MADAME DE BOUILLON A M. DE LA FORCE
Réclamations tu sujet de la protection du Roi pour le Duché de Bouillon.
Monsieur , j'estime à très-grand bonheur d'être conservée en l'honneur de votre souvenir ; personne du monde ne le peut recevoir qui le puisse plus chérir que moi, qui vous ai voué mes services très-humbles avec tant d'affection, que je désire avec passion l'occasion de vous en pouvoir rendre et vous témoigner, Monsieur, avec quel respectje vous honore et recevrai toujours vos commandements, et combien je me sens obligée de ce qu'il vous a plu parla: des affaires de mon fils, et m'assurer que cela a été comme vous y intéressant. Je vous en rends très-humble grâce, Monsieur, et crois que puisqu'il vous plaît nous faire cet honneur, que vous trouverez bon que je vous die que l'on n'y a encore rien avancé. Dès la première sortie que mon fils fit, ce fut d'aller assurer M. de Eaugy, Ambassadeur du Roi, qu'il étoit tout prêt à faire le serment et ratifier tout ce quej'avois fait; et comme il le pensoit faire et prendre jour, il sut comme on ne vouloit pas le recevoir en la même forme quej'avois fait, ce qui l'a obligé à en faire ses très-humbles remontrances au Roi, en assurant toutefois S. M. d'obéir promptement à tous ses commande-
!**L mentfl » et 1^ ratifiant par ses lettres toute l'assurance que j'avois donnée à S. M. de son très-humble et 'très-fidèle service. Il ne les a pas encore reçus et les attend avec une vive impatience. Mon fils de Turenne avoit cru être le porteur de son serment, et c'est ce qui a retardé sa venue ; et je lui ai mandé de la hâter, de façon. Monsieur, que j'ai satisfait à tout ce que vous avez désiré de moi et dont je m'étois obligée par écrit; même M/mon frère m'a fait l'honneur d'écrire au Roi comme on me l'avoit prescrit. Je n'ai pas peu de contentement d'avoir si bien exécuté toutes mes promesses, et je m'assure, Monsieur, que vous me ferez l'honneur d'en être bien aise, et marri que nous demeurions tant à voir des effets de la royale protection de S. M. ; mais j'espère de sa bonté et équité qu'elle nous en fera jouir. J'oubliois de vous dire, Monsieur, que l'on veut que mon fils se départe de la gratification de douze mille écus, accordés dans la protection du Roi de l'année 1616, et qu'il se contente de ce qui est porté par celle du feu Roi de l'année 1606. Puisque c'est la volonté du Roi, je ne doute pas qu'il n'y obéisse promptement, bien que cette place a besoin de faire toute autre défense que du temps du feu Roi, comme vous avez pu juger, Monsieur, l'ayant vue. C'est vous importuner trop longuement de nos affaires , mais j'en prends la liberté sur l'assurance que j'ai de l'honneur de votre bienveillance, et sur la ferme résolution que j'ai d'être toute ma vie, Monsieur, etc. Elisabeth de Nassau. A Sedan, ce 17 e mars.
P. S. Monsieur, je laisserai à M. de Combe à vous parler de l'affaire dont il vous a plu lui écrire, lequel vous fera entendre qu'il ne seroit pas raisonnable de vendre une terre au prix de ce qu'elle a valu dans sa ruine, espérant la remettre dans quatre ou cinq ans, y ayant déjà un bon commencement, Dieu merci.
LE MARÉCHAL DE SCHOMBERG AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Le [Maréchal d'Effiat lui porte les commandements du Roi. — Doutes sur la fidélité du Duc de la Valette. — Le Cardinal, son frère, envoyé vers lui.'
•mi. Monsieur, le paquet qd'a apporté le jeune Belsunce est tombé entre les mains de M. le Cardinal , qui l'a bientôt après
LE MARÉCHAL DE SCHOMBERG AU MÀR. DE LA FORGE. 365
fait voir au Roi; et parce que M. Bouthillier ne s'est pas 102. trouvé à Saint-Germain pour vous faire savoir les intentions 6 waU de S. M. » j'ai eu commandement de les vous écrire. C'est en effet que l'état des affaires oblige le Roi à prendre de grandes résolutions, qui se peuvent malaisément faire entendre par lettres. S. M. a commandé à M. le Maréchal d'Effiat de vous aller porter ses intentions, afin que tous deux.ensemble avisiez à les exécuter en la meilleure manière qui vous sera possible. L'envoi de delà de mondit sieur le Maréchal d'Effiat fait un autre bon effet, c'est qu'il y fait aller avec moins de regret l'argent qui est nécessaire pour contenter les gens de guerre. Ledit sieur Maréchal partira demain de Paris, et sera en quatre jours près de vous. Cependant le Roi désire que vous faisiez toutes sortes de choses possibles pour que son armée subsiste aux lieux où vous les avez mis, aux environs de Verdun.
M. de Guron a donné au Roi les mêmes avis qu'il vous a envoyés; S. M. a grand'peine de douter de la fidélité de M. le Duc de la Valette , et pour être promptement éclaircie sur une chose si importante, a prié M. le Cardinal de la Valette de s'en aller en toute diligence trouver son frère. Il est par même moyen chargé de négocier quelque chose avec M. de Bellegarde; mais ces nouvelles ne doivent être que pour vous seul. En cas que M. de la Valette se conduise en sorte qu'il fasse clairement voir que les bruits que l'on a fait courir de lui sont faux, il n'y aura rien de changé à ce que vous porte M. le Maréchal d'Effiat; mais si Metzétoit perdu ou en branle de cela, vous verrez avec M. le Cardinal delà Valette ce que vous pourrez faire de plus utile pour le service du Roi, et vous y porterez avec le soin et la diligence que vous savez que l'affaire mérite.
M. le Cardinal (de Richelieu) m'a chargé de vous assurer de son affection et de son service; pour moi vous me ferez, s'il vous plaît, l'honneur de croire, etc. Schomberg. De Saint- Germain, ce 6 e mai.
Le Duc de la Valette est venu trouver le Roi. — Départ de Richelieu pour Amiens.
Monsieur, je n'ai rien à vous dire puisque vous avez M. le 12 mi i.
limai.
366 CORRESPOHDÀHOEB.
Maréchal d'Effiat arrivé près' de vous, de qui vous aurez appris toutes choses. Je serai tout prêt , lorsque les affaires des finances le rappelleront de deçà, de vous aller seconder ; cependant je vous rendrai ici tout le très-humble service qui sera en mon pouvoir. Vous aurez maintenant repos d'esprit du côté .de Metz , puisque M. le Duc de la Valette est venu trouver le Roi, et est en cette ville ; il ne se peut pas procéder plus nettement qu'il a fait. M. le Cardinal et moi partons aujourd'hui pour aller joindre le Roi, entre ci et Amiens. S. M. ne se porta, grâces à Dieu, jamais mieux. Elle a commandé que la cavalerie , qui est en ces quartiers de deçà 9 s'assemblât aux environs de Corbie. Je crois, si ma compagnie de gendarmes vient en Picardie, comme il semble que le Roi désire, qu'il y aura près de mille chevaux, avec lesquels nous irions bientôt à vous s'il en étoit besoin. Faites-moi l'honneur, etc. Schomberg. De Paris, ce 12 e mai.
LE MARÉCHAL D'EFFIAT AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Commission doni il est chargé par le Roi.
14 mai. Monsieur , l'honneur que vous m'avez fait de m'aimer, me fait espérer que vous n'aurez pas désagréable la Commission qu'il a plu au Roi me donner avec vous, puisque je vous peux assurer que pas un de vos enfants ne vous honore avec plus de respect que moi, qui suis et serai toute ma vie, etc. D'Effiat. A Châlons, ce 14 e mai.
LE MARÉCHAL DE LA FORCE AU CARDINAL DE RICHELIEU
Reddition dlngoïsladt et de Munich. — Le Duc de Bariére se retire à Vienne. — Desseins du Roi de Suède sur le Palalinat. — Départ de Monsieur pour Luxembourg. — Armements du Duc de Lorraine.
23 mai. Monseigneur , ce matin M. le Maréchal d'Effiat est parti d'ici pour aller visiter Marsal et Moyenvic. Il m'a dit que par sa dépêche il vous informoit bien particulièrement de toutes choses; de sorte que ce qui m'a donné lieu de vous adresser celle-ci, Monseigneur, est pour vous donner connoissance de ce que j'ai appris depuis son départ, par un soldat des Gardes du Roi de Suède, qui vient d'arriver présentement, et est
LE MARÉCHAL DE LA FORGE AU CARDINAL DE RICHELIEU. 36
françois. C'est le cinquième jour qu'il est parti de son armée après la reddition de la ville d'Ingolstadt; celle de Munich est aussi rendue, et il y a laissé le Roi de Bohême; le Duc de Bavière s'est retiré à Vienne. Il fait l'armée dudit Roi, de quarante mille hommes , laquelle marche déjà vers la route de Mayence; il dit que S. M. de Suède est résolue de parachever ce qu'il avoit commencé dans le Palatinat, et de s'en rendre maître , et veut faire trancher la tète à celui qui a rendu Spire.
L'armée du Comte d'Embden, qui en avoit fait la prise, prend le chemin de la rivière de Sare, vers Sarbruck et Trêves.
Il me vient d'arriver un cavalier du Baron des Salles, que j'avois envoyé vers le Luxembourg pour apprendre des nouvelles de ce côté-là ; il m'a assuré que Monsieur étoit à Arlon depuis le dix-huitième de ce mois; qu'il partoit pour s'en aller à Luxembourg ; que le bruit étoit que de là il devoit aller vers Trêves, joindre l'armée du Comte d'Embden. L'on tient que ces deux armées peuvent faire environ trente mille hommes de pied, et de cinq à six mille chevaux. S'ils ont le vent du retour du Roi de Suède, je crois qu'ils se retireront bientôt; et l'approche de l'armée du Roi , de deçà , se rencontre bien à propos. Je ne fais aucun doute que le négoce de M. de la Saludie ne réussira entièrement.
Je viens de voir un honnête homme de M. de Guron , envoyé de Nancy, qui portoit de ses lettres à M. le Maréchal d'Effiat , auquel il les a envoyées soudain. Il m'a dit qu'il étoit chargé de nous faire entendre de bouche que M. de Lorraine armoit plus que jamais, queCouvonges et Leymon avoienteu commandement de mettre sur pied leurs régiments avec toute diligence, et a trouvé en chemin , venant ici, un de ces régiments de cavalerie, qui avoit ordre de se rendre à Nancy. Cette fermeté fait juger qu'il a quelque concert avec Monsieur et ces armées voisines, qui le font ainsi opiniàtrer ; néanmoins ma créance est que si ce retour du Roi de Suède est véritable, que Ton y verra bientôt du changement, et qu'il ploiera à tout ce que l'on voudra.
Nous devons après-demain mardi voir toute l'armée en bataille prés de Courcelles, qui est entre ci et Saint-Avold ; je
i«32. crois que dans ce temps-là nous aurons quelque clarté plus 23 mai. g ran de , soit sur ce qui regarde M. de Lorraine par M. de Guron , soit de ces armées voisines ou de ce que deviendra Monsieur; sur quoi nous prendrons nos mesures pour ne rien omettre de ce que nous devons au service de S. M. , et serez bien particulièrement informé de tout. Ce 23 e mai.
gonçalo de cordova aux maréchaux de la force et d'effiat.
L'Espagne et la France doivent s'entendre contre les Suédois pour le maintien de la Religion catholique.
2 juin. Messieurs, ayant lu ce qu'il vous a plu m'écrire par votre lettre du trentième de mai, je veux croire que S. M. Très- Chrétienne fera paroltre en toutes occasions le zèle que comme si grand Roi il doit avoir pour la conservation de la Religion catholique , et que S. M. effectuera ce qu'elle me fit assurer lorsque j'eus l'honneur de lui baiser les mains à Saint-Germain , espérant que en ce qui touche la forme de traiter la guerre de commun avis pour conserver la Religion, S. M. Très-Chrétienne aura fait donner part de sa résolution à la Sérénissime Infante, afin que son Altesse nous envoie les ordres que nous devons observer. Et au regard de la bonne correspondance des armées du Roi, mon Seigneur, qui sont sous mon commandement, tant en campagne qu'es garnisons avec celles de S. M. Très-Chrétienne, vous pouvez vous assurer que de notre part il n'y aura aucune faute, ains y sera procédé avec toute ponctualité, comme aussi au regard de l'assistance que nous autres leur pourrons donner, particulièrement contre le§ armes du Suédois.
J'avois ordonné , passés quelques jours , de tenir prêts quelques vivres en la ville de Saint-Wendel, à cause que mon dessein étoit d'aller joindre ces troupes avec l'armée qui est à la charge du Comte d'Embden, et continuer le progrès qu'il a commencé- contre les Suédois, vous suppliant de témoigner de votre part la bonne correspondance que requérez de la mienne, afin que nous ayons tant plus d'occasions de vous servir, comme étant de vos Excellences, etc. Gonçalo Fernando de Cordova. A Trêves, le 2« de juin.
LOUIS Xm AU MARÉCHAL DE LA FORGE. 369
Il lui donne le commandement de l'armée envoyée contre Monsieur.
Mon Cousin, lespernicieuxconseilsdeceuxquiontci-devant i«w. fait éloigner d'auprès de moi mon frère le Duc d'Orléans, »J«kl'ayant porté d'entrer dans mon Royaume avec quelques troupes pour tâcher d'en troubler le repos; j'ai résolu, pour prévenir les maux qui en pourroient arriver, et empêcher les excès et pillages que lesdites troupes commettent dans mon pays de Bourgogne, à la foule et oppression de mes sujets , d'y envoyer une armée pour les suivre et s'opposer à leurs desseins, et de vous en confier la conduite pour l'entière confiance que je prends en votre affection et fidélité, et la satisfaction que j'ai du soin et de la vigilance que vous avez toujours apportée dans les importants emplois qui vous ont été commis : dont j'ai bien voulu vous donner avis par la présente, afin que vous vous disposiez et teniez prêt pour partir incontinent après que vous m'aurez vu jeudi prochain à Toul , où je fais état de me rendre. Cependant je vous envoie l'état des troupes que j'ai destinées pour servir sous vousenmadite armée; et comme vous devez prendre quelques compagnies de cavalerie dans celles que vous commandez^à présent; j'ai estimé à propos qu'au lieu de les faire avancer par la Lorraine avec les autres qui y restent, suivant ce que mon cousin le Maréchal d'Effiat vous en dira de ma part , vous leur donniez ordre de s'acheminer présentement vers Langres, qui est le chemin qu'elles doivent tenir pour marcher du côté où sont les troupes de mondit frère. Au surplus, j'ai donné charge à mondit cousin de vous faire payer votre pension de la présente année, vous assurant que me servant comme vous faites , je suis obligé de prendre un particulier soin de ce qui concerne votre bien et avantage. Ce que remettant de vous confirmer encore de vive voix , je prierai Dieu, etc. Ecrit au camp de Saint-Mihiel, le 22 e jour de juin. Signé: Louis. Et plus bas : Phélypeaux.