CHAPITRE XL
Mais voici qu*en même temps ceux de Tomieins <«u qui s'ëtoient retirés, ayant ouï le bruit de notre venue, se remettent en ordre le plus promptement qu'ils peuvent, et font leur sortie si heureusement que, sans trouver aucune résistance, ils tuent et font noyer beaucoup de gens qui pour se sauver se jetoient volontairement dans la rivière ; ils vont partout renversant tranchées et barricades, emportant la poudre et plusieurs vivres, et mènent dans Tonneins quatre ou cinq pièces d'artillerie. Ce grand échec qu'ils firent, nous fut très-avantageux, car les ennemis s'étant vus attaquer par devant et pat derrière, en prirent une si grande épouvante que cela les arrêta entièrement de poursuivre monsieur de la Force, n'y ayant eu que quelques troupes de gens de cheval qui eussent poussé jusqu'au^bois de la Gautarenque.
Monsieur de Castelnaut retournant donc pour faire la retraite, qui ne fut pas peu utile à la conservation de force gens, rencontra messieurs de Belsunce et de Savignac, du R'ouergue, qui avoient été enveloppés par la compagnie de monsieur d'Angouléme. l'abord, le maréchal des logis y fut tué, et quatre ou cinq avec lui ; et quoiqu'ils fussent bien une quarantaine, ils se retirèrent avec une telle diligence qu'il fut impossible de les rejoindre; et
kU WÈMOSBSB DU MAEQUIS DK GA8TEEJVACT.
i«tt. cette petite charge redonna la vie k nombre de gens de pied en leur laissant le loisir de se retirer^ car autrement ils eussent été attrafpés.
En ce combat ou malheureuse retraite ^ il se perdit force brayes hommes, entre autres parmi les gens de pied^ les capitaines Âuripech , Solmignac et Richomme, Grateloup et Boudou ; les uns disputèrent leur vie honorablement , et les autres furent tués d'abord ,• quelques-uns furent pris prisonniers, mais fort peu.
Le bois de la Gautarenque passé, monsieur de la Force avec ce qu'il avoit pu retenir de gens (car monsieur de Lusignan ne s'arrêta pas qu'il ne fût a Clairac, et plusieurs autres avec lui), monta sur un petit terti^e de vignes pour se faire voir à ceux deTonneins, afin de leur ôter l'opinion qu'ils pourroient avoir, que tout avoit péri : eux cependant à cause de l'avantage qu'ils venoient de remporter sur les ennemis, et n'ayant pu savoir ce qui nous étoit arrivé, trouvèrent fort étrange de ne plus nous voir ni nous entendre lors de leur sortie, mais ce fut sans appréhension du malheur que nous avions éprouvé. Quant à nous, il ne nous restoit qu'un très- grand mal de cœur d'avoir si piteusement fait, avec le regret de la perte de tant de braves gens.
Mais lor$qu*avec le temps, nous eûmes une plus
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claire connoissance de tout ce qui s'étoit passé, et i«a. comme quoi par deux fois la yictoire nous avoit tendu les bras^ et cela même par la confession des ennemis^ qui nous en ôtoit toute sorte de doute^ il ne se peut imaginer le ressentiment que les gens de bien et d'honneur qui s'y étoient trouvés, en eurent, ni non plus le bourrêlement et trouble de conscience de ceux qui par leur lâcheté ou trahison avoient manqué à leur devoir et causé notre malheur. A cela il ne put y avoir de consolation ni pour les uns ni pour les autres, quoique les affaires ne touchoient pas tant au cœur des uns que des autres, leur intérêt particulier leur étant plus cher que la gloire de Dieu et la conservation de ses Églises.
Voilà meshuy ceux deTonneins hors d'espérance de pouvoir être secourus, sans vivres ni munitions de guerre , et point de moyen de leur en pouvoir faire parvenir; quantité de blessés sans chirurgiens ou peu très-mal experts, et d'ailleurs point de médicaments.
Et malheureusement encore, ce dont nous n'avons pas parlé, plusieurs des plus considérables avoient été tués ou blessés, entre autres le sieur de Jasses, homme capable et qui savoit bien les mathématiques, mais surtout monsieur le Marquis
&48 MfiiOIRES DU MARQUIS DE CASIEUIÂUT.
<0«« de Montpouillan blessé d'une mousquetade à la tète; l'extrême soin et la vigilance extraordinaire qui le portoientà vouloir être partout et tout savoir, pour assister et secourir ceux qui en avoient besoin, ne lui ayant pu permettre les ménagements qu'ils dévoient à la conservation de sa personne, de qui principalement dépendoit celle des autres. Cela aftligeoit ceux de dedans qui , nonobstant la nécessité de toutes choses à quoi ils étoient réduits, n'avoient jamais voulu entendre à nulle sorte de capitulation, quoique avec des offres trés-avantageuses ; mais à présent se voyant réduits a ce misérable état, ayant quantité de malades et de blessés» et sans autres vivres que de méchantes fèves, sans pain et sans sauce, d'un autre côté voyant monsieur de Montpouillan très -mal de sa blessure, faute principalement de pouvoir être pansé, bien que d'ailleurs ils fussent encore en assez bon nombre dans la place, et fort résolus pour y faire morfondre messieurs d'Elbœuf et de Thémines, néanmoins étant continuellement sollicités d'entendre à une capitulation, ils envoyèrent les sieurs de SaintOrse et de Carcabanes pour en traiter; lesquels demeu-
4 wêa. rèrent deux ou trois jours à conclure ladite capitulation qui fut enfin, savoir que les gens de guerre sortiroient avec armes et bagages, (ambour battant
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et enseigne déployée ; que les bourgeois et habitants ^^^ en feroîent de même avec promesse néanmoins de toutes sortes de bons traitements à ceux qui voûdroient demeurer dans la yille, laquelle ne seroit point démolie, et qu'un chacun pourroit jouir de ce qui luiappartiendroit sans aucun empêchement, et sçroit libre de pouvoir se retirer avec toute sûreté où bon lui sembleroit , sous les conditions aussi que les gens de guerre ou autres promettroient de ne porter les armes de trois mois contre le service du Roi.
La capitulation fut assez bien observée pour ceux qui voulurent se conduire par terré, bien que la plupalrt fussent détroussés des hardes qu'ils por* toienty et que le chariot de monsieur de Montpouillan y fût pris; mais quelques vieilles femmes et les blessés qu^on n'avoit moyen de faire porter à Glairac et qu'on y devoit mener par la rivière, monsieur d'Elbœuf faisant fournir les bateaux pour cela, ceux-là furent fort maltraités, car la plupart furent jetés dans Teau et massacrés, il y en eut quelques-uns qui ayant gagné terre, se sauvèrent comme ils purent.
Monsieur le Marquis de la Force avec la cavalerie alla au-devant pour recevoir ceux de Tonneins ; on portoit monsieur de Montpouillan sur