‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 5)Chapitre 1 sur 101 · LE MARQUIS DE MONTPOUILLAN · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE MONTPOUILLAN

Jean de Caamont, marquis de Montpouillan ^ étoit le siiième fils de Jacques' Nompar de Caumont, premier duc et maréchal de la Force , et de Charlotte de Gontaut-Biron. Nous ignorons la date de sa naissance y mais tout porte à croire qu*il avait à peu près TAge de Louis XIII. On voit par une lettre de ML. de la Force à sa Temme, du 13 décembre 1604, que Marie de Médicis lui demandant son jeune enfant pour être avec M. le dauphin, il hésitait encore & le lui donner^ parce qu'tl ne vouloit point, disait-il, $$ séparer sitôi de son petit Jean. Il le mena cependant peu après à la reine. Admis au nombre des enfeints d'honneur élevés près de Louis XIII, Montpouîllan grandit dans ses bonnes grâces ; de tous les favoris de ce prince, ce fut peut-être celui qu*il aima davantage. D'an esprit vif, d'un caractère généreux et décidé^ il

k NOTICE

ne se servait de son crédit que pour obliger les autres, et toujours il s'oubliait lui-même. Protecteur des trois frères Luynes, qui avaient commencé par se faire ses complaisants pour se maintenir auprès du roi à Tabri de sa faveur, il devint l'instrument ' dont ils se servirent pour se débarrasser du maréchal d'Ancre et satisfaire leur ambition ; il ne tarda pas à être la victime de leurs intrigues. L'enchaînement de tous ces faits se retrouvera avec leur développement dans ces Mémoires que nous publions sous le nom du marquis de Montpouillan, parce qu'ils se rapportent à lui d'une manière toute particulière, bien qu'ils aient été écrits par le marquis de Castelnaut, d'après les confidences que ce dernier reçut de son frère. C'était un grand drame domestique que toute cette afiaire de religion et de favoritisme, qui devait se terminer tragiquement par la mort de M. de Montpouillan. Il n'est donc point surprenant que la tradition en ait été religieusement conservée dans la famille de M. de la Force par celui de ses enfants qui s'est appliqué davantage à préserver de l'oubli tout ce qui se rattachait à la cause du protestantisme et à l'histoire de sa race, intérêts tellement unis et personnifiés alors dans la maison de Caumont.

1 HUtoir$ d$ Louis XIII, par Levasior, édit. iD-8% t. II, p. 689. — VIttorio SIry, XXVI« partie, p. 81. —Nouveaux Mémoires de Bassompierrê, p. 303 et 306. — Sismondi, Histoire des Français t. 22, p. 435.

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Il y a eu deux phases dans la vie de M. de MontpouillaOy courtes toutes les deux comme sa trop courte vie : celle de la faveur, où il fut nommé premier gentilhomme de la chambre ; et celle de la disgrâce, où il fat décapité en effigie par arrêt du parlement de Bordeaux. La première montre en lui toutes ces qualités brillantes qui distinguaient un courtisan accompli et le grand seigneur de cette époque; la seconde le trouve supérieur à l'adversité, intrépide dans le danger, avec cette fermeté de conduite et cette sagacité précoce qui annoncent Thomme de guerre ^

Chassé de la cour en apparence à cause de son père, mais en réalité parce qu'il était trop aimé du roi ; en butte à la haine des Luynes qui poursuivaient en lui tous ses proches et jusqu'à ses coreligionnaires, Montpouillan se retira d'abord en fiéarn auprès de M. de la Force, puis il alla chercher dans un voyage en Angleterre quelques diversions à ses ennuis. Le roi Jacques reçut à sa cour le jeune huguenot, et essaya par l'accueil le plus distingué de lui faire oublier une disgrâce dont la religion était le seul prétexte.

Mais bientôt le bruit de la guerre que Louis XIII commençait contre les protestants, le rappelle en

« HUtoir9 de Louis XIII, par Levassor, U IV, p. V^.-^HUtoire générale de la rébellion en France, par Claude MaUogre, 1. 1, p. 118. — TaUemant des Aéaos, U II, p. 64.

Guyenne; M. de la Force venait d'être nommé par rassemblée de la Rochelle général de cette province. Montpouillan lève un régiment auquel il donne son nom y et va servir sous son père. Impatient de se signaler par quelque exploit, il se jette dans Nérac *, que le duc d'Elbceuf assiégeait. Le vicomte de Castets, fils de Favas^ député général de rassemblée de la Rochelle , en était gouverneur. Simple volontaire sous ses ordres, Montpouillan se lia avec lui d*une étroite amitié. Après une défense énergique, les assiégés capitulèrent avec tous les honneurs de la guerre.

La soumission de la Basse-Guyenne rendit toute résistance impossible. Tandis que M. de la Force allait défendre Montauban coiitre le roi, Montpouillan suivit le marquis de la Force, son frère, à la Rochelle, bloquée par d'Épemon. Il fit éclater sa valeur dans plusieurs sorties, entres autres le 29 ao4t 1621. Les royaux avaient essayé d*incendier les moidins situés près de la ville \ il les aborda vigoureusement à la tôte de douze cents hommes, et disputa quelque temps la victoire ; il l'aurait remportée sans doute, si un grand coup d'épée qu*il reçut à la face n'eût ralenti l'impétuosité de son attaque et refroidi Tardeur des siens ; le

« Histoire de Louis XII t, par Dupleix, p. 260. — Le Fidèle his^ torien des affaires de France, par U fieur de Frawille, p. 173. — If «retire François, t. VII, p. 604. — Gramond, LivM EX, p. 41S.

3 Gramond, Livre IX, p. US.^Mer€ur$ Frmnp&iif I. VII, p. 673.

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MDg iiKMidftot flOB risage, le prifa de la f ne, et il fut obligé ie se lataier reeoDdtiire dans la Rochelle.

Le sî^e de Hootaoban kfé, le courage des protes*tants se réTeille ; ils se soulèyent en Basse-Guyeone et députent vers les marquis de la Force et de Moatpouiilan pour les appeler k eux. Déjà la marquise de la Forée a^ait assuré Sainte-Foi au parti ^ On manquait de chefs ; MoDtpouiliao accourt avec^eo frère. Chargé du commandement des troupes qui tiennent la campaffàe, û tente plosieura eipéditioas qui lui réussissent, et même il allait s'emparer de la ?iUe de Duras ', s'il n'e4t été prévenu par If. d'Ëlbœuf.

De retour de Montauban, M. de la Force reprît le généralat de la province ; Mootpouillaa continua à sernr sous hti. A la prise de Tonneins, il sauf a la vie au ^omte de la VMgujon, qui s'était laissé surprendre dans le chUem. La ville avait été entièrement ruinée et démantelée^ et cependant Montpouillao n'hésita point à se renfermer au milieu de ces décombres. Avec douze cents hommes d*élite> il y brava pendant deux mois les efforts d'une année royale commandée par le duc d'EIbœuf et par le maréchal de Thémines '. Déjà même il

i FonteDay-Mareoil, t. !«% p. tt29.

« lAffoirv de Lmitk Xtii, far Tabbédu l»ta, t. Y, p. «. — Jl^- 0m Ffmfoii, 4. yai, p. 44a. ^ ])iipleîi« p. 310-820.

' Gramond, Uwr$ XI, p. 827, 031 et 833.— Frawille, p. 506, 811 et 826.— Du Pin, t.T, p, 23-28.— Hiereun Françirii, t. ViM, p. 483.

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était parvenu à mettre la place en tel état de défense que, si elle eût été suffisamment pourvue de vivres, les assiégeants se seraient vus contraints d en lever le siège.

Plusieurs fois M. de la Force avait réussi à ravitailler Tonneins, lorsque Montpouillan, s*exposant témérairement pour défendre une maison contiguë aux remparts, reçut un coup de mousquet à la tète; sa blessure d'abord ne semblait pas dangereuse , mais le manque de soin et les privations de toute espèce qu il fallut endurer, aggravèrent son mal. Vainement M. de la Force basarda-t-il ses dernières ressources pour le secourir ; il attaqua de nuit Tarmée ennemie, ^t peu s'en fallut qu'il ne la détruisit entièrement ; mais la trahison déjoua ses desseins et rendit inutiles ses habiles dispositions. Une terreur panique dissipa son monde ; et comme dit Thistorien Gramond : Par une protection visible de Dieu en faveur des Catholiques, ceux qui éloient vainqueurs s'enfuirent soudain et furent défaits.

Au moment où son père se retirait le désespoir et la rage au cœur, Montpouillan ne se laissant pas arrêter par les souffrances de sa blessure, sortait A la tète de la garnison, et secondé par le vicomte de Castets, qui avait voulu se renfermer avec lui et se faire son soldat dans Tonneins, comme Montpouillan s'était fait

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