‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 5)Chapitre 35 sur 101 · CHAPITRE TL · texte numérisé non relu

CHAPITRE TL

et les trahir ; et de Vautre côté, monsieur de la Force s'étoit vu réduit à ne savoir que devenir, ' si par son adresse il n'eût trouvé le moyen d'entrer dans Montauban, ayant grand sujet de croire, s'il ne les eût prévenus, et qu'ils eussent eu connoissance de son dessein, que vu l'opinion de laquelle on les avoit imbus, ils lui eussent fermé les portes, pour peu que cela eût passé par voix; mais que tout au contraire il ait été la seule cause de leur conservation, Dieu se servant de ce moyen si éloigné de leur pensée pour éviter leur entière ruine, et lui faire trouver un asile assuré parmi ceux qui selon toutes les apparences du monde, ne se fussent jamais garantis sans ce secours, c'est ce qui est véritablement surprenant et qui nous moDf» tre une assistance toute miraculeuse !

Voici donc les solliciteurs qui recommencent à travailler pour la députation vers monsieur de Rohan, ce qu'on ne fait plus de difficulté de leur accorder, se trouvant meshuy en état de pouvoir mieux résister qu'ils n'eussent fait au commencement du siège; on permet à monsieur d'Esplan de Tenir dans la ville, il y coucha et porta les passepcMTts du Roi tels qu'on les avoit désirés ; et comme on futfprét à partir, il proposa, selon qu'il en avoit

reçu l'ordre, de mener les députés vers le Roi à Pic- IV. 19

quecos, à quoi iceux répondirent que c'étoit absolument ce qu'ils pe vouloient pas, désirant évit» une semblable ou plus rude réprimande que ceUe qu'avoient reçue les députés envoyés oi-nlevant yer» monsieui" de RohaUi et particulièrement monsieur de Castélnaut refusa de s'y soumettre et voulut être expressément assuré qu'on ne l'y méneroit pas, ce qui lui fat enfin promis, et cela faillit presque à rompre la députation.

Et il se rencontre que comme monsieur de Castélnaut fut hors la ville et qu'il portoit toujours uneécharpe blanche, monsieur d'Esplan le "voulut obliger à la quitter, lui représentant qu'étant re- * connu pour être de ceux de Montauban que peut^ être ceux qu'ils rencontreroient, pourroient lui faire du déplaisir. Monsieur de Castélnaut lui ré* pondit que s'il lui eût dit cela avantr de sortir, il n'y eût pa& fait de difficulté ; mais que puisqu'il étoit sorti, et qu'il devoit être assea connu pour être de ceux de Montauban^ qu'ebfin il mardioit sur la parole du Roi et sous sa conduite, il ne quit^ teroit point cette écharpe, Pe là passant par le quartier de monsieur le Prince de Joinville où étoit mousieur d'£sdîguières, monsieur d'Esplàn lui dit comme quoi ce dernier l'aToit prié de faire en sorte qu'il pût parler auxdits députés^ et leur d&-

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Bttnda s'ils auroient pour agréable de le voiri oq mbi. qui lui fut accordé volontiers. Là ihse trouva plusieurs des coonoiâïuuices de monsieur deCasteluaut, entre autres le sieur 2Samet^ mestre dé camp d'un régiment françois d'infanterie^ qui avoitreçu uji« moûsquetade à un bras dont il étoit encore fort maigre et exténué^ et le bras en écharpe ; il s'y passa quelques discours de raillerie entre eux où l'ayan^ tage ne fut pas de leur côté. Vous pouvez croire que généralement tous ne tachoient qu'à les pér« suader de rendre obéissance au Roi, taqt' pour les avantages qui leur ea^ pourroient revenir que pour les malheurs inévitables qu'ils avoient à appréhender autrement. Monsieur d'Esdiguiéres les reçut très-bien et les exhorta fort à la paix. Us passèrent par Yillemur et par Lavaur, et se con-* duisirent fort heureusement à Castres ; là on dressa d^ artides pour la paix générale laquelle se de-^ voit ensuite traiter avec l'Assemblée de la Ro* cheUe et les principaux Seigneurs de la Religionj on aecordoit à ceux de Montauban presque tout ce qu'ils pouvoient «fêsirer, hormis cette condition qu'on eidgeoit d'eux, particulièrement contraire à leurs mémoires, qui est que non^-seulement ils rendroiwt obéissance au Roi,, mettroient les armes b«s^ lui îrcuient demander pardon^ et recevroient

292 MÉMOIRES DU MARQtJIS DE CASTELNACT.

Mil dans leur ville au nom de sa Majesté telle personne qu'il lui plairôit de nommer, en criant : Vive h Roi! Sous ces conditions et avec les assurances qu'il ne leur seroit fait aucun mauvais traitement, et que le Roi les laisseroit en toute liberté sans exiger autre chose. Tout cela ne se demandoit que pour rhonneur du Roi et pour la satisfaction de ceux qui gouvernoient, et l'avoient embarqué à ce siége^ croyant en avoir assez fait et ne désirant que se retirer et finir cette guerre avec quelque apparence d'honneur.

Voilà donc, ce semble, les choses bien disposées et qui fussent revenues à une grande satisfaction de toute la France, mais particulièrement pour le repos de ceux de la Religion, si c'eût été la volonté de Dieu. Les «Réputés repassent à YiUemur et y voyant monsieur d'Esdiguières, lui rapjportent ce qui s'étoit passé ; il trouva que cela aUoit fort bien, mais il n'en fut de même quand les députés furent de retour à Montauban. Ceux de la ville, après qu'on leur eut rapporté les avis de monsieur de Rohan et ce qui avoit été arrêté avec lui, ne purent consentir à ce à quoi on les vouloit soumettre, c'està-dire la Jurade ou tout le peuple qui avoit été assemblé dans le temple, à qui il falloit rendre compte de tout. Les avis furent Fort partagés, mais

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