LIVRE m, CHAPITRE XIX
aux Impériaux, se rassurèrent et furent conservées, less. entre autres Landau, Guermersheim, Weissembourg, Lauterbourg, Neustadt et autres. Ceux de Philippsbourg, qui se disposoient àfaireun pont, et pour le garantir faisoient de l'autre côté à la tête un fort, furent surpris par ledit sieur Marquis, qui en avoit eu avis, et chargés si rudement que sans résistance, dés qu'il fit donner, ils abandonnèrent tout. Il y avoit cent soldats dont une vingtaine seulement purent gagner leurs bateaux, le reste fut surpris ou tué, et soudain il fit démolir le fort.
La rivière ne fut déchargée de glaçons de plus de dix jours après; dès qu'ils eurent moyen de remettre leur pont, ils repassent avec toute l'armée; mais le nombre des malades étoit prodigieux; les soldats avoient fort pàti, non-seulement à cause de la rigueur du temps , mais encore parce que souvent ils avoient été sans pain ; à quoi aucune prévoyance ne pouvoit remédier, car les gelées avoient tellement ruiné tous les moulins que bien que l'on ne manquât de bleds il étoit impossible d'en faire des farines.
Lesdits Généraux étant pressés, ils prennent leurs logements à Neustadt et de là à Laudau, puis donnèrent cinq ou six jours de temps aux troupes pour se rafraichir ; la terre étoit toute couverte de neige
i«s5. et faisoit encore un fort rude temps ; néanmoins jugeant l'importance de cette place de Spire et la grande subjection où elle tenoit tout le pays, joint les avis qu'ils avoient de la construction du pont que les ennemis faisoient vis-à-vis de la ville, au moyen duquel ils se donneroient communication avec les armées de delà et pourroient en prendre toutes sortes de rafraîchissements, estimant que leur entreprise seroit lors bien difficile à exécuter, et qu'ainsi la dilation leur étoit fort nuisible, voilà pourquoi ils se résolvent, nonobstant les incommodités de l'armée et la rigueur du temps, à attaquer Spire.