‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri III ... et autres peronages marquants depuis la Saint-Barthélemy jusqu'à la Fronde; pour faire suite à toutes les collections de mémoires sur l'histoire de France; (volume 5)Chapitre 61 sur 101 · IT. S · texte numérisé non relu

IT. S

/iSO IIÉIIOIEES DU MARQHS DB GASTELRACT.

*•«• une chaise, extrêmement malade de sa blessure, pour avoir été mal pansé, et avec cela il étoit encore travaillé d'une grande fièvre, et cependant il ne se peut représenter le soin qu'il avoit pour la conduite et sûreté de ses gens, et le grand déplaisir <j[u'il recevoit, les voyant maltraités, et comme il s^occupoit à faire assister ceux qui en avoient besoin. Mais lorsqu'il fut arrivé à Chirac et qu'il vit qu'on avoit fermé les portes, et qu'on n'y vouloit laisser entrer pas un de ceux qui étoient sortis de Tonneins et qui la plupart mouroient de faim et de misère^ cruel et rude traitement pour des gens qui avoient si bien fait! ce fut là que sa douleur et son déplaisir se rengrégérent; il résolut de demeurer à la campagne avec les soldats, et il fut impossible de le décider à entrer dans la ville avant qu'on ne lui eût promis qu'on y laisseroit entrer aussi les soldats, ce qui pourtant ne fut accordé qu'à ceux qui avoient des parents à Clairac ou qui du voisinage, étoient volontairement recueillis par leurs amis et connoissances, car pour tons les autres, il ne se peut dire les plaintes qu'ils en faisoient, même le crédit de monsieur de la Force ne fut )pas assez grand pour y remédier, ne se voulant pas porter aux extrémités afin d'obliger à quelque chose de mieux monsieur de Lusignao,

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lequel d'ordinaire tenoit deux compagnies à la le», porte qui ne s ouvroit que quand bon lui sembloit; et avec toutes les peines et diiEcultés du monde consentoit-il encore à fournir du bled qu'on avoit pris à Granges et duquel il s'étoit entièrement saisie pour faire du pain aux pauvres soldats logés aux environs de Clairac, mais loin de vdtdoir le donna* à ces malheureux à demi morts de faiip qui étoient sortis de Tonneins, il vendoit au contraire son bled bien chèrement aux uns et aux autres.

Le lendemain, on apprend que monsieur d'Elbœuf avoit entièrement fait mettre le feu par tout 'TonneinSy et qu'on n'y laissoit pas pierre sur pierre , contre la promesse qu'il en avoit faite; en ce même temps arrivèrent les mauvaises nonvellés de la dé£aiite de monsieur de Soubise aux Sables d*01onne avec la perte totale de son infanterie, et que le Roi s'en alloit assiéger Royan. Ce ne fut pas pour réjouir ceux qui n'étoient point encore hors d'espérance de pouvoir un peu mieux remettre leur^ a£faires, tandis que monsieur d'Elbœuf seroit obligé d'aller rafraîchir ses troupes et se refaire, car la plupart de ceux qut l'avoient assisté en cette occasion^ se vouloient retirer.

Tellement que bien que monsieur de Montpquillan fût extrèmemeilt mal et en quelque façon sans

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espérance de guérison, monsieur de la Force se résolut de s'en retourner à Sainte-Foi où il avoit quelques jours auparavant renvoyé monsieur d'Eymeiy son fils, pour les obliger au travail de leurs fortifications et à se pourvoir de poudre et autrœ munitions de guerre de quoi ils avoient bon besoin, ayant été toujours fort négligents à s'en précautionner, car jusque4à il avoit été impossible de les décider à y employer de l'argent.

Mais monsieur de la Force avoit un extrême regret de quitter monsieur de MontpouillaD, en un si mauvais état, et il n'y a point de doute que le devoir de sa charge, et l'amitié qu'il avoit pour son fils , qui le méritoit, ne fissent un grand combat en lui, et si grand que sa douleur et son affliction étoient connues de tout le monde. Aussi véritablement la perte de monsieur de Montpouillan ne pou voit jamais être assez estimée ni regrettée, car malaisément en son âge se fût-il pu rencontrer un gentilhomme si bien fait ni si accompli en toutes les qualités qui se peuvent souhaiter dans un homme, soit pour la paix> soit pour la guerre.

Monsieur de la Force prend donc son chemia du côté de Sainte-Foi, où de nouveau, il fut encore abandonné de ce peu de gens qu'il avoit à Glairac, car pour les gens de pied, les principaux chefs ou

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capitaines ne veulent pas rompre leur serment, ni la capitulation qu'ils avoient faite à Tonneins, bien qu^on ne l'eût pas observée vis-à-vis d'eux, entre autres le Vicomte de Gastets ; pour les gens de cheval, comme le Baron de Beynac et le sieur de Bourzolles, ainsi que tous les autres, chacun se voulut rétirer, bien que ce fût avec la promesse de revenir dans peu de temps retrouver monsieur de la Force à Sainte -Foi, lequel y arriva n'ayant pas cinquante chevaux avec lui; monsieur de Castelnaut se retira également à Monflanquin.

Monsieur de la .Force n'est pas sitôt rentré à Sainte-Foi, qu'il apprend le progrés que faisoîent partout les armes du Roi, lequel s'acheminoit en diligence en Guyenne avec toutes ses forces; cependant il avoit fait avancer monsieur le Prince, qui s'en vint droit à Sainte-Foi, où il ne croyoit pas trouver de résistance, et sans marchander, il avoit fait marcher ses troupes jusque proche des fortifications; ^escarmouche y fut fort rude entre ses gens et ceux qui sortoient de la ville, lesquels eurent tout l'avantage sur les autres, les repoussèrent et les chassèrent bien loin, mais ce ne fut pas sans leur y faire laisser bon nombie des leurs.

Cependant comme ils ne se contentoient pas de venir à bout de leurs desseins et entreprises par les

*••• armes, ils avoient toujours avec cela des entremetteurs pour gagner, corrompre et attirer à eux tous ceux qu'ils pouvoîent; parmi ceux-là, monsieur de la Force ne fut pas encore oublié, mais les offices qu'on lui faîsoit, étoientavec des conditions si désavantageuses qu'outre qu'il n'espéroit rien de bien de tous ces traités, sachant par expérience qu'on ne tenoit rien des promesses qu'ils faisoient^ et qu'avec cela, il ne vouloit pas faire un traité pour lui seul et sa Maison, ce à quoi on le sollidtoit, ni même ensuite pour le particulier de Sainte-* Foi, et quoique très-foible en nombre d'hommes, et très-mal pourvu des choses nécessaires pour soutenir un siège (car tous ceux qui lui avoient promis de lui mener des gens et de se jeter dans Sâinte-Foi, furent bien aises de s'excuser sur la venue de monsieur le Prince qui leur ôtoit le moyen de pouvoir s'y rendre^ et ainsi s'en retournèrent chez eux) ; néanmoins monsieur de la Force témoîgnoit-il une grande résolution de se vouloir défendre et de ne rien appréhender.

Cependant le pauvre monsieur de Montponillan qui étoit demeuré à Clairac, va toujours empirant, la plaie s'étant si fort envenimée pour avoir été mal pansée et à cause de la mauvaise nourriture qu'il avoit prise, qu'il fut impossible d'y pouvoir appor-

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