‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 40 sur 106 · LIVRE m, CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XXI

ville, ils s'élonnentet entrent en capitulation; ledit 1635. sieur Maréchal, à cause de la disette du pain qui faisoit patirrarmée, fut aise de gagner temps et leur accorde de sortir la vie et bagues sauves. Ce siège ne dura que quatre jours. Ayant pourvu à la place et ne jugeant rien d'important à quoi il put occuper l'arniée de sa Majesté, il prend résolution de s'en retourner vers la Lorraine; aussi les Suédois pressoient fort leur retour vers le Duc Bernard. Etant là il reçoit la triste nouvelle de la mort ' de madame sa femme, qui étoit à Metz avec le reste de sa famille. L'assiduité qu'il rendoit aux armées du Roi, sa Majesté ne pouvant être en repos s'il n'y étoit toujours, et de même le Marquis de la Force son fils, sur lesquels elle se reposoit grandement, les obligeoit, pour jouir quelquefois de la présence de leurs familles, de les faire suivre; elles étoient lors toutes à Metz et y étoient demeurées tout le temps de leur voyage d'Allemagne, au retour duquel ils les allèrent voir. Bientôt après, la bonne femme, qui étoit attaquée de beaucoup d'infirmités, étant dans l'âge de soixante-quatorze ans, -tomba malade d'un grand rhume qui lui fit du tout perdre l'appétit et presque le dormir. Ce petit corps

1 Voir {correipondances, 13 et iÂjuin, et 2 juillet 1633) plusieurs lettres du Roi et de M. de la Force relatives à la mort de la Maréchale,

1635. alla diminuant jusqu'à sa fin, laquelle, par le rapport de tous les assistants, fut la plus chrétienne et la plus heureuse qui se peut dire, sans qu'il parût qu'elle fût attaquée d'aucune douleur ni d'aucune agitation ; seulement elle dit plusieurs fois qu'elle eût voulu voir son mari, et ainsi finit-elle doucement ses jours, ayant toujours les yeux vers le ciel, et toutes ses paroles si chrétiennes qu'elle laissa non-seulement à la famille, mais à toute cette ville, un merveilleux regret. Le pauvre mari, jugez sa douleur et quel regret il devoit avoir de cette séparation après avoir demeuré cinquante-huit ans ensemble, et en quoi il mettoit toute sa consolation pour la fin de ses jours, espérant de les pouvoir terminer ensemble en repos et servant à Dieu; mais le Tout-Puissant en voulut disposer autrement!

Arrivant près de Lure, le sieur Bellefonds * que le Roi avoit pourvu d'une charge de Maréchal de camp, le vint trouver là avec huit ou dix cornettes de cavalerie et cinq régiments d'infanterie, après avoir pris trois ou quatre petits châteaux sur la frontière de la Lorraine, dont les troupes du Duc Charles s'étoient emparés.

Le Maréchal dé la Force, qui voit les grandes fa-

* Charles Gigault sieur de Bellefonds , lieutenant-colonel au régimeQt de Normandie ; il avait été nommé Maréchal de camp le 26

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tigues qu'avoit souffertes son armée, et la quantité 1635 de malades qu'il y avoit, même que la plupart de la cavalerie avoient perdu leurs chevaux et leurs équipages, se résout de l'aller rafraîchir dans la Lorraine, et permet aux Suédois que monsieur de Feuquiéres avoit menés de reprendre leur chemin, donnant avis de tout à sa Majesté. Le Cardinal de la Valette voulut aussi de là relourner trouver le Roi, auquel il fit le rapport de tout ce qui s'étoit passé en ce voyage ; sa Majesté témoigna une grande satisfaction, et en écrivit de très-bonnes lettres audit sieur Maréchal, approuvant qu'il fit rafraîchir son armée et qu'il eût soin de solliciter tant la cavalerie et l'infanterie de travailler à leurs recrues et de se remettre au meilleur é(at qui se pourroit, pour agir dans un mois ou cinq semaines aux occasions qui se présenteroient ; il fit faire les revues et donner la montre à toute l'armée, et leur départit à tous leurs ordres pour leurs garnisons. Ce petit voyage réussit fort heureusement, augmentant toujours la réputation des armes de sa Majesté.

Ledit sieur Maréchal n'a pas demeuré deux ou trois jours dans la Lorraine qu'il apprend que l'armée des Impériaux, commandée par le Général Ga-

avril 163o. Cet officier, qui s'était distingué au siège de la Mothe^ mourut Gouverneur du Catelet en 1644.

1635. las qui la tenoit dans le AVirtemberg, avoit passé le Rhin à Philippsbourg, où il avoit construit un pont; que le Duc Bernard de AVeimars'y étoit voulu opposer, mais qu'il s'ëloit trouvé Iropfoible, de sorte que ledit Galas avoit eu moyen de se saisir de la ville de Spire, que les Suédois abandonnèrent, de même de Guermersheim, Landau, Neustadt et autres petites villes en deçà du Rhin, ce qui avoit obligé le Duc Bernard de se retirer vers la rivière de Sarre à Sarbruck.

Soudain messieurs de Strasbourg dépêchent vers le Maréchal de la Force, de même les Princes de Wirtemberg, le Maïquis de Dourlach et autres. Le Duc Charles de Lorraine qui avoit été contraint de repasser delà le Rhin, comme il se voit plus libre et apprend le passage du général Galas à Philippsbourg, cela lui redonne courage, même ayant reçu de nouvelles forces par Jean de Werth, qui l'étoit venu joindre avec huit ou neuf régiments de cavalerie et autant d'infanterie, repasse à Brisach, descend dans la plaine de l'Alsace, vers Colmar et Scheleslat, attaque de petites villes que tenoientles Suédois qui se rendent. Jean de Werth avec sa cavalerie passe la montagne à Sainte-Marie, attaque un quartier de Batilly, troupe allemande, qu'il suprit, il en amena quelques officiers et soldats, et

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