LIVRE m, CHAPITRE XXIV
confiance au Marquis de la Force, le commet pour i«38. aller reconnoître les avenues et le lieu où il se falloit placer pour s'opposer à ladite armée; il fait rapport qu'il avoit reconnu une assiette fort avantageuse, et à laquelle il alloit faire travailler diligemment, ce qu'il fit, et cela tellement approuvé de tout le monde qu'un chacun jugea que ce lieu ne se pouvoit forcer. Il dispose tant dans les retranchements que dans les forts qu'il avoit fait faire, les régiments nécessaires, et de même les corps au derrière pour les rafraîchir et pour les soutenir, tant de cavalerie que d'infanterie, qu'il ne se pouvoit rien de mieux, et croyoit avec cela pouvoir résister à toute cette puissance d Espagne; il y avoit aussi logé de l'artillerie. Le malheur veut que l'armée espagnole qui en étoit logée à la vue sur une haute éminence et qui venoit tous les jours escarmoucher contre les nôtres, et auxquels ils ne résistoient point, s'étant disposée à une affaire gé- 7 septembre. nérale, comme ils commencent à marcher et faisant mine de donner à la main gauche du retranchement, le jMarquis de la Force les fit repousser facilement ; il voit un grand gros qui donnoit à l'autre coin delà main droite, il y accourt soudain. Pendant ce temps-là, les ennemis font encore un plus grand effort sur la gauche; il y accourt aussi et y
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4638. irouve une si grande épouvante que tout lâche le pied, et ne fut jamais en sa puissance de les pouvoir faire résoudre, ni les arrêter; cela ébranla aussi le corps de cavalerie et d'infanterie qui les devoit soutenir, de sorte qu'il ne put jamais rallier qu'environ dix chevaux, et cela presque tous de gentilshommes qu'il avoit ordinairement près de lui , entre autres Belzunce , aide de camp , et Fraische, aussi aide de camp, le sieur de la Houdinière, capitaine des gardes du Cardinal Duc de Riclielieu, que son Éminence avoit envoyé vers le Prince de Condé; avec cela il fit plusieurs charges aux ennemis, il y eut deux chevaux tués sous lui, Belzunce un, Fraische deux, et lui fort blessé; tout ce qui se trouva avec lui rapporte que certainement s'il eût eu encore cinquante chevaux avec lui, il auroit repoussé les ennemis. Voilà un accident sans exemple, qu'une place que l'on tenoit déjà prise, un secours que l'on méprisoit du tout, que l'épouvante ait été si grande en des gens sur lesquels on se reposoit entièrement, qu'ils aient été renversés sans rendre aucune défense; en cela paroît bien le doigt de Dieu, et qu'il donne et ôte les courages comme il lui plaît. Le contentement de ceux qui aiment la INIaison de la Force, est de voir que celte action est connue de tout le monde, et que