‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 29 sur 106 · LIVRE m, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XX

dits bateaux jusque conti^e la ville par un canal less. que fait une petite rivière qui passe par le milieu, croyant toujours s'en pouvoir prévaloir par le moyen d'un travail qu'ils avoient fait entre la ville et la rivière,,quicouvroit ledit canal, et avoient tiré un retranchement depuis ce fort jusqu'à la ville où ils tenoient ordinairement trois ou quatre mille hommes; en effet, la même nuit, il y entra par un bateau quatorze ou quinze officiers qui y furent envoyés; cela fit bien juger que c'étoit un coup de partie de les déplacer de là et de s'y loger afin de les priver du secours qu'ils pouvoient espérer du côté de delà le Rhin.

Le jour auparavant , les Maréchaux avoient envoyé cinq ou six cents chevaux delà la rivière, qui passèrent sur le pont de Mannheim ; le Marquis de Tonneins eut ordre de leur fournir cent ou cent vingt mousquetaires, ce qu'il fit; ils arrivèrent au point du jour à leur fort, les ennemis l'abandonnèrent; les autres ne perdirent pas temps, ils se mirent soudain à la démolition dudit fort et de ce qui restoit de leur pont; à quoi ils apportèrent toute la ruine qui se pouvoit faire en deux ou trois heures. Le fort qui étoit du côté de Spire leur tira incessamment, et eux de même aux ennemis; après ils reprirent leur chemin.

1635. Le Duc Bernard, qui avoit été convié à ce siège, arrive au bout de deux jours; ils s'entrevoient tous et s'assignent entre les deux quartiers et prennent résolution ensemble qu'il falloit ôter les ennemis du fort qu'ils avoient fait entre la rivière et la ville, et se rendre maître du canal où ils tenoient leurs bateaux, entreprise bien hardie, mais nécessaire. L'on prépare ces deux attaques pour faire les deux efforts en même temps; les François à la main droite vers le haut entre la ville et la rivière, et ledit Duc à la main gauche, droit au canal, où les ennemis avoient aussi fait un fort pour défendre leurs bateaux.

Ce dessein ayant été ajusté, un chacun se prépare pour les dix heures du soir; ledit Duc avoit demandé mille ou douze cents hommes de renfort et un couple de couleuvrines ; on lui fournit le tout. L'heure étant venue et le signal donné , ceux qui étoient ordonnés de donner, vont à son exécution avec si bon ordre et tant de courage que ce fut une très-belle action, emportent le fort, taillent en pièces tout ce qui n'avoit pas pris la fuite de bonne heure : le Duc Bernard ne fit pas donner de son côté si promptement; néanmoins, bientôt après, l'exécution réussit de toutes parts; mais comme l'on poursuivoit les ennemis sur leur retraite et que

Page 1