de vous. A. de Caumont. A la Haye, ce dimanche à midi, 19« novembre.

qu'il éprevre* — Portrait île» Prtocewes de ta Cear de HoNeade.— PM}et de naitege de H. d'Eymet avec oedème FAmirale de Hassan.

C'est pour ne laisser passer nulle occasion sans vows foire M voir de mes lettres, que je vous fais ee mot par te fila da M. de Savignac, bien que peut-être attendra-t-il le vent longtemps avant pouvoir passer, comme a fait M. d'Arambwe; car depuis que je sois ici, le veat n'a pas été bon trot» jours pour passer en France. Il me tarde bien que je sache si nous aurons la paix en France, car je commence fort à m'ennuyei en ce paya. Je ne meporte poiat mal

mais aussi n'y suis-je pas bien gaillard. Il y a plusieurs choses qui en pourraient être cause, et le peu d'exercice que j'y fais à mon avis en est Tune; l'air n'y est pas aussi fort bon pour moi; mais les fâcheries de l'esprit y contribuent autant que rien qui soit, à quoi j'ai force compagnons, au moins je me l'imagine, car je ne puis croire que LL. MM. de Bohême soient fort contentes, ni le Marquis de Bade, ni un des Electeurs de Brandebourg, qui sont ici réfagiés ; au contraire, il y a M. le Prince d'Orange qui doit être fort content, au moins je le trouve grandement heureux. J'ai vu depuis quelques jours madame la Princesse qui m'agrée fort ; elle n'est pas fort belle, mais elle est fort modeste et fort courtoise. La Reine de Bohême l'est fort aussi. Je n'ai vu aussi en tout ce pays que ces deux femmes-là qui m'agréent, et madame l'Amirale de Nassau, qui est certes une honnête femme, et qui sait bien vivre; elle est grande et de belle taille; aussi en est-on fort amoureux. Nous commençons à travailler à cette affaire et n'attendons que le consentement de M. le Maréchal pour en faire parler ouvertement. Nous attendons aussi des nouvelles du mariage qu'on traite à Paris pour mon frère de Tonneins. Dieu veuille conduire toutes choses et me fasse la grâce de vous revoir en bonne santé ; il me tardera bien que cela ne soit ; ce sera quand il plaira à Dieu, à la volonté duquel il nous faut toujours soumettre. A. de Caumont. A la Haye, ce mardi 28 e novembre.

Page 1