‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 31 sur 106 · LIVRE m, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

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la place demandèrent à traiter; on les y reçoit, mi. mais à des conditions bien dures ; néanmoins l'effroi étoit si grand parmi eux qu'ils acquiescèrent à la première offre qui fut faite, qui fut de leur ac- 22 mars. corder la vie sauve. Ils vinrent tous se mettre entr€ les mains des Généraux et furent tous retenus pour prisonniers de guerre. Leurs soldats prirent tous parti dans les troupes allemandes qui dépendoient du Roi, ou dans celles du Duc Bernard. Pour les habitants, il n'en fut point parlé, de sorte qu'ils demeurèrent à discrétion.

Les principaux chefs ctoient le colonel Hartemberg et le colonel Mesterniq ', et un de la Maison de Papenheim, plus de trente officiers. Il y avoit dans la ville plus de deux mille soldats, outre les habitants. C'a été un coup de réputation important aux armes du Roi ^ , à la vue de l'Assemblée des Confédérés qui étoient à Worms, et à la barbe des armées ennemies qui étoient delîi le Rhin , et lesquelles avoient mené des canons sur le bord de

i Le Bâpon de Metternich était Gouverneur de Spire. La réunion fortuite des noms de Hardenberg et de Metternich est curieuse lorsqu'on songe au rôle que les descendants de ces deux Maisons, honorés du titre de Prince, devaient jouer deux siècles plus tard dans la politique européenne.

2 Voir {correspondances, 28 mars 1635) une lettre de Servien au Maréchal de la Force sur la prise de Spire.

Teau, qui tiroient incessamment contre les troupes de sa Majesté et au fort qui étoit au bord de l'eau. Lesdits Généraux reconnurent queleditDuc Bernard de Weimar désiroit qu'ils lui laissassent la ville, afin qu'il eût moyen de remettre ses troupes , ce qu'ils firent volontiers.

sitnart. Dcux jours aprés ils reprirent leur chemin à Landau, où étant, ils reçurent une dépêche du Roi, par laquelle sa Majesté ordonnoit à monsieur le Maréchal de Brézé de prendre une partie de la cavalerie de l'armée, d'aller joindre monsieur le Duc de Pvohan vers l'Alsace pour certaine exécution, et aprés cela de se rendre prés de sadite Majesté pour autre emploi qu'elle lui vouloit bailler : elle écrivit au Maréchal de la Force qu'il continuât de servir dans son armée, et qu'il vouloit qu'il la commandât seul, ayant ordonné que ladite cavalerie qui en avoit été ôtée, lui fût renvoyée.

Après le parlement du Maréchal de Brézé, le Maréchal de la Force fit monter du canon pour intimider ceux qui étoient dans un château fort à trois lieues de Landau , appartenant à l'Électeur de Trêves, et nommé Magdebourg, qui avoit été saisi par les Impériaux, et qui fut bloqué par le Marquis de la Force dés lors qu'il passa le Rhin ; mais ils témoignèrent toujours être fort résolus , de sorte

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qu'on les laissa alors pour courre au plus important, qui étoit Spire; au retour du siège, ledit ^Maréchal les envoya sommer. Ils virent bien qu'il n'étoit plus temps de faire les mauvais , à cause de quoi ils remirent la place , n'ayant d'autre assurance que de la vie , de sorte qu'ils furent aussi retenus pour prisonniers de guerre; il y avoit environ quatre cents soldats qui prirent tous parti dans les troupes du Roi.

Les IMaréchaux de la Force et de Brézë avoient demeuré près de trois mois ensemble, et en apparence vivoient en assez bonne union. Néanmoins Ton rcconnoissoit bien que l'intelligence n'y étoit pas telle qu'il eiit été à désirer; aussi est-il malaisé entre deux chefs que la bonne correspondance y puisse toujours demeurer, ce qui décida peut-être sa Majesté à y apporter la séparation.

Les affaires de deçà le Rhin étant remises en bon

état, le Duc Bernard désira qu'on lui laissât les

villes de Landau, Guermersheim , Lauterbourg,

Weissenbourg, Neustadt et autres places, ce qui

fut fait. Le ÎMaréchal de la Force voyant qu'il

s'éloignoit de l'Allemagne , se fâche de laisser son

fils de Tonneins dans la place de INLmnheim, où il

avoit grandement pâti pour la grande sujétion

qu'il avoit rendue aux gardes durant la plus rude III. 8

nu MÉMOIRES DU DUC DE LA FORCE.

««35. saison qui se pouvoit voir, de sorte que la plupart de la garnison étoient malades; il supplie sa Majesté de )'en décharger, et lui propose d'y mettre le colonel Schmisberg', fort galant homme et de la nation, auquel sa Majesté avoit donné un régiment de deux mille hommes aussi Allemands, et qui éloient beaucoup plus propres à pâtir en ce pays-là qu'ils avoient accoutumé, que non pas les François. Sa Majesté le lui accorda , lui faisant connoître qu'elle étoit si contente dudit sieur de Tonneins, qu'elle vouloit faire quelque chose pour lui ; mais il ne reçut cette réponse jusqu'à ce qu'il fut en Lorraine, où ledit sieur Maréchal avoit ramené l'armée de sa Majesté pour la rafraîchir, en ayant bon besoin, ayant été fort fatiguée en toutes ces occasions, et par la rigueur du temps et des grandes maladies dont elle étoit attaquée, ayant aussi la plupart de leurs équipages ruinés.

Comme ledit sieur Maréchal arrive sur la frontière de Lorraine et qu'il eut départi les garnisons, il apprend le malheur qui étoit arrivé aux affaires du Roi par la surprise que les Espagnols tirent de

1 mars, la vlUc dc Trèvcs , étant lors allé monsieur de

* Louis (le Schmidberg , brave officier allemand au service dc France ; il en est souvent question dans les Mémoires de Feuquières. Il fut nommé Maréchal de camp en 1639.

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