‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III (volume 4)Chapitre 89 sur 106 · BOUTHILLIER · texte numérisé non relu

BOUTHILLIER

23 avril.

M. DE l'iSLE au maréchal DE LA FORCE.

Plaintes des Suédois. — Assassinat commis par des cavaliers de Strcifr. — Reprise de Prague. — Mouvement des Impériaux. — Succès du Maréchal Horn. — Diète de Francfort. — Reddition de Fribourg. — Meurtre de M. de la Haye.

1634. Monseigneur, je vous ai par mes lettres du treizième du courant, donné avis de plusieurs plaintes que font les Suédois, non pas que je les approuve toutes ou que j'en fasse état, car pour la retraite qu'on a donnée à ceux qui s'en sont fuis, et ce qui s'est passé à Porentruy, je m'en moque et voudrois qu'il ne tînt qu'à en faire autant pour Brisach : mais il est vérilal)le que je ne trouve point que nous ayions raison quelcontiue d'ériger les panonceaux du Roi dans Westhonen ni dans Eschau , qui sans contredit quelconque sont en la main et possession des Seigneurs de cette ville, et nullement compris au traité fait avec le Comte de Salm , ni dépendant des places ou Bailliages y mentionnés; et partant il y faut remédier sous quelque honnête prétexte, et cependant insister que l'exercice de la Religion catholique soit rétabli dans ledit Eschau, s'il a été intermis ou ôté comme on m'a dit : à quoi je ne faudrai de tenir la main.

Celles que. votre Excellence à écrites à ces messieurs, les ont radoucis; et d'autant qu'ils avoient déjà envoyé ordre à leurs députés à Francfort pour y former leurs plaintes, j'ai fait en sorte qu'ils leur ont envoyé la copie de celle qu'ils ont reçue de vous, comme aussi de ce qu'il vous a plu m'en écrire, afin que si leur plainte a déjà éclaté, ils fassent entendre quelle est l'intention du Roi et le sentiment de votre Excellence là-dessus , et que les esprits qui pourroient avoir été effarouchés et conçu des sinistres impressions des intentions de S. M., soient remis et regagnés.

Quant à Munchoff, j'apprends que ce que M. de Perigal a dit est véritable , que ce n'est qu'une maison de plaisance qui a toujours servi à ceux qui ont commandé dans Saverne, et ne dépend d'aucun BaiUiage, tellement que le Baillyd'Obernesen, suédois, n'a point eu de juste sujet d'ôter les armes du Roi pour y mettre les suédoises, et pourtant on est trèsbien fondé et ne doit-on supporter une telle supercherie.

M. DE L'iSLE AU MARÉCHAL DE LA FORCE. 599

J'ai écrit à M. de Saint-Simon, que puisque le Bailliage du *65*' Kochcrsberg est litigieux entre les officiers de Saverne et cette ^ *^'' ville, et romis à la décision de S. M., il fera bien de donner ordre que connme le prétendu lîailly de cette ville n'entreprend aucun exercice de sa charge ni de faire aucun commandement audit Bailliage, pareillement aussi celui de Saverne et autres officiers n'entreprennent d'y commander, ni faire aucun acte de juri liction, ainsi que tout se passe simplement sous l'autorité du Roi et de son Gouvernement, jusque» à ce que l'afTaire soit vidé. Il m'a témoigné ne dé- :.irer rien plus que d'entretenir bonne correspondance avec ces messieurs, et ne leur donner aucun juste sujet de plaintes.

Nous sommes après à tirer raison d'une très-méchante action que dix-huit ou vingt cavaliers du régiment de Streiff ont faite pas loin de cette ville, ayant pillé, volé et blessé cinq cavaliers françois, dont même l'un est mort avant-hier. Les Seigneurs de cette ville ont à mon instance fait courir après eux; mais ils avoient déjà gagné pays : néanmoins, cela a servi pour apprendre qui ils sont et à qui ils appartiennent. J'ai écrit fort sensiblement à leur colonel, et demandé réparation du vol commis (qui monte à quatre-vingt et dix pistoles en argent, cinq chevaux, autant de casaques d'écarlatc et quelques autres hardes} , et justice exemplaire de l'assassin, lui donnant à entendre que si par subterfuges ou autres moyens il nous en frustroit et se rendoit protecteur d'une si méchante action, le bras du Roi étoit assez grand et le courage de ses Ministres et officiers par deçà assez bon et résolu, pour en tirer la vengeance et user de représailles sur les premiers qui se réclanieroient de leur parli. Au reste, l'armée impériale, qui s'étoit jointe à celle de Bavière, et pris trois ou quatre villes à l'entour du Danube, même se préparoit pour assister Ratisbonne, a été rappelée en Bohême, où le Général Banier, suédois, est entré avec le Lieutenant Général de Saxe, Arnheim, et comme on dit, repris Prague.

Le Maréchal Horn triomphe en Souabe , et depuis peu a pris la ville de ]\Iemmingen, n'ayant i)lu5 en toute la province que Yillingen qui ne soit à sa dévotion, vers laquelle il s'achemine.

La journée de Francfort n'a encore rien éclos : les délibé-

» avril.

llOO CORRESPONDANCES.

*634. rations y sont fort lentes, les députés de la Basse-Saxe et de l'Electeur y étant attendus. J'avois, y a huit jours, reçu ordre de l'aller trouver; mais il s'est, Dieu merci, présenté un sujet qui m'en exempte. Partout je serai toujours, etc. Del'Isle. Ce 23 avril.

P. S. Le Rlîingrave , après la reddition de Fribourg , est allé devant Rhinfelden, petite bicoque au-dessus de Basle, sur le Rhin, qui le retient déjà quinze jours sans beaucoup d'effet. M. de la Haye, Envoyé du Roi, a été, lui quatrième, tué par douze Suédois, à demi-lieue de Basle.

Effet produit par les lettres du Maréchal. — Intolérance des Catholiques. — Echec du Rhingrave devant Rhinfelden. — Perles des Suédois. — Réformes

^. dans leur armée.— Levées en Italie. —Mission d'un agent espagnol près du Duc de Lorraine. — Défaite du régiment de Benicausen.

7 mal. Monseigneur , vos gracieuses lettres qu'avez écrites aux Seigneurs d'ici , et le sentiment qu'il vous a plu leur faire entendre et à moi sur cette dernière innovation faite à Eschau, a rassuré les esprits qui avoient été plus alarmés de cette action que d'aucune autre précédente, et ne sais comme cet officier de Saverne et le prêtre , sont été si inconsidérés de venir faire une telle action à une heure d'une puissante ville et d'un peuple irrité extrêmement contre le Comte de Salm, et tous ceux qui se réclament de lui. Et ne faut douter que si je n'eusse été par deçà, il en fijt arrivé quelque désordre , et peut-être que tout ne se fût passé avec le respect dû au Roi, comme il a fait, le gentilhomme du village auquel on avoit attaché votre sauvegarde , n'ayant pas usé de tel respect , ains dès le lendemain détaché et protesté encontre. Ceux qui usent de telles surprises en votre endroit, devroient désormais considérer et apprendre qu'ils ruinent par ainsi le service du Roi , et augmentent grandement par leur zèle inconsidéré celui d'Espagne. Je persiste en ce qu'autrefois j'ai écrit à votre Excellence et en Cour : que les esprits bouillants, brouillons et bigots, ne valent rien par deçà. L'Empereur Charles-Quint trouva par son conseil de conscience, tout bon catholique qu'il étoit, d'envoyer en Italie trente mille Allemands, la plupart luthériens, faire la guerre au Pape Clément septième, saccager et piller la ville de Rome et tous les

M. DE LISLE AU MARÉCHAL DE LA FORCE. 401

monastères et églises, tuer trois Cardinaux, prendre prison- 1634, niers le Pape et dix-sept Cardinaux, et leur faire payer 7 mai. rançon de quatre cent mille ducats; et nous avons des gens si bigots qu'ils croient que le Roi doive faire la guerre à ses alliés pour la moindre église ou abbaye qu'ils auront prise sur leurs ennemis, qui en abuseroient plutôt que ceux-ci qui, pour le respect seul du Roi, y entretiennent l'exercice de la Religion catholique, et du reste du revenu s'en servent à se défendre contre l'oppression d'Espagne , au lieu que les autres ne s'en servoient que pour y établir la tyrannie et faction espagnole, et nous faire un jour la guerre comme ils ont fait autrefois, et nous en menacent encore s'ils peuvent venir à bout de leurs desseins. S'ils sont tant zélés à leur Religion, qu'ils se contentent et rendent grâces à Dieu et au Roi, que par son autorité et par le respect de son alliance, la Religion catholique est entretenue et conservée en tous les endroits et quartiers d'Allemagne, d'où autrement elle auroit été entièrement bannie, et qu'ils permettent que les revenus superflus, dont jouissent ces grands Evêques et Prélats d'Allemagne, la plupart parents, alliés et partisans de la Maison d'Autriche et d'Espagne , soient employés à la conservation de la liberté germanique, dont nos Rois ont été toujours les protecteurs et d'effet et de nom. Excusez , Monsieur , mon zèle qui pour n'être si bouillant que le leur, ne laisse d'être autant sincère et porté au service du Roi et au vôtre.

M. de Saint-Simon me témoigne être résolu de vivre en bonne intelligence avec cette ville, et ne leur donner aucun sujet d'ombrage; il semble même qu'il reconnoisse bien l'artifice des vieux officiers de Saverne, qui seroient très-aises de nous mettre en mauvais ménage les uns avec les autres, pour se prévaloir un jour de notre désunion contre tous deux.

Le Rhin grave est toujours'devant Rhinfelden, petite bicoque au-dessus de Basle. Mercy commande dedans, et fait voir ce que vaut un vaillant homme dans une place, ayant fait perdre audit Rhingrave six semaines de temps, prés de douze cents hommes en trois assauts mal donnés, et une bonne partie de sa réputation.

Les Suédois ne se sont point prévalus de l'accident de Wal- III. 26

7 mai.

i«34- ienstein comme ilsdeToient, et n'en ont tiré aucun avantage, soit pour reprendre quelques places ou autrement; ains en ont perdu plusieurs au Ilaut-Palatinat et sur le Danube, même depuis peu Hœxt sur le Weser, où toute la garnison a ^té tuée. La quantité de leurs petits Généraux divise leurs conseils et leurs forces ; c'est pourquoi on a résolu de les réformer et n'en avoir plus que quatre en Allemagne, à savoir: le Duc Bernard de AVeimar pour la Franconie et Bavière; le Duc de Lunehourg (à qui le Landgrave de Hesse a volontairement cédé) pour la Westphalie et Basse-Saxe; Bannier pour la Silésie , Poméranie et Brandebourg; et le Maréchal Horn pour la Souabe et l'Alsace.

On fait de grandes levées eu Italie. Antonio Sermente, espagnol, est arrivé à Besançon, qui apporte argent et lettres de change au Duc de Lorraine pour faire des levées, et maintient l'arrivée de huit mille IN'apoUtains, et l'embarquement de quatre mille Espagnols à Barcelone, pour venir par deçà.

Le régiment de Benicausen , de deux mille cinq cents hommes, a été défait par celui de Rœnig, du Landgrave de Hesse , qui n'étoit que de douze cents. Je fais étal de me rendre bientôt en Cour, s'il plaît à Dieu, m'étant excusé du voyage de Saxe où l'on me vouloit envoyer. Partout où je serai, faites état de moi comme, etc. De L'Isle. Ce 7" mai.

LE MARECHAL DE LA FORCE AU CARDINAL DE RICHELIEU

Siège de la Molhe.

24 jaiB. Monseigneur, moi et les miens sommes trop heureux que votre Eminence nous fasse l'honneur de nous avouer pour ses très-humbles serviteurs; je la supplie très-liumblement de croire qu'il n'y en a point au monde qui lui soit plus fidèlement acquis, lui rendant très-humbles grâces du soin qu'elle a daigné prendre de moi et visiter mon fils de Castelmoron sur sa blessure; c'est aujourd'hui le huitième jour; jusqu'ici il n'est survenu. Dieu merci, aucun mauvais accident; les chirurgiens en espèrent bien.

Votre Eminence aura pu voir par les dépêches des sieurs de Casaux et Arnauld l'état de notre siège ; les grands eiïorts se font astheure par ceux de dedans, comme ils nous

LE MARÉCHAL DE LA FORCE AU CARDINAL DE RICHEUEU. i^OS voient si proches. Leur contrescarpe est si droite et si sablon- 1*3%. neusc, que nos mineurs se trouvent bien empêchés au tra- ^ajoIq. Tail qu'il hmr faut faire, et sommes contraints de prendre un peu de loin pour leur sûreté et se pouvoir garantir des artifices à feu et autres elTorts que font ceux de dedans.

Ils ont commencé de travailler, mais sans doute il y courra du temps; cependant nous travaillons à faire une bonne batterie du côté de la i)orte, à un grand bastion, auquel j'apprends qu'il n'y a point de rocher, et ainsi l'un ne cessant pour l'autre, nous tâcherons d'ajuster nos attaques pour faire nos eiïorts de tous les côtés en même temps, soit des mines, soit do la Itallerie. "Nous sommes obligés, pour favoris r ceux qui travaillent aux mines et appuyer la tète de nos tranchées, de maintenir les trois batteries qui ont été dressées pour cet efTet; véritablement tout cela ne va pas aussi bien que je désirerois. Nos batteries sont de si grands attirails et auxquels il faut tant de munitions, qu'il y a beaucoup de peine à ramasser tout. Je n'en ai pu tirer de Nancy, sur les difficultés que M. le Comte de Brassac a représentées, comme j'ai écrit ci-devant; pour Verdun, j'avois demandé seulement mille boulets à M. du Fossé. Il m'a mandé qu'il n'en pouvoit four m'r que sept cents. Par ma dernière dépèche, je donne avis de ce que j'ai envoyé chercher à Cliâlons et Verdun. Cela sera un peu long ; nous avons trois de nos canons éventés, qui est un grand déplaisir, et un autre où il se trouve un boulet enfoncé dedans par force, sans poudre. Les quatre cents chevaux de trait et les officiers de l'artillerie qu'il plaît à votre Eminencc me mander être envoyés, arriveront fort à propos. Tout ce voisinage fait grand bruit d'un secours qu'ils disent venir pour la 3îothe, mais je ne vois rien "encore de préparé à cela du côté de la Bourgogne et vers l'Alsace; il n'y a rien du tout qui en peut venir que vous n'en ayez grande lumière ; (juant au côté du Luxembourg, tout ce qui y est, est aussi trop foible pour rien entreprendre, s'il n'en vient du côté de la Flandre. Je viens de recevoir une lettre de M. de Bussy par laquelle votre Eminencc pourra voir les troupes qu'il dit être de ce côté-là. J'avois jusqu'ici tâché de soulager tous ces environs pour ménager les vivres au besoin, maintenant j'ai cru qu'il éloit à propos de faire appro-

ûOZi CORRESPONDANCES.

1S34. cher ce qui étoit le plus éloigné tant cavalerie qu'infanterie,

24 juin, agjj Je nous tenir en état selon les occurrences ; Picardie,

Piémont et Navarre, je les mets àlNeufchàtel, Médonville et

Mirecourt. Je prie Dieu, etc. Au camp devant la Mothe, ce

24* juin.

M. DE FEUQUIÈRE AU MARÉCHAL DE LA FORCE

Blessure de M. de Caslelmoron. — Admiration des succès du Maréchal. — Nouvelles du siège de Ratisbonne. — Prise de Francfort sur l'Oder. — Mouvements et desseins des Confédérés. — Négociations avec la Diète de Francfort.

3 juillet. Monseigneur, celle-ci est pour vous témoigner avec combien de déplaisir j'ai appris la blessure de M. de Castelmoron ; bien qu'en même temps ceux qui m'ont mandé cette mauvaise nouvelle m'aient assuré qu'il ne soit pas en hasard de la vie, ni même d'en être estropié, il ne se peut qu'elle ne soit accompagnée de très-grandes douleurs, qui ne vous mettent en peine; encore que de longtemps le chemin que vous leur montrez si souvent, vous doive assez préparer à recevoir quantité de semblables déplaisirs , desquels je prie Dieu qu'il vous garantisse au lieu où vous êtes.

Quoique les affaires de deçà soient en très-grand nombre et assez importantes pour ne penser à autre chose, on ne laisse pourtant d'y être fort soigneux de m'enquérir souvent de l'état du siège de la Mothe, et dans combien vous croyez la pouvoir emporter. Cette place est ici en si grande estime, que quand je leur dis qu'en sept jours vous avez été jusqu'à la contrescarpe et que vous travaillez déjà à la percer, ils ont de la peine à le croire ; pour moi, Monseigneur, je vous avoue que la coinoissant comme je fais, j'ai peine à le croire moimême, et encore plus à douter que vous y soyez fourni de toutes les choses nécessaires pour la presser selon votre désir.

Pour ce qui est des nouvelles de deçà, nous n'avons que la continuation du siège de Ratisbonne, qui est toujours battu de quatre-vingts ou cent pièces de canon sans que le Roi de Hongrie ait pu encore emporter une redoute, à laquelle ils ont déjà donné sept assauts, où on fait état qu'ils ont perdu plus de quatre mille hommes. Il n'en a pas été de même du

M. DE FEUQUIÈRE AU MARÉCHAL DE LA FORCE. 405

côté de Silésie et Moravie, où Arnheim et Bavière ont pris '634. Francfort sur l'Oder, Grosglokso et plusieurs autres places; ^ J"'"^' de sorte que ne leur restant plus rien à faire, ils font état de donner une forte diversion en Bohème, leurs deux armées montant bien à trente-cinq mille hommes. De deçà, le Maréchal Horn et le Duc de Bernard, après avoir pris deux ou trois petites places pour faciliter le secours des vivres dans la Bavière et le long du Danube, font état de se joindre dans peu de jours ensemble pour faire lever le siège de Ratisbonne, ou forcer le Roi de Hongrie et le Duc de Bavière à donner bataille avant le passage des troupes d'Italie, au devant desquelles ils sont résolus d'aller. Pour ce qui est du côté du Landgrave de Casse!, après avoir mis en déroute les troupes de la Ligue (catholique), comme vous avez su il y a deux jours, ils ont entrepris divers petits sièges, assistés des quatre mille hommes de pied que les Hollandois leur ont prêtés, et continuent à tourmenter l'Electeur de Cologne, auquel il ne reste de la grande armée que la Ligue avoit faite, qu'environ deux mille cinq cents chevaux. Voilà, Monseigneur, l'état au vrai des armées de deçà.

Pour ce qui est des affaires de l'Assemblée, elle traîne toujours dans les longueurs ordinaires des Allemands, lesquels ne laissent pourtant d'avancer toujours quelque chose. Je leur fis, il y a douze jours, ma proposition, après quoi ils travaillent à y répondre : j'espère que devant la fin de la semaine prochaine, je pourrai avoir quelque certitude de ce que S. M. aura à attendre touchant l'affaire de Philippsbourg, qui est l'article le plus difficile à arrêter avec eux, le reste y étant entièrement aux termes que le Roi le désire. J'ai tiré la ratification de l'alliance passée avec eux l'année passée, à laquelle j'espère amener dans huit jours les cercles de Haute et Basse Saxe et Westphalie, de sorte qu'il n'en restera plus un qui ne soit tellement lié à S. M., qu'ils ne pourront nonseulement faire aucun traité sans elle, mais même sans sa médiation; mais ce que j'en trouve le plus fâcheux, est que quoique l'on désire la paix, je ne crois pas qu'elle se puisse faire sitôt, les esprits de part et d'autre n'y étant pas encore assez bien préparés. C'est votre très-humble et très-obéissant serviteur Feuquière. De Francfort, ce 3 juillet.

27 juillet.

h06 CORRESPONDANCES.

M. DE BRASSAC AU M.4RÉCHAL DE LA FORCE

Siège de la Molhe. *

Monsieur, nous avons reçu ici avec une extrême joie la nouvelle que nous a apportée un enseigne de notre garnison, leciuel est arrivé en cette ville il y a quelques heures, venant du camp devant la Mothe; il m'a dit l'effet du fourneau que vous aviez fait jouer, et comme ensuite on avoit vu en votre logis des députés pour traiter. Il me seroit impossible, Monsieur, de vous pouvoir témoigner ma joie et le contentement que cela me donne. J'attends la confirmation de ce que ledit enseigne nous a dit, avec les particularités, par ce qu'il vous plaira de m'en mander; cependant je loue Dieu de tout mon cœur, et le prie qu'il vous bénisse et augmente votre gloire en toutes les occasions qui s'en présenteront jamais.

Je vous envoie le mémoire expliqué, ainsi que vous l'avez désiré, par lequel vous verrez ce que le Duc de Lorraine se prometloit, qui sont pures baïes, lesquelles maintenant sont fort hors de saison, et de la moutarde après dîner. Je vous baise mille et mille fois très-humblement les mains et suis, etc. Brassac. a Nancy, ce soir 27 juillet.

LE CARDIÎVAL DE RICHELIEU AU MARECHAL DE LA FORCE

Même sujet que la précédente.

2 août. Monsieur, vous me donnez la vie quand vous vous résolvez de pousser vertement l'attaque du bastion qui prendra la citadelle assurément; je vous supplie d'y faire l'impossible, car de là dépend le tout, et avançant ce travail extraordinairement, je ne suis pas sans espérance que nous puissions avoir la place dans votre semaine au plus tard; je vous assure que j'en voudrois avoir donné beaucoup et pour l'amour de vous et du service du Roi. Je vous envoie trois cents outils et m'en vais à la Péjousse ; M. le Marquis de la Force aura soin, s'il vous plaît, delà garde que la cavalerie doit faire au camp, car M. d'Auriac vient à la Péjousse avec moi. Je vous prie que je sache ce soir le travail que vous pensez faire cette

Même sujet que la précédente.

Mon Cousin, le contentement que j'ai reçu du prompt et heureux succès du siège de la Mothe m'est trop sensible pour demeurer plus longtemps sans vous le faire connoître et voua

LOUIS Xm AU MARÉCHAL DE LA FORCE. 407

nuit et quand vous serez attaché au bastion, car cela me *®*console, et je me promets qu'il vous réussira quelque chose de bon si l'on y est bientôt. Cependant croyez, Monsieur, que je suis, etc. Le Cardinal de Piichelieu. Ce 2" août, à six heures du matin, temps auquel j'ai reçu la lettre.

le noi AU MARÉCHAL de la force.

Prise de la Motlic. — Le Roi lui exprime sa satisfaclion.

Mon Cousin, j'ai été bien aise d'apprendre par le Marquis 4 août. de la Force, votre fds, les particularités de ce qui s'est passé au siège de la Mothe et à la réduction de cette ville sous mon obéissance, dont on m'avoit bien donné quelque avis un peu avant son arrivée, mais je n'y avois point voulu ajouter foi, et n'ai point voulu en publier la nouvelle que je n'en aie été assuré de votre part. Cependant je ne veux pas demeurer plus longtemps sans vous témoigner, comme je fais par cette lettre, l'entière satisfaction qui me demeure des soins, diligence et prévoyance que vous avez apportés en tout ce siège, et que je sais bien avoir extrêmement contribué à avancer beaucoup la prise de cette place. J'avois toujours bien espéré un pareil succès de mes armes sous votre conduite, sachant l'affection avec laquelle vous me servez, et l'expérience et suffisance que vous avez pour le faire avantageusement, dont vous venez de rendre des preuves si signalées en cette dernière occasion, de laquelle je reconnois fort bien la grandeur et l'importance; aussi veux-je vous assurer que j'aurai à grand plaisir de reconnoître ce service, et de vous témoigner par effets mon ressentiment et mon affection en toutes les occasions qui se présenteront pour votre avantage ou pour celui des vôtres. C'est le sujet de cette lettre, que je finis, priant Dieu, etc. Ecrit à Chantilly, le 1® jour d'août. Signé : Louis. Et plus bas : Servien.

4 août

*63*- témoigner la satisfaction très-entière que j'ai de votre bonne conduite, quia ajouté cette occasion à tant d'autres dans lesquelles vous m'avez donné de si véritables preuves de votre fidélité et affection au bien de mes affaires. Yous pouvez vous assurer que j'en veux conserver la mémoire, et que lorsque je pourrai vous faire ressentir ce qui est de ma bienveillance en votre endroit, je le ferai de très-bon cœur, tant envers vous que les vôtres. Sur ce, je prie Dieu, etc. Ecrit à Chantilly, le h" jour d'août. Signé : Louis. Et plus bas : Bou-

THILLIER.

LE CAUDINAL DE RICHELIEU AU MARÉCHAL DE LA FORCE

Même sujet.

9 août - Monsieur, il m'est impossible de vous représenter le contentement que le Txoi a reçu de la prise de la Motlie ; il est d'autant plus grand que cette place n'est pas, comme vous pouvez juger, de petite considération entre ses mains, ni peu utile au bien et avantage de ses affaires, et que S. M. avoit besoin, pour faire réussir une entreprise pareille à celle-là, d'une prudence et d'une conduite comme la vôtre. Elle vous témoigne si particulièrement par la lettre qu'elle vous écrit sur ce sujet, le gré qu'elle vous en sait et la satisfaction qu'elle a du soin et de la diligence que vous y avez apportée, qu'il seroit inutile d'y ajouter aucune chose ; aussi ne prendsje pas la plume à cette fin, mais bien pour vous faire connoître en mon particulier, ainsi que je fais par ces lignes, la Joie que je ressens de cet heureux succès et de la gloire que vous avez acquise en cette occasion ; vous assurant que personne du monde ne sauroit prendre plus de part à ce qui vous touche que moi, ni qui soit avec plus de vérité que je suis et serai toujours, etc. Le Cardinal de Richelieu. De Royaumont, ce 9^ août.

MÉMOIRE A M. LE MARECHAL DE LA FORCE, LIEUTENANT GÉNÉRAL DE l' ARMÉE DU ROI.

30 août. Le i\oi, ayant considéré l'état des affaires d'Allemagne, le progrès des armées impériales par la prise de Ratisbonne

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