‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 88 sur 106 · MEMOIRE POUR 31. LE MARECHAL DE LA FORCE · texte numérisé non relu

MEMOIRE POUR 31. LE MARECHAL DE LA FORCE

Ledit sieur Maréchal saura que le Roi aura bien agréable lo féTrier. qu'ensuite du succès arrivé par sa bonne conduite en la réduction de la ville de Hagucnau et du château de Hohard , il tâche de lui rendre le même service pour la ville de Brisach.

S. M. se remet aux moyens que ledit sieur Maréchal estimera plus convenables pour arriver à cette fin , comme étant

10 février.

»eS4. plus proche de ces quartiers-là, et ayant plus de connoissance de ceux qui peuvent y avoir des habitudes.

S M. estime qu'il seroit bien à propos de faire entendre au Comte de Salm, par quelque homme capable, et auquel il puisse prendre confiance, qu'il ne faut pas douter et que l'on est bien averti que les Suédois mettront dans peu de temps le siège devant cette place, maintenant qu'ils ne voient plus d'apparence qu'elle puisse être secourue après la mort du Duc de Feria et la dissipation de son armée; et dans le déclin où sont les affaires de l'Empereur, que quand le siège y sera mis une fois, ils ne pourront éviter à la longue l'accident de Philipjisbourg, et (ju'ils feront beaucoup mieux de prévenir cet inconvénient en remettant cette place au dépôt du Roi, ainsi que Ilaguenau, sous les mêmes conditions de la rendre à l'Empereur par un traité de paix, préservant par ce moyen tous les pays voisins dudit Brisach, de l'un et de l'autre côté du Rhin, d'être exposés au péril que la Religion catholique et l'autorité de l'Empereur en soient bannies pour toujours.

Pour faciliter ce dessein, ledit sieur Maréchal peut assurer que S. M. fera bailler comptant, soit audit Comte de Salm ou à celui qui commande dans Brisach, et à ceux que ledit Comte jugera mériter récompense pour ce sujet, une notable somme d'argent jusques à cinquante ou soixante mille écus, et plus s'il le falloit; ce que ledit sieur Maréchal ménagera en telle sorte , qu'il se réservera à lui seul la connoissance de cette somme, de peur que les entremetteurs ne s'engagent à plus qu'il ne seroit besoin, sans avoir égard à la disposition des esprits et à la juste nécessité. Toutefois ledit sieur Maréchal pourra faire donner parole audit Comte et ses autres adhérents, de ladite somme ou de plus grande, si ledit sieur Maréchal juge qu'il le faille ainsi , et qu'il y ait sujet de croire que ledit Comte et ses amis marchent sincèrement, et aient la volonté et le pouvoir de remettre ladite place.

Ledit sieur Maréchal aura aussi égard que cet affaire soit conduit avec telle prudence et secret, que les Suédois ou autres Protestants n'aient connoissance que le Roi ait ce dessein, ou au moins qu'on le puisse nier sans preuve suffisante.

S. M. recommande fort particulièrement audit sieur Ma-

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réchal qu'il fasse mettre un ordre bien exact dans Haguenau et Hobard, et Saverne quand cette ville sera en l'obéissance de S. M., à ce que la discipline entre les gens de guerre soit bien observée, et que l'on donne sujet au\ Catholiques voisins de se louer de ses troupes par le hon traitement qu'ils en recevront. Il faut aussi acquérir la bienveillance de la Noblesse proche desdits lieux, et leur donner assurance que S. M. ne désire que leur conservation, et ne prétend accroître ses Etats, mais se joindre avec eux pour les maintenir en la possession de leurs biens et franchises, et principalement en ce qui regarde la Religion catholique, en quoi il faut éviter que les Protestants n'aient fondement de se plaindre que S. M. préfère les Catholiques à eux, même en ce qui regarde les intérêts temporels, étant à propos de leur faire connoître que l'on ne le fait que pour garder la capitulation qu'elle a faite en recevant lesdites villes, et les retirer de la dépendance d'Espagne,

Il ne faut pas aussi manquer à prendre garde que les troupes qui seront dans lesdits lieux de Haguenau, Saverne ou autres, n'ap[)ortent point de dommage aux terres et biens des habitants de Strasbourg, et autres villes et châteaux appartenant à la jSoblesse protestante , quand même il seroit besoin de mettre garnison en quelques lieux pour la siireté des passages et des avenues.

Ledit sieur Maréchal tiendra correspondance, et fera que les commandants dans lesdites places, de la part du Roi, l'aient aussi avec le sieur de l'Isle, Résident pour S. iM. dans Strasbourg, auquel S. M. écrit pour ce >ujet , afin qu'il s'y comporte selon que requerra son service.

Ledit sieur Maréchal saura que ledit sieur de l'Isle a un accès particulier avec le Comte de Salm et le Chancelier de l'Evôché de Strasbourg, et qu'il pourra servir pour ménager avec eux ladite afîaire, si ledit sieur Maréchal n'a en main des personnes plus propres pour cette entremise. Il faut témoigner de la part du Roi grande confiance auxdits sieurs Comte et Chancelier, elles assurer de pensions s'ils en veulent prendre.

Si les Impériaux veulent remettre au Roi Roufîach, Thann etBéfort, ledit sieur Maréchal les pourra accepter, s'il juge

10 fcTiier.

1684. que ces lieux-là puissent être conservés contre de médiocres io février. (j-Q^peg ^ gt qu'ils puisscnt servir à couvrir les autres places principales, et à élargir l'armée du Roi sans l'étendre par trop ; et sur les doutes qu'il en pourroit avoir, il informera pleinement S. M. de l'état des susdites choses, afin qu'elle prenne ses résolutions plus mûrement; en sorte toutefois que ce délai ne puisse faire perdre quelque occasion considérable, si ledit sieur Maréchal le juge ainsi. Fait à Chantilly, le 10^ jour de février. Signé : Louis. Et plus bas : Boutuillier.

M. DE BRASSAC AU MARECHAL DE LA FORCE

Négociations secrètes pour retirer la Duchesse de Lorraine des mains du Cardinal

François.

17 février. MoDsieur, je viens de recevoir celle qu'il vous a plu m'écrireen datedu treiziémedu courant ; vousaurez maintenant vu M. d'Espenan, et su par lui ce que la Duchesse * (Nicole) amande il y a longtemps auRoi; hier elle me manda qu'elle étoit tellement éclairée, qu'il n'y avoit point moyen qu'elle pût aller vers moi. Je me doutois toujours bien de cela; c'est pourquoi, ayant appris par ledit sieur d'Espenan que vous aviez charge de mettre garnison en tous les lieux de Lorraine, je jugeai que cela donneroit appréhension au Cardinal, et qu'il pourroit peut-être faire conduire la Duchesse ou à la Mothe, ou à Thionville, ou vers Luxembourg, et par ainsi, j'estimai que vous trouveriez à propos, vu ledit ordre, de mettre quelques troupes sur ces chemins, éloignées néanmoins de Lunéville pour ne donner aucun soupçon , et avec tel secret que le Cardinal n'en pût avoir aucun avantage, de peur même, non-seulement qu'on ne la transporte ^ mais de sa vie, delàquelle quelquefois l'on a eu appréhension. Je fais tout ce que je peux pour faire que la Duchesse puisse sortir de Lunéville sous quelque prétexte, et la faire venir à Nancy, suivant l'intention du Roi. J'ai mandé à S, M. ce que je vous avois écrit touchant cela, et je vous supplie encore d'éviter tout soupçon et garder le secret.

J'appris hier au soir que M. de Lorraine est à Thann, ou

» Tous les noms de lieux ou de personnes étaient en chiffres.

LOUIS Xin AU MARÉCHAL DE LA FORCE. 397

du moins y étoit vendredi. Je crois qu'ayant Lure à son corn- iM*mandement, il espère de tourner quand il lui plaira vers '^ '^'^''*'* Besançon ou continuer son voyage en Bavière; pour ses troupes, elles sont toujours aux lieux où je vous ai mandé. Voilà, Monsieur, ce que je vous dirai maintenant, outre que je me suis extrêmement réjoui de Saverne et de Haguenau; je crois que le Roi et Mgr le Cardinal en auront reçu beaucoup de contentement. Je ne faudra! point de vous faire savoir ce qu'on me mandera touchant l'an'aire ci-dessus. Je demeure sans cesse, après vous avoir baisé très -humblement les mains, etc. Brassac. A Nancy, ce 17* février.

P. S. Monsieur, si vous revenez à Metz et rameniez l'armée de ce côté-là, il ne seroit pas bon d'envoyer des troupes sur les chemins que je vous écris, car ce seroit donner soupçon trop visible comme vous jugerez bien; mais si vous vous épandez partout ce pays, c'est en ce cas , car lors on ne sauroit rien soupçonner, ou bien que vous ayiez ordre de mettre garnison en tous les lieux de Lorraine.

Depuis tout ceci écrit , j'ai appris que M. de Lorraine est à Busan, dernier village de la Lorraine.

M. Isaac de Saint-Simon Gouverneur de Saverne.

Mon Cousin , j'ai fait expédier mes lettres patentes en sman. forme de Commission, au sieur Isaac de Saint-Simon, gentilhomme ordinaire de ma chambre, pour commander dans la ville et fort de Saverne, et dans le château d'Hobard proche ladite ville , dont j'ai voulu vous donner avis par la présente, afin que vous donniez ordre au sieur de Perigart, lieutenantcolonel du régiment de Navarre, qui y commande à présent, de mettre lesdits lieux entre les mains dudit sieur de Saint- Simon, auquel mes gens de guerre, qui sont à présent en garnison en iceux, auront à obéir suivant mesdites lettres de Commission. La présente n'étant à autre fin, je prie Dieu, etc. Ecrit à Senlis, le 3« jour de mars. Signé : Louis. Et plus bas :

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