‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 86 sur 106 · ANISÉE · texte numérisé non relu

ANISÉE

LE MARÉCHAL HORN AU MARÉCHAL DE LA FORCE

Détails des opcratioDS de larmée Suédoise contre Aldringlier ci le Duc de Feria.

ins. Monsieur, je reçois à beaucoup d'honneur la joie que vous 13 décembre, me témoignez avoir par la vôtre du troisième du présent, des avantages que Dieu nous a donnés et donne journellement sur notre ennemi, m'affligeant du défaut des occasions et commodités de pouvoir vous en informer plus souvent. Yous aurez reçu depuis peu deux des miennes par le retour de celui de vos gardes que vous m'avez envoyé, desquelles vous aurez appris ce qui s'est passé entre l'ennemi et nous depuiis que nous sommes passés le Scliwartzwald jusqu'à ce que

LE MARÉCHAL HORN AU MARÉCHAL DE LA FORCE. 387 nous sommes venus à Riedlingen. Alors le Duc de Feria et i633. Aldringer étoient à Munderkingen et Emmerkingen, et fai- *^ déceœbr». soient réparer quelques ponts sur le Danube pour et à dessein d'y passer et aller joindre le AVallenstein, vers la Franconie, lequel s'avançoit déjà vers le Haut-Palatinat ; mais nous leur avons fait perdre ce dessein lorsque nous sommes avancés a Erbach. Ils se retirèrent ensuite pour aller passer la rivière d'Hier à Brandenbourg, de quoi ayant eu avis, j'ai envoyé deux parties, une par Ulm, et l'autre par ledit Brandenbourg, de côté et d'autre de ladite rivière, lesquelles réussirent heureusement; car la première étant passée à Ulm, fit rencontre de deux cents cavaliers des régiments de Gonzague et Aldobrandin, qui étoient venus pour reconduire en l'armée une compagnie d'infanterie qui étoit à Yissenhorn, lesquels ils mirent en déroule et tuèrent entre plusieurs, deux capitaines de cavalerie, et firent prisonniers un major et un jeune Comte Fougger ; l'autre partie chargea le quartier des Cravates où ils en tuèrent environ soixante, et prirent un capitaine prisonnier et gagnèrent grand nombre de chevaux. Ensuite de quoi nous marchâmes toute une nuit avec notre cavalerie vers ledit Brandenbourg pour tâcher d'attraper et combattre l'ennemi à son passage de ladite rivière d'Hier, lequel, après la défaite susdite de ses Cravates, n'osant se fier de passer audit Brandenbourg, s'en alla plus loin passer à Egelsée où nous l'avons fait poursuivre par une forte partie, qui en tua environ deux cents de ceux qui demeuroient en arrière. Nous passâmes cependant ladite rivière avec de la cavalerie audit Brandenbourg, et fîmes passer l'infanterie à Rirchberg, et avons pris quartier en ce lieu de Yissenhorn, où nous avons logé l'infanterie, et entre ledit lieu et Memmingen, notre cavalerie, proche de l'ennemi, qui y étoit aussi logé : lequel le lendemain nous voulûmes aller attaquer, ayant marché à cet effet plus de deux heures ; mais il se retira à la faveur des montagnes vers Raufheuren, tellement que ne le pouvant poursuivre avec notre gros, nous y envoyâmes une forte partie, laquelle au village d'Appfeltranger, proche Mindelheim, chargea et défît entièrement le régiment de Gonzague, qui étoit en garde, et les Cravates en ayant eu l'alarme, se sauvèrent promptement de leurs quartiers, qui n'étoient

1833. loin de là, où ils laissèrent tout leur bagage. Nous avons apisîdecembre, ^^-^^ ^^^^ j^g prisonniers, que lesdits Duc de Feria et Aldringer passent la rivière de Lech pour aller en Bavière; nous n'avons pas jugé à propos de les suivre à cause du pays, qui est montueux et trop favorable pour eux. Nous avons envoyé toutefois une forte partie vers Augsbourg pour reconnoître leur contenance et dessein, qui est, comme je crois, de tâcher de sejoindre encore au Wallenstein,parIngolstadtou Passau. Cependant le Duc Bernard deWeimar après avoir fait plusieurs progrès considérables de ce côté-là, tant à cause de la venue du colonel Strozzi, que ledit Wallenstein a envoyé avec quelques troupes pour secourir la Bavière et empêcher sa conjonction avec les paysans de la Haute-Autriche, que pour l'approche desdits Aldringer et Feria, et incommodité présente de la saison, ayant muni de garnison ses places conquises, se retire avec son armée hiverner dans le Haut-Palatinat pour garder cette province et nous pouvoir joindre plus commodément ensemble, si le cas le requiert.

Yoilà, Monsieur, comme par la grâce de Dieu, nous avons incommodé et traversé l'ennemi en ses desseins et entreprises, et assuré ce pays le long du Danube; ainsi qu'aussi nous nous assurons de tout le delà du Rhin sur les armes du Roi, et l'affection et résolution, Monsieur, que vous me mandez avoir, de vous opposer à tout ce qu'y voudroit entreprendre l'ennemi. Ce qui sera encore un plus ample sujet d'obligation avec tant d'autres que nous vous avons, et moi particulièrement d'être à jamais, etc. Gustavus Horn. Du camp de Vissenhorn, ce 18 décembre.

Même sujet.

25 décembre. Mousicur , j'ai été extrêmement réjoui d'apprendre par 4 janvier, ^^^j.^ \qHj,q ^ ^j ^jg ]g^ bouche de M. de Miré , le soin et la

bonne résolution que sa Majesté a pris, et de l'ordre qu'elle vous en a envoyé, d'avancer et employer ses armes pour la sûreté du delà du Rhin, et secours de notre parti. Je ne vous saurois exprimer suffisamment combien la Couronne de Suède et alUés s'en ressentent obligés à sadite Majesté d'avoir en grande considération son intérêt particulier en

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toutes occasions, et en grand honneur son alliance royale, ^^^s. puisqu'ils en reçoivent de telles faveurs et avantages; je ne ^^ *^^*^"*'"*doute point que cela ne fasse aussi perdre courage et toute espérance aux ennemis communs de pouvoir effectuer ou entreprendre même aucune chose de ces côtés-là. Je vous ai fait savoir par ma dernière deVissenhorn comme l'Aldringer et Féria étant poursuivis continuellement par nous, et après avoir rcru do grands dommages par plusieurs do nos parties, ont été contraints de se retirer vers Amberzée et sur le Lech , où par nos derniers avis nous apprenons qu'ils y sont encore joints ensemble; je ne sais si c'est de crainte qu'ils aient d'être attaqués par nous, ou qu'ils aient encore dessein de tâcher de prendre ailleurs quartiers d'hiver de deçà le Danube, au cas que nous nous avancions vers Ratisbonne. Nous n'avons cependant, etjusques à présent, fait bouger notre armée des environs de Nordlingen, sans qu'il se soit passé autre chose, sinon qu'il y a sixjours qu'environ huit ou neuf cents chevaux et dragons ennemis des garnisons de Biberach et lieux circonvoisins, s'étant assemblés, attaquèrent à Munderkingen quelques compagnies de cavalerie des nôtres, lesquels s'étant dégagés et retirés avec peu de perte en deçà du Danube, M. de Gassion , colonel francois , en ayant eu avis à Ehingen, avec quelque trente chevaux de son régiment qu'il put subitement ramasser, s'en alla à leur secours, et retournèrent ensemble au delà du Danube contre les ennemis qu'ils trouvèrent en campagne et en bataille ; et combien qu'eux ne fussent qu'environ cent cavaliers, et les ennemis six ou sept fois en plus grand nombre , ils les chargèrent néanmoins et défirent , en tuèrent sur la place une centaine, et emmenèrent plus de soixante prisonniers, leur colonel, appelé Yiston, s'étant à peine sauvé fort blessé; ledit colonel de Gassion et les François ayant acquis beaucoup d'honneur en cette généreuse action. Nous attendons de voir la contenance de l'ennemi, suivant laquelle ou nous marcherons contre , ou nous donnerons à nos troupes repos et quartier d'hiver. Je m'en vas entre ci et Ratisbonne pour m' aboucher avec le Duc Bernard de Weimar, et prendre conseil et résolution avec lui sur les occasions qui se pourroient présenter. LeWallenstein nebougeencoredelaBohème, ayant

1633 envoyé le colonel Galas avec une partie de ses troupes au 25 décembre secour» de Francfort-sur-l'Oder , qui étoit assiégé par Arnheiin, lequel a levé le siège. J'avois bien dit à M. de Miré, lorsque l'armée de l'ennemi étoit encore dans le Sundgau et Brisgau , qui avoit la commodité du pont de Brisach pour passer et repasser le Rhin , et qu'il nous falloit aller passer bien loin par le pont de Strasbourg, que j'eusse fait faire un pont à llhinau, ou au-dessus vers Brisach, pour joindre ou faire passer i)lus commodément le secours que nous vous demandions alors. Mais à présent que les affaires sont changées, l'ennemi s'étant retiré, n'ayant laissé en ce pays-là que la garnison de Brisach et quelques autres à l'ribourg et ailleurs, pour lesquelles tenir en bride M. le Rhingrave Othon Louis y est retourné avec sa cavalerie ; au cas néatimoins qu'une conjonction fut nécessaire , si l'armée ennemie retournoit et entreprcnoit de ce côté-là, ce qu'il n'y a pas d'apparence qu'elle fasse cet hiver, on se pourroit servir du pont de Strasbourg.

J'ai fait depuis peu un voyage à Francfort, vers M. le grand Chancelier, lequel j'ai sollicité de ce que vous m'avez écrit quelquefois, touchant la restitution au Duc de Lorraine de Saint-Hippolyte, lequel m'a dit que, combien que ladite ville ait été prise sur ledit Duc auparavant qu'il se fût mis en la protection du Roi, néanmoins pour le respect qu'il porte à sa Majesté, qu'il dçnneroit ordre au plus tôt de ce faire et exécuter; s'étudiant de tout son pouvoir de donner toute sorte de satisfaction et contentement à sadite Majesté.

Quant au reste, Monsieur, je me rapporte à ce que vous en écrit particulièrement ledit M. de Miré, en ayant ensemble amplement communiqué. Je tâcherai de ma part d'entretenir toujours la bonne correspondance que les intérêts unis et communs des deux Couronnes et alliés requièrent entre nous es occasions présentes, en vous mandant par toutes commodités tout ce qui le méritera, et de m'entretenir aussi par tous devoirs de services dans le bonheur que j'ai d'être, etc. GusTAVus HoRN. De Wallestorn, ce 25* décembre 1633, ou i* janvier 1634,

M. DE BRASSAC AU MARÉCHAL DE LA FORCE. 391

M. DE BRASSAC AU MARÉCHAL DE LA FORCE

ïujonclion à M. de Lorraine de licencier ses troupes. — La Princesse de Phalsbourg assiégée par les Suédois.— Marche du Cardinal Infant.

Monsieur, j'ai reçu celle qu'il vous a i>lu m'écrire par vo- i634trc garde; j'avois déjà appris comme (luoi vous aviez fait "i»°'*"* exécuter l'afTaire de Sirck, lequel est parfaitement bien allé. Quant aux troupes de AI. de Lorraine, il m'envoya ici le même exempt (jui vous étoit allé trouver , pour me demander uq consentement par écrit de licencier ses troupes, à quoi je répondis que i'estimois bien, que comme vous lui aviez dit, qu'il feroit plaisir à S. M. de les congédier, mais que ce consentement par écrit (que je ne croyois pourtant i)as nécessaire) devoitèlredu Roi ou devons; maintenant on n'est plus en ces termes, car le Uoi lui a spécifié sa volonté par le retour d'un gentilhomme qu'il lui avoit envoyé, laquelle est qu'il vous envoie sesdites troupes, et les paye ou qu'il les licencie. Je vous écrivis hier, Monsieur, comme madame la Princesse dePhaIsbourg m'avoit prié de vous mander qu'elle étoit assiégée par les Suéilois ; je ne sais si ce n'étoit point pour disposer des excuses, afin de ne congédier point cesditea troupes; toutefois l'on assure que les Suédois y ont été; vous le pourrez mieux, savoir.

Pour le voyage de M. d'Arpajon, je crois que M. l'Electeur de Trêves s'étoit bien avancé ; ces messieurs qui sont sur les lieux, sont bien plus croyables que lui.

11 est vrai que ss ' a tenu conseil pour s'éloigner, mais enfin il s'est résolu d'attendre; Salomon'^ a écrit à Denis ' qu'il sût si Calisto'' lui veut donner contentement sur l'afTaire de /aeob ' ; et suivant un mémoire que Daniel '' a envoyé à Menasses % lequel est un peu long , demandant éclaircissement sur les aiïaires de Lisis , Antoine ' est allé vers ss '°; je ne sais ce qu'il répondra, et s'il ne résoudra point de faire ce qu'on avoit dit à Félix '*^ qu'il avoit déjà fait , je ne le crois pas.

' Lorraine. — * Le Roi. — ' Brassac. — ' Lorraine. — • Monsieur. — • LA Boi. — ' Lorraine. — ' Lo Princesse Marguerite. •^ ' Miraumout. — " La Forcé.

1834. Le bruit a couru que le Cardinal Infant étoit passé, et même

«jantier. jyj de Lorraine afaitmettreen prison l'Intendant de ses postes

qui ne l'en avoit point averti ; depuis, on m'a assuré que ce

n'étoit pas lui , mais un Seigneur allemand qui alloit à

Bruxelles.

Je ne faudra! point d'écrire samedi pour notre affaire, afin qu'il soit poursuivi vivement, volontiers que l'éloignement du Conseil (le Roi étant à Chantilly), le pourroit retarder.

Je suis bien marri de votre indisposition , et prie Dieu qu'il vous l'ôte, demeurant, etc. , etc. Brassac. Nancy, ce 12'= janvier.

K janTier.

M. DE GURON AU MARECHAL DE LA FORCE

Disgrâce de M. des Coutures. — Le Roi au Parlement. — Rappel de Monsielr. — Diminution des impôts. — Accusation de rapt contre le Cardinal François de Lorraine.

Monseigneur, le pauvre M. des Coutures s'en retourne sans remède à son mal. On croit que ce qu'il vous écrivoit innocemment, a été un dessein de vous émouvoir à faire plainte au Roi, du peu de soin de son grand Maître en ce qui regarde sa charge, sur quoi on ne veut plus qu'il serve. C'est un homme d'honneur, et qui peut fort bien et utilement servir; je m'en suis voulu mêler, mais j'ai été arrêté tout court, on n'a pas voulu que j'en allasse plus avant. Il a de quoi faire un bon service dans une occasion , car il a esprit , jugement et courage.

Aujourd'hui le Roi est entré au Parlement et M. le Cardinal avec lui, du tout guéri. Sa journée sera fort remarquée à l'avenir ; il s'agit de rappeler Mosieur et les sien s fors et excepté, ce me semble, la Tieuville, le Coigneux, Monsigot , le Coudray et Fargis , et ce dans six mois, avec abolition générale de toutes les choses passées ; mais aussi en cas qu'on ne reçoive cette grâce, il y a de grands périls pour l'avenir.

On soulage le peuple de douze millions ; on ordonne de grands tours par les provinces. Bref, il se fait une action bien contraire à celle des Rois précédents; ils n'entroient dans leur Parlement que pour des Édits à l'oppression du peuple,

18 jaDTi«r.

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