‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 5)Chapitre 24 sur 101 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

du Roi, étpit sous Te commandement du Gonné- ^*^*' table deLuynes*, qui pourtant n'y fut jamais, mais qui avoit en sa place les Maréchaux de Praslin et de Chaulnes avec le régiment des Gardes et ceux de Piémont, Normandie, Chappes et la plupart des Suisses.

A Ville-Bourbon se trouvoit le Duc de Mayenne avec plusieurs régiments.

Le quartier du Moustîer étoit sous le commandement du Prince de Joinville, assisté du Maréchal de Saint-Géran et des régiments de Picardie, Navarre, Champagne et autres.

Ces deux ou trois premiers jours, l'occupation des assiégeants fut à camper et à fortifier leur campement; celle des assiégés, à réparer leurs vieilles fortiUcationSy à faire de nouveaux travaux et à tâcher de les mettre en état.

Une des premières attaques fut aux masures d'un des faubourgs de Ville-Bourbon , duquel les gens de monsieur de Mayenne avoient commencé de se saisir; ceux de Ville-Bourbon les ayant chargés, le leur firent abandonner, mais cela n'empê-

1 Le chirargien de Luyoes écrivait à sa femme peodant le siège de Montaaliao : Sachez que je ne cours aucun hazard, momeigneuf le Connétable me fêtant V honneur de m* affectionner et de me tenir toujoure auprès de sa personne*

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cha pas aussi qu'ik ne se retranchassent, quoiqu'à diverses reprises Tescarmouche y durât durant deux jours, bien que sans grande perte. Le Duc de Mayenne s'étant saisi de quelques maisons aban* données, fit charger le lendemain ceux qui étoient dans les masures de l'autre faubourg, qui les quit*térent| et il s'y logea. Ainsi il demeura maître de tous les dehors et ne travailla plus qu'à ouvrir la tranchée et à ruiner et abattre avec son artillerie les défenses des bastions de Ville-Bourbon ; à quoi il n'eut pas toute la facilité qu*il s'éloit promise, par le grand soin et diligence que ceux du dedans apportèrent à réparer les brèches et de remplir de fumier les lieux où il éloit nécessaire ; et on plaçoit de petites pièces partout où l'on jugeoit que l'on pou voit faire quelque eflet : ainsi il en fut mis quel» ques-unes sur la tour du pont qui dans le commencement firent quelque chose, mais finalement aussi on rendit cette batterie inutile.

Et quelques jours avant et depuis le siège commencéy plusieurs particuliers se jetèrent dans Montauban, la plupart de la Basse-Guyenne et desquels ceux de Montauban n'ayant nulle connoissance et ne sachant s'ils avoient sujet de croire qu'ils y venoient à bonne intention et avec désir de les servir, s'adressoient volontiers à monsieur de Castelnaut,

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comme celui seul qui les pouvoit mieux conuoitre que tout autre et pour en avoir ses avis, car monsieur de la Force n'avoit presque que des fiéarnois avec lui. Parmi ces arrivants se trouvoit un nommé Sauvage qui avoit été lieutenant de la compagnie de monsieur de Gastelnout, et qui lui étant amené, ne manqua pas de tâcher à persuader à tout le monde que )a seule affection qu'il avoit d'employer sa vie pour la gloire dç Dieu et défendre la cause de la Religion, l'avoit conduit làé

Monsieur de Castelnaut fut trés-aise de l'y voir, le jugeant capable de rendre service, étant homme du métier, mais ignorant d'ailleurs aussi bien que ceux de Montauban, qu'il étoit un de ceux qui avoient principalement contribué à trahir les habitants de Ciairac, tellement que le sieur de Castelnaut le conjura de s'attacher auprès de lui pour l'assister; et ce quil'obligeoit principalement à cela, c'étoit le soin que prenoit le Comte de Bourgfrano d'attirer auprès de lui tous ces étrangers qui se jetoient dans Montauban; se doutant donc qu'il en voudroit faire de même de celui-ci, il vouloit le prévenir.

Pour ne rompre pas le Gl de ce discours, nous dirons tout de suite et le sujet qui amenoit le sieur Sauvage à Montauban et les pratiques qu'il avoit

3M MÉMOIEES DU MARQUIS DE CA8TCLNAUT.

»«• ordre d'y faire; ce qui s'en ensuivit se dira ciaprés.

Premièrement il avoit ordre de voir monsieur de la Force et de travailler aux moyens de le pouvoir ébranler et l'obliger à sortir de Montauban, s'imaginant qu'après cela, il n'y auroit pas grande difficulté à venir à bout du reste. Ainsi donc avec toutes les assurances et belles promesses que vous vous pourriez imaginer, et sans découvrir son dessein, le sieur Sauvage commença à représenter à monsieur de la Force le grand nombre des troupes et la puissance du Roi, et qu'il étoit impossible que Montauban pût résister longuement et qu'il pût s'échapper de venir es mains du Roi; que pour quelque temps il pouvoit bien se défendre, mais qu'enfin il succomberoit , témoignant avec cela de beaucoup plaindre la fortune et le mauvais état auquel monsieur de la Force se rencontroit avec toute sa famille, et le désir qu'il avoit lui de le pouvoir servir.

•Dans tous ces commencements le sieur de la Force ne soupçonne rien de lui j attribuant tout à son affection, il l'en remercie lui faisant voir d'ailleurs que ce qu'il en faisoit, étoit par une nécessité forcée, n'ayant jamais eu rien tant à cœur, après la gloire de Dieu , que le service du Roi et

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que s'il étoît à présent obligé de s'opposer à ses mu volontés , c'est parce qu'on l'y avoit contraint et qu'on Vavoît poussé à bout , et qu'il voyoit bien qii'on en vouloit à la Religion pour la conservation de laquelle il étoit de son devoir d'employer sa vie et tout ce que Dieu lui avoit donné.

Leurs premiers discours se passèrent ainsi. Néanmoins Sauvage , nonobstant la ferme résistance qu'il trouvoit en monsieur de la Force, ne se désiste pas de son dessein, mais continue à lui représenter le péril dans lequel il étoit engagé, et toute sa famille, l'assurant qu'il ne tiendroit qu'à lui de le pouvoir éviter.

La continuation de ce discours et l'empressement que monsieur de la Force connut en Sauvage pour tâcher de l'obliger à se vouloir servir des remèdes qu'il pourroit avoir pour se garantir des malheurs qu'il lui avoit représentés à diverses fois, firent juger à monsieur de la Force que Sauvage ne lui tenoit pas ce discours sans quelque mauvais dessein; si bien que cela l'obligea à lui dire que jusque-là, il avoit cru que ce qu'il lui avoit représenté, ne procédoit que de son affection, mais que la sollicitation pressante qu'il lui en faisoit , lui donnoit sujet de penser qu'il pouvoit

avoir d'autres desseins, qu'ainsi il le prioit de IV. 14

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•»«• s'en arrêter là, s'il vouloit qu'il n'eût pas cette créance.

Youi avez à sayoir aussi qu'un gentilhomme béarnois nommé Lendresse, venant pour se jeter dans Montauban, avoit été pris prisonnier par les gens du Roi, et pour avoir sa liberté, on lui proposa de vouloir continuer son dessein, mais à cette condition, que ce seroit pour tacher de servir le Roi et surtout pour tâcher d'obliger monsieur de la Force à vouloir abandonner ceux de Montaubau; avec mille promesses, et toi^ours de le remettre dans toutes ses charges et Gouvernements, Le sieur de Lendresse, homme d'esprit, jugeant bien que c'étoit le seul moyen de recouvrer sa li* berté et d'exéculer ce qu'il avoit entrepris , leur promet absolument d'y rapporter tout ce qui dépendra de lui, mais aux conditions aussi qu'en cas qu'il n'y pût disposer monsieur de la Force, qu il seroit libre de faire ce qu'il lui plairoit; et ib l'engagèrent à leur rendre réponse. C'est^ce que peu de personnes ont su , ni les moyens qui se tinrent afin qu'il se pût acquitter de sa promesse, ce que nous dirons aussi par la suite.

Comme l'armée du Roi tâche par ses tranchéeS| à s'avancer de tous côtés pour joindre nos retran* chements et autres fortifications , aussi chacun de

aupiTU nr. SU

ton côté tÂche-t>il d'y apporter tout le retardement a^* et empéohement qu'il lui est possible. Du côté de MoDtmirat, outre qu'on y avoit rempli deux barriques de terre l'une sur l'autre, on avoit jeté en« core quelque peu de terre contre lesdites barriques pour en renforcer le terrain, étant obligés de pren* dre la terre de notre côté même, car il est à con«» sidérer que dans le commencement, il n'y eut ja« mais nulle sorte de fossés auxdites cornes; seule* ment fit^n un fosisé d'environ deux ou trois pieds de large et autant de creux, où un homme à qua>* tre pieds pouvoit passer sans être yu^ aGn de mieux découvrir de là ce qui se faisoitau dehors.

On jetoit aussi la nuit quelque corps de garde d'environ Tingt à trente hommes pour empêcher d'avancer le travail des tranchées, et ce à la faveur des fossés de grands chemins; cela fit quelque e£GBt durant plusieurs jours et tant qu'il y eut de la lune, mais aussi après cela, avec ce qu'il y avoit assez de difficultés de pouvoir disposer des gens à en vouloir être, et qu'il falloit d'ordinaire chercher quelqu'un de considération pour les conduire, ils n'ë** tojent pas sitôt là que se donnant une fausse alarme, soudain ils tiroient leurs mousquets et à toutes jambes ils se retiroient dans l'enceinte des cornes, et il étoit du tout impossible après d'y pouvoir ra-

MU- mener ceux-là , et on avoit beaucoup de peine a y en pouvoir obliger d'autres, qui n'y étoient pas sitôt qu'ils faisoient même chose que les premiers; et finalement il ne fut plus possible de pouvoir con-* tinuer, quoique ces corps de garde incommodoient extrêmement et empêchoient grandement d'avancer le travail des tranchées, quoiqu'ils y fussent en sûreté et qu'il n'y avoit nulle apparence qu'on les osât pousser de peur de s'engager : aussi ceux qui l'auroient voulu tenter, eussent-ils été entièrement à la vue de nos remparts sur lesquels il y avoit dix mousquetaires qui tiroient incessamment durant la nuit aux lieux qu'ils jugeoient qu'on travailloit et où l'on entendoit le bruit ; si bien qu'il se trouva même une fois qu'un homme de commandement étant à découvert , et pour y faire travailler six pionniers , que lui ayant un genou en terre , il reçut une mousquetade en l'autre, de quoi il fut estropié toute sa vie , et les six pionniers furent tués.

^ INous dirons encore ceci , que pendant quinze jours ou trois semaines , monsieur de Castelnaut ne bougea jamais desdites cornes, et ne se mit jamais sous nulle sorte de couvert , et s'il faut ainsi dire, n'employa pas même une heure à dormir; finalement et à cause qu'il y avoit quelques pluies,

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