‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 3)Chapitre 7 sur 114 · LIVRE m, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XVII

car il falloit que celle que commandoient les Mare- *«*. chaux de la Force et d'Effiat traversât dans la Loi> raine et repassât la rivière de .... et n'y a voit point de pont que celui de la ville de .... où le Marquis de la Force fut commandé d'aller avec deux canons pour la forcer, ce qu'il exécuta fort bien ; étant là, ils apprennent que Monsieur, parti de Nancy avec a j*. toute sa cavalerie et douze cents chevaux que lui avoit baillés Don Gonzalgue de Cordoue, avoit pris son chemin vers l'Auvergne et que ledit Gonzalgue s'en étoit retourné à Trêves.

Sa Majesté étoit fort aigrie contre le Duc de Lorraine, mais ce voyage l'irrita bien davantage; le Maréchal d'Effiat et ledit Duc s'étoient donné rendez-vous pour se voir ; après cette entrevue le Maréchal alla trouver le Roi, mais il ne lui rapporta point contentement du Duc, de sorte que sa Majesté envoie commander au Maréchal de la Force d'aller investir la ville de Nancy, lequel soudain fait marcher Tannée et lui fait passer la rivière de Meuse, à gué, ayant l'infanterie l'eau jusqu'aux fesses, et les logea à une petite lieue dudit Nancy, «juin.

Ce qui accrut bien l'alarme du Duc, et avoit continuellement des siens allant et venant vers le Roi, se trouvant réduit à telle extrémité qu'il ne pou-

voit éviter la ruine de son pays, ce qui le contraint. 3

H mêmodœs du duc de la force.

lest, gnit à ployer 1 à tout ce que sa Majesté voulut, et voyant l'armée presque à ses portes, et que le Roi s'approchoit toujours, il consent de lui mettre trois de ses meilleurs. places entre ses mains, savoir ; Glermont, Stenay et Jametz.

Cet accommodement fait, sa Majesté commande 2 au Maréchal de la Force de prendre quatorze ou quinze cornettes de cavalerie de l'armée et de ae jeter sur la route de Monsieur, ordonne à huit ou dix cornettes qui étoient vers le Lyonnois de se joindre à lui et sept ou huit régiments, lui fait expédier un ample Pouvoir avec lettres à tous les Gouverneurs des provinces, et à toutes les principales villes, pour lui départir toute aide et faveur et l'assistance dont il auroit besoin, lui fait dresser un état d'armée, ordonne au Marquis de la Force, son fils, d'aller faire sa charge de Maréchal de camp en cette armée.

Il ne séjourne qu'un soir prés de sa Majesté, repart le lendemain, et sans s'arrêter en aucun lieu,

1 Le traité fut signé le 26 juin à Liyerdun,'à deux lieues de Nancy; il confirmait celui de Vie et donnait en dépôt au Roi les places de Jametz et de Stenay pour quatre ans ; quant à la ville et forteresse de Glermont en Argonne, qui était l'objet du procès pendant au Parlement de Paris, le Duc en abandonnait la possession au Roi moyennant une somme déterminée.

2 Voir {correspondances, 22 et 29jt*tn 1632) les lettres du Roi et sa réponse à un mémoire présenté par M. de la Force.

UTBE m, CHAPITRE XVXL SS

se rend à Rouanne sur Loire, où if apprend que ta* Monsieur étoit déjà' bien avant dans l'Auvergne et prenoit le chemin du Languedoc; au même endroit il reçoit un courrier du Roi, par la dépêche duquel sa Majesté lui mande * d'aller à Lyon et de faire embarquer là son infanterie et avec toutes lesdites forces, s'en aller droit au Pont-Saint-Esprit, traverser le Languedoc et se jeter au delà de Narbonne pour se mettre entre l'Espagne et les forces de Monsieur.

Il rallie donc ce qu'il y avoit de plus près de cavalerie et d'infanterie, et donne ordre au reste de s'acheminer audit Pont-Saint-Esprit, et avant de partir de Lyon, dépêche un gentilhomme en diligence vers monsieur de Montmorency, lequel il charge de la lettre que le Roi lui écrivoit et d'une des siennes pour lui faire savoir son acheminement avec Tannée et lui faire offre de la mener là où il jugeroit le plus utile pour le service du Roi.

Quand le Maréchal de la Force arrive à Monté- Mjiuieu limart, qui n'est qu'à six lieues du Pont-Saint- Esprit, il apprend comme monsieur de Montmorency, Gouverneur de la province du Languedoc, s'étoit jeté dans le parti de Monsieur; que le gen-

» Voir les lettres du Roi et du Cardinal de Richelieu. {Correspond tances, 4, 11, 19 et 21 juillet 1632.)

la», tilhomme qu'il avoit envoyé devers lui, il Ta voit fait arrêter prisonnier, et qu'en l'Assemblée des Etats qui étoient lors réunis à Pézenas, il y avoit

»joiiiei. porté tous lesdits Etats par délibération de l'Assemblée, de sorte que Ton tenoit que toute la province, soit la Noblesse, les peuples et les villes, se porteraient presque tous à son dessein. A la même heure, le Maréchal de la Force redépécha vers le Roi le

26 juillet, gentilhomme * qui lui en avoit apporté la nouvelle, afin que lui-même pût mieux représenter à sa Majesté tout ce qu'il en savoit. Il s'achemine promptement au Pont-Saint-Esprit pour assurer cette ville qui est de grande importance comme la seule où il y a pont sur le Rhône; étant arrivé, le sieur de Gades, Gouverneur, témoigne grand contentement de sa venue, car il reconnoissoit les volontés des habitants fort aliénées et ne s'y pouvoit assurer; le Maréchal met un régiment dedans auquel il fait faire montre, ordonne qu'ils ne prennent rien sans payer, afin de ménager ce peuple, et ce qui étoit arrivé de l'armée, les met aux environs et y établit le meilleur ordre qu'il se pouvoit.

Après cela il envoie de tous côtés pour sonder

1 Le sieur de Coulanges. Voir la réponse du Roi à la lettre que lui écrivit à cette occasion le Maréchal de la Force. (Correspondances, 2aotttlÔ32.)

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