‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 5)Chapitre 56 sur 101 · CHAPITRE X. un · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. un

l'adresse nécessaire, et de même le chemin et Vordre '•»• qu'il avoit pris pour ce sujet, il mande donc à la garnison d'Eymet de se rendre sur le Dropt es environs de Villeréal, où les autres troupes étoient logées; comme aussi au capitaine Monlong qui étoit à Moncucq et au capitaine la Bruyère, qui firent environ deux cent cinquante hommes de pied j on en prit autant de la garnison de MonQanquin, et avec ceux que les sieurs de Savignac d'Eynesse et de Pedelmas avoient amenés de Glairac, le tout ensemble pouvoit faire huit cents hommes de pied.

Mais conune il est ipalaisé, quelque soin qu'on en puisse prendre et pour si bien qu'on veuille ajuster les choses, que d'un côté ou d'autre, il n'arrive toujours quelque manquement, monsieur de la Force ne put pas se rendre au jour qu'il avoit marqué à MonQanquin, ayant été retenu pour des affaires auxquelles il étoit obligé de pourvoir; * et ce retardement, ainsi que celui des troupes qui dévoient se rendre au lieu assigné, fut cause que les choses ne se purent exécuter coiAme on se l'étoit promis^ ce qui sera dit ci-aprés.

Il faut donc savoir que pour l'exécution de ce dessein, et pour en pouvoir conduire plus facilement l'entreprise, monsieur de Castelnaut par ses

intelligences s'étoit assuré que sept ou huit grands IV. 27

A18 MtlIOmS DD MAIQUIS M CASTEUIAOT.

M», bateaux monteroient par la rivière de Dordogne es environs de Lanquaisi au-dessus et au-dessous^ ce qui se pouvoit faire à cause du commerce, sans donner de Tombrage, mèmement à cause du siège de Tonneins où on croyoit tout le monde assez ocp cupè. Monsieur de Castelnaut faisoit état qu'avec lesdits bateaux et d'autres qui se trouveroient encore sur lerlieux^ il pourroit embarquer le nombre de gens nécessaires pour ladite entreprise. Ayant donc déjà eu des nouvelles que les bateaux étoient montés, monsieur de la Force part de Monflanquin, fait passer le Drot à toutes les troupes et va coucher à Roquépine. Dés qu'il fut arrivé à Monflanquin, l'alarme s'étoit répandue par tout le pays. Villeréal croyoit que c'étoit à lui qu'on en vouloit» chose facile à penser, et même ceux de ce lieu ne se tenant pas assurés de pouvoir être secourus par monsieur d'Elbœuf vers lequel ils avoient envoyé, ils firent offrir de l'argent à monsieur de Castelnaut. Issigeac prend de même l'épouvante, comme fait aussi Beaumont, et ceux de ces deux endroits envoient la nuit demander du secours à monsieur de Rambures à Bergerac, qui bien éloigné de soupçonner que ce soit à lui qu'on en veuille, fait sortir ce jour-là deux cents hommes de sa garnison pour aller les assister.

QHAPin» X. ftIO

Le lendemain, monsieur de laForce prend le che- ^^^ min comme s'il alloit à Beaumont, et ayant passé à Cugnac, maison de monsieur de Gastelnaut, il prend sa route droit à Lanquais, sans passer par aucune bourgade, ayant fait halte dans quelque vallon proche du lieu, pour n'arriver ^u port de la rivière qui est au*4e$sous de Lanquais, que lorsqu'il feroit nuit. Lorsqu'on y fut arrivé , selon l'ordre qui avoit été arrêté, les gens tant de pied que ceux de cheval qu'on fit mettre pied à terre, furent séparés en trois troupes, et chacune avoit une personne choisie pour les commander ; et encore chaque troupe fut-elle divisée selon l'ordre qui avoit été donné par écrit au chef qui devoit les conduire, par lequel il lui étoit marqué et ordonné tout ce qu'il avoit à faire, tant pour l'exécution qu'après même qu'ils seroient une fois entrés dans la ville; et on avoit dans toutes les troupes des gens du lieu ou le bien connoissant, pour les diriger et guider.

Nous ne spécifierons pas davantage, ni ne parlerons pas plus particuUèrement, ni des lieux par lesquels on devoit donner, ni des moyens qu'on tenoit pour cela, ni non plus des {>ersonnes auxquelles les chjurges en étoient commises, ne le jugeant pas à propos, puisque la chose ne réussit

UiO MÉMOIRES DU MARQUIS DE GASIEUUUT.

point à cause de plusieurs difficultés qui s^ rencontrèrent; et premièrement des bateaux , nous dirons qu'il ne s'en rencontra que deux au lieu du rendez- vous ^ lesquels étoient capables seulement de contenir cent trente ou cent quarante bommes^ que néanmoins on y fit embarquer aussitôt dans l'espérance que les autres viendroient. Mais voici qu'on apprend que le soir même les principaux bateaux avoient été arrêtés par un nommé le capitaine Babut, au delà de la rivière, plutôt par hasard que de science ou connoissance ; néanmoins en arrive-t-il encore quelqu'un où on met toujours des gens, mais à cause qu'on disoit qu'il y avoit encore d'autres bateaux plus bas j on commence à faire descendre tout le monde le long de la rivière^ et la plupart désireux de se trouver à l'exécution, se hâtent d'entrer dans tous les bateaux qu ils trouvent. Par ainsi il fut impossible à cause de la nuit d'éviter qu'il n'y eût de la confusion et que les corps qu'on avoit séparés, ne se mêlassent les uns avec les autres. On se conduisit ainsi jusqu'à Piles. Monsieur de Gastelnaut qui ne s'étoit pas. encore embarqué, se résolut de passer, décidé à exécuter son entreprise avec ce qu'il trouveroit de gens passés. Mais au lieu que le dessein étoit d'attaquer par trois divers endroits a6n de donner plus

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