CHAPITRE VL
Monsieur de Gastelnaut lui dit : Vous pouvez bien mu vous imaginer pourquoi on Va fait.
Sur quoi monsieur de Marsillac lui répondit : NotM avons bien jugé que c'éloii monsieur de la Force qui par respect Vavoit empêché. — Out, dit monsieur, de Gastelnaut , mais je ne vous promets pas la même chose y si avant de vous en aller j vous ne nous venez dire adieu.
— Eh bien Ije vous le promets j repartit Marsillac*
Néanmoins dès cet instant , on vit bien qu'ils commençoient à défder, à retirer leur artillerie et tout ce qui pouvoit leur être utile, de la^tranchée; et comme ,il fut sur les deux ou trois heures du soir, il arriva un soldat sur le terrain^ en un endroit où pour lors monsieur de Gastelnaut se rencontra, et ayant mis le chapeau à la main, il cria par deux fois : Adieu, Messieurs. Déjà au delà des tranchées on voyoit l'infanterie se ranger par bataillons, et ils demeurèrent en cet état Jusque sur le soir, avant de bouger de là.
Mais c'eàt ici où monsieur de Gastelnaut ne se vit jamais si empêché ni si en peine, car dès aussi- .tôt tout ce qui étoit dans les corps de garde, et généralement tout ce qui se trouVoit dans les cornes tant hommes que femmes, commencent à sortir sans autres armes et courent dans les tran-
306 MÉMOIRES OU MABQtlS M CASIELNAUT.
Mft« cbëes pour emporter chacun ce qu'il y trourera de meilleur; quelque comman<kment ou opposition que monsieur de Castelnaut y pût apporter, et quoiqu'il eût l'épée à là main pour les en em pécher , il lui fut impossible; il n*est plus réconnu, il n'y â plus d'obéissance; il a beau crier et se tempêter, et beaucoup de Tolôutaires et des plus avisés avec lui, mais pour tout cela nul ne s'arrête, voire oserai-je dire, .qu'une bonne partie de la ville en voulut avoir sa part.
Il eût fallu être insensible et sans jugement pour n'appréhender pas le mal que cela pouvoit produire, et ne se désespérer pas, après avoir si heureusement réussi à conserver ce qu'on avoit entrepris de garder, pour pouvoir supporter avecpatience le hasard auquel Fimprudence de ce peuple et le désir de butinei^ les exposoient tous. Si bien que voyant ce désordre, sans y pouvoir apporter de remède, le sieur de Castelnaut s'assit sur le terrain et les regarda faire; car il se peut dire en vérité que h foule du peuple, hommes et femmes, étoit si grande et étant tous à découvert, que si les gens du Roi qiri étoient lors en bataille, eussent fkit une . dédiai^, sans bouger de leur place, ils en auroient • pu tuer ou blesser plus de cinq cents; et il est vrai qu'il ne demeura âme vivante es corps de garde
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qui ne Sortît au pillage; je dirai inème plus, c*est *^* que si en ce temps -là, ces bataillons fussent revenus sur nous, il eAt été impossible de s^y opposer et •de leur résister; que s'ils n'eussent pu entrer pèle-^m^dans la TÎlle, pour le moins eussént^fls pu tuer un grand nombre de personnes qui étoient sans défense, sans armes et sans ordre qu'il est impossible de mettre dans une confusion sembla^ ble, et qu'ils se fussent absolument rendus maîtres des cornes pour s'y loger et les pouvoir garder en toute sûreté, et par ce moyen rMuire Montauban à l'extrémité. Dieu voulut peut-être qu'il ne se rencontrât personne d'autorité et de commandement pour l'OTtreprcndre, et que ces bataillons ne tirèrent ni ne bougèrent de leur place; car tant qu'il y eut un morceau de bois dans les branchées, il fiit ~ porté dans les cornes qui en étoient quasi remplies, . et ensuite dans la v31e , et tels qui en enlevèrent pour la valeur de phis de ceïrt livres; nwiis ce ue fut pas tout, car dés lors 9 devint impossible de le» obliger de faire garde auxdîtes cornes, c'està-dire que de ceux qui dévoient y être, il n'y en eut pas la sixième partie, et monsieur de Castelnaut a beau se tourmenter et tâcher à les faire venir, les envoyant chercher, mais fl n'y gague rien, il • fautqu^Hlesoiiflh^.
540 MÉIIOIBES BU MARQUIS DE CASTELNAUT.
Le lendemain, le Roi qui avoit toujours demeuré à Picquecos, passe la rivière et se vient loger au château de Montbeton qui n'étoit pas si éloigné que le canon n'y portât facilement; il y demeura deux ou trois jours, cependant qu'on en emmenoit le canon et qu'on faisoit partir le bagage. Je dirai encore ceci, qu'il fut impossible de pouvoir plus obliger ceux de Montauban à venir faire garde aux cornes, et tout ce qu'oji pouvoit^ c'est de les obliger à garder les murailles de la ville et encore assez mal, ce qu'il falloit réparer par quantité de rondes au commencement. Avant qu'on Mt assuré que le Roi fût venu à Montbeton, il se tira quelque volée de canon contre le château , mais dés qu'on sut qu'il y étoit, on fit défense très-expresse de ne plus tirer de ce côté-là; et ce qui est un peu étrange, c'est que dès que le Roi partit de ce Ueu*là, on mit le feu au château qui , selon la bienséance , devoit être épargné puisque le Roi y avoit logé, et que jusque-là il s'étoit conservé.
Après son départ, le Roi laissa monsieur d'Ângouléme à Moissac et es environs avec quelque troupe de cavalerie et d'infanterie, et ce pour tenir toujours ceux de Montauban et de leur voisinage en quelque sujétion; non pourtant que nulle de ces troupes s'en approchât davantage, et on vivoit