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demandé permission à sa Majesté, qui lui avoit jsss. accordé, et avoit avec lui le colonel Ucbron, Maréchal de camp, des Coutures, sergent de bataille, sa compagnie de chevau-légers et cent mousquetaires à cheval.
Sa Majesté avoit donné Commission à monsieur le Comte de la Suze ' pour aller commander audit Montbelliard; il fait toutes sortes d'efforts pour se jeter dedans; mais celte cavalerie, quiétoit toujours aux environs, l'en avoit empêché. Comme ledit sieur Maréchal apprend que les ennemis s'étoient un peu écartés, il lui baille deux cornettes de chevau-légers et quelques carabins pour l'escorter, avec quoi il s'y rendit sûrement, non sans faire rencontre, mais on n'osa charger.
Les ennemis, voyant l'armée du Pioi les presser, se rassemblent vers Béfort qu'ils tenoient ; le Duc Charles avoit tiré de la Bourgogne environ trois mille hommes de pied; avec ce qu'il avoit mené du côté de Brisach, il pouvoit faire environ six mille hommes de pied et au moins huit mille chevaux. Les deux armées étant assez proches, il se fit
* Louis de Champagne Comte de la Suze, Maréchal de camp en 1632; il était neveu du Maréchal de la Force par alliance, ayant épousé Charlotte de la Rochefoucauld, fille du Comte de Roucy et de Claude de Gontaut-Biron, sœur de madame de la Force.
1635. quelques parties de part et d'autre, mais l'avantage demeura toujours à l'armée de sa Majesté, et particulièrement en deux occasions , en l'une desquelles il fut tué des ennemis environ cent vingt Cravates ou dragons, et en l'autre cent cinquante,
15 mai. Ledit sieur Maréchal étant allé camper son armée auprès d'Héricourt à deux lieues de Béfort et à une lieue de Montbelliard, d'où il falloit qu'il tirât le pain de munition pour la subsistance de ses troupes, a avis par ses espions que le Duc Charles étant parti des environs de Béfort, avec toute son armée, prenoit le chemin deChampagney et tiroit sur Luxeuil, comme s'il lui eût voulu gagner le derrière et se jeter entre lui et la Lorraine. Il part le même jour et s'achemine droit à lui, fait son campement à deux lieues de là, et le lendemain pcnsoit à se loger à un petit village nommé Saint-Germain ; mais le Marquis de la Force, qui menoit l'a^^ant-garde, ayant envoyé quelques coureurs qui firent rencontre à une lieue de là de trois ou quatre escadrons de l'ennemi, il commande qu'on les pousse et suit pour les soutenir, et quoique à deux ou trois mille pas de là, il en découvre bien deux fois autant, si est-ce que tout lâche le pied devant lui; c'étoit dans une plaine assez spa-
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cieuse qui va de Liire à Melisey, où il les poursui- «îs voit toujours; enfin il découvre au bout de ladite plaine, près dudit Melisey, sur une éminence assez avantageuse, toute l'armée des ennemis en bataille. Il en donne promptement avis audit sieur Maréchal afin qu'il fit avancer le reste de l'armée, ce qu'il fit soudain, ordonnant au sieur Hebron, Maréchal de camp, qui conduisoit l'arrière-garde, de faire marcher tout diligemment, et lui s'avance avec deux compagnies de gendarmes pour jouidre son fils et reconnoître la contenance des ennemis. Comme il approche, sondit fils lui montre leur armée et l'assiette qu'il avoit prise pour mettre la sienne en bataille, lui faisant remarquer qu'à cause que les ennemis étoient beaucoup plus forts en cavalerie que lui, il avoit choisi cet endroit où la plaine éioit un peu plus serrée, y ayant un village à gauche, où passoit un ruisseau, et à la main droite quelques bois de haute futaie qui empêchoient que les ennemis ne pou voient venir par les flancs d'un côté ni d'un autre. Ledit sieur Maréchal approuve fort cette assiette et l'ordre qu'il avoit tenu, ayant déjà placé l'avaut-garde en bataille, et en si bon ordre que cela retenoit les ennemis, qui ne pouvoi^nt juger ni bien reconnoître l'armée de sa Majesté a cause du bois à la main droite et du villaee à la
1935. gauche, où il y avoit des arbres et jardinages. Soudain que le reste de Tarmée fut joint, tout fut mis en bataille, et l'artillerie placée; il n'y en avoit pas un qui ne fut bien disposé et qui ne donnât des témoignages de beaucoup de courage et de résolution. Il étoit environ trois heures après-midi, plusieurs de leurs Cravates s'avancent dans la plaine, qui étoit large et spacieuse entre les deux armées: l'escarmouche s'attaque, force carabinades et coups de pistolet se tirent ; le canon joue de tous côtés, mais ledit sieur Maréchal juge bientôt que les ennemis ne vouloient pas quitter l'avantage de leur éminence, où ils s'étoient placés, et qu'ils tâchoicnt de l'attirer à la plaine, où ils pourroient se prévaloir de leur grand nombre de cavalerie, ce qui le fit aussi tenir ferme dans sa place de bataille, et ainsi se passa le reste de la journée. La nuit venue, un chacun fait bonne garde, et pour ne rien mépriser, le Maréchal ordonne que chaque corps travaille à se retrancher dans la plaine avec le pic et la pelle, et dans le bois avec des haches, pour joindre les arbres les uns aux autres.
Le lendemain au point du jour, un chacun se met sur les armes comme si l'on étoit prêt à donner la bataille; néanmoins, comme on jugea surles
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dix heures que c'étoit la même contenance que le mt. jour auparavant, on prit ordre de faire tenir une partie sur les armes en bon état, cependant que le reste repaîtroit sur le lieu, afin de se soulager les uns les autres. Ce jour-là les ennemis firent branler leur armée deux ou trois fois, faisant avancer quelques escadrons à gauche et à droite comme s'ils eussent voulu venir aux mains; mais ce n'étoit que pour attirer l'armée du Roi, car ils se contentèrent de cela et de force canonnades qui à la vérité faisoient du mal, leurs canons étant sur un haut. La journée se passa encore sans autre chose, si ce n'est force escarmouches des Cravates, mais sans effet. De même le lendemain, sauf que le sieur Hébron, l'un des Maréchaux de camp, ayant aperçu que quelques Cravates s'étoient venus jeter dans un petit village à la main droite entre les deux armées, mais plus prés de celle de sa Majesté, il fut résolu de les aller chasser; et, à cet effet, ledit sieur Hébron prend cinq ou six cents mousquetaires et les fait donner dans ledit village, que les autres abandonnent soudain, mettant le feu à quelques maisons. L'on remarqua cette journée-là beaucoup d'actions de l'ennemi qui faisoient juger qu'il a voit envie de déloger.
En effet, sur la mi-nuit, il vint quelques espions
i«»a. qui rapportent qu'ils avoient retiré leurs canons, et que leurs bagages avoient marché dès le soir.
24 mai. Cela nous fut reconfirmé le matin au point du jour, et que tout étoit délogé sans trompette ni battre tambour, n'y était resté que quelques escadrons pour faire la retraite. Le sieur Hébron, qui étoit en jour, prend le corps de garde à cheval pour aller reconnoître, il trouve leur champ de bataille vide, et au fond de la plaine, vers le village de INIelisey, voit quelques escadrons de cavalerie qu'il se résout de pousser. Le Marquis de la Force, aussi Maréchal de camp, prend quatre ou cinq escadrons pour le soutenir, et le sieur Maréchal, quiavoit fait mettre toute l'armée en bataille, le suit avec le reste. Comme ils eurent passé le villagede Melisey, qui est un pays de montagnes, bois et rochers, le sieur Hébron fait pousser leur cavalerie qui faisoit la retraite; arrivant à un détroit, il fut salué de quantité de mousquetades par huit ou neuf cents mousquetaires qu'ils y avoient laissés pour favoriser leur retraite. Le lieu est fort avantageux en une montagnerondc fortdroite, couverte de bois et de rocheis; mais il ne laisse de passer outre et de continuer son chemin; on en fit autant au Marquis de la Force qui marchoit après lui, lequel se résout de les aller attaquer et de faire
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donner à trois ou quatre divers endroits par i^a. douze ou quinze cents mousquetaires qu'il faisoit suivre. Les ennemis firent fort assurément leur décharge, mais ils furent pressés si vertement que soudain, après la décharge, l'infanterie se sert de l'épée et vient aux mains : le carnage en fut grand, il y fut compté plus de six cents morts et mené environ deux cents prisonniers; c'étoit la meilleure infanterie' qu'ils eussent, gens conimandés et hien choisis. Le lieutenant-colonel deReinal" y fut tué, et plusieurs capitaines et autres officiers pris ou tués.
Cela fut sitôt expédié, qu'il ne laisse bientôt api^ès de rapprocher ceux qui étoient devant, qui attrapoient toujours quelqu'un sur la retraite. Il y avoit à une lieue de là un grand village nommé Presse auquel les ennemis mirent le feu en se retirant, pour embarrasser autant les poursuivants, et au delà se rencontroit une esplanade au bout de laquelle les ennemis trouvéïent moyen de se mettre
1 Le régiment de Mercy, compose de mille hommes i le Duc de Lorraine l'avait sacrifié pour assurer sa retraite ; ils furent tous tués ou pris.
• Plusieurs des nôtres crièrent au lieutenant-colonel ennemi de se rendre et qu'il auroit quartier; mais lui, sans répondre, se jetatêlc baissée sur un sergent de Picardie, qui l'ctendit mort sur la place d'un coup de hallebarde. {Mémoires de Campion, p. 34.)
"îs. en embuscade avec environ trois cent chevaux, et en un rideau commode, firent mettre pied à terre à une centaine de dragons. Ce village en feu mit nos coureurs un peu en désordre, car les uns poussèrent nonobstant icelui tout le long de la rue, d'autres à droite par des jardins, et d'autres à gauche par des palissades, de sorte que marchant en confusion au delà du village, les ennemis prirent bien leur temps, car après la décharge de leurs dragons, la cavalerie les poussa fermement; monsieur le Cardinal de la Valette ' , qui par curiosité s'étoit avancé avec les coureurs, s'y trouva engagé et courut fortune à cette mêlée à laquelle il lui fut tiré plus de dix ou douze coups de pistolet, sans qu'aucun portât; il étoit en pourpoint. Il y en eut de tués, de part et d'autre, environ une quinzaine ; ledit Cardinal y perdit un de ses gentilshommes; monsieur des Coutures, sergent de bataille, y fut blessé, et le sieur de Mondoucet, aide de camp, aussi blessé, mais légèrement, lequel néanmoins en mourut depuis.
Le colonel Hébron, avec sept ou huit cents mousquetaires, avoit pris à la gauche au delà d'un
* Fontenay-Mareuil dit que c'était la première fois qu'il assista à un combat et que ce fut dans ce voyage que l'envie lui vint de commander une armée, comme il fit bientôt après.
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ruisseau , mais se trouvant lors un peu éloigné à cause less de l'assiette, ne les put favoriser autant qu'il avoit espéré ; l'on continue toujours la poursuite , qui fut de près de deux lieues, et qui avoit donné tel effroi aux ennemis, qu'on ne sauroit croire le désordre où ils étoient . On avoit toujours espéré que leur artillerie et leurs bagages les engageroient, ou qu'ils seroient contraints de les abandonner; mais ils les avoient fait marcher de si bonne heure devant eux, que prenant langue comme ils étoient loin devant, monsieur le Cardinal de la Valette, qui étoit au corps le plus avancé, fut d'avis quel'on fit halte, et que l'on envoyât vers le jMaréchal de la Force pour savoir ce qu'il trouveroit bon de faire ; de sorte qu'y étant arrivé, il assembla lesdits Maréchaux de camp, et avec ledit sieur Cardinal, ils jugèrent bien que continuant leur poursuite , ils pouvoient prendre de grands avantages sur les ennemis qui se retiroient en grand désordre; mais le malheur étoit que de tout ce jour-là, ni de celui d'auparavant, on n' avoit point fourni à l'infanterie, ni à la cavalerie, le pain de munition; ils en avoient très-grande disette à cause de la pauvreté du pays; que d'aller plus avant, c'étoit s'enfoncer en plus grande misère, et s'éloigner des lieux où leurs magasins se faisoient, c'eût été le moyen de faire périr l'armée, et cela les