LIVRE m, CHAPITRE XVII
les volontés, et apprendre l'état des affairés et de im. quels lieux il pouvoit s'assurer; mais, il trouve que tout est grandement ébranlé.
La Maison de Montmorency, qui avoit longues années possédé ce Gouvernement, et celui-ci qui avoit fort gagné le cœur de tous, ne doutoit point que tout ce qui étoit de son Gouvernement ne fût à sa dévotion et ne dépendît absolument de lui.
Le Maréchal de la Force se trouve pour quelque temps acculé audit Saint-Esprit, soit pour n'avoir aucune retraite en avant, soit qu'aussi la plupart des troupes ne l'avoient pu encore joindre, même la cavalerie qui n'avoit pu faire telle diligence que lui qui étoit descendu par eau avec trois régiments seulement, et avoit fait avancer par le côté du Dauphiné et de la Provence dix ou douze cornettes de cavalerie.
Trois jours après son arrivée, il apprend que la ville de Nismes se trouvoit partagée, les uns voulant tenir pour le Roi, particulièrement ceux de la Religion j les autres pour le Duc de Montmorency, duquel TÉvêque 1 dépendoit entièrement et avoit fait sa cabale bien forte.
1 Claude de Saint-Bonnet, frère du Maréchal deToiras et de Restinclair, Gouverneur de Lunel ; traduit pour crime de rébellion avec les ÉYèques d'Àlbi et de Lodèye, devant une assemblée de prélats dé-
Soudain il y dépêche le Marquis de la Force, son fils, avec huit cornettes de cavalerie, qui marche nuit et jour, et y arriva si à propos que le Duc de Montmorency, qui s'y acheminoit pour le même effet et qui n'en é toit qu'à deux lieues, fut prévenu de deux ou trois heures seulement; il y eut encore assez de conteste dans la ville pour y empêcher l'entrée dudit Marquis de la Force; mais il avoit envoyé un des siens devant, ce qui servit fort, et lui se présenta avec une vingtaine seulement ; ceux de la Religion voulurent qu'il fût reçu ; dès qu'ils l'eurent dans leurs portes, ils crièrent : Vive le Roi, et firent entrer tout le reste. Lors tous les bien-af* fectionnés prirent courage et les autres l'effroi, tellement que plusieurs abandonnèrent Ja ville, mêmement l'Évêque du lieu; la sûreté de cette place apporta un grandissime bien au service du Roi et donna grand courage à plusieurs qui voulaient sui* vre leur exemple.
Le Gouverneur de Montpellier, monsieur des Fossés *, bien affidé au service de sa Majesté, envoie prier ledit Marquis delà Force de l'assister de trois
léguée par le Pape, il fut obligé de renoncer à son siège à la fin de 1632,
1 Gabriel, Seigneur des Fossés, Marquis d'Henilly; il fut récompensé par le Gouvernement de Verdun.