SUR LE MARQUIS DE MONTPOUILLAN
le sieD dans Nérac, il s* empare des tranchées, emmène le canon des assiégeants, et porte partout la désolation jusqu'à ce que les ennemis, revenus de leur stupeur et forts de leur grand nombre, le contraignent A rentrer dans la place.
Ce fut là leur dernier exploit. Castets et Montpouillan, tous deux blessés, tous deux attaqués par la fièvre et la dyssenterie, sentaient défaillir leurs forces. Obligés de capituler, ils sortent enfin avec la garnison décimée par le feii et la maladie, mais tambour battant, mèches allumées et enseignes déployées, car ils auraient préféré la mort à des conditions qui, conformes à leur situation, leur auraient paru contraires à leur honneur. Montpouillan ouvrait la marche porté sur un brancard, Castets le suivait dans un état aussi pitoyable, et l'un et r autre ne survécurent que quelques jours à la prise de Tonneins.
Le peu de vie qui lui restait, Montpouillan le consacra à assurer celle de ses soldats, car il ne voulut entrer dans Clairac qu'après les y avoir fait recevoir avec lui.
La mort même ne put séparer Castets et Montpouil* lant : ils furent enterrés l'un à c6té de Tautre, et la garnison de Clairac leur rendit les derniers honneurs que Ton accorde aux braves; leurs compagnons d'armes brûlèrent de la poudre et versèrent des larmes sur leurs cercueils.
10 NOTKX 8DE LE MARQUIS RE MONTPOCQXAN.
Us De furent pas les seuls à regretter M. de MontpouilUn : le roi lui-même, qui s'était réjoui de la mort récente de Luynes^ fut virement touché de celle de son ancien favori. La plupart des historiens catholiques ^y quelque partial que fût leur point de vue, ont partagé ces regrets et ont laissé échapper de leur plume quelques éloges des nobles qualités de Montpouillan, quelque admiration pour sa vaillance et quelque doléance sur la mort prématurée du jeune marquis, qui, s'il eût survécu^ aurait pu aspirer à tout et recouvrer les bonnes grâces de son maître.
^ Indépendamment des auteurs que nous ayons cités, on peut consulter encore sur M. de MontpouiUan : BUtoire de VEdit de Nantes, t. u, p. 248, 249, 343, 360. Fontenay-Mareuil, 1. 1*^, p. 395.
Gramood, BUtaria prûêtratœ reMliofdê, p. iM, 316, 516. Bernard, BUtoire de Louis XIII, p. 109, 221, 249. Vie de Mornay, Elzev., liv. iv, p. 587. Histoire de Louis XIII, par T. le Cointe, t. m, p. 303. Histoire des troubles -de Béam, par le P. Mirasson, p. 85. Malingre, Histoire journalière de Louis XIII, p. 334. JfèfCfiw FfonfiQis, t. VIO, p. 444, 467,469, 688, 684 et 686.
DU
aiARQUlS DE MONTPOUILLAN-
Gamme il s'est passé beaucoup de choses durant le règne du Roi Louis treizième^ dont les particularités, en ce qui regarde la Maison de la Force; sont ignorées de la plupart, et dont aussi l'histoire ne dit pas tout ce qui en est, j'ai cru que ce petit recueil pourroit être agréé dé quelques-uns; bien que ce ne soit pas notre intention de nous étendre par un long discours sur toutes les causes et raisons générales, qui ont redonné les commencements aux guerres civiles contre ceux de la Religion. Je me contenterai seulement de rapporter ici, selon la connoissance que j'en ai pu avoir, ce qui concerne particulièrement cette Maison de la Force, comme atant été une des premières et principales par laquelle on a pris prétexte, en s'attaquant à eux, de
commencer les mouvements contre ceux de la Religion.
Et il semble qu'il soit nécessaire pour être mieux éclairci de ce qui s'est passé, de représenter premièrement, comme quoi monsieur de la Force avoit eu l'honneur , il y a longues années, d'avoir été établi par le feu Roi Henri quatrième, aux Gouvernements du Pays souverain de Béarn et de la Navarre : au premier, en qualité de Lieutenant Général, et en l'autre de Vice-Roi ; et ce avec un pouvoir aussi absolu que s'il en eut été le Souverain : honneur et avantage dont nul de ceux qui lui ont succédé en celte charge, n'a plus joui. J'ajouterai que, lorsqu'il reçut cet honneur, le Béarn se trouvoit en mauvais état; le Marquis de Villars y étoit entré avec des forces, et après l'avoir entièrement ruiné et ravagé, l'avoit presque tout mis en sa subjection ; je dirai encore que lors monsieur de la Force étant 1S9 s. auprès du Roi à Tours, avant que Paris se fût mis sous son obéissance, sa Majesté lui commanda d'aller secourir et tacher à délivrer le Béarn de l'oppression en laquelle monsieur le Marquis de Villars le tenoit , bien que le Roi ne lui donnât ni forces ni argent pour ce faire. Monsieur de la Force en obéissant, s'en vient à Bergerac dont il étoit Gouverneur, et durant les premières guerres de ceux
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delà Religion, il avoit eu aussi le commandement s^s. des lieux qui tenoientpour le Roi sur et es environs de la riTiére de Dordogne, et presque tous ceux qui étoient depuis celle de Garonne jusqu'à la rivière de risle. Y étant arrivé, il fait emploi de ses amis^ lève quelque infanterie , et avec sa compagnie de gens d'armes et quelque autre cavalerie, s'avance du côté du Béarn ; ce qu'apprenant le Marquis de YilIarS) sans presque attendre son arrivée, il abandonna tout le Béarn et se retira. Ainsi monsieur de la Force ne trouva pas grand'résistance pour remettre ce pays en liberté et sous l'obéissance du Roi; et il y fut reconnu et reçu avec toutes les démonstrations de joie et de contentement qu'on se pourroit imaginer.
Il y a encore une autre particularité à repré- an. senter, c'est que du temps de la Reine Jeanne de Navarre, mère du Roi, elle avoit chassé tous les ecclésiastiques du Béarn et ne s'y disoit plus de messe, et y avoit introduit et établi la Religion Réformée, et même les ministres y étoient entretenus des dixmes et des revenus des ecclésiastiques, comme aussi messieurs du Conseil qui étoient comme un Parlement , y prenoient leurs gages et pensions, et avec cela encore le collège et académie en étoient entretenus et même d'autres prêtres , et
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tm. outre cela plusieurs gentilshommes jouissoieut en* core des dixmes et bénéfices de leurs paroisses; et généralement tant la Noblesse que tous messieurs du Conseil et principaux des villes étoient de la Religion.
Tout cela est dit pour faire voir la cause et les difficultés, avec d'autres circonstances qui sont arrivées ensuite après la mort du feu Roi Henri quatrième, et durant ler^ne du Roi Louis son fils, ou durant la R^ence de la Reine, sa mère.
Et que si les volontés du Roi n'ont pas été exë« entées en ce pays-là aussi promptemeut qu'on l'eût pu désirer, ceci est pour montrer qu'on n'en peut pas attribuer le blâme à monsieur de la Force, comme on a voulu faire.
Et en voici la cause : c'est que le Roi ayant voulu remettre les ecclésiastiques de Béarn en possession de leurs biens ou revenus, ce qu'on a appelé la main-levée , que presque tout le Béarn et nommément le Parlement de Pau s'y sont opposés, et sur ce sujet, il y a eu diverses jussions , remontrances et arrêts, avant qu'on ait voulu exécuter la chose.
Il y a encore ceci à remarquer, que les principaux du Béarn, entre autres le Comte de Grammont, messieurs de Bénac-Navailles et de Miossans, por-
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toient une grande impatience de voir qu'Un étranger i«tn leur commandât, parce que leurs Fors et coutumes sont que le souverain venant à s'absenter, étoit obligé de laisser en sa place un du pays pour les commander et gouverner. Et bien qu'ils ne se fussent ni plaints ni opposés à l'établissement de monsieur de la Force, ains l'avoient reçu avec grande joie à cause qu'il les avoit délivrés de l'op-pression dans laquelle ils étoient; néanmoins, mon« sieur de la Force ayant obtenu la survivance dudit Gouvernement pour monsieur le Marquis de la Force , son fils, au gré et du consentement généralement de tout le pays, hormis des susnommés qui eussent désiré cette charge pour eux-mêmes, se confiant en leur cabale et de quelques ecclésiastiques qu'ils avoient attirés de leur parti, s'y voulurent opposer. Néanmoins, cela ne put empêcher que monsieur le Marquis de la Force ne fût reçu en survivance audit Gouvernement, nonobstant les grandes assemblées qu'ils avoient faites de leurs parents et amis des piovinces voisines de Béarn , avec lesquels ils vinrent à Pau, pensant parce moyen étonner et surprendre tant monsieur de la Force que monsieur le Marquis, son fils, et empêcher hautement qu'il ne fût reçu en ladite survivance, ce qui causa ensuite diverses querelles enti'e ces me^
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sieurs. Mais monsieur de la Force pourvut si bien à ses affaires que la honte leur en demeura^ comme àluietaux siens^ danslesquerellesetdémêlésquise passèrent entre eux, tout l'honneur et l'avantage. i«i8-so. De là ces messieurs assistés de quelques-uns du Parlement, cette nation étant d'une humeur assez ingrate et inconstante, tachoient en tout ce qu'ils pouvoient, de rendre de mauvais offices à la Cour à monsieur de la Force, faisant courre divers faux bruits à son désavantage ; et principalement en persuadant que c'étoit lui qui empéchoit l'exécution de la main-levée, d'ailleurs qu'il étoit assez puissant et accrédité dans le Béarn pour la faire recevoir quand il lui plairoit. Et cela étoit cause qu'on s'en prenoit donc à lui : quoique effectivement, il fît tout son possible pour y faire obéir le Roi.
Mais la vérité est, que ceux qui accusoient principalement monsieur de la Force, entre autres quelques-uns du Parlement, étoient ceux-là mêmes qui empéchoientla vérification delà main-levée, tant pour lui nuire que pour favoriser contre lui ces autres messieurs qui les sollicitoient à cela.
Monsieur de la Force, pour s'en excuser, représentoit qu'il n'avoit nulles forces dépendantes de lui pour les pouvoir contraindre , et que si on lui en vouloit donner, qu'assurément il feroit que les
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volontés du Roi seroient exécutées, mais c'est ce <«»• qu'on ne lui voulut jamais accorder. Il demanda encore qu'on lui permit donc d'employer de ses amis pour cet effet, ce qui lui fut aussi refusé; et tandis que les affaires étoient dans cet état, le Roi ayant £ait un voyage à Bordeaux , fut tellement sollicité et pressé par tous ces malveillants d'aller en Béam, sous l'espérance que cela causeroit quelque changement à l'égard de monsieur de la Force seulement, ne se persuadant pas nonobstant les presses qu'ils en faisoient à sa Majesté, que le Roi se disposât pour cela à entreprendre un voyage si éloigné, et qui sembloit être hors de saison.
Mais pendant ce temps-là, monsieur de la Force fut trouver le Roi à Bordeaux pour lui protester de son obéissance , et pour lui représenter que ceux mêmes qui le soUicitoient le plus vivement, étoient ceux qui dans le Parlement s'étoient opposés à la vérification de la main-levée, et supplia de nouveau sa Majesté de lui donner un tant soit peu de forces, ou de lui permettre d'employer ses amis , et qu'il feroit voir qu'il ne tenoit pas à lui que la chose n'eût déjà été exécutée.
Mais tous ceux de Béam apnt d'autres desseins,
firent jouer des ressorts si puissants à la Cour, IV. 2
i«^ qulk empéchèrwt toujours qu'il ne fût écouté en ses justes demandes.
Ainsi le Roi s'achemina du côté de Béarn à la grande incommodité de toute sa Cour, ce qui né réussit pas selon la pensée de ceux qui ne t&choient qu'à pouvoir nuire à monsieur de la Force, et qui d'abord avoient engagé le Roi à ce voyage.
Au contraire , ils témoignèrent bien ensuite et firent tous leurs efforts, prévoyant bien le mal et le désavantage qui leur en pourroient arriver , pour en détourner le Roi, jusqu'à lui promettre absolument de faire passer la main-levée, ce qui eût été déjà fait, s'ils ne l'eussent empêché, donnant bien à connoitre par là que c'éloit eux seuls qui en étoient cause«
Mais il ne fut plus temps de se repentit du mauvais conseil et procédé dont ils avoient usé, car ils ne s^toient jamais pu persuader que le Roi se voulût tellement éloigner en un temps où il sembloit que ce voyage ne pouvoit pas être à propos.
Ce qui dès lors et beaucoup plus encore depuis, leur donna bien de grands sujets de se repentir, vu les changements désavantageux pour eux qui arrivèrent ensuite en ce pays-là.
L'histoire fait voir ce qui s'est passé, quoiqu'en
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beaucoup de choses, elle déguise la vérité ou ne la rapporte pas bien fidèlemeot.
Et quelque mauvaise yolontë que ces gens eussent témoignée contre monsieur do là Force, ils ont bien eu autant de regret depuis, de ne l'avoir plus pour Gouverneur et de voir le grand désavantage et changement qu'ils s'étoient attirés par leur mauvaise conduite; et eussent volontiers donné la moitié de leurs biens pour pouvoir remettre les chcMes en Tétat dont par leur faute et malice ^ ils avoient été privés ; et de pouvoir jouir de la félicité et du repos qu'ils avoient ressentis durant le gou-* vernement de monsieur de la Force, et le pouvoir ravoir encore; et ce leur est généralement à tous un regret et un déplaisir si sensible qu'ils ne s'en peuvent consoler » mais principalement à ceux qui en ont été les auteurs.
Ceci est encore à considérer, que ceux qui avoient auprès du Roi et l'autorité et la conduite de toutes choses, et qui par leur crédit et faveur abusoient entièrement des volontés du Roi, étoient monsieur de Luynes et ses frères, lesquels avoient néanmoins Ventiére obligation de leur avancement et fortune^ et de l'état auquel ils étoient ensuite parvenus à monsieur de Monlpouillan , fils de monsieur de la Force, qui avoit l'honneur d'être fort bien auprès
du Roi y et peut-être aussi bien et autant aimé que jamais pas un y ait été. Monsieur de MontpouiUan avoit introduit ces messieurs auprès de sa Majesté, en les employant et les faisant servir à ses divertissements^ à quoi ils se trouvèrent être assez entendus, comme à dresser et à faire voler des éperviers et des émérlUons, à la volerie desquels le Roi prenoit grand plaisir et s'y adonnoit fort; et j'oserai dire que dans ce commencement ces messieurs se rendoient non-6eulement fort sujets et complaisants au Roi, mais même à monsieur de MontpouiUan, tâchant à le servir en toutes choses et à se conserver dans sa bienveillance , comme s'ik eussent été ses domestiques , et comme ne pouvant espérer leur avancement et fortune que par son moyen.
Et je dirai encore quelle nécessité ils eurent de son assistance : qui est que monsieur de Souvré, qui étoit Gouverneur du Roi , entra en quelque jalousie de les voir si bien auprès de sa Majesté , et appréhendant qu'enfin la faveur qu'ils avoient et surtout celle de monsieur de MontpouiUan, ne fût cause d'éloigner ses enfants des bonnes grâces du Roi, et de la part qu'ils avoient toujours eue en tous ses divertissements, et que cela même ne préjudiciâtàleur fortune, n'osant s'en prendre à monsieur de MontpouiUan, et pensant que cela pourroit même