‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 5)Chapitre 54 sur 101 · IV- as · texte numérisé non relu

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très-grande perte et de plusieurs chefs et officiers, et de grand nombre de sddats. Le combat fut si long et si opiniâtre que ceux de dedans y employérent presque toute la poudre qu'ils avoient, tellement que monsieur de Montpouillan après cela se trouva bien empêché et en belles peines pour n'avoir plus de poudre, se voyant hors de moyen, s'il étoit attaqué derechef, de pouvoir résister. U est vrai que les ennemie avoient été si rudement traités qu'il n'y avoit pas d'apparence de ri^i appréhender, et qu'ils fussent en état de faire un nouvel effort, mais monsieur de Montpouillan ne manqua pas dès le soir même, d'envoyer un homme à monsieur de la Force pour lui faire savoir de leurs nouvelles, pour en apprendre aussi d eux, et pour demander de la poudre ) il ne s'en trouva le soir qu'un demi-quintal que monsieur de Castelnaut faisoit toujours porter avec lui, lequel leur fut aussitôt envoyé , et deux jours après , il en donna encore trois quintaux.

Il importe ici cependant, avant de passer outre, de donner connoissance de la manière dont toutes dioses se gouvemoient. Il a été dit que^ lors de la prise de Clairac, monsieur Duduc, Conseiller du Parlement de Bordeaux, y avoit été fait prisonnier; V on l'y avoit depuis toujours gardé, ce qui fut cause

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en partie de beaucoup de malheurs et de désayaih» '«^ tages à tout le parti^ et particulièrement de la perte de Tonneins, car vous ayez à savoir que monsieur de Lusignan^ qui, à tout éyénement, youloit ton» jours se précautionner et pourvoir à sa sûreté ainsi qu'à ses affaires , se laissant enfin corrompre par la fréquente communication qu'il ayoit ayec monsieur Duduc, s'engagea de promesse à servir le Roi. Monsieur Duduc en ayant donné avis, l'avoit assuré aussi de mille belles récompenses; et mon-» sieur de Lusignan ne fut pas le seul, car monsieur de Théobon s'engagea aussi de même, et il est nécessaire que cette particularité soil bien sue, afin d'avoir une plus claire et intelligente connoissance de beaucoup de choses qui se diront ci-après et qui justifieront ce qui est dit ci-dessus ; comme par exemple, qu'on ne pouvoit obtenir de monsieur de Lusignan ni en arracher, s'il faut ainsi dire , que comme par force, toutes les choses dont on avoit nécessité pour envoyer à Tonneins, se couvrant de ce prétexte que si Tonneins étoit pris,. Clairac pourroit en avoir besoin.

Monsieur de la Force ne manqua pas la nuit d'après sa retraite , de monter à cheyal ayec tout ce qu'il put rassembler, et s'en alla jusqu'auprès de Tonneins afin de faire yoir aux assiégés qu'il ne

tm. lui étoît pas arrivé chose qui le pût eDfipêcher d'avoir souci d'eux et de les assister, ainsi qu'il le leur manda par celui qui leur porta la poudre, quî^ à la faveur de la nuit et comme sachant bien les avenues, passa au tmvers des corps de garde et des sentinelles, puis fit faire plusieurs grands feux dans la ville pour signal de son arrivée. Le leademain matin monsieur de la Force remonta encore à cheval et fut à la vue de ceux de Tonneins sur les coteaux les plus proches du lieu, d'où il pouvoit être facilement reconnu par les assiégés y quoique pendant tout cela les ennemis ne s'émurent point et ne se mirent jamais en devoir de venir à lui.

Et cependant comme ceux de Tonneins avoient autant de nécessité de poudre que de toute autre chose, monsieur de Castelnaut fut à Monflanquin, où il avoit trouvé moyen d'en recouvrer, et en rapporta huit ou dix quintaux qui leur furent envoyés ; les communes ne laissèrent pas de s'assembler pour s'opposer à son chemin, mais il eut ce bonheur de passer, soit qu'ils n'osèrent pas l'attaquer, soit qu'ils ne se rencontrèrent pas sur sa route.

Et comme les troupes de messieurs d'Elbœaf et de Thémines avoient entièrement investi ledit Ton-

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neins, et qu'il étoit irès-malaisé d'y pouvoir rien faire entrer par terre, on -s'avisa à la faveur de l'obscurité de la nuit de leur envoyer toujours par le moyen d'un petit bateau, quelque petite commodité, ce qui leur étoit un très-^rand secours et à quoi le sieur de Gaillard servit fort bien ; mais cela ne put durer que quelques jours, soit que les traîtres qui étoient parmi nous, le découvrissent ^ ou que d'eux-mêmes les assiégeants y prissent garde; car comme on les embarquoit assez proche de Tonneins, faisant porter sur des mulets ce qu'on leur envoyoit, ils y mirent un corps de garde, ce qui , réduisit les assiégés à l'extrémité, manquant de vivres et des choses les plus nécessaires qu'ils recevoieht par cette voie ; si bien qu'il fallut se résoudre à chercher quelque autre moyen pour ne pas les laisser périr de faim (car autrement on ne se mettoit guères en devoir de les forcer) ; et régulièrement toutes les nuits monsieur de la Force ou les siens montoient à cheval, et tâchoient toujours à harceler les ennemis et à les travailler par de fausses alarmes, en effet jusque-là on n'avoit pas pris encore d'autre résolution pour leur nuire. Enfin il fut proposé que si on se saisissoit de Monhurt, cela favoriseroit grandement ceux de Tonneins et faciliteroit le moyen de les pouvoir

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secourir. On songeoit même à y envoyer Savignac d'Eynesse^ le seul presque qui eAt de l'infanterie, à l'exception de celle qui se trouvoit dans Ton* neins, mais il fut impossible de Ty résoudre, s'i* maginant qu'à cause de la mort de monsieur de Pardaillan, que pour le prendre messieurs d'Elbœuf et de Thémines leveroient volontiers le siège de Tonneins et iroient à lui, mais que la place de Monhurt n'étant pas ai état, il lui seroit impossible d'y résister. Faute de pouvoir conunettre à qud^ que autre cette entreprise, la cbose en d^neura là; d'un autre côté monsieur de Lusignan ne vouloit pas non plus fournir les gens dont il pouvoit disposer, crainte d'en avoir besoin, disoitril ; et voilà le désavantage que ceux de la Religion ont toujours trouvé en leurs affiiires, de n'avoir pas une autorité absolue, et de ne pouvoir pas disposer de ceux qui sont sous leur commandement!

Après cela encore, il fut fait une entreprise sur Aiguillon qu'on se prom^toit d'emporter facilement, tant par le pétard qu'autrement ; mais soît que ceux qui s'en mêlèrent, n'en fussent pas capabks, ou qu'ib ne s'en acquittassent point avec le soin et la conduite qu'ils dévoient, quand ils furent là, le pétard, les échelles et autres choses qui leur étoient nécessaires, ne se trouvèrent pas.

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ni même ceux qui dévoient donner les pruniers* Ainsi lis s'en retournèrent sans rien faire. De savoir d'où procédoit U diose, c'est encore ce qui seroit f(^ malaisé à juger, mais on a toujours sujet de soupçonner xeux qui s'étoient déjà laissés cor* rompre ; et si ces deux desseins eussant réussi et eussent été exécutés, sans doute qa^oa aurek été forcé de lever le siège de Tonneina •

Enfin il fallut résoudre ce qu'il y avoit à foire pour secourir caix de Tcmneins qui ^ient à la fin de kurs vivres* On assemUe les |»incipaui pour eaûi délibérer. L'opinion commune fut, que, vu la saison et l'incommodité que messieurs d'£l-« bœuf et de Thémines ainsi que ceux qui étoient avec eux, recevoient en ce siège, il falloit se pro^ mettre, nonobstant le mauvais état des fortifica** tiens de Tonndns, qu'à cause du bon nombre de gens qu'il y avoit dedans et surtout à cause de la valeur et bonne conduite des chefs et des principaux d'oilre eux, ils soutiendroient et résisteroient courageusement à tous les efforts que pourroient fiure les assiégeants, pourvu toutefois que les vivres, munitions de guerre et loitres commodités dont ils avoient grand bescnn, ne leur manquassent pas.

Pour Fonédiar donc à leurs nécessités et inomi-

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iw. modités, il fut proposé d'y envoyer un grand bateau chargé de deux cents sacs de) farine^ de fèves et autres denrées, avec cinq quintaux de poudre. Un habitant de Tonneins, nommé Gondes, habile batelier^ homme de courage, de résdution et d'exécutioU; comme il le témoigna^ s'o&it à le conduire, s'assurant que nonobstant les empêchements qu'on y avoit mis et qu'on pourroit lui donner, il passeroit. Or vous saurez que premièrement il (fevoit s'embarquer sur la rivière du Lot qui de Glairac passe devant Aiguillon où elle entre dans la Garonne, et comme les ennemis se doutoient que c'étoit un des plus faciles moyens pour assister et secourir ceux de Tonneins, ils avoient planté de grands arbres et fait une palissade dans la riviàre du Lot pour empêcher que les bateaux ne pussent passer, et outre cela ils avoient sur la Garonne de petites galiotes bien armées et avec des pièces d'ar» tillerie, au cas qu'il descendit quelques bateaux, pour les combattre et les prendre. Mais tout cela ne fait point de peur au brave Gondes, il s'assure que pourvu qu'il ait un grand bateau-, que cette palissade ne sera pas capable de l'empêcher de passer, et qu'il renversera tout; ensuite que si les galiotes s'attachent à lui, qu'il les entraînera. La constante et ferme résolution de cet honune con-

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