‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 41 sur 106 · LIVRE m, CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XXI

va repasser à Saint-Dië, où il y avoit deux régi- less. ments nouvellement levés assez foibles, qu'il n'avoit pas dessein d'attaquer, car c'étoit dans une petite ville ; mais ils se trouvèrent tellement surpris que comme il les voit étonnés, il s'y opiniâtre^ et eux furent si lâches qu'à deux heures de là ils se rendirent bagues sauves et laissèrent leurs drapeaux. Le lendemain, les deux Mestres de camp vinrent trouver ledit sieur INÏaréchal qui avoit son quartier à Lunévilie, lesquels il fit arrêter et les envoya prisonniers à Nancy, et aux officiers et soldats qui blâmoient tous leurs Mestres de camp, il leur fit bailler quartier avec commandement d'y maintenir les soldats, et dépêche vers sa Majesté pour lui donner avis de tout '.

A tous ces nouveaux affaires, il se prépare force nouvelle besogne; il est certain que le Maréchal de la Force ne songe qu'à donner du repos à l'armée qu'il commandoit, et pour la rafraîchir l'écarté dans les meilleures villates de la Lorraine. La cavalerie travaille à se remonter et recouvrer des armes; l'infanterie de même, et attaqués de si grandes

* L'un de ces régiments éloit celui de Vineuil; leurs drapeaux furent portés en triomphe à Vienne, dont le Roy fust en telle colère qu'il fist mettre les deux mestres de camp à la Bastille. [Fontenay- Mareuil, tome II, page 223.)

1635. maladies qu'il n'est pas croyable ; plusieurs des officiers s'écartent, les uns pour faire leurs recrues, suivant le commandement du Roi, d'autres pressés d'affaires particulières.

Voyant aussi la nouvelle et grande armée que sa Majesté faisoit mettre sur pied, qui s'assembloit aux environs deLangres, il espéroit que cela donneroit moyen à celle qu'il commandoit de se rafraîchir; mais le passage de Galas en deçà du Rhin avec une puissante armée^ fait lâcher le pied au Duc Bernard de Weimar qui se trouve foible. Il se retire vers Sarbruck, dépêche vers le Roi, supplie sa Majesté de l'assister et de lui fournir les forces qu'elle a promises au parti des Confédérés, fait aussi une dépêche au Maréchal de la Force, et le prie, s'il le peut, de s'approcher de lui pour l'appuyer en cas de besoin ; les affaires n'en étoient pas lors en état, car le Duc de Lorraine, qui avoit reçu de nouvelles forces de l'Empereur, ôte bien le moyen audit Maréchal de rafraîchir les siennes, ni de se pouvoir divertir ailleurs. 11 passe les montagnes et étant fort en cavalerie de huit ou dix mille chevaux, il court la campagne, et ayant fait passer son artillerie à Thann avec son infiinterie, attaque Remiremont, où le régiment de Normandie étoit, petite ville fort méchante, commandée, sans flanc ni

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fossé. La batterie dressée en moins de quatre heu- isss. res , ils font grande brèche et donnent l'assaut qui fut courageusement soutenu; ceux de dedans font si bien leur devoir, qu'ils les repoussent jusqu'à trois fois, et avec grande perte des ennemis, de sorte qu'ils consentent de les recevoir à capitulation, qu'ils obtinrent aussi honorable qu'ils voulurent, et fut ledit régiment de Normandie conduit en sûreté jusqu'à Charmes.

Le Maréchal de la Force, qui étoitàLunéville et avoit rassemblé l'armée aussitôt qu'il eut avis de ce siège, marche en diligence à Epinal, pensant avoir temps de les secourir, mais il trouva la besogne faite; il campe V armée autour d'Epinal, qui n'est ssjniiiet. qu'à quatre lieues de Remiremont. Les ennemis font courre le bruit qu'ils le viennent attaquer là; en effet, ils s'avancent jusqu'à Arche, qui en est à moitié chemin et sur la même rivière ; leur cavalerie qui étoit six fois plus grande en nombre que celle de l'armée du B^oi, est incessamment en campagne pour attraper des fourrageurs, etn'étoit jour qu'il ne se fit quelque combat. Ils firent une partie de trois mille chevaux, qu'ils mirent de nuit en embuscade dans un bois, et font donner trois ou quatre cents chevaux jusqu'auprès du camp pour les attirer et les faire donner jusqu'à leur embus-

Ihh MÉMOIRES DU DUC DE LA FORCE.

1635. cade, et chargent notre garde à cheval qu'ils firent reculer; mais de notre cavalerie ils furent si diligents que soudain se trouvant ensemble un bon corps, ils repoussent les ennemis si vigoureusement, qu'avant qu'ils pussent regagner leur embuscade, il en demeura cent ou cent vingt sur la place et nombre d'officiers, même un de leurs colonels de Cravates et bien quatorze ou quinze de prisonniers et un étendard pris. Les deux armées demeurèrent en cet état dix ou douze jours.

En ce temps-là, sa Majesté est pressée par les Confédérés d'Allemagne qui se trouvoient sans moyen de résister au Général Galas, lequel ayant déjà pris plusieurs places deçà le Rhin, attaque encore Worms qui se rendit, et Kaiserslauter qui se défendit longtemps , mais enfin fut emporté. Le Roi dépêche en diligence le Cardinal de la Valette pour commander ladite armée de Langres qu'il renforce d'autres troupes , même d'une partie du^égiment de ses Gardes et des chevau-légcrs de sa garde ; ledit Cardinal s'avance pour joindre le Duc Bernard de Weimar vers Sarbruck qui est sur la Sarre, et si à propos que le siège que les troupes de Galas avoient mis à la maison du Duc de Deux-Ponts^ ils le firent quitter et même y demeura quatre canons.

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Pour revenir au Maréchal de la Force, il apprend, mi.

étant à Épinal, que le Duc de Lorraine étoit allé

attaquer un petit château nommé Fontenoy qui se

rendit soudain, et que de là il alloit attaquer celui

de Darney un peu meilleur; il se résout de le suivre

et s'opposer à ses desseins, et à cet effet, marche

avec toute l'armée à côté de lui environ à une lieue

et demie; il apprend en chemin par des prisonniers

qu'on lui mena, qu'il avoit quitté cette entreprise et

avoit rebroussé vers Remiremont, il s'en alla prendre

son logement à Yille-sur-IlIon. En chemin faisant, ' août.

ses batteurs d'estrades rencontrant diverses troupes

des ennemis écartées, ils en tuent quatre-vingts ou

cent et en amènent plusieurs prisonniers et force

chevaux. Etant arrivé en ce lieu assez tard, cela

l'obligea d'y séjourner le lendemain, et aussi qu'il

vouloit avoir plus de certitude de la marche de

l'ennemi pour se conduire selon cela. Le sieur de la

Noue qui commandoit une compagnie de chevau-

légers, est averti qu'à deux petites lieues de là se

sont retirés cinquante ou soixante cavaliers des

ennemis dans un château qu'il crut ne pouvoir

tenir; l'armée marchant, il demande permission

d'y aller avec le Baron de Boisse qui commandoit la

compagnie de chevau-légers dudit Maréchal son

grand-pére, en qualité de lieutenant. Comme ils III. 10

Mi. approchent du lieu, ils font sommer par un trompette ceux du dedans, lesquels demandent de la part de qui, et que l'on s'approche pour savoir ce qu'ils demandoient. Ledit Baron de Boisse s'étant approché sur cela, ils lui firent une décharge de si prés qu'un coup de mousquet ' lui rompt le bras prés du coude et lui entre dans le corps, dont il mourut peu de jours après. Cette nouvelle arrive au quartier le soir à dix heures. Étant dite au sieur de Castelnaut son père, soudain il se dispose d'aller trouver son fils, bien en peine de ce malheur; l'on le fait savoir au Maréchal, quiavoit assez d'afiliction d'ailleurs. Il mène le chirurgien de l'armée et trois ou quatre cents mousquetaires pour faire escorte. Quand il arriva au lieu, il n'y trouva point sondit fils; il apprend qu'on l'avoit transporté à une petite ville près de là, nommée Dompierre. Soudainement il s'y en va, et d'autant que lesdits mousquetaires avoient marché toute la nuit, ils furent d'avis pour ne les pas tant tracasser, qu'ils attendissent dans ce bourg qui étoit assez près du château. Le malheur fut si grand que Jean de Werth et le sieur de Bassompierrc ^, qui dépendoit du Duc de Lor-

1 Voir {correspondances, 9 et 11 août 1633) deux lettres du Maréchal à la Marquise de la Force sur la blessure de M. de Boisse.

2 11 était neveu du 3Iaréchal de Bassorapierre et Général au service de l'Empereur.J

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