CHAPITRE X
tenta fort monsieur de la Force, et il crut que Faf- <«»' faire pourroit réussir.
La principale difficulté qu'il y eut, c'étoit d'avoir le moyen de pouvoir arrêter le bateau en arrivant à TonneinSy parce que le courant y est fort roide, le tertre du côté de la ville assez élevé avec fort peu d'espace ; néanmoins Gondes se promet que ceux du dedans étant avertis, qu'avec le cordage qu'il leur jettera, et qu'étant un bon nombre d'hommes, ils le pourront arrêter, qu'au pis aller, si cela ne se peut, qu'il n'y aura que le bateau de perdu et les vivres qui siéront dedans, car pour les hommes, il est certain de passer, et que mettant pied à terre à une lieue de là, qu'il les sauvera et les ramènera*
U est encore nécessaire de représenter que ce ne fut pas sans difliculté que Ion put avoir du bled, car qvoique monsieur de Lusignan en eût pris une trèsgrande quantité à Granges , il sembloit néanmoins fort difficile de l'obliger d'en vouloir donner, car de s'en procurer ailleurs, c'étoit chose impossible. On remplit donc de farine, le plus^ grand nombre de sacs que l'on put avoir, lesquels on mit comme pour servir de parapet droits le long du bateau, laissant des ouvertures entre deux pour tirer; oïi met avec cela quatre-vingts hommes dedans, plus pour la sûreté et défense d'icelui que pour l'^
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besoin de ceux Tonneins, enfin <m envoya tout oe qu'on put. Que si l'on se fut saisi de Moi^urt dont les fortifications n'éloient point absolument roinëes et les fossés se trouvoient encore très-bons, il fût devenu impossible, les nôtres étant maîtres d'un côté et de Vautre de la rivière^ que les ennemis eussent pu recevoir par en haut des vivres et les autres chotee qui leur étoient nécessaires, ce qui les auroit mis dans une très-grande incommodité, d'ailleurs c'eût été un moyen facile et presque sans qu'on le put empêcher, de secourir ceux de Ton«neins.
Et de plus aussi, outre que le sieur de Savignac refusa de se jeter dans Monhurt» il ne voulut pas non plus donner, une partie des soldats de son riment au sieur de Pedelmas, capitaine de la garnison de Monflanquin, qui étoit venu avec monsieiir de Gastdnaut et qui, ayant «^semblé de soixante à quatre-vingts hommes, avec ce que le sieu* de Savignac lui eût donné et avec ce qu'il eût pu faire de plus, ofifroit de s'aller mettre dans Monhurt; mab il fîit aussi impossible d'y obliger le sieur de Savignac qui ne voulut pas séparer ce peu de gens qu'il avoit; monsieur de Lusignan ne voulut pas souffrir également qu'on en prit de Clairac, disant n'en n'avoir pas assex pour la garde de U vUle, et
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que si Tonneins éf oit pris, qu'après cela ou le yiendroit assiéger. Et voilà commeut ceux qui n'ont pas un pouvoir absolu ne font pas toujours ce qu'ib désirentyOu ce qu'on jugeroit qn'ils devroient avoir £ait^ quoiqu'ils en reconnoissent bien l'importance.
Tandis qu'on préparoit le bateau pour le faire partir, ceux de Tonneins donnèrent avis qu'il y avoit moyen d'enlever un quartier du côté de Tripet, pourvu que par intelligence, lorsque ceux du dehors donneront, qu'en même temps ceux du dedans fikssent une sortie.
Pour cet effet les sieurs de Savignac et db Pe^ delmas sont ordonnés; le premier pour donner au lieu que Ton vouloit enlever, comme ayant le plus grand nombre de gens, et l'autre à un corps de garde le plus voisin, plutôt pour jeter l'alarme de ce côté-là, et pour empêcher que l'autre ne fôt sitôt secouru 9 qu'avec dessein de le pouvoir forcer.
Us sont conduits et menés sur les lieux séparément, et l'heure prise qu'ils dévoient donner, monsieur de la Force étoit sorti avec toute la cavalerie, tant^ pour favoriser leur exécution, que leur retraite, au cas qu'ils en eussent besoin.
Mais voici que Savignac qui devoit donner le premier , s'amuse et tire en longueur. Cependant Pedelmas étant découvert, donne de Ëûnoété, œ
qu'oyant Savignac, au lieu de donner du sien, s'en vient joindre à lui et ce faisant, rend inutile le dessein qu'on avoit formé, vu que foen que ceux du dedans fissent leur sortie et servirent tout ce qui se pouvoit y néanmoins ce ne fut pas avec l'effet et ridée avantageuse qui s'en fût ensuivie, si Savignac eût fait ce qu'il devoit ; et même cela fut cause que Pedelmas perdit en cette occasion sept ou huit braves hommes et plusieurs blessés, Savignac faisant fort l'échauffé pour que cela lui servît d 'excusé, et obligeant Pedelmas à s'opiniâtrer, mais ne laissant pas d'ailleurs d'être prudent , et ne voulant pas trop s'engager lui-même. Second exemple par lequel il a témoigné que s*il avoit eu de la hardiesse et de la résolution à entreprendre sur monsieur de Pardaillan, il avoit bien à présent autant d'appréhension de s'engager dans des lieux d'où il ne pût pas facilement se retirer.
Cependant messieurs d*£lbœuf et de Thémines font venir des vivres et de nouvelles forces de tous cotés , car rien ne leur est refusé ; tant il y a de haine et de désir d'exterminer ceux de la Religion ! Us avoient , comme il a été dit , fajt remonter des bateaux armés et équipés pour empêcher le convoi de la rivière, et ne se contentant pas de cela, ils avoient encore fait planter et entrelacer de grandes
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pièces de bois sur le Lot, qui barroient tout à fait tm, la navigation.
Chose qui fit bien juger à monsieur de la Force que ces messieurs s'opiniâtreroient à leur siège j cela le fît résoudre à mander au Marquis de la Force, qui étoit à Sainte-Foi, de s'en venir auprès de lui avec ce qu'il pourroit de cavalerie ; il envoya également vers le sieur de Roquepiquet^ vers^ monsieur le Comte d'Orval et à monsieur de Bourzolles qui éloit avec lui, et de même vers monsieur d'Eymetqui étoit à Saint-Ântonin, enfin vers messieurs de Montauban, il se promettoit de recevoir un notable secours de tous , et capable , avec ce qu'il pourroit faire de son côté, de contraindre les ennemis à lever le siège.
Ceux de Tonneins crient cependant qu'ils ont manque de vivres et de munitions. Ce grand bateau ayant été préparé, ainsi qu'il a été dit, il arriva encore par une assistance extraordinaire de Dieu, et comme pour favoriser ce dessein^ que la rivière du Lot a voit infiniment grossi, et par ce moyen on espéroit de rompre plus facilement la forte palissade que les ennemis y avoient faite.
On les fit donc partir de Clairac un peu avant la nuit ; ils passent heureusement et rompent la palissade, non sans qu'il leur fût tiré nombre de mous-
4M MÉMOIIBS DU BLIQDn SB CàSTBUUVT.
qatiÂÔtSj et auBsitôt arrivés à la Garonne, ik aoni attaqués d*UD gallion et de plusieurs frégates; maig la courageuse résolution du pHote Gondes assuré sur la grandeur de son bateau, méprise tout cela, et sans que les autres fussent capables de les acoo^ cher ni même qu'ils osassent Tentreprendre, ils se conduisirent jusqu'à Tonnons avec une perpétuelle mousquetade des uns et des autres ^ bien que de ceux du bateau il n'y en eût pas un seul de blessé; mais les diflicultés furent à l'abord de Tonneins, la riyière de Garonne étant si grosse et si rapide à l'endroit de la ville, qu'il étôit impossible de pouvoir aborder ni de s'y arrêter sans l'assistance de ceux de dedans, qui étant avertis, tinrent des cor* des prêtes de leur côté qu'ils se jetèrent récipro* quement les uns aux autres, comme le bateau passoit ; par ce moyen il s'arrêta et prit port. Le gallion ennemi avoit toujours suivi jusques-là, mais il fut contraint de passer outre entraîné par le flot et sans pouvoir y résister, mais s'il n'eût été couvert de gros ais et bien épais, il auroit été malaisé qu'à cause de l'escopetterie qui leur fut faite tout le long de la muraille où la force du courant contraint les bateaux h passer, qu'il s'en fût sauvé un seul de ceux qui le montoient.
Monsieur de la Force ne manqua pas de monttf
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la même nmt à cheval^ tomme il le faisoit presque mu d'ordinaire et même encore bien souvent le jour.
Cependant jugeant que les vivres qu'ils avoient reçus ) leur suffiroi^it pour quelque temps^ d'au« tant plus que le petit bateau adloit encore^ et rêvenoit toutes les nuits à sept ou huit cents pas de Tonneins, et faisoit quelquefois deux ou trois voya-* ges pendant l'obscurité ; monsieur de Lusignan promettant en outre de faire tout ce qui seroit en son pouvoir pour ne pas laisser les assiégés manquer de vivres et les assister de tous ses moyens ; sur cette assurance monsieur de la Force se résolut à aller chercher des secours et à s'acheminer au devant des troupes qu'il se promettoit que le Comte d'Orval et ceux de Montauban et autres lui mène^ roient; il se dispose à prendre sa route du côté de Monflanquin où quelques jours auparavant monsieur de Castelnaut s'étoit retiré ^ à cause d'une entreprise qu'il ayoit, il y a longtemps, sur Bergerac, sans que l'occasion se fût encore offerte de la pouvoir exécuter.
Le Marquis de la Force aussi avoit déjà pris ce chemin avec le peu de cavalerie et d'infanterie qui restoit, et en passant, il se saisil d'une église dé«pendant de ceux de Bergerac où il y avoit un fort qui travailloit infiniment tous ceux qui trarersoient
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ce pays-là; le lendemain près de Cassenenil, oenx du lieu Youlurent lui empêcher le passage d'un moulin par où il étoit obligé de passer, autrement de se détourner avec grande incommodité de son chemin ; mais il Les fait attaquer, les force et donne une telle épouvante que s'il les eût poursuivis^ il n'y a point de doute qu'il auroit emporté la ville de Casseneuil à cause de leur panique, et que n'ayant pas eu opinion, vu le petit nombre de gens que monsieur le Marquis de la Force avoit, qu'on les dût attaquer, ils ne s'étoient point préparés à se défendre, ni tenus sur leurs gardes.
Monsieur de la Force cependant part la nuit de Glairacavec dix ou douze chevaux seulement, et se rend le lendemain matin à Monflanquin où monsieur de Gastelnaut lui fit voir l'ordre qu'il avoit pour son entreprise de Bergerac, laquelle déjà depuis longtemps il lui avoit proposée ; n'y ayant rien de difficile que de fournir le nombre de gens qu'il étoit nécessaire pour cet effet, et de leur faire tenir en y allant, un chemin qui ne donnât pas connoissance à ceux de Bergerac qu'on avoit ce dessein.
Et après que monsieur de la Force eut approuvé les moyens que monsieur de Gastelnaut lui avoit proposés, et jugé la chose non-seulement facile à exécuter mais immanquable , étant conduite avec