A M. DE LA FORCE
29 jnin.
Il désire aussi être éclairci si Monsieur sort hors de la France, ce qu'il aura à faire?
Et au cas qu'il prît quelque établissement dans quelque province et s'emparât des places du Roi, que l'on considère qu'il y faudra lors une plus puissante armée et un grand équipage d'artillerie; il désire fort d'être en état de servir dignement sa Majesté?
Cependant il est nécessaire de lui fournir un état des officiers d'armée dont il ne se peut passer, et pourvoir à leur payement ; et pour cet effet, y envoyer un commis.
29iDiD.
Il pourvoira à cette dépense par le moyen du fonds gui lui sera envoyé; cependant il tâchera de faire fournir le pain par les villes voisines des lieux où V armée aura à passer, afin de pouvoir faire subsister les troupes à la moindre foule du peuple qui se pourra. M. de Machault, qui doit à présent être près de lui pour exercer la charge d' Intendant de la justice et des finances de ladite armée , pourra le décharger en quelque sorte de ce soin, et contribuer selon l'intelligence qu'il a, ce qu'il jugera être à faire en cette rencontre.
On a mandé aux Gouverneurs des provinces où ilpassera, de V assister des munitions de guerre dont il aura besoin.
M. le Maréchal d'Effiat écrit aux lieutenants de l'artillerie de se rendre auprès de lui avec les autres officiers, et y servir ainsi qu'il leur ordonnera.
L'infanterie étant jointe au corps de l'armée, il faudra de nécessité un munitionnaire pour fournir le pain , car le peuple est si épouvanté partout qu'il ne se trouve rien à la campagne.
Il sera aussi besoin lors qu'il y ait un officier de l'artillerie, avec l'équipage qu'il faut pour faire voiturer les munitions de guerre nécessaires.
// sait la somme qui lui a C'est à considérer qu'ayant été ordonnée pour les parties à suivre les troupes de Mon-
LOUIS Xm AU MARÉCHAL DE LA FORCE. 373
inopinées , qui suffira pour sieur , il sera du tout néces- i632. satisfaire à cette dépense. saire d'envoyer des gens à la ^^J"'"-
campagne pour être averti de
Fait et arrêté au Pont-à- la route qu'ils tiendront et
Moussonjîe^d" juin. Signé: des postes qu'ils prendront,
Louis. Et plus bas : Phé- de même dépêcher aux pro-
LYPEAUX. vinces et villes particulières
pour leur donner avis selon les occurrences, ce qui ne se peut faire sans grande dépense avec infinis autres frais qui se font tous les jours.
LE DUC DE ROHAN AU MARECHAL DE LA FORCE
11 se plaint d'être condamné à l'inaclion. — Son armée manque d'argent.
Monsieur , j'apprends avec grand contentement l'heureux 30 joiq. succès des armes du Roi sous votre commandement ; il me déplaît seulement que tandis que vous agissez tous si glorieusement, et même que S. M. s'y porte enpersonne, je sois oisif dans ces montagnes; et si ce n'étoit l'espérance que mon temps viendra, je me désespérerois : je l'attends avec impatience. Le sieur de Maubuisson, qui vous rendra la présente , vous dira l'état de ce pays , où nous n'avons pour le présent autre ennemi que la nécessité d'argent, et nos troupes ne courent autre fortune d'être défaites que par le manquement de payement. Si d'aventure vous vous trouvez en lieu où on en parle, je vous supplie de nous assister de votre faveur. Cependant je vous demande la continuation de vos bonnes grâces , et vous conjure de me croire à toute épreuve, etc. Henry de Rohan. A Coire, ce dernier de juin.
Ordre de suivre Monsiecr et de lui barrer les passages en se plaçant entre son armée et l'Espagne.
Mon Cousin, ayant eu avis que mon frère, le Duc d'Or- * juillet, léans, étoit passé au port Digoin avec ses troupes, et qu'il
1632. fait état d'aller en Auvergne, ou de couler le long de la ri- ♦iuiiiet. yi^j^Q (Je Loire pour entrer par le Forez dans le Vivarais et le Languedoc, afin d'y faire des soulèvements, et étant nécessaire d'empêcher que ce dessein ne réussisse à ceux qui sous son nom veulent troubler la France , je vous ai voulu faire cette lettre qui vous sera rendue par un courrier que je dépêche exprès à mon cousin le Duc de Montmorency sur ce sujet , pour vous dire que si mondit frère va en Auvergne, vous ne pourrez mieux faire que d'aller droit audit port Digoin où il a passé , soit pour lui couper le chemin de Monde ou du Puy s'il veut aller en Languedoc, soit pour au cas qu'il allât dans le Limousin ou dans le Poitou, le suivre par le chemin le plus court qu'il tiendra, selon la route que vous saurez qu'il aura prise.
Il sera donc à propos, en ce cas, que vous vous avanciez le plus tôt que vous pourrez avec votre cavalerie, faisant recueillir votre infanterie par un Maréchal de catïïp qui la mènera par après là où vous serez. J'estime pour cet effet que vous ne pouvez avoir une personne plus propre que le sieur delà Grang^, qui commande à Bellegarde, auquel j'écris sur ce sujet , m'assurant qu'il s'acquittera dignement de cette conduite.
Mon avis est de plus, si mondit frère tire en Languedoc, que vous devez aller droit à Lyon , de là au Saint-Esprit, et puis après droit à Narbonne, pour vous mettre avec les forces que vous commandez , entre ses troupes et l'Espagne. Et cela étant, vous ferez partir les régiments qui ont ordre de s'assemblera Saint-Simphoren * le Château, près ma ville de Lyon , pour de là les faire descendre sur le Rhône , ou leur faire prendre telle autre route que vous jugerez nécessaire pour couper chemin à celles de mondit frère. Je donne ordre au sieur du Gué, de Lyon, de faire tous les frais pour la conduite de vos troupes, comme aussi de faire fournir les bateaux dont lesdits régiments auront besoin pour s'embarquer sur ladite rivière du Rhône. C'est ce que j'ai cru vous devoir dire, et ce que je désire que vous exécutiez avec diligence pour prévenir lesdites entreprises à ce qu'elles n'aient
* Saint-SimphoTieo.
LOUIS Xm AU MARÉCHAL DE LA FORCE. 375
aucune suite préjudiciable, me promettant pour cet effet que 'wa. vous vous y conduirez selon votre prudence et affection ac- * J"'"**coutumée au bien de mondit service , ainsi que je vous y exhorte, et de m'informer soigneusement de ce que vous jugerez digne de ma connoissance. Sur ce , je prie Dieu , etc. Ecrit à Pont-à-Mousson , le 4^ de juillet. Signé : Louis. Et plus bas : Phélypeaux.
LE MARECHAL DE SCH03IBERG AU MARECHAL DE LA FORCE
Exécution du traité de Liverdun. — Départ du Roi pour Sainl-Dizicr. — Le Maréchal s'avance avec de la cavalerie à la poursuite de Monsieur.
Monsieur, trouvant la commodité de ce commissaire du ré- 8 juillet. giment de Vaubecourt, je ne la veux perdre sans vous dire que l'affaire de Lorraine a été heureusement achevée, et les trois places mises entre les mains du Roi. S. M. sera aprèsdemain à Saint-Dizier, de là où je partirai avec un bon corps de cavalerie pour m'avancer en diligence vers vous, afin que nous puissions mettre les troupes de Monsieur entre nos deux armées, et nous joindre s'il en est besoin. Je crois que si nous sommes une fois à ses côtés, que nous aurons bientôt combattu ou dissipé ses troupes; car pour sa personne, Dous la devons toujours honorer et respecter. Lorsque je m'approcherai de vous, je vous manderai de mes nouvelles ; vous m'en ferez aussi, s'il vous plaît, savoir des vôtres, et me ferez l'honneur , etc. Schomberg. De Saint-Mihiel , ce 8« juillet.
le roi au MARÉCHAL DE LA FORCE.
Approbation de la conduite du Maréchal. — Le Marquis de la Force se jette dans Moulins. — Ordre de tailler en pièces ceux qui tenteront de passer en Languedoc ou autres lieux.
Mon Cousin, j'ai reçu votre dépêche du septième de ce mois, ii juillet. et vu bien particulièrement par icelle et par le mémoire qui y étoit joint, ce que vous avez remarqué de plus considérable depuis que vous vous êtes avancé dans ma province de Bourgogne, touchant les desseins que peuvent avoir les troupes de mon frère le Duc d'Orléans, qui sont maintenant à Yichy; de quoi je suis bien aise que vous m'ayez donné connoissance, louant la bonne diligence et conduite que vous tenez pour
1632. empêcher qu'elles ne fassent aucun progrès. Il a été très-à- II juillet, propos pour prévenir l'entreprise qu'elles pouvoient avoir faite sur ma ville de Moulins, que vous y ayez envoyé le sieur Marquis de la Force , votre fils , pour se jeter dedans avec cent chevaux, afin de fortifier les habitants dans leurs bonnes résolutions, voulant croire que par ce moyen cette place sera conservée, et n'en arrivera aucun inconvénient préjudiciable à mon service. Je vous exhorterai donc de continuer d'agir avec le même soin , soit pour recueillir leg troupes qui vous doivent joindre, ou pour suivre celles de mondit frère , en cas qu'elle voulussent passer dans le Vivarais et Languedoc, ou demeurer autres provinces ; et s'il arrivoit qu'il retournât avec lesdites troupes pour entrer dans le Comté , vous vous y opposerez vigoureusement, et taillerez en pièces celles qui voudroient tenter le passage , me remettant sur votre prudence pour les autres occurrences qui peuvent survenir dans le cours de cet affaire, d'y pourvoir par les moyens que vous estimerez les plus propres et convenables à mon autorité. Cependant je fais partir de ce lieu mon cousin le Maréchal de Schomberg, avec mille chevaux et bon nombre de mousquetaires à cheval, qui s'avancera en diligence pour s'employer de son côté selon les ordres que je lui ai donnés, m'assurant que comme de votre part vous me servirez trèsdignement en cette occasion, et ainsi que je le puis désirer de votre fidélité et affection en mon endroit, que de la sienne il fera le semblable ; ce qui me donne sujet de croire qu'agissant l'un et l'autre d'une bonne correspondance , ceux qui s'efforcent de troubler le repos de mon Etat, se trouveront bientôt déchus de cette espérance. Vous continuerez de m'in former des choses que vous jugerez le mériter , afin qu'ensuite je vous fasse savoir ce qui sera de mes intentions; c'est ce que je vous dirai en réponse de votredite dépêche. Je fais état de partir demain de ce lieu pour m'en aller du côté de Paris , où je me pourrai arrêter quelque temps, si ce n'est que je reconnoisse qu'il fût à propos de porter ma personne aux lieux où elle pourroit être nécessaire pour faire encore quelque meilleur effet. Sur ce, je prie Dieu, etc. Ecrit à Saint- Dizier, le 11^ jour de juillet. Signé : Louis. Et plus bas: Phélypeaux.
Dispositions pour s'opposer aux desseins de Monsieur. — Arrivée de M. du Gué
à Lyon.
Sire , depuis le départ du sieur de Nogent, j'ai travaillé à lesa. rallier les troupes, tant de la cavalerie que de l'infanterie, >2 juillet, et à préparer toutes choses pour, sans perdre temps, pouvoir m'acheminer incontinent que nous aurions une connoissance certaine de la route que prcndroit Moxsieur, ayant toujours été en doute s'il tourneroit vers le Limousin ou vers le Languedoc ; à présent plusieurs avis me sont venus d'Auvergne, qu'il est vers Saint-Flour et prend le chemin de Caudesaigues. L'on tient qu'il va en Roucrgue et Languedoc.
Je tenois les ordres pour les routes de nos troupes tout prêts , afin de ne perdre point de temps , de sorte que tout partira dès demain pour s'acheminer à Lyon, où tout a été aussi préparé, tant pour les bateaux nécessaires pour l'infanterie^ que pour les étapes. M, du Gué, bien qu'indisposé, vient d'arriver présentement suivant le commandement qu'il en a reçu de votre Majesté, dont j'ai été très-aise, le rcconnoissant fort digne et plein d'alïection pour bien servir; il m'a assuré tout être en bon état. Ainsi , j'espère que toute l'infanterie arrivera le dix-huitième à Lyon, et sera embarquée le dix-neuvième ou le vingtième du courant au plus loin, et toute la cavalerie fera aussi bonne diligence , car je fais mettre tous leurs bagages dans des bateaux.
Je prends ce chemin sur le commandement que votre Majesté m'en fait par la lettre que m'a rendue le sieur d'Angenou, et qu'il est très-apparent que je puis plus utilement servir votre Majesté de ce côté-là, puisque M. le Maréchal deSchoraberg avec son armée et l'assistance qu'il peut avoir par toutes les provinces, peut bien empêcher qu'il ne prenne aucun établissement dans le cœur du Royaume, mêmement si votre Majesté marche après, qui est le coup de partie. Ainsi, il importe surtout, selon mon avis, de s'opposer à ce qui pourroit venir du dehors, et qu'il ne se place en quelque frontière qui donnât moyen aux étrangers d'y avoir entrée et de s'y fortifier ; de sorte que me jetant au delà de Narbonne, et côtoyant les frontières, je puis couper chemin et me tenir entre deux
1632 de ce qui pourroit venir du dehors et du dedans. Ledit sieur 12 juillet. (j'Angenou pourra représenter à votre Majesté l'état de toutes choses, et particulièrement celui des troupes que je puis avoir, qu'il seroit fort nécessaire de renforcer (ce qui se pourroit fort facilement par des recrues), pour servir plus dignement; car étant foible , il seroit périlleux de -se jeter entre deux corps qui seroient plus forts que moi. J'espère , avec l'aide de Dieu, rendre un si bon devoir à tout ce qui concerne le service de votre Majesté , et aux commandements qu'il lui plaira me faire, qu'elle en demeurera satisfaite et moi honoré de ce glorieux litre, Sire, etc. Ce 12*= juillet.
LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARECHAL DE LA FORCE
Ordre de charger les troupes de Monsieur.
19 juillet. Monsieur, le Roi VOUS dépêchant ce courrier pour apprendre de vos nouvelles et savoir le lieu et l'état auquel vous êtes, je ne l'ai pas voulu laisser partir sans vous assurer par cette lettre de la continuation de mon affection et de mon service, dont je ne perdrai aucune occasion de vous donner des preuves, et pour vous dire que le plus grand plaisir que vous puissiez faire à S. M. est de charger les troupes de Monsieur, si vous le pouvez, avec les précautions que l'on doit apporter à la guerre, lesquelles vous savez bien pratiquer. Il n'est pas besoin de vous animer à apporter en cette occasion tout ce qui dépendra de vous; sachant le zèle et l'affection que vous avez au bien des affaires de S. M., je me contenterai seulement de vous dire qu'elle se promet que vous n'oublierez aucune chose de ce que vous estimerez devoir apporter avantage à ses armes. En mon particulier, je vous conjure de croire que je ferai valoir vos services lorsque j'en aurai lieu, et vous témoignerai en toutes occurrences que jo suis , etc. Le Cardinal de Richelieu. De Monceaux, ce lO'' juillet.
Dispositions à prendre pour attaquer Monsiecr.
21 millet. Monsieur, bien que je vous aie écrit hier, je ne laisse de reprendre la plume pour vous dire que le plus grand plaisir que vous puissiez faire au Roi est de vous mettre entre la
LE CARDE\.\L DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORCE. 379
frontière et la tête de Monsieur, en sorte que donnant lieu ^^'^ à M. le Maréchal de Schomberg d'attaquer ses troupes d'un '^'i"'"^' côté, elles ne puissent, étant enfermées entre vous deux, éviter les armes de S. M. Je sais que vous êtes si résolu à continuer à faire en cette occasion ce que vous avez fait en toutes celles qui se sont rencontrées jusques ici pour son service, que ce seroit faire tort au zèle que vous y avez, de vous y convier davantage. C'est ce qui me fait Cnir cette lettre en vous assurant, etc. Le Cardinal de Richelieu. Du Bois-le- Yicomte, ce 21"= juillet.
LE MARÉCHAL DE SCHOMBERG AU MARÉCHAL DE LA FORCE
li lui rend compte de ses opéralioDs.
Monsieur, vous devez avoir reçu une dépêche que je vous 24 juillet. ai envoyée par M. de Beaurcgard , aide de camp ; celle-ci vous confirmera la même chose, qui est que je serai vers le trentième de ce mois en la Limagne d'Auvergne , et de là me résoudrai si je prendrai le chemin de Rhodez et AIbi, oi\ si je suivrai la route de Monsieur. L'on me donne avis d'Auvergne qu'il étoitaux environs de Mende, et qu'il a environ quatre mille chevaux, et espère bientôt quinze mille hommes de pied. Je ne crois ni l'un ni l'autre, et ferai le plus de diligence que je pourrai pour les voir. Sitôt que je serai en Languedoc, j'enverrai devers vous, et vous supplie d'en faire de même vers moi; car la communication de nos desseins peut faciliter de grandes choses pour le service du Roi. Honorezmoi de vos bonnes grâces , etc. Schomberg. De ISevers , ce 2i"= juillet.
le CARDINAL DE RICHELIEU AU MARECHAL DE LA FORCE.
Marche des Maréchaux de Schomberg et d'- Chàlillon. — Le Roi s'avance pour les appuyer. — Nécessité d étouffer la révolte à son commencement. — Trahison de M. de Montmorency. — Mort du Maréchal dEffiat. — MM. de Bullion et Bouthillier Directeurs des finances.
Monsieur, rencontrant ce courrier qui va vous trouver, je ^ août. ne puis que je ne vous conjure de vous avancer autant qu'il vous sera possible. Assurément le mal n'est point tel que vous pouvez penser d'abord dans le Languedoc, et il n'y a point
1632. (Je moyen d'empêcher qu'il ne croisse , qu'en faisant voir 2 août, l'autorité et les armes du Roi. Si vous avez seulement cinq mille hommes et mille chevaux, ou approchant de ce nombre, rien ne vous peut faire tète. M. le Maréchal de Schombcrg s'avance tant qu'il peut; d'un autre côté, M. le Maréchal de Châtillon s'en va recevoir douze vieux régiments et cinq nouveaux qui reviennent d'Allemagne, avec quinze cents chevaux, pour aller droit à Leaucaire. Le Iloi partira dans huit jours, pour s'en aller aussi droit aux ennemis par le Limousin et le Quercy, avec ses Gardes, ses Suisses, Navarre, Vervins, et huit cents chevaux. On désire mener cette afTairc le plus chaudement qu'il se pourra, pourvu que vous et M. le Maréchal de Schomberg empêchiez, comme j'espère que vous le ferez, que les ennemis ne fassent grand progrès. Je ne crois point que les Huguenots ne demeurent dans leur devoir. Les villes que M. de Montmorency offre au service de Monsieur ne seront pas de si grande conséquence que l'on pourroit s'imaginer d'abord ; pourvu que Narbonne ne se perde poii)t, la trahison de M. de Montmorency ne sera pas suivie de grand effet. Nous avons fait tout ce que nous avons pu de deçà pour l'empêcher, je m'assure que vous et M. le Maréchal de Schomberg n'oublierez rien à même fin. Je crois aussi que vous n'aurez pas oublié à faire parler en passant au sieur de Peyrault ', pour le faire contenir en son devoir; il n'aura jamais une plus belle occasion pour acquérir de l'honneur et faire sa fortune; autrement, et lorsqu'une armée sera arrivée, s'il donne la peine d'y envoyer exprès pour l'attaquer, il ne sera plus temps de penser à recevoir des effets de la bonne volonté du Roi , qu'on lui peut procurer maintenant. Vous nous tiendrez, s'il vous plaît, averti par toutes voies de ce que vous ferez, de ce que vous apprendrez. On écrit à M. du Gué pour vous faire trouver trois cents chevaux de canon à Lyon. Je vous prie faire l'impossible. Yous prendrez trois ou quatre couleuvrines en quelque ville que vous les trouverez, cela étant du tout nécessaire pour faire ouvrir les petites villes qui se voudroient porter à la rébellion. Au nom de Dieu, avancez-vous le plus que vous
' Gouverneur de Beaucaire.
LOUIS XmAU MARÉCHAL DE LA FORCE. 381
pourrez, pour erupôcher les levées des ennemis et leurs des- 1632. seins. 11 ne faut rien pour dissiper une faction à son com- 2 août. mencement : si vous avez quelque avantage sur eux, cela est capable d'étonner grandement la compagnie. Assurez-vous, s'il vous plaît, etc. Le Cardinal de Ricuelieu.
P. S. Je ne vous mande point le déplaisir que j'ai de la mort de M. le Maréchal d'Effiat, parce qu'il est extraordinaire ; le Roi l'a grandement ressentie, j'en suis outré en mon particulier. S. ^I. a mis en la direction des finances MM. do Bullion et Coulhillier. De Saint-Germain en Laye, ce 2''aoiJt.
le roi au MARECHAL DE LA FORCE.
Même sujet. — Mesures prises par S. M.
Mon Cousin , j'ai reçu votre lettre du vingt-sixième du mois dernier, avec le mémoire qui y étoit joint, par lequel, comme aussi par le récit que m'a fait le sieur de Coulangc que vous m'avez envoyé, j'ai appris ce que vous avez pu recueillir des avis qui vous sont donnés, de l'état des affaires de ma province de Languedoc, entre lesquels je vois que la perfidie du Duc de Montmorency vous a été confirmée. Je suis bien aise que vous m'ayez informé de toutes ces particularités; et ce, d'autant plus que les maux se peuvent mieux guérir lorsque les causes en sont bien connues; aussi me suis-je proposé, comme les suites de [ceux qui se préparent seroient très-préjudiciables, de ne rien épargner pour en arrêter le cours, et même de porter ma personne sur les lieux, afin de faire ressentir à ceux qui en sont les auteurs, et les ont fomentés sous le nom de mon frère, le châtiment qu'ils auront mérité. Je pourrai partir d'ici dans douze ou quinze jours pour commencer mon voyage, après avoir pourvu à la sûreté des provinces de deçà , en sorte qu'il ne s'y passe pendant mon éloignement aucune chose qui puisse altérer le repos et la tranquillité de mes sujets.
J'estime que vous aurez maintenant rallié les troupes qui sont sous votre charge, et pris une bonne résolution sur les choses qui presseront le plus. Vous ne pouviez , selon mon avis , en faire une meilleure que d'aller à ISismes et Uzès,
3 août.
1632. que VOUS jugez n'être pas en très-bonne assiette, et parce qu'il est très-important de les assurer; aussi me veux-je promettre que vous y aurez si bien pourvu , qu'elles seront contenues dans l'obéissance avec les autres lieux circonvoisins.
Pour le regard de Narbonne , j'ai fait partir , il y a deux jours, le Baron de Chabanne, pour aller trouver mon cousin le Maréchal de Yitry, duquel il prendra les ordres nécessaires pour y conduire par mer, avec toute la diligence possible, un secours de vivres, hommes et munitions de guerre , qui soit capable de la fortifier et conforter les habitants dans leurs bonnes résolutions ; ce que je veux croire qui sera exactement exécuté, et que par ce moyen cette place pourra être garantie d'inconvénient.
11 a été bien à propos que vous ayez dépêché à mon cousin le Maréchal de Schomberg pour lui donner connoissance des avis que vous recevez ; vous continuerez de lui écrire souvent, afin de considérer les moyens que vous aurez à tenir pour vous opposer puissamment aux desseins qui se font contre mon service, soit en vous joignant ensemble ou agissant séparément, remettant à vous et à lui qui êtes proches des occasions, et en connoissez l'importance mieux que ceux qui en sont éloignés , d'en user ainsi que vous jugerez que l'avantage de mes affaires le pourra requérir.
Pour le regard de ce que vous me mandez, qu'il seroit nécessaire d'envoyer des Commissions pour lever des troupes dans la province, afin de prévenir en cela le dessein des factieux, je vous dirai qu'il en a été mis ci-devant entre les mains de mondit cousin le Maréchal de Schomberg, pour lever dix ou douze compagnies de cavalerie et autant de régiments , dont on se pourra servir si on juge qu'il soit à propos.
Parmesdépèchesduvingtiémeettrentiémedu passé, jevous ai mandé ce qui étoit de mon intention, tant pour les recrues de l'infanterie et delà cavalerie, que sur les autres choses nécessaires pour la subsistance de vos troupes, comme aussi l'ordre que j'ai donné au régiment de Chamblé pour vous aller joindre. Vous aurez vu pareillement ce que vous aurez à faire observer touchant les différends qui naissent entre lesdites troupes pour les rangs et préséance, ce que je ne répéterai point ici.
LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORCE. 383 Le marché pour le pain de munition a été fait; j'ai com- »632. mandé que l'on fît partir au plus tôt le commis du munition- "^ ^*'^'' naire et celui de l'extraordinaire de la guerre. Je ferai aussi pourvoir au prêt des soldats , s'il y a moyen ; cependant la somme qui a été empruntée par le sieur du Gué étant bien ménagée , cet argent ira bien loin , et donnera lieu de faire un nouveau fonds pour subvenir aux dépenses de l'armée. Et parce que ledit sieur du Gué juge que sa présence sera nécessaire à Lyon pour y pourvoir, je trouve bon qu'il s'en aille aussitôt que le sieur de Machault sera arrivé auprès de vous. Je donnerai ordre de plus qu'il vous soit envoyé des officiers et des chevaux d'artillerie avec l'équipage nécessaire, sachant que dorénavant vous en pourrez avoir besoin pour vous faire passage et forcer les lieux qui ne voudront pas obéir. Ledit sieur du Gué fera lever à Lyon trois cents chevaux pour ladite artillerie, outre les quatre cents qui se lèveront en ces quartiers. C'est la réponse que je ferai à votre dépèche, vous exhortant toujours de me départir sur ces occasions, les preuves accoutumées de votre fidélité et affection en mon endroit, assuré que de ma part je conserverai la mémoire de vos services, pour les reconnoître en tout ce qui s'offrira pour votre contentement. Sur ce, je prie Dieu, etc. Ecrit à Saint-Germain en Laye, le 2' d'août. Signé : Louis. Et plus bas : Phélypeaux.
LE CARDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORCE
Ordre de s'assurer de la ville de Boaucaire et de prendre le château. — Le Maréchal de Vitry agira conjointement avec lui. — Le Roi porte au Parlement la déclaration contre les rebelles.
Monsieur, je ne vous puis dire le contentement que le Pioi a de la façon avec laquelle vous vous portez pour son service en la province que vous êtes ; il vous prie de n'oublier rien de ce que vous pourrez pour conserver la ville de Beaucaire et prendre le château. Et d'autant que vos incommodités ne vous permettent pas de pouvoir être partout, S. M. désire que M. le Maréchal de Yitry se joigne avec vous pour agir conjointement et tour à tour, comme MM. les Maréchaux de France ont de coutume.
9 août
1632. ■£\\q désire aussi que vous fassiez faire levée dans les Cévennes et lieux circonvoisins, de quatre ou cinq régiments de cinq ou six compagnies chacun, pour son service. S. M. va le douzième de ce mois au Parlement porter la déclaration contre ceux qui se sont révoltés contre elle, et part le lendemain pour aller droit à Beaucaire et à Bagnols, où elle espère qu'elle trouvera la besogne faite par votre diligence et celle de M. le Maréchal de Yitry.
Elle vous prie de trouver l'invention d'y mener du canon, afin de les réduire promptement à la raison ; en mon particulier, je vous en conjure autant que je puis, et de croire que je suis, etc. Le Cardinal de Richelieu.
P. S. Si vous pouvez faire quelque entreprise sur les troupes de Monsieur, la moindre défaite ruineroit son parti. De Paris, ce 9* août.
Condamnation du Vicomte de Lestrange et des officiers de son régiment. — Ordre à la Force d'assister la justice en cette occasion.
25 août. Mon Cousin, le Yicomte de Lestrange ayant encouru les peines portées par mes déclarations faites contre ceux qui adhèrent aux factions présentes, et ne voulant différer à lui faire recevoir le châtiment que mérite le crime de rébellion, qu'il a commis par les entreprises qu'il a faites contre mon autorité et le repos de mon Etat, j'ai par ordonnance signée de ma propre main et mes lettres patentes sur icelle, condamné ledit Yicomte de Lestrange, les capitaines, lieutenants et enseignes de son régiment, qui ont été pris prisonniers avec lui, à avoir la tête tranchée, et les sergents et soldats aux galères perpétuelles. Et envoyant ladite ordonnance etîettres patentes au sieur de Machault, Conseiller en mon Conseil d'Etat, Maître des Requêtes ordinaire de mon Hôtel et Intendant en la justice, police et finances en l'armée qui est sous votre charge, pour les faire exécuter, je vous ai voulu faire cette-ci pour vous en donner avis et vous dire que vous ayez à départir toute assistance et main-forte audit sieur de Machault, pour l'effet de ma volonté, afin qu'il n'y
M. DE MINVIELLE AU MARÉCHAL DE LA FORCE. 385 soit apporté aucun retardement. Sur ce, je prie Dieu, etc. *632. Ecrit à la Cliarité, le 25' d'août. Signé : Louis. Et plus bas : ^ ^°'*' Phélypealx.
LE MARECHAL DE SCHOMBERG AU MARECHAL DE LA FORCE
Après avoir conduit Montmorency à Lecloure, il marche droit à l'armée du Duc d'Orléans.
Monsieur, je reçus la lettre dont vous m'avez honoré, du i' septembre, neuvième de ce mois, avec très-grande joie d'y apprendre les bonnes nouvelles de votre santé, et le bon état où vous allez être pour servir le lloi. Pour moi, je commence aussi à grossir mes troupes et aurai bientôt huit régiments et augmentation de cavalerie. Je viens de conduire M. de Montmorency dans Lectoure, où je le crois bien en sûreté, et m'en rêvas droit où j'apprendrai que sera l'armée de Mgr le Duc d'Orléans. Les avis que j'en ai, sont qu'elle s'est retirée entre Carcassonne et Béziers ; mais il y a apparence que nous sentant approcher, ils viendront à nous : si cela est, j'espère que Dieu nous fera la grâce de nous en démêler aussi heureusement que nous avons fait la première fois.
Je m'assure que Lunel et Pézenas ne se lairont point assiéger, de sorte que nous nous pourrons voir bientôt devant Béziers; j'en ai une extrême envie pour vous pouvoir témoigner, etc. ScHOMBERG. Au camp de Toulouse, ce 17® septembre.
M. DE iMINVIELLE AU MARECHAL DE LA FORCE.
Témoignages d'admiration et d'affection. — Joie des Protestants des honneurs conférés à M. de la Force.— Nouvelles du Béarn.
Monseigneur, je m'estimerois du tout indigne d'avoir été 28 novembre. Jamais connu de vous si sachant, avec toute la France, la bonne assiette où vos vertus et les signalés services par vous et messieurs vos fils rendus au Roi, vous ont colloque auprès de S. M ., je demeurois seul muet en ce recoin de montagnes, tandis que votre nom est publiquement célébré et dedans et dehors le Royaume. Je prends donc volontiers la hardiesse de vous rafraîchir la mémoire de votre ancien serviteur, et de vous III. 25
1632. protester, en cette qualité, que je participe bien avant avec 28 novembre. tQjjg Y05 servItcurs de deçà, à la joie qui nous revient de votre gloire et de la reconnoissance de vos mérites, par l'honorable emploi que S. M. vous donne en ses Conseils et en la conduite de ses armées, et par la charge de Maître de sa garde-robe, dont il lui a plu vous gratifier depuis "peu à votre grande louange et au grand contentement de toutes nos Eglises, qui vraisemblablement en peuvent et doivent attendre quelque relâche de respiration. Loué soit Dieu de ce que d'un côté pendant l'éclair de ce dernier trouble qui a paru en notre voisinage, sa divine bonté a contenu nosdites Eglises dans les termes du devoir, et de l'antre, de ce qu'avec étonnement et plaisir tout ensemble, nous avons vu la guerre mourir en sa naissance, à quoi et votre valeur et votre sage conduite n'ont pas peu contribué. Le temps a bien été pour notre condition et été encore fort mauvais depuis votre séparation d'avec nous; mais mes afTections à vous servir, priser et honorer, se sont toujours maintenues entières sans varier; car je puis dire et assurer sans feintise, qlie comme je prie Dieu du bon du cœur qu'il vous comble de ses bénédictions avec toute votre très-illustre famille, aussi suis-je plus que jamais et par inclination et par devoir. Monseigneur, etc. Mi>'ViELLE. A Pau, ce dimanche 28* novembre.