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il se fit porter une cuve dans laquelle il se retiroit leai* et se reposoit quand l'occasion lui permettoit; et durant tout le siège, il en usa de méme^ et comme ces cornes étoient assez grandes, il faisoit transporter sa cuve d'un lieu à un autre , selon qu'il y croyoit sa présence nécessaire.
Gela est aussi remarquable que ceux de Montauban étoient d'abord peu aguerris et que Talarme ne se donnoit pas à un quartier, quoique très-éloignë, que soudain elle ne se mit dans tous les autres, et que généralement tout ce qu'il y avoit d'armes à feu ne fussent tirées j ce qui obligeoit monsieur de Gastelnaut à leur représenter souvent combien ils avoient tort de prendre ainsi l'épouvante sans voir personne, et que, si sur ce temps-là, ils étoient attaqués et qu'on voulût faire un effort contre eux, qu'ils ne se trouveroient pas en état de s'y opposer. Dans le commencement et avant que les tranchées fussent en état, comme il y avoit toujours des mousquetaires au guet, il se mouchoit toujours quelque manteau rouge ou porteur de plumes, car ils ne s'amusoient guères qu'à tirer à ceux-là; entre autres il y avoit un Ëcossois qui étoit si bien ajusté avec un fauconneau ou arquebuse, qu'il ne le tiroit presque jamais sans faire coup. Monsieur de CasteliiAut, quand il en avoit la commodité^ ne
su MiMOIRES DU lUlQUIS U GA8TELIfAUT«
iM. laitsoit pas de s'y exercer et à donner des marques de son adresse à tirer.
Et il se fiûsoit si beau feu dans les cornes que d'ordinaire au commencement^ outre les grenades, cercles à feu et fagots goudronnés qu'on jetoit pour découvrir le travail des ennemis, on tiroit bien jusqu'à quatre quintaux de poudre par jour.
Il se passa tant de particularités d*un côté et d'autre» qu'il seroit bien malaisé de les pouvoir toutes rapporter I ni précisément dire le temps où elles se sont passées. Il me souvient et lorsque j'en «vois la mémoire encore fraiche, que je r^ marquai que de ceux mêmes qui avoient voulu prendre le soin de décrire le siège, qu'ils se sont mécomptes en divers endroits, mettant souvent, comme on dit, la charrette avant les bœufs» et je ne dis pas que je n'en puisse faire de même, mettant devant celles qui se sont passées après, mais néanmoins qui sont arrivées en. temps ou autre. i«r ftpcMûb. Il arriva au bout de quelques jours du siège, que l'armée du Roi ayant avancé ses tranchées et fait ses embrasures pour leur artillerie» le matin comme le soleil se levoit, ayant mis dix pièces en batterie depuis le bord de la rivière du Tarn jusqu'au coin de la corne de Montmirat ( dont la courtine de ce côté^là est sans presque aucune défense» trè(i4aii-
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gue et m quelque façon faite en angle rentrant, ^^ ayant été obliges de ëuivre la nature du lieu, où il y à quelques eavités, ) roilà que le canon commence à tirer^ et comme on tenoit d'ordinaire une sen^ tinelle sur le coin, pour dëcoutrir de là ce qui se pasaoit dans les tranchées, le premier coup fut tiré si à propos que la sentinelle étant couchée sur le rentre^ la coup l'emporta de telle façon qu'à peine •6 trouvâ-t^il quelque petite pièce de son corps, seulement une main avec une partie du bras. Ces dix canons tirèrent incessamment jusqu'à dix heures, renversèrent et âx)ulërent entièrement toutes Icsditesbarriques avec toute la terre de toute cette courtine, si bien que de la tranchée on pou«- Toit voir ceux qui étoieot dans les cornes, depuis h tête jusqu'aux pieds^ et j'os«*ai dire qu'ils avaient mis notre travail en td état qu'il eût été (Md\e à k cavalerie^ même en escadron, de pouvoir entrer dedans } et nous y eûmes quelques gens de tués et blessés , entre autres un Béarnois expérimenté et brave soldat, pour avoir longuement porté les armes en Hollande et avec charge; si bien que de ce côté-là, nous ne voyions SMptami»». plus d'apparence de pouvoir tenir et subsister, et que nous serions contraints à abandonner le lieu et nous retirer derrière les bastions de Moatmirttti
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im. lorsque Dieu voulut délivrer les siens de ce péril imminent et inévitable, et ce, par un coup de miracle que le feu se mit à leurs poudres, outre l'étonnement et le mal que cela causa parmi eux par la perte de beaucoup de personnes, faisant voir que c'étoit une assbtance qui venoit du ciel et non pas des hommes.
Et ce qui est de plus remarquable encore, c'est qu'en même temps, il en arrive tout autant à Ville- Bourbon où messieurs de Montpezat ^ et le fikainé de monsieur de Bibérac en furent étouffés, aussi bien qu'en même temps ces deux batteries très-périlleuses, et surtout pour Montmirat, auquel quartier il ne se voyoit plus de ressources et où par force on étoit obligé d'abandonner tous les dehors. Ce secours si admirable et cette assistance extraordinaire de Dieu redonna entièrement la vie et remit les assiégés de Fextrème étonnement qui les avoit saisis, et les rassura en telle façon que dés l'heure même, ils commencent à travailler et à réparer ce que le canon avoit entièrement rasé. Là
1 Emmanuel Philibert Desprex de Montpezat, Marquis de ViUars» que M. de la Force avait chassé da Béam en ltt03. M. dé Yillan étoit frère utérin de M. de Mayenne, qui fut tellement affligé de ea mort, dit le Mercure François, que depuU ee moment il eemhloitdégoMdelavie.
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non-seulement il se voit la diligence que générale- i«u. ment tout le monde y apporte^ mais principalement les femmes, quelque péril qu'il y eût, jour et nuit et sans cesser, dans l'espace de quarante-huit heures elles remuèrent tant de terres et épaissirent tellement cette courtine, qu'elles la mirent presque à l'épreuve du canon.
A Ville-Bourbon, il n'enétoitpas de même, parce que c'étoit ou contre la demi-lune ou contre des bastions, et quoique le canon y fît beaucoup de dommage, il y avoit encore beaucoup à faire avant que cela donnât le moyen aux assiégeants de pouvoir rien entreprendre.
Pour le Moustier, l'attaque n'en étoit pas encore bien grande ni fort pressante, quoiqu'il y eût b^ucoup d'artillerie; cela n'empêcha point que d'un côté et d'autre, il ne s'y tuât force gens, les uns ne perdant pas de temps à avancer leur travail ; les autres, à les en empêcher et à se défendre.
Après cela on vit qu'il étoit nécessaire de faire un corps de garde couvert à Montmirat, tant pour pouvoir mettre les soldats à l'abri de l'injure du temps que pour les armes, et ensuite on en fit d'autres. Cependant on ne laissoit pas de tirer toujours quelques coups de canon, et il arriva que l'un d'eux donna dans le terrain où il y avoit un soldat cou«-
91t MiMOIBES DU MAlQUIi SI GASTELNAUT.
ché et qui repotoit, ce coup ne perça pas le tei^ rain, mais il ne laissa pas de jeter le soldat sur le corps de ^de qui éloit à dix ou douze pas de là, sans lui Taire d'ailleurs aucun autre mal.
Les gens du Roi s'étoient déjà fort approchés à la faveur de deux petits vallons qui alloient ûxain tir à la rivière, quoiqu'on eût mis dans Tun un p6» tit corps de gardequienfiloitce lieu-la, mais comme on ne les pouvoit mettre que la nuit, et les eo re^ tirer de même, parce qu'ils n'y pouvoient aller qu'à découvert, cda ne put être continué longtemps.
Enfin les assiégeants s avancent et tâchent à voU'* loir gagner la tète des cornes de Montmirat, ce li^ étant {dus commode que là où ilsavoient commencé leur première batterie. On leur retarda quelque temps leur dessein, ayant fait une tranchée au bout et en dehors des cornes, si bien qu'ils ne pouvoient éviter qu'on ne les enfilât et qu'on ne les vit d'un côté ou d'autre; mais enfin cela ne put empêcher qu'ils ne se logeassent et qu'ils n'y fissent une batterie de quatre canons quin'^ toient qu'à trente pas des cornes, où les demi-bastions étoient très-petits, et se mirent à battre la courtine entre deux, qui n'étant pas de l'épaisseur requise pour résister au canon, fous les coups la ptrçoîeflQtt et quoique cette terre soit
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bonne, néanmoins la brèche que le canon y faisoît, étoit fort grande^ car ils tiroient incessam-* ment.
C'est ici encore où les hommes et les femmes font des diligences extraordinaires; il ne peut se dire la grande quantité de sacs pleins de terre qu'ils y apportent, mais surtout de grands fagots de sarments qu'on jetoit) et les sacs de terre dessus, outre celles qu'on prenoit là autour, car on en avoit fait deux ou trois banquettes pour pouvoir se la jeta: de Tun à Tautre ; avec cela nos gens qui ne lais<soient toutes les nuits de faire quelques sorties par Tentre-deux des campements, et quienlevoient toujours quelques petits logements, et en ainéhoient toujours quelques prisonniers desquels on se servit pour ce travail au lieu le plus dangereux, bien qu'on avoit soin de les avertir quand on voyoit arriver les embrasures ; et se jetant à la banquette plus basse, ils se mettoient le ventre à terre. Cette batterie continua huit jours sans cesser, dans lequel tempe il n'est pas croyable combien ce terrain fut renforcé et haussé, si bien que le canon n'y faisoit plus rien, et ainsi ils désistèrent d'y tirer; cependant comme on n'avoit pas cru pouvoir longuement empêcher qu'ils ne vinssent à être maîtres des cornes, soit à cause de leurs batteries» soit à cause
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mu des mines, étant déjà joints en plusieurs endroits au terrain d'icelles, on commença à travailler par le dedans à divers retranchements vis-à-vis des bastions * des cornes, et où étoit leur batterie, on y fit une demi4une ; et du côté de la rivière où avoit été la première attaque, un petit fort à deux demibastions bien terrassé et fait de terre battue qu'ils appellent tapie, valant beaucoup mieux que si c'eût été une muraille, avec parapet, avec un fossé creux et de douze pieds de large ; et il n'est pas possible de se persuader comment ces choses s'étoient pu faire en si peu de temps, vu tant d'autres occupations qu'on avoit; et de presque tout ce travail, il en falloit donner louange à monsieur de la Force et à l'extrême soin que monsieur de Gastelnaut y apportoit. Il étoit aussi très-bien assisté de plusieurs gentilshommes qui étoient au sieur de la Force, comme des sieurs de Fraiscbe, Lendresse et Jasses qui savoient fort bien les mathématiques sans pourtant avoir jamais vu de guerre. Il y avoit aussi le sieur de Saint-Orse, mais il avoit été mis dans les cornes de Ville-Nouvelle, monsieur de Cas-
^ Les cornes de Montmirat se prolongeaient en ayant de plusieurs des bastions, qui formaient l'enceinte de la ville de ce c^té; les tra- Taux furent donc faits ainsi que la demi-lune entre les cornes et les butions. Par 2e lieu où étoit leur batterie, il faut entendre l'endroit où poruient les bouleU de It batterie des assiégeanU.