RÉPONSES
Le Roi lui a assez témoigné* rentière confiance qu'il prend en lui, et la satisfaction qu'il a de sa conduite et prudence, ce qui a convié sa Majesté de lui confier cet emploi.
Il a été satisfait à cet article par le Pouvoir qui lui a été baillé.
Le Maréchal de la Force se tient grandement honoré de ee qu'il plaît au Ror loi faire paraître la confiance qu'il prend de son service, n'ayant rien de si cher au monde que de pouvoir témoigner à sa Majesté avec quelle fidélité il désire s'en acquitter.
H demande que si au commandement que le Roi lui fait sur l'occasion qui se présente, il ne seroit point nécessaire qu'il eût une Commissk>& expresse scellée du grand sceau, pour mieux obliges tous les sujets du Roi, et les contraindre à toutes occasions de rendre l'obéissance qu'itedotvent à sa Majesté, se remettant néanmoins à tout ee qu'elle aura agréable?
H a été jugé à propos qu'il Savoir comment il aura à se
commandera seul formée conduireavec les Gouverneurs
dans le Gouvernement de des provinces ?
ceux qui ne sont point Marréchaux de France, et conjointement avec ceux qui ont
MÉMOIRES RÉPOffMTS A M. DE LA FORGE.
k titre d'Officier de la Couronne, ainsi que sa Majesté Va fait entendre à MM. de Montmorency, Vitry et Criqvy.
Il suivra MoNSmra st h$ troupes jusqu'à ce qu'il soit hors de la France; et si sur la frontière des étrangers il trouvoit occasion d'attaquer ksdites troupes, il en usera de la sorte qu'il a faite en la défaite du régiment de Mars.
Le Roi, sur les avis qu'il lui donnera, pourvoira à tout ce qui sera nécessaire pour déloger Monsieur ou ses troupes des lieux qu'il pourrait dftotr occupés*
Vital des officiera d'artnéequ'ila proposés, a' été expédié, et suivant icelui sera pourvu à leur payement, et on enverra un commis de l'ea>traordinaire avec quelques fonds pour fentretenement étl'atmé*
II désire aussi être éclaira si Monsieur sort hors de k France, ce qu'il Aura à faite?
Et au cas qu'il prit quelque établissement dans quelque province et s'emparât des places du Roi, que Von considère qu'il y faudra lors une plus puissante armée et un grand équipage d'artillerie; il désire fort d'être en état de servit dignement sa Majesté?
Cependant il est nécessâitè de ltiî fournir un état des officiels d'armée dcfct il fié eë peut passer, et Jirûufvôit k tàrf payement ; et pour cet effet, y envoyer un commis.
*j»te.
Il pourvoira à cette dépense par le moyen du fonds qui lui sera envoyé; cependant il tâchera de faire fournir le pain par les villes voisines des lieux où t armée aura à passer 9 afin de pouvoir faire subsister les troupes à la moindre foule du peuple qui se pourra. M. de Machault, qui doit à présent être pris de lui pour exercer la charge d'Intendant de la justice et des finances de ladite armée , pourra le décharger en quelque sorte de ce soin, et contribuer selon l'intelligence qu'il a, ce qu'il jugera être à faire en cette rencontre.
On a mandé aux Gouverneurs des provinces où ilpassera 9 de l'assister des munitions de guerre dont il aura besoin.
M. le Maréchal d'Effiat écrit aux lieutenants de l'artillerie de se rendre auprès de lui avec les autres officiers, et y servir ainsi qu'il leur ordonnera.
Il sait la somme qui lui a été ordonnée pour les parties
L'infanterie étant jointe au corps de Farinée, il faudra de nécessité un munitionnaire pour fournir le pain , car le peuple est si épouvanté partout qu'il ne se trouve rien à la campagne.
Usera aussi besoin lorsqu'il y ait un officier de l'artillerie, avec l'équipage qu'il faut pour faire voiturer les munitions de guerre nécessaires.
C'est à considérer qu'ayant à suivre les troupes de Moir-
LOUIS xm AU MARÉCHAL DE LA FORGE. 375
inopinées , qui suffira pour sieur , il sera du tout néces- *«*• satisfaire à cette dépense. saire d'envoyer des gens à la w**"*
campagne pour être averti de
Fait et arrêté au Pont-à- la route qu'ils tiendront et
Mousson, le 29* juin. Signé: des postes qu'ils prendront,
Louis. Et plus bas : Phé- de même dépêcher aux pro-
lypeaux. vinces et villes particulières
pour leur donner avis selon les occurrences, ce qui ne se peut faire sans grande dépense avec infinis autres frais qui se font tous les jours.
LE DUC DE ROHAN AU KARÉCHAL DE LA FORCE
11 se plaint d'être condamné à l'inaction. — Son armée manque d'argent.
Monsieur , j'apprends avec grand contentement l'heureux 30 3,^. succès des armes du Roi sous votre commandement ; il me déplaît seulement que tandis que vous agissez tous si glorieusement, et même que S. M. s'y porte en personne, je sois oisif dans ces montagnes ; et si ce n'étoit l'espérance que mon temps viendra, je me désespérerois : je l'attends avec impatience. Le sieur de Maubuisson, qui vous rendra la présente, vous dira l'état de ce pays, où nous n'avons pour le présent autre ennemi que la nécessité d'argent, et nos troupes ne courent autre fortune d'être défaites que par le manquement de payement. Si d'aventure vous vous trouvez en lieu où on en parle, je vous supplie de nous assister de votre faveur. Cependant je vous demande la continuation de vos bonnes grâces , et vous conjure de me croire à toute épreuve, etc. Henry de Rouan. A Coire, ce dernier de juin.
LE ROI AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Ordre de suivre Monsieur et de lui barrer les passages en se plaçant entre son armée et l'Espagne.
Mon Cousin, ayant eu avis que mon frère, le Duc d'Or- * !•**. léans, étoit passé au port Digoin avec ses troupes, et qu'il
tT& GOUBsromiifGss.
fut état d'aller en Auvergne, ou de couler le long de la ri- «#*«*«* yière de Loire pour entrer par le Forez dan» le Vivarais et le Languedoc, afin d'y faire des soulèvements , et étant nécessaire d'empêcher que ce dessein ne réussisse k ceux qui sous son nom veulent troubler la France, je vous ai voulu faire cette lettre qui vous sera rendue par un courrier que je dépêche exprès à mon cousin le Duc de Montmorency sur ce sujet, pour vous dire que si mondit frère va en Auvergne, vous ne pourrez mieux faire que d'aller droit audit port Digoin où il a passé, soit pour lui couper le chemin de Monde ou du Puy s'il veut aller en Languedoc, soit pour au cas qu'il allât dans le Limousin ou dans le Poitou, le suivre par le chemin le plus court qu'il tiendra, selon la route que vous saurez qu'il aura prise.
11 sera donc à propos, en ce cas, que vous vous avanciez le plus tôt que vous pourrez avec votre cavalerie, faisant recueillir votre infanterie par un Maréchal de camp qui la mènera par après là où vffus serez. J'estime pour cet effet que vous ne pouvez avoir une personne plus propre que le sieur delà Grange , qui commande à Bellegarde, auquel j'écris sur ce sujet , m'assurant qu'il s'acquittera dignement de cette conduite, r Mon avis est de plus, si mondit frère tire en Languedoc,
que vous devez aller droit à Lyon , de là au Saint-Esprit, et puis après droit à Narbonne, pour vous mettre avec les forces que vous commandez, entre ses troupes et l'Espagne. Et cela étant, vous ferez partir les régiments qui ont ordre de s'assembler à Saint-Simphoren i le Château, près ma ville de Lyon , pour de là les faire descendre sur le Rhône , ou leur faire prendre telle autre route que vous jugerez nécessaire pour couper chemin à celles de mondit frère. Je donne ordre au sieur du Gué , de Lyon , de faire tous les frais pour la conduite de vos troupes, comme aussi de faire fournir les bateaux dont lesdits régiments auront besoin pour s'embarquer sur ladite rivière du Rhône. C'est ce que j'ai cru vous devoir dire, % et ce que je désire que vous exécutiez avec difrgence pour prévenir lesdites entreprises à ce qu'elles n'aient
•fetat-SimirtiorieB.
LOUIS Xm AU MARÉCHAL 0E LA FORGE. 375
M6ooe suite préjudiciable, me promettant pour cet effet que mit: waë tous y conduirez selon votre prudence et affection ac- 4 &**• aratomée au bien de mondit service , ainsi que je vous y cohorte, et de m'informer soigneusement de ee que vous jugerez digne de ma oonnoissance. Sur. ce , je prie Dieu , etc. Sait à P<mtr-à-Mousson, le 4 e de juillet, Signé : Louis. Et phu io§ : Phélypeaux.
LE MARÉCHAL DE SCHOMBERG AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Exécution du traité de Li ver dan. — Départ du Roi pour Saint-Dizier. — Le Maréchal s'avance avec de la caralerie à la poursuite de Mohsieok.
Monsieur, trouvant la commodité de ce commissaire du ré- s juillet. gpment de Vaubecourt, je ne la veux perdre sans vous dire que l'affaire de Lorraine a été heureusement achevée, et les bois places mises entre les mains du Roi. S. M. sera aprèsdemain à Saint-Dizier, de là où je partirai avec un bon corps ée cavalerie pour m'avancer en diligence vers vous, afin que ■ous puissions mettre les troupes de Monsieur entre nos feux armées, et nous joindre s'il en est besoin. Je crois que li nous sommes une fois à ses côtés, que nous aurons bien- KU combattu ou dissipé ses troupes ; car pour sa personne, bous la devons toujours honorer et respecter. Lorsque je ntf approcherai de vous, je vous manderai de mes nouvelles; vous m'en ferez aussi, s'il vous plaît, savoir des vôtres, et me ferez l'honneur , etc. Schomberg. De Saint-Mihiel , ce 8p juillet.
LE moi AU MARÉCHAL DE LA FORCE.
Approbation de la conduite da Maréchal. — Le Marquis de la Force se jette tels Moulins. — Ordre de tailler en pièces ceux qui tenteront de passer en Languedoc ou autres lieux.
Mon Cousin, j'ai reçu votre dépêche du septième dece mois, « ]«***• •tvu bien particulièrement par icelle et par le mémoire qui y étoit joint, ce que vous avez remarqué de plus considérable depuis que vqys vous êtes avancé dans ma province de Bourgogne, touchant les desseins que peuvent avoir; les troupes de mon frère le Duc d'Orléans , qui sont maintenant à Vichy; de quoi je suis bien aise que vous m'ayez donné oonnoissance, louant la bonne diligence et conduite que vou* tenez pour
»•». empêcher qu'elles ne fassent aucun progrès. Il a été très-à- M i**Uei. propos pour prévenir l'entreprise qu'elles pouvoient avoir faite sur ma ville de Moulins, que vous y ayez envoyé le sieur Marquis de la Force, votre fils, pour se jeter dedans avec cent chevaux, afin de fortifier les habitants dans' leurs bonnes résolutions , voulant croire que par ce moyen cette place sera conservée, et n'en arrivera aucun inconvénient préjudiciable à mon service. Je vous exhorterai donc de continuer d'agir avec le même soin , soit pour recueillir les troupes qui vous doivent joindre, ou pour suivre celles de mondit frère , en cas qu'elle voulussent passer dans le Vivarais et Languedoc, ou demeurer autres provinces; et s'il arrivoit qu'il retournât avec lesdites troupes pour entrer dans le Comté, vous vous y opposerez vigoureusement, et taillerez en pièces celles qui voudroient tenter le passage , me remettant sur votre prudence pour les autres occurrences qui peuvent survenir dans le cours de cet affaire, d'y pourvoir par les moyens que vous estimerez les plus propres et convenables à mon autorité. Cependant je fais partir de ce Heu mon cousin le Maréchal de Schomberg, avec mille chevaux et bon nombre de mousquotaires à cheval, qui s'avancera en diligence pour s'employer de son côté selon les ordres que je lui ai donnés, m'assurant que comme de votre part vous me servirez trèsdignement en cette occasion, et ainsi que je le puis désirer de votre fidélité et affection en mon endroit, que de la sienne il fera le semblable ; ce qui me donne sujet de croire qu'agissant l'un et l'autre d'une bonne correspondance, ceux qui s'efforcent de troubler le repos de mon Etat, se trouveront bientôt déchus de cette espérance. Vous continuerez de m'in former des choses que vous jugerez le mériter, afin qu'ensuite je vous fasse savoir ce qui sera de mes intentions; c'est ce que je vous dirai en réponse de votredite dépêche. Je fais état de partir demain de ce lieu pour m'en aller du côté de Paris , où je me pourrai arrêter quelque temps, si ce n'est que je reconnoisse qu'il fût à propos de porter ma personne aux lieux où elle pourroit être nécessaire pour faire encore quelque meilleur effet. Sur ce, je prie Dieu, etc. Ecrit à Saint* Dizier, le 11 e jour de juillet. Signé : Louis. Et plus basz Phélypeaux:.
Dispositions pour s'opposer aux desseins de Monsieur. — Arrivée de M. du Gué à Lyon.
Sire , depuis le départ du sieur de Nogent, j'ai travaillé à tesi. rallier les troupes, tant de la cavalerie que de l'infanterie, "J" 111 *et à préparer toutes choses pour, sans perdre temps, pouvoir m' acheminer incontinent que nous aurions une connoissance certaine de la route que prendroit Monsieur, ayant toujours été en doute s'il tourneroit vers le Limousin ou vers le Languedoc; à présent plusieurs avis me sont venus d'Auvergne, qu'il est vers Saint-Flour et prend le chemin de Caudesaigues. L'on tient qu'il va en Rouergue et Languedoc.
Je tenois les ordres pour les routes de nos troupes tout prêts , afin de ne perdre point de temps , de sorte que tout partira dès demain pour s'acheminer à Lyon , où tout a été aussi préparé, tant pour les bateaux nécessaires pour l'infanterie) que pour les étapes. M. du Gué, bien qu'indisposé, vient d'arriver présentement suivant le commandement qu'il en a reçu de votre Majesté, dont j'ai été très-aise, le reconnoissant fort digne et plein d'affection pour bien servir; il m'a assuré tout être en bon état. Ainsi , j'espère que toute l'infanterie arrivera le dix-huitième à Lyon, et sera embarquée le dix-neuvième ou le vingtième du courant au plus loin, et toute la cavalerie fera aussi bonne diligence , car je fais mettre tous leurs bagages dans des bateaux.
Je prends ce chemin sur le commandement que votre Majesté m'en fait par la lettre que m'a rendue le sieur d' Angenou, et qu'il est très-apparent que je puis plus utilement servir votre Majesté de ce côté-là, puisque M. le Maréchal de Schomberg avec son armée et l'assistance qu'il peut avoir par toutes les provinces, peut bien empêcher qu'il ne prenne aucun établissement dans le cœur du Royaume, mêmement si votre Majesté marche après, qui est le coup de partie. Ainsi, il importe surtout, selon mon avis, de s'opposer à ce qui pourroit venir du dehors, et qu'il ne se place en quelque frontière qui donnât moyen aux étrangers d'y avoir entrée et de s'y fortifier; de sorte que me jetant au delà de Narbonne, et côtoyant les frontières, je puis couper chemin et me tenir entre deux
*78 CORRESPOKDUKSS.
t«aa de ce qui pourroit venir du dehors et du dedans. Ledit sieur itjvui*. d'Angenou pourra représenter à votre Majesté l'état detoutes choses, et particulièrement celui des troupes que je puis avoir, qu'il seroit fort nécessaire de renforcer (ce qui se pourtoit fort facilement par des recrues), pour servir plus dignement; car étant foible , il seroit périlleux de se jeter entre deux eorps qui seroient plus forts que moi. J'espère , avec l'aide de Dieu, rendre un si bon devoir à tout ce qui concerne le service de votre Majesté , et aux commandements qu'il bà plaira me faire, qu'elle en demeurera satisfaite et moi honoré de ce glorieux titre, Sire, etc. Ce 12 e juillet.
LE CARDINAL DE BICHELIEU AU MARECHAL DE LA FORCE
Ordre de charger les troupes de Monsieur^
19 juillet. Monsieur, le Roi vous dépêchant ce courrier pour apprendre de vos nouvelles et savoir le lieu et l'état auquel vous êtes, je ne l'ai pas voulu laisser partir sans vous assurer par cette lettre de la continuation de mon affection et de mon service, dont je ne perdrai aucune occasion de vous donner des preuves , et pour vous dire que le plus grand plaisir que vous puissiez faire à S. M. est de eharger les troupes de Monsieur, fci vous le pouvez, avec les précautions que l'on doit apporter à la guerre, lesquelles vous savez bien pratiquer. Il n'est pas besoin de vous animer à apporter en cette occasion tout ce qui dépendra de vous; sachant le zèle et l'affection que vous avez au bien des affaires de S. M., je me contenterai seulement de vous dire qu'elle se promet que vous n'oublierez aucune chose de ce que vous estimerez devoir apporter avantage à ses armes. En mon particulier, je vous conjure de croire que je ferai valoir vos services lorsque j'en aurai lien, et vous témoignerai en toutes occurrences que y x suis , etc. Le Cardinal de Richelieu. De Monceaux, ce 19 e juillet
Dispositions à prendre pour attaquer Monsieur.
ai juillet. Monsieur, bien que je vous aie écrit hier, je ne laine de reprendre la plume pour vous dire que le plus grand plaisir que vous puissiez faire au Roi est de vous mettre entre h
LE CARDINAL DE RICflKUEU AV MARtCBAT, DE LA FORCE. S70
frontière et lu tète de Monsieur, en sorte que donnant lieu "*• k M. le Maréchal de Schoraberg d'attaquer ses troupes d'un n ***" côté, elles ne puissent, étant enfermées entre vous deux, éviter les armes de S. M. Je sais que vous êtes si résolu à continuer à faire en cette occasion ce que vous avez fait en toutes celles qui se sont rencontrées jusques ici pour son sepvice, que ce seroit faire tort au zèle que vous y avez, de vous y convier davantage. C'est ce qui me fait finir cette lettre en vous assurant, etc. Le Cardinal de Richelieu. Du Bois-le- Vicomte, ce 21 e juillet.
US MARÉCHAL DE SCHOMBERG AU MARÉCHAL DE LA FORCE
11 lui rend compte de ses opérations.
Monsieur, vous devez avoir reçu une dépêche que je vous Mjufflet. ai envoyée par M. de Beauregard, aide de camp; celle-ci vous confirmera la même chose, qui est que je serai vers le trentième de ce mois en la Limagne d'Auvergne , et de là me résoudrai si je prendrai le chemin de Rhodez et Albi, où si je suivrai la route de Monsieur. L'on me donne avis d'Auvergne qu'il étoit aux environs de Mende, et qu'il a environ quatre mille chevaux, et espère bientôt quinze mille hommes de pied. Je ne crois ni l'un ni l'autre, et ferai le plus de diligence que je pourrai pour les voir. Sitôt que je serai en Languedoc, j'enverrai devers vous, et vous supplie d'en faire de même vers moi ; car la communication de nos desseins peut faciliter de grandes choses pour le service du Roi. Honora» moi de vos bonnes grâces, etc. Schomberg. De Ne vers, ce 24 e juillet.
LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Marche des Maréchaux de Schomberg et de Coalition. — Le Roi s'avance pour les appoyer. — Nécessité d'étouffer la révolte à «on commencement. — Trahison de M. de Montmorency. - Mort du Maréchal d Effiat. - MM. 4e Bullion et Boulhillier Directeurs des finances.
Monsieur, rencontrant ce courrier qui va vous trouver, je ne puis que je ne vous conjure de vous avancer autant qu'il vous sera possible. Assurément le mal n'est point tel que vous pouvez penser d'abord dans le Languedoc, et il n'y a point
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de moyen d'empêcher qu'il ne croisse, qu'en faisant voir l'autorité et les armes du Roi. Si vous avez seulement cinq mille hommes et mille chevaux, ou approchant de ce nombre, rien ne vous peut faire tête. M. le Maréchal de Schomberg s'avance tant qu'il peut ; d'un autre côté, M. le Maréchal de Châtillon s'en va recevoir douze vieux régiments et cinq nouveaux qui reviennent d'Allemagne, avec quinze cents chevaux , pour aller droit à Beaucaire. Le Roi partira dans huit jours, pour s'en aller aussi droit aux ennemis par le Limousin et le Quercy , avec ses Gardes , ses Suisses, Navarre, Vervins, et huit cents chevaux. On désire mener cette affaire le plus chaudement qu'il se pourra, pourvu que vous et M. le Maréchal de Schomberg empêchiez, comme j'espère que vous le ferez, que les ennemis ne fassent grand progrès. Je ne crois point que les Huguenots ne demeurent dans leur devoir. Les villes que M. de Montmorency offre au service de Monsieur ne seront pas de si grande' conséquence que l'on pourroit s'imaginer d'abord ; pourvu que Narbonne ne se perde point, la trahison de M. de Montmorency ne sera pas suivie de grand effet. Nous avons fait tout ce que nous avons pu de deçà pour l'empêcher, je m'assure que vous et M. le Maréchal de Schomberg n'oublierez rien à même fin. Je crois aussi que vous n'aurez pas oublié à faire parler en passant au sieur de Peyrault ', pour le faire contenir en son devoir ; il n'aura jamais une plus belle occasion pour acquérir de l'honneur et faire sa fortune; autrement, et lorsqu'une armée sera arrivée, s'il donne la peine d'y envoyer exprés pour l'attaquer, il ne sera plus temps de penser à recevoir des effets de la bonne volonté du Roi , qu'on lui peut procurer maintenant. Vous nous tiendrez , s'il vous plaît , averti par toutes voies de ce que vous ferez, de ce que vous apprendrez. On écrit à M. du Gué pour vous faire trouver trois cents chevaux de canon à Lyon. Je vous prie faire l'impossible. Vous prendrez trois ou quatre couleuvrines en quelque ville que vous les trouverez, cela étant du tout nécessaire pour faire ouvrir les petites villes qui se voudroient porter à la rébellion. Au nom de Dieu , avancez-vous le plus que vous
* Gouverneur de Beaucaire.
LOUIS Xm AU MARÉCHAL DE LA FORGE. 381
pourrez, pour empêcher les levées des ennemis et leurs des- test, seins. Il ne faut rien pour dissiper une faction à son com- 9 * **«• mencement : si vous avez quelque avantage sur eux, cela est % capable d'étonner grandement la compagnie. Assurez-vous, s'il vous plaît, etc. Le Cardinal de Richelieu.
P. S. Je ne vous mande point le déplaisir que j'ai de la mort de M. le Maréchal d'Effiat, parce qu'il est extraordinaire ; le Roi l'a grandement ressentie, j'en suis outré en mon particulier. S. M. a mis en la direction des finances MM. de Bullion et Bouthillier. De Saint-Germain en Laye, ce 2 e août.
LE ROI AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Même sujet. — Mesures prises par S. M.
Mon Cousin , j'ai reçu votre lettre du vingt-sixième du mois dernier, avec le mémoire qui y étoit joint, par lequel, comme aussi par le récit que m'a fait le sieur de Coulange que vous m'avez envoyé, j'ai appris ce que vous avez pu recueillir des avis qui vous sont donnés, de l'état des affaires de ma province de Languedoc, entre lesquels je vois que la perfidie du Duc de Montmorency vous a été confirmée. Je suis bien aise que vous m'ayez informé de toutes ces particularités; et ce, d'autant plus que les maux se peuvent mieux guérir lorsque les causes en sont bien connues ; aussi me suis-je proposé, comme les suites de ]ceux qui se préparent seroient très-préjudiciables, de ne rien épargner pour en arrêter le cours, et même de porter ma personne sur les lieux, afin de faire ressentir à ceux qui en sont les auteurs, et les ont fomentés sous le nom de mon frère, le châtiment qu'ils auront mérité. Je pourrai partir d'ici dans douze ou quinze jours pour commencer mon voyage, après avoir pourvu à la sûreté des provinces de deçà , en sorte qu'il ne s'y passe pendant mon éloignement aucune chose qui puisse altérer le repos et la tranquillité de mes sujets.
J'estime que vous aurez maintenant rallié les troupes qui sont sous votre charge, et pris une bonne résolution sur les choses qui presseront le plus. Vous ne pouviez , selon mon avis, en faire une meilleure que d'aller à Nismes et Uzès,
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que vous jugez n'être pas en très-bonne assiette, et parce qu'il est très-important de la assurer; aussi me veux-je promettre ' que tous y aura: si bien pourru, qu'elles seront contenues <}ans l'obéissance avec les autres lieux circonvoisins.
Pour le regard de Narbonne, j'ai fait partir , il y a deux jours, le Baron de Chabanne, pour aller trouver mon cousin le Maréchal de Vitry, duquel il prendra les ordres nécessaires pour y conduire par mer, avec toute la diligence possible, un secours de vivres, hommes et munitions de guerre , qui soit capable de la fortifier et conforter les habitant» dans leurs bonnes résolutions ; ce que je veux croire qui sera exactement exécuté, et que par ce moyen cette place pourra être garantie d'inconvénient.
Il a été bien à propos que vous ayez dépêché à mon cousin le Maréchal de Schomberg pour lui donner connoissance des avis que vous recevez ; vous continuerez de lui écrire souvent, afin de considérer les moyens que vous aurez â tenir pour vous opposer puissamment aux desseins qui se font contrer mon service, sort en vous joignant ensemble ou agissant se* parement, remettant à vous et à lui qui êtes proches des occasions, et en connaissez l'importance mieux que ceux qui en sont éloignés , d'en user ainsi que vous jugerez que l'avantage de mes affaires le pourra requérir.
Pour le regard de ce que vous me mandez, qu'il seroît nécessaire d'envoyer des Commissions pour lever des troupes dans la province, afin de prévenir en cela le dessein de» factieux, je vous dirai qu'il en a été mis ci-devant entre les mains de mondit cousin le Maréchal de Schomberg, pour lever ait ou douze compagnies de cavalerie et autant de régiments, dont on se pourra servir si on juge qu'il soit & propos.
Par mes dépêches du vingtième et trentième du passé, jevouar aimandécequi étoit de mon intention, tant pour le* recrues de l'infanterie et delà cavalerie, que sur Tes autres choses nécessaires pour la subsistance de vos troupes, comme aussi l'ordre que j'ai donné au régiment de Chambïé pour vous aller joindre. Tous aurez vu pareillement ce que vous aurez à faire observer touchant les différends qui naissent entre lesdftés troupes pour les rangs et préséance, ce que je ne répéterai point ici.
LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORGE. 388
Le marché pour le pain de munition a été fait; j'ai com- i*3»« mandé que Ton fit partir au plus tôt le commis du munition- * août * mire et celui de l'extraordinaire de la guerre. Je ferai aussi pourvoir an prêt des soldats , s'il y a moyen ; cependant la tomme qui a été empruntée par le sieur du Gué étant bien ménagée , cet argent ira bien loin , et donnera lieu de faire on nouveau fonds pour subvenir aux dépenses de Tannée. Et parce que ledit sieur du Gué juge que sa présence sera nécessaire à Lyon pour y pourvoir,, je trouve bon qu'il s'en aille aussitôt que le sieur de Macbault sera arrivé auprès de vous. Je donnerai ordre de plus qu'il vous soit envoyé des officiers et des chevaux d'artillerie avec l'équipage nécessaire, sacbant que dorénavant vous en pourrez avoir besoin pour vous faire passage et forcer les lieux qui ne voudront pas obéir. Ledit sieur du Gué fera lever à Lyon trois cents chevaux pour ladite artillerie, outre les quatre cents qui se lèveront en ces quartiers. C'est la réponse que je ferai à votre dépêche, vous exhortant toujours de me départir sur ces occasions, les preuves accoutumées de votre fidélité et affection en mon endroit, assuré que de ma part je conserverai la mémoire de vos services, pour les reconnoître en tout ce qui s'offrira pour yotre contentement. Sur ce, je prie Dieu, etc. Ecrit à Saint-Germain en Laye, le 2* d'août. Signé : Louis. Et plus bas : Phélypeaux.
LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Onlrc de s'assurer de la ville de Beaaeaire ei de prendre le château. — Le Maréchal de Vitry agira conjointement avec lui. — Le Roi porte au Parlement la déclaration contre les rebelles.
Monsieur, je ne vous puis dire le contentement que le Roi 9 août. a de la façon avec laquelle vous vous portez pour son service en la province que vous êtes; il vous prie de n'oublier rien de ce que vous pourrez pour conserver la ville de Beaucaire et prendre le château. Et d'autant que vos incommodités ne tous permettent pas de pouvoir être partout, S. M. désire que M. le Maréchal de Vitry se joigne avec vous pour agir conjointement et tour à tour, comme MM. les Maréchaux de France ont de coutume.
9&0ÙI.
$m. Elle désire aussi que vous fassiez faire levée dans les Cévennes et lieux circonvoisins, de quatre ou cinq régiments de cinq ou six compagnies chacun, pour son service. S. M. va le douzième de ce mois au Parlement porter la déclaration contre ceux qui se sont révoltés contre elle, et part le lendemain pour aller droit à Beaucaire et à Bagnols, où elle espère qu'elle trouvera la besogne faite par votre diligence et celle de M. le Maréchal de Vitry.
Elle vous prie de trouver l'invention d'y mener du canon, afin de les réduire promptement à la raison; en mon particulier, je vous en conjure autant que je puis, et de croire que je suis, etc. Le Cardinal de Richelieu.
P. S. Si vous pouvez faire quelque entreprise sur les troupes de Monsieur, la moindre défaite ruineroit son parti. De Paris, ce 9 e août.
LE ROI AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Condamnation du Vicomte de Leslrange et des officiers de son 'régiment. — Ordre à la Force d'assister la justice en cette occasion.
95 août. Mon Cousin, le Vicomte de Lestrange ayant encouru les peines portées par mes déclarations faites contre ceux qui adhèrent aux factions présentes, et ne voulant différer à lui faire recevoir le châtiment que mérite le crime de rébellion, qu'il a commis par les entreprises qu'il a faites contre mon autorité et le repos de mon Etat, j'ai par ordonnance signée de ma propre main et mes lettres patentes sur icelle, condamné ledit Vicomte de Lestrange, les capitaines, lieutenants et enseignes de son régiment, qui ont été pris prisonniers avec lui, à avoir la tête tranchée, et les sergents et soldats aux galères perpétuelles. Et envoyant ladite ordonnance et lettres patentes au sieur de Machault, Conseiller en mon Conseil d'Etat, Maître des Requêtes ordinaire de mon Hôtel et Intendant en la justice, police et finances en l'armée qui est sous votre charge, pour les faire exécuter, je vous ai voulu faire cette-ci pour vous en donner avis et vous dire que vous ayez à départir toute assistance et main-forte audit sieur de Machault, pour l'effet de ma volonté, afin qu'il n'y
M. DE MINYIELLE AU MARÉCHAL DE LA FORGE. 385
soit apporté aucun retardement. Sur ce, je prie Dieu, etc. Ecrit à la Charité, le 25 e d'août. Signé : Louis. Et plus bas : Phélypeaux.
35 aoit.
LE MARÉCHAL DE SCHOMBERG AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Après avoir conduit Montmorency à Lectoure, il marche droit à l'armée du Duc d'Orléans.
Monsieur, je reçus la lettre dont vous m'avez honoré, du « ! neuvième de ce mois, avec très-grande joie d'y apprendre les bonnes nouvelles de votre santé, et le bon état où vous allez être pour servir le Roi. Pour moi, je commence aussi à grossir mes troupes et aurai bientôt huit régiments et augmentation de cavalerie. Je viens de conduire M. de Montmorency dans Lectoure, où je le crois bien en sûreté, et m'en rêvas droit où j'apprendrai que sera l'armée de Mgr le Duc d'Orléans. Les avis que j'en ai, sont qu'elle s'est retirée entre Carcassonne et Béziers; rïiais il y a apparence que nous sentant approcher, ils viendront à nous : si cela est, j'espère que Dieu .nous fera la grâce de nous en démêler aussi heureusement que nous avons fait la première fois.
Je m'assure que Lunel et Pézenas ne se lairont point assiéger, de sorte que nous nous pourrons voir bientôt devant Béziers; j'en ai une extrême envie pour vous pouvoir témoigner, etc. Schomberg. Au camp de Toulouse, ce 17 e septembre.
M. DE MINVIELLE AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Témoignages d'admiration et d'affection. — Joie des Protestants des honneurs conférés à M. de la Force.— Nouvelles du Béarn.
Monseigneur, je m'estimerois du tout indigne d'avoir été as jamais connu de vous si sachant, avec toute la France, la bonne assiette où vos vertus et les signalés services par vous et messieurs vos fils rendus au Roi, vous ont colloque auprès de S. M ., je demeurois seul muet en ce recoin de montagnes, tandis que votre nom est publiquement célébré et dedans et dehors le Royaume. Je prends donc volontiers la hardiesse de vous rafraîchir la mémoire de votre ancien serviteur» et de vous m. 25
ftê0 COWUESPtWDANCES.
tm. protester, en cette qualité, que je participe bien avant avec tous vos serviteurs de deçà, à la joie qui nous revient de votre gloire et de la reconnoissance de vos mérites, par l'honorable emploi que S. M. vous donne en ses Conseils et en la conduite de ses armées, et par la charge de Maître dé la garde-robe, dont il lui a plu vous gratifier depuis peu à votre grande louange et au grand contentement de toutes nos Eglises, qui vraisemblablement en peuvent et doivent attendre quelque relâche de respiration. Loué soit Dieu de ce que d'un côté pendant l'éclair de ce dernier trouble qui a paru en notre voisinage, sa divine bonté a contenu nosdites Eglises dans les termes du devoir, et de l'autre, de ce (Ju'avec étonnement et plaisir tout ensemble, nous avons vu la guerre mourir en sa naissance, à quoi et votre valeur et votre sage conduite n'ont pas peu contribué. Le temps a bien été pour notre condition et été encore fort mauvais depuis votre séparation d'avec nous; mais mes, affection s à vous servir, priser et honorer, se sont toujours maintenues entières sans Varier; car je puis dire et assurer sans feintise, que comme Je prie Dieu du bon du cœur qu'il vous comble de ses bénédictions avec toute votre très-illustre famille, aussi suis-je plus que jamais et par inclination et par devoir, Monseigneur, etc. Minvielle. À Pau, ce dimanche 28 e novembre.
LE MARÉCHAL HORN AU MARÉCHAL DE LA FORCE
télaite éet opérations de l'armée Suédoise contre AMrfnghér et lo Duc de Ferla.
1£M# Monsieur, je reçois à beaucoup d'honneur la joie que vous afflfeMbre. toe témoignée avoir par la vôtre du troisième du présentées avantages que &ieu nous a donnés et donne journeHmtMt sur noire ennemi, m'uflligeant du défaut des occasions «A ^commodités de pouvoir vous en informer plus souvent. Vous aurez reçu depuis peu deux des miennes par le retour de <»lui de vos gardes que vous m'àve* envoyé, desquelles Wflt *ure* appris <ce qui s'est passé entre l'ennemi «t nous depuis qa* *<>*» «ouvra passés le Schw«rtrwa!d Jusqu'à ue «que
U MARÉCHAL HOTO AU TWAHÉttAL DE LA FORGE. 387
n<ms somme* Tenus à Riedlingen. Alors le Duc de Feria et tm. Aidringer étoient à Munderkingen et Emmerkingen, et fai- i8 soient réparer quelques ponts sur le Danube pour et à dessein d'y passer et aller joindre le Wallenstein, vers la Franconie, lequel s'avançoit déjà vers le Haut-Palatinat ; mais nous leur avons fait perdre ce dessein lorsque nous sommes avancés à Erbach. Ils se retirèrent ensuite pour aller passer la rivière d'Hier à Brandenbourg, de quoi ayant eu avis, j'ai envoyé deux parties, une par Ulm, et l'autre par ledit Brandenbourg, de côté et d'autre de ladite rivière, lesquelles réussirent heureusement; car la première étant passée à Ulm, fit rencontre de deux cents cavaliers des régiments de Gonzague et Aldobrandin, qui étoient venus pour reconduire en l'armée une compagnie d'infanterie qui étoit à Yissenhorn, lesquels ils mirent en déroute et tuèrent entre plusieurs, deux capitaines de cavalerie, et firent prisonniers un major et un jeune Comte Fougger; l'autre partie chargea le quartier des Cravates où ils en tuèrent environ soixante, et prirent un capitaine prisonnier et gagnèrent grand nombre de chevaux. Ensuite de quoi nous marchâmes toute une nuit avec notre cavalerie vers ledit Brandenbourg pour tâcher d'attraper et combattre l'ennemi à son passage de ladite rivière d'Hier, lequel, après la défaite susdite de ses Cravates, n'osant se fier de passer audit Brandenbourg, s'en alla plus loin passer à Egelsée où nous l'avons fait poursuivre par une forte partie, , qui en tua environ deux cents de ceux qui demeuroient en arrière. Nous passâmes cependant ladite rivière avec de la cavalerie audit Brandenbourg, et fîmes passer l'infanterie à Kirchberg, et avons pris quartier en ce lieu de Yissenh^rn, où nous avons logé l'infanterie, et entre ledit lieu et Memmingen, notre cavalerie, proche de l'ennemi, qui y étoit aussi logé : lequel le lendemain nous voulûmes aller attaquer, ayant marché à cet effet plus de deux heures ; mais il se retira à la faveur des montagnes vers Raufbeuren, tellement que ne le pouvant poursuivre avec notre gros, nous y envoyâmes une forte partie, laquelle au village d'Àppfeltranger, proche Mindelheim, chargea et défit entièrement le régiment de Gonzague, qui étoit en garde, et les Cravates en ayant eu l'alarme, ae sauvèrent promptement de leurs quartiers, qui tfétoient
*»• loin de là, où ils laissèrent tout leur bagage. Nous avons apisgdécembre. prig par | es p r i SO nniers 9 que lesdits Duc de Feria et Aldringer passent la rivière de Lech pour aller en Bavière; nous n'avons pas jugé à propos de les suivre à cause du pays, qui est montueux et trop favorable pour eux. Nous avons envoyé toutefois une forte partie vers Augsbourg pour reconnoître leur contenance et dessein, qui est, comme je crois, de tâcher de se joindre encore au Wallenstein, par Ingolstadt ou Passau. Cependant le Duc Bernard de Weimar après avoir fait plusieurs progrès considérables de ce côté-là, tant à cause de la venue du colonel Strozzi, que ledit Wallenstein a envoyé avec quelques troupes pour secourir la Bavière et empêcher sa conjonction avec les paysans de la Haute-Autriche, que pour l'approche desdits Aldringer et Feria, et incommodité présente de la saison, ayant muni de garnison ses places conquises, se retire avec son armée hiverner dans le Haut-Palatinat pour garder cette province et nous pouvoir joindre plus commodément ensemble, si le cas le requiert.
Voilà, Monsieur, comme par la grâce de Dieu, nous avons incommodé et traversé l'ennemi en ses desseins et entreprises, et assuré ce pays le long du Danube; ainsi qu'aussi nous nous assurons de tout le delà du Rhin sur les armes du Roi, et l'affection et résolution, Monsieur, que vous me mandez avoir, de vous opposçr à tout ce qu'y voudroit entreprendre l'ennemi. Ce qui sera encore un plus ample sujet d'obligation avec tant d'autres que nous vous avons, et moi particulièrement d'être à jamais, etc. Gustavus Horn. Du camp de Yissenhorn, ce 18 décembre.
Même sujet.
» décembre. Monsieur , j'ai été extrêmement réjoui d'apprendre par 4 potier. yotre j ettre ^ et ^ e j a j )0uc i ie j e jy| ^e Miré , le soin et la
bonne résolution que sa Majesté a pris, et de Tordre qu'elle vous en a envoyé, d'avancer et employer ses armes pour la sûreté du delà du Rhin, et secours de notre parti. Je ne vous saurois exprimer suffisamment combien la Couronne de Suède et alliés s'en ressentent obligés à sadite Majesté d'avoir en grande considération son intérêt particulier en
LE MARÉCHAL HORN AU MARÉCHAL DE LA FORCE. 389 toutes occasions , et en grand honneur son alliance royale , IM3 * puisqu'ils en reçoivent de telles faveurs et avantages; je ne %décenibrt doute point que cela ne fasse aussi perdre courage et toute espérance aux ennemis communs de pouvoir effectuer ou entreprendre même aucune chose de ces côtés-là. Je vous ai fait savoir par ma dernière deYissenhorn comme TAldringer et Féria étant poursuivis continuellement par nous, et après avoir reçu de grands dommages par plusieurs de nos parties, ont été contraints de se retirer vers Amberzée et sur le Lech , où par nos derniers avis nous apprenons qu'ils y sont encore joints ensemble; je ne sais si c'est de crainte qu'ils aient d'être attaqués par nous, ou qu'ils aient encore dessein de tâcher de prendre ailleurs quartiers d'hiver de deçà le Danube , au cas que nous nous avancions vers Ratisbonne. Nous n'avons cependant, et jusques à présent, fait bouger notre armée des environs de Nordlingen, sans qu'il se soit passé autre chose, sinon qu'il y a six jours qu'environ huit ou neuf cents chevaux et dragons ennemis des garnisons de Biberach et lieux circonvoisins, s'étant assemblés, attaquèrent à Munderkingen quelques compagnies de cavalerie des nôtres, lesquels s'étant dégagés et retirés avec peu de perte en deçà du Danube, M. de Gassion , colonel françois , en ayant eu avis à Ehingen, avec quelque trente chevaux de son régiment qu'il put subitement ramasser, s'en alla à leur secours, et retournèrent ensemble au delà du Danube contre les ennemis qu'ils trouvèrent en campagne et en bataille ; et combien qu'eux ne fussent qu'environ cent cavaliers, et les ennemis six ou sept fois en plus grand nombre , ils les chargèrent néanmoins et défirent , en tuèrent sur la place une centaine, et emmenèrent plus de soixante prisonniers, leur colonel, appelé Yiston, s'étant à peine sauvé fort blessé; ledit colonel de Gassion et les François ayant acquis beaucoup d'honneur en cette généreuse action. Nous attendons de voir la contenance de l'ennemi, suivant laquelle ou nous marcherons contre , ou nous donnerons à nos troupes repos et quartier d'hiver. Je m'en vas entre ci et Ratisbonne pour m'aboucher avec le Duc Bernard de Weimar, et prendre conseil et résolution avec lui sur les occasions qui se pourroient présenter. Le Wallenstein ne bouge encore de laBohème, ayant
' Mit. envoyé le colonel Galas avec une partie de se» troupes an ****** secours de FrancfortrSur-rOder , qui étoit assiégé par Àrnheim, lequel a levé le siège. J'avois bien dit à M. de Mké, lorsque Tannée de l'ennemi étoit encore dans le Suudgau et Brisgau , qui avoit la commodité du pont de Brisach pour passer et repasser le Rhin , et qu'il nous falloit aller passer bien loin par le pont de Strasbourg, que j'eusse fait faire un pont à Rhinau, ou au-dessus vers Brisach, pour joindre on faire passer plus commodément le secours que nous vous demandions alors. Mais à présent que les affaires sont changées, l'ennemi s'étant retiré, n'ayant laissé en ce pays-làquela garnison de Brisach et quelques autres à Fribourg et ailleurs, pour lesquelles tenir en bride M. le Rhingrave Othon Louis y est retourné avec sa cavalerie ; au cas néanmoins qu'une conjonction fût nécessaire , si l'armée ennemie retournott et entreprenoit de ce côté-là , ce qu'il n'y a pas d'apparence qu'elle fasse cet hiver, on se pourroit servir du pont de Strasbourg.
J'ai fait depuis peu un voyage à Francfort, vers M- le grand Chancelier, lequel j'ai sollicité de ce que vous m'avei écrit quelquefois, touchant la restitution au Duc de Lorrain!» de Saint-Hippolyte, lequel m'a dit que, combien que ladite ville ait été prise sur ledit Duc auparavant qu'il se fût mis en la protection du Roi, néanmoins pour le respect qu'il porte à sa Majesté, qu'il donneroit ordre au plus tôt de ce faire et exécuter; s 'étudiant de tout son pouvoir de donner toute sorte de satisfaction et contentement à sadite Majesté.
Quant au reste , Monsieur, je me rapporte à ce que vons en écrit particulièrement ledit M. de Miré, en ayant ensen*ble amplement communiqué. Je tâcherai de ma part d'entretenir toujours la bonne correspondance que les intérêts unis et communs des deux Couronnes et alliés requièrent entre nous es occasions présentes, en vous mandant par toute commodités tout ce qui le méritera, et de m'entretenir ausà par tous devoirs de services dans le bonheur que j'ai d'être, etc. Gustavus Horn, De Wallestom, ce W -décante 1633, ou 4 e janvier 1634*
M. DE BRASSAC AU tf ARftPAf. PE LA FORGE. 99|