CHAPITRE XXIV
SOMMAIRE
Digression sur la famille du Maréchal de la Force. — Conduite du Marquis de la Force à l'armée du Prince de Condé. — Attaque des Espagnols. — Panique des François. — Malheureuse issue du siège de Fontarabie. — Services des Marquis de Castelnaut, de Tonneins, de Castelmoron et du Baron d'Eymet, fils du Maréchal de la Force. — Mot de Louis XIII sur cette famille. — Le Maréchal quitte la Cour et va se reposer de ses fatigues au château de la Force. — Accueil qu'il reçoit en Guyenne. — Ses affaires le rappellent à Paris. — Singulier message de M. de Soubise au Marquis de la Force qui repousse ses ouvertures et en rend compte au Cardinal. — Réponse de Richelieu. — Le Maréchal de la Force, après avoir vu le Roi et son Éminence, retourne dans ses terres.
Pour en revenir à ce qui concerne la famille du «ess. Maréchal Duc de la Force, je vous ai dit ci-devant comme en l'armée que le Prince de Condé alloit commander en Guyenne, l'on avoit expédié au Marquis de la Force une Commission de Lieutenant Général en ladite armée, laquelle passa en Espagne, et ledit Prince met le siège devant Fontarabie; il départ les quartiers d'hiver, ordonne deux attaques, l'une commandée par le Marquis '
• Le Maréchal se trompe sur la qualification de Bernard de la Valette, second fils du Duc d'Épernon; à la vérité il avait longtemps
1638. de la Valette, fils du Duc d'Épernon, Gouverneur de Guyenne, et son Lieutenant Général; l'autre, par le Marquis de la Force. Les approches se font de tous côtés avec de grandes diligences et de grands travaux ; étant logés sur le bord du fossé , ils le percent de tous côtés, s'attachent aux bastions, logent leurs mineurs, font jouer leurs mines, et se logent auxdits bastions après de grands efforts et de grandes résistances, car ceux de dedans se défendoient très-bien ; néanmoins ils étoient réduits a l'extrémité et ne pouvoient guère plus résister. Chacun sait les louanges que le Prince de Condé donnoit au Marquis de la Force, et le contentement qu'il en avoit ; il est certain qu'il se porta trèsdignement à son attaque, et y rendit telle assiduité qu'il eut un gentilhomme, son capitaine des gardes, tué : il étoit appuyé sur son épaule, et en la même sorte encore un soldat de ses gardes qui le soutenoit.
Les Espagnols, qui avoient fait toute sorte d'efforts pour secourir cette place et mis une grande armée sur pied, dès qu'elle approcha à une lieue ou deux, le Prince de Condé qui prenoit grande
porté le titre de Marquis, mais il portait alors celui de Duc, ayant prêté le serment de Duc et Pair en 1631. (Voyez Girard, Vie de d'Épernon, tome IV, page 36.)