CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR
1\) , RUE DE SKINE.
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INTRODUCTION
Les mémoires sont des témoignages posthumes légués à la postérité ; c'est un appel à des juges inconnus et désintéressés. Des hommes éminents, acteurs ou spectateurs dans ces grands drames, viennent déposer de ce qu'ils ont fait ou vu sur la scène du monde. Avant de quitter cette vie d'épreuve , leur conscience se recueille; ils disent des vérités hardies sur les autres , ils laissent échapper des aveux précieux sur eux-mêmes. Les uns, désillusionnés des passions qui ont été leur mobile , racontent ingénument leurs faiblesses ; les autres , persévérant dans leurs rôles, lorsque la pièce est jouée, se drapent de leur orgueil et meurent avec une grâce étudiée, comme les gladiateurs, pour arracher les applaudissements du cirque. Confes-
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sions ou apologies, diatribes ou justifications, l'histoire enregistre tout; ces documents lui appartiennent, elle les étudie et les compare; elle se pénètre de leur substance ; car de ces opinions incohérentes et souvent prolixes , de ces préoccupations égoïstes et jalouses, elle sait tirer ses aperçus les plus vrais , ses jugements les plus impartiaux; quelquefois môme, au milieu des circonstances les plus futiles de la vie intime, elle découvre les causes premières de grands événements.
La condition indispensable des mémoires est l'authenticité; la simplicité et la naïveté du style en sont le complément. En effet il importe que rien ne puisse modifier la pensée originale; lors même que celle-ci ne serait pas tout à fait sincère, n'essayez jamais de la corriger, car vous anéantiriez par là un lait digne de remarque,^ c'est que tel ou tel homme, telle ou telle opinion avaient intérêt à représenter les événements contemporains autrement qu'ils ne se sont passés, à dissimuler leur puissance, à dénaturer leurs résultats. Et d'ailleurs qui peut vous répondre que les passions, les intérêts, les préjugés n'aient pas projeté sur les personnes et sur les choses une couleur vraie à une époque donnée, mais
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qui paraît fausse devant la postérité et d'un point de vue arbitraire ou philosophique? Les mémoires ont cela de particulier, que l'oeuvre d'un seul homme, écrits sous l'influence de passions non refroidies et en présence d'intérêts vivants, lorsqu'ils reflètent les événements, ils reflètent et toujours et dans toutes choses la personnalité de leur auteur ; ils représentent non-seulement ses actions et sa position dans le monde, non-seulement ses opinions et ses jugements, mais encore ses désirs, ses espérances, ses croyances, ses illusions et ses déceptions. Ils le peignent et tel qu'il est, et tel qu'il voudrait être, et tel qu'irveut paraître. S'il décrit les lieux, les hommes et les choses, c'est comme il les voit et autant que sa vue peut s'étendre, car son horizon n'a d'autre limite que sa situation personnelle, dominée ou dominante, et le plus ou moins de perspicacité de son regard.
Dans tous les temps on a attaché une grande valeur à ces révélations du passé, à ces confessions que l'homme courbé vers la tombe transmet à ses arrière-neveux ; on s'est plu à écouter ces voix contemporaines nous raconter dans leur langage propre l'histoire de leur époque telle qu'il l'avait jugée et comprise ; on s'initiait avec
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eux aux idées de leur siècle, on s'expliquait les écarts de ces âmes ardentes par les conditions mêmes de leur existence sociale, par l'énergie de leur foi et par l'expression si fortement accentuée de leurs sentiments d'honneur et de dignité chevaleresque. Aujourd'hui des études plus sérieuses, le retour à l'examen des documents originaux, une critique plus sévère, une appréciation des faits plus équitable parce qu'elle est plus désintéressée, ont ouvert à l'histoire une nouvelle carrière ; si nous faisons moins pour la postérité, nous sommes appelés à mieux connaître le passé; un attrait involontaire et je ne sais quel mécontentement du présent, nous entraînent à ce genre d'étude; au milieu de la décomposition et du déclassement des éléments sociaux, nous aimons à nous reporter vers des époques complètes et harmonieuses. Placés entre un ordre de choses qui finit et une ère qui commence, nous souffrons de cet état transitoire, nous regrettons ce que nous avons perdu sans bien apprécier encore ce que nous avons gagné. La sécurité qui nous manque, nous la cherchons partout ; nous espérons la trouver en examinant sans cesse, et avec une ardeur toujours croissante, les mouvements de la société dans les phases diver-
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ses de transformation que nous offre notre histoire ; nous nous appliquons à renouer la chaîne des temps pour légitimer le présent par les exemples du passé; nous remontons aux sources de notre ancien droit public, et nous recherchons les titres authentiques de nos libertés dispersés sur le sol de la France ou anéantis par l'arbitraire ; nous compulsons les chartes d'émancipation de nos communes, les privilèges de nos villes, les procès-verbaux de nos états généraux, les cahiers de nos assemblées provinciales, les délibérations de nos parlements; nous retrouvons partout des protestations en faveur de nos droits méconnus, nous y voyons que la liberté en France, loin d'être une parvenue, a été nourrie dans le berceau même de la monarchie, et que les accroissements du pouvoir royal qui tendaient à l'étouffer, n'ont abouti qu'à la faire renaître et plus vivace et plus énergique.
Le goût de notre époque pour les documents originaux et pour les mémoires a débordé jusque dans ces ouvrages qui se bornaient jadis au domaine seul de l'imagination ; personne plus que moi n'apprécie le roman historique ramené aujourd'hui à une sévérité plus loyale dans les faits et à une plus grande franchise de détails et de
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coloris ; lui aussi exige de graves études et de laborieuses recherches; substitué à ces prétendus romans historiques du dix-huitième siècle, c'est assurément un notable progrès ; mais ces sortes de productions ont d'autant plus de mérite que l'imagination y a plus de part; l'auteur n'est strictement obligé qu'à ne pas s'éloigner de la vraisemblance. Quoique le vraisemblable ne soit pas toujours vrai, personne n'est trompé, car chacun peut toujours recourir à l'histoire.
Mais ce qu'il y a de plus dangereux, c'est lorsque le roman historique, sortant de sa sphère, se déguise sous la forme de mémoires, et qu'en exploitant l'intérêt qui se rattache à ce genre de document, on cherche à tromper le public par des allégations mensongères.
Ainsi donc, après avoir transporté l'histoire dans le roman, noble et louable tache sans aucun doute, on a essayé de transporter le roman dans l'histoire ; la vérité a paru trop nue, on s'est accoutumé à la parer, sans songer qu'on la travestissait. On a composé des livres avec des noms propres; on a extrait de nos chroniques des événements auxquels on a appliqué un vernis trompeur; on en a lait des pastiches historiques, de sorte que par ce mélange hétérogène, si l'on n'y
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porte remède, on arrivera à cette confusion déplorable qu'il sera impossible de discerner le vrai d'avec le faux, et qu'au lieu de nous élever dans l'échelle de la civilisation et de la culture de l'esprit, nous redescendrons au niveau de ces peuples nomades que l'on ne peut amuser qu'avec des contes sur les anciens temps et pour qui la fable a remplacé l'histoire.
Les Mémoires du maréchal duc de la Force et ceux de ses enfants, que nous publions aujourd'hui, embrassent une longue période de temps. Ils commencent à la Saint-Barthélémy et se terminent peu d'années avant la Fronde. Jacques Nompar de Caumont la Force a vécu sous sept rois. Échappé deux fois comme par miracle au massacre, Charles IX donne de sang-froid l'ordre de l'égorger. Il fut l'ami de Henri IV. Louis XIII, après l'avoir fait décapiter en effigie, le crée maréchal de France et le met pendant dix ans à la tête de ses armées. Né protestant et quelques mois avant que les religionnaires, réunis à Paris en synode national , adoptassent la confession de foi calviniste, il persévéra jusqu'à sa mort dans sa croyance, et il expia cette fidélité peu commune par quarante ans de méliances et de froideurs de la part de Marie de Médicis et de Louis XIII.
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A peine sauvé des mains des bourreaux qui avaient tué son père et son frère, Henri III lui donne pour tuteur le comte de la Vauguyon, zélé catholique, afin de s'assurer par de bonnes garnisons de ses villes et de ses châteaux. La Force se marie très-jeune avec la fille du vieux maréchal de Biron. Dès qu'il peut supporter le poids des armes, il court se ranger sous la bannière de Henri de Navarre, et croise son épée contre son beau-père, auquel il fait lever le siège de Marans. On combattait alors pour sa foi comme on combattit plus lard pour la gloire; la conquête la plus précieuse c'était la liberté de conscience; décimé par les poignards, le protestantisme aspirait moins à la domination qu'à l'indépendance, il se sentait faible et ne pouvait faire face à ses nombreux ennemis qu'en multipliant ses efforts. Il ne s'agissait plus alors de réaliser les projets gigantesques des Condé et des Coligni, qui avaient organisé la réforme sur une plus vaste échelle , on songeait non à s'agrandir, mais à se maintenir contre la Ligue, celte réaction du calvinisme qui le menaçait dans son existence. Aussi Henri, à la tête d'une poignée de braves, se défendait-il pied à pied entre la Garonne et la Dordogne, sur ce territoire peu étendu, mais si favorable à la guerre
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de chicane par le nombre de ses châteaux et de ses places fortes, qu'on l'a nommé les galeries des protestants. Là, refoulé par les armées ennemies, il en ressortait toujours plus terrible et poursuivait jusqu'au cœur de la France ceux qui croyaient l'avoir vaincu. L'habileté du chef et la valeur des soldats suppléaient au nombre. Ces hommes, qui ne vivaient que de privations et qui couchaient sur ie sol dans leur buffle et avec leur cuirasse, rompaient facilement des escadrons dorés, quittant une cour molle et efféminée, et des chevaliers qui, parés des couleurs de leurs dames, s'imaginaient courir à une victoire certaine.
La politique captieuse de Catherine de Médicis et de Henri III tentait d'énerver par les douceurs de la paix ceux qu'ils n'avaient pu anéantir par la guerre. Dans un de ces intervalles de calme , le roi, par suite de la mobilité de son caractère, se brouille avec les Guises, ses véritables ennemis. Il a recours à Henri de Navarre ; une conférence s'ouvre entre ce prince et ses frères d'armes pour délibérer sur le parti qu'il y avait à prendre. Le vicomte de ïurenne voulait que l'on secourût secrètement le roi, et qu'ouvertement on désarmât. La Force prend la parole : « Ce seroit fouler
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)) aux pieds les cendres de nos martyrs, » dit-il; « ce seroit planter des potences sur les tombeaux » de nos Princes et de nos grands hommes, et )> condamner à pareille ignominie ceux qui, en- » core debout, ont voué leurs vies à Dieu, que » de mettre ici en doute, et sur le bureau, avec » quellejusticeilsont exercé leur magnanimité. » Il conclut à rester armé. Le roi s'écrie : « Je suis » à lui ! » et son avis est adopté. Les événements justifièrent ses prévisions : d'accord avec les Guises, Henri III tourna bientôt tous ses efforts contre les huguenots. La victoire de Contras, où la Force appuya ses raisonnements de bons coups d'épée, fut le résultat des résolutions prises à Guitres. Gouverneur de la Basse Guyenne, il y combattit longtemps les Ligueurs comme l'avait fait Henri, appelé alors sur un plus grand théâtre. La réconciliation des rois de France et de Navarre place ce dernier sur les degrés du trône ; le couteau d'un jacobin l'y fait monter trop tôt peutêtre, car ce trône était environné de périls. Le sentiment catholique qui dominait chez les principaux seigneurs, les éloigne du nouveau roi; beaucoup de protestants, inquiets ou soupçonneux, se retirent également; au milieu de toutes ces fidélités chancelantes, la Force reste inébran-
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lable; il partage la bonne et la mauvaise fortune d'un maître qu'il considérait comme son ami. Tous les témoignages contemporains s'accordent sur ce fait, que plus que personne il contribua au succès du combat d'Arqués. Avec cent vingt chevaux seulement, il culbuta plus de deux mille lances ennemies. Le roi le nomma capitaine de ses gardes à la place de Larchant, son beau-frère, qui, pour s'assurer son héritage, avait obtenu l'ordre de le faire massacrer après la Saint-Barthélémy. Bientôt Henri IV le fait gouverneur de Béarn et vice-roi de Navarre; il ne croyait pas pouvoir placer son pays natal en meilleures mains. La Force alla conquérir ce gouvernement sur la Ligue. Pendant tout le règne de Henri IV, il venait chaque année servir son quartier auprès du roi, et retournait ensuite administrer le Béarn et la Navarre. Cette alternative de positions a donné lieu à deux sortes de correspondances qui se succèdent presque sans lacunes pendant plus de vingt ans; l'une est celle de la Force à sa femme durant les quatre mois d'hiver qu'il remplissait à la cour ses fonctions de capitaine des gardes; l'autre, celle du roi et d'Antoine de Loménie, secrétaire d'état, avec la Force, tandis qu'il résidait en son gouvernement. Dans les
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lettres de la Force on retrouve l'impression toujours nouvelle et le mouvement de ce centre aristocratique, séjour futile des plaisirs, loyer animé des grandes affaires, où venaient se polir les esprits et s'émousser les prétentions rivales par l'action conciliatrice d'un pouvoir modérateur. Les lettres de Henri IV le peignent à la fois et comme homme et comme roi; il cause avec la Force de ses domaines du Béarn, il lui demande des arbres de milicoton (pêchers) pour les planter dans ses jardins ; il le prie de lui envoyer des oies salées qui fassent honneur au pays; il lui confie ses pensées les plus intimes : « Ma sœur, écrit-il , est » de la même mauvaise humeur qu'elle était à » Compiègne ; c'est pourquoi je me dépêche de la » marier et de me donner ce contentement après » tant d'autres que Dieu m'a donnés, comme » celui de la paix générale en mon Royaume. » Il parle avec le cri du cœur des misères du peuple et de sa ferme volonté de les soulager. Henri IV avait compris sa mission ; il était le roi d'une transaction, il ne pouvait régner qu'en la réalisant. Placé entre deux partis extrêmes, il devait se montrer leur arbitre et n'être lui-même d'aucun parti; c'est ce qu'il fit admirablement par ledit de Nantes. Ce fut la charte des intérêts opposés,
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elle les constitua chacun sur une large base. Les protestants se montraient mécontents, alléguant qu'on n'avait pas tenu tout ce qu'on leur avait promis; les catholiques prétendaient au contraire qu'on avait trop accordé aux réformés. Le parlement s'opposait à l'enregistrement de l'édit comme contraire à la religion de l'état , mais cette désapprobation générale faisait l'éloge de ledit; on ne le blâmait ainsi des deux côtés que parce qu'il était équitable pour tous, et que chacun des partis, en réclamant la justice pour soi , se souciait fort peu de la voir rendre à ses adversaires. L'autorité royale seule eût pu se plaindre avec raison de l'aliénation de soixante-quinze places fortes; cependant elle n'en souffrit point, car elle était dans une main ferme qui sut la faire respecter et prévenir les abus de concessions librement consenties. Une sage tutelle des intérêts opposés les contint dans les limites qui leur avaient été définies. Toutes les forces du pays, habilement dirigées, convergèrent vers un seul but, le bonheur de la France, qui, en paix avec elle-même, en paix avec l'Europe, vit le plus beau règne dont puisse se glorifier notre histoire. La Force, chargé de faire exécuter l'édit de Nantes en Guyenne, en Saintonge et en Angou-
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mois, surmonta par sa prudence toutes les difficultés de sa mission, et sut faire tourner au profit de la couronne l'influence qu'il exerçait sur ses coreligionnaires. Associé aux pensées les plus intimes du roi, il en saisissait la portée; aussi fit-il facilement comprendre aux réformés les avantages que leur offrait celle consécration légale de leur existence civile, politique et religieuse.
Quelques nuages s'élevèrent entre Henri IV et Bit on. Cet homme ardent ne pouvait supporter l'idée d'une injustice ; il croyait avoir à se plaindre du roi. Il s'en ouvre dans ses lettres à la Force son beau-frère, avec ce langage âpre et énergique qui le caractérise : « On me traite, dit-il, comme )> un homme dont les services sont sous les pieds. ô Je n'en dis mot ni n'éms ce que j'en pense; )) mais Dieu pourvoira à tout. 11 me reste l'espé- » rance, laquelle je me chercherai. »
Toujours porté aux extrémités, l'infortuné duc de Biroji se chercha cette espérance auprès du roi d'Espagne et du duc de Savoie. Déjà la Force l'avait réconcilié à Lyon avec Henri IV. « Ils se tinrent longtemps embrassés, et tous » deux pleurèrent d'affection, » dil-il dans ses Mémoires.
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L'imprudence et l'opiniâtre vanité de Biron «amenèrent la catastrophe qui termina ses jours., Elle fut précipitée par l'éloïgnement de son beaufrère; il arriva trop lard pour le sauver. Il faut voir avec quel ménagement le roi prépare la Force à apprendre la trahison du maréchal :
d Je crains bien que je n'y trouve des gens » mêlés que vous et moi n'eussions jamais cru » en être. » (Lettre du roi du 15 avril 1002.)
« Tous les jours je découvre les plus grandes » méchancetés, perfidies, ingratitudes et entre- » prises contre moi que vous ne le pourriez jamais « croire. » (15 mai.)
« Peut-être il y a des gens mêlés dont vous » serez bien étonné et marri. » (25 mai.)
(( Plus je vais en avant, plus je découvre des » choses étranges au préjudice de mon service, » où force sont mêlés que vous ne croiriez pas.» (5 juin.)
Enfin les faits sont accomplis ; il n'y a plus rien à cacher à M. de la Force; le roi lui écrit le 14juin :
u Ce mot est à la hâte pour vous avertir comme » j'ai été contraint, à mon grand regret, d'arrêter )) le Comte d'Auvergne et le Duc de Biron pour
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» avoir conspiré contre ma personne et mon État. » Je m'assure qu'à peine vous le croirez, vous » qui savez combien je l'aimois. »
Le récit de l'arrestation du maréchal et de ce qui se passa alors à Fontainebleau a été écrit par le marquis de Castelnaut, second fils de M. de la Force. Il avait accompagné son oncle en Suisse, et se trouvait auprès de lui dans ce moment fatal. La sévérité du roi est attribuée dans nos Mémoires à la haine de Sully. On conçoit l'opposition de ces deux caractères et l'antipathie du grand homme d'état pour le grand capitaine. L'emportement soldatesque de Biron, poussé jusqu'à l'affront, avait blessé la fierté du ministre ; il sut faire valoir auprès de Henri IV des raisons politiques auxquelles il n'y avait rien à répondre. La Force, avec toute sa famille, alla se jeter aux pieds du roi; il offrit même ses enfants en otage. L'histoire a conservé son discours; elle eût peutêtre mieux fait de ne point enregistrer la réponse du monarque. Il fit taire son affection ; il fut peutêtre cruel croyant n'être que juste. La tête de Biron tomba; la hache qui le frappa, menaça toute la noblesse française. Cette mort excita la plus vive sympathie parmi le peuple ; il courut en foule à l'église de Saint-Paul, a et jamais se-
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>) pulture, dit de Thou, ne fut arrosée de tant » d'eau bénite. »
Les Mémoires de la Force révèlent un fait remarquable échappé jusqu'ici aux historiens. Quatre ans après cette exécution, le baron de Biron, rencontrant sur le pont Notre-Dame le sieur de la Fin, cause première et instrument de la perte du maréchal, le porta par terre de deux coups de pistolet. La Force obtint facilement du roi qu'aucune poursuite ne serait dirigée contre son beau-frère pour s'être livré à un ressentiment aussi légitime. Henri IV n'avait point à se féliciter de son inflexible rigueur ; d'autres conspirations, non moins dangereuses que celle du duc de Biron, avaient été dirigées contre sa personne et son état, et si alors il crut devoir s'abandonner à sa clémence, c'est que sans doute il éprouvait quelque regret du passé.
Il faut voir, après la mort de Biron, combien le roi témoigne d'affection à M. de la Force. Huit jours ne s'étaient pas écoulés, qu'il lui écrit de sa main : « Je serai très-aise que me fiant de » vous et vous aimant, vous ne manquiez pas de » vous rendre auprès de moi au commencement » de votre quartier, sans que vous ayez opinion » que pour la mort du feu Duc de Biron, votre
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» beau-frère, je vous croie autrement que ce que » vous avez été. En sa mort, je vous ai plus plaint « que lui ! »
L'année suivante, l'arrivée de M. de Bouillon à Castres suscita quelques troubles en Guyenne et en Périgord. M. de la Force est chargé de les apaiser ; il essaye vainement de réconcilier le duc de Bouillon avec le roi. 11 lut plus heureux à l'égard du duc de Rohan, qui s'était échappé pour aller guerroyer dans les Pays-Bas, et qui, sur les plaintes de l'ambassadeur d'Espagne, avait été banni de la cour ; la Force le remit dans les bonnes grâce de sa majesté.
Dominant désormais les difficultés de sa position, ayant introduit l'ordre dans les finances, le repos dans son royaume, Henri IV étudiait en silence la situation des divers états de l'Europe; il apercevait d'un côté des forces immenses, compactes, agglomérées, et de l'autre des éléments dispersés et ne pouvant servir de contrepoids à ces forces menaçantes.
Réunir ces éléments en faisceau pour établir un système d'équilibre entre les nations, assurer par là la sécurité et l'indépendance du monde, faire reprendre à la France le rang qui lui appartenait, tels étaient les projets qui préoccupaient
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ce prince, aussi grand politique que vaillant capitaine.
Le moyen d'atteindre à ce noble bufi était rabaissement de la maison d'Autriche, dont nos discordes avaient contribué à cimenter la grandeur. Déjà depuis longtemps Henri IV observait d'un regard défiant l'Espagne, son ennemie naturelle, qui avait fomenté la Ligue, et qui, a la guerre ouverte, faisait succéder de sourdes hostilités en soldant avec son or la trahison et la révolte. Peut-être aurait-il dû se borner à déjouer les complots de cette puissance perfide ; mais la politique immorale de Machiavel, importée d'Italie et pratiquée par Catherine de Médicis, avait été érigée en maximes d'état. L'astuce passait pour de l'habileté, la duplicité pour de la prudence. Henri IV paya ce tribut à son siècle : aux complots des Espagnols il opposa d'autres complots ; ils cherchaient à corrompre la garnison de Bayonne et à s'emparer de Marseille, il tenta la fidélité de ceux qui gardaient Pampelunc et Perpignan ; l'ambassadeur d'Espagne enrôlait les conspirateurs à Paris, la Force, par ordre du Roi, s'aboucha à Pau avec les Morisques. Un vaste projet de soulèvement était proposé par leurs envoyés; il ne s'agissait de rien moins que de bou-
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leverser l'Espagne. Les Morisques demandaient des armes et des chefs, ils offraient de l'or et des places fortes. La Force rendit compte de ces ouvertures; le roi l'approuva de n'avoir pas mis son nom en jeu, et l'engagea à continuer à agir comme de lui-même, et à poursuivre celte négociation si heureusement commencée, en appelant auprès de lui des députés des Morisques pour traiter avec eux et arrêter l'exécution de celle audacieuse entreprise.
Tout cela s'était passé en 1604. Le malheur voulut qu'au mois d'avril 1605, un agent de la Force, nommé Pascal de Saint-Estève, employé dès le commencement de cette affaire, fut trahi et arrêté à Valence ; appliqué à la question, il fit des révélations qui donnèrent beaucoup à penser aux Espagnols, et fut pendu au mois de septembre de la même année.
Les négociations avec les Morisques se trouvèrent interrompues quelque temps ; néanmoins on ne laissa pas de renouer des intelligences; mais ce fut d'une manière plus couverte ; on ne mit plus tant de personnes dans le secret; les Espagnols avaient les yeux ouverts et se tenaient sur leurs gardes. Philippe III appréhendant quelques nouveaux complots, et sollicité par le duc
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de Lerme, rendit à l'Escurial le, le 22 septembre 1609, ce fameux édit pour l'expulsion des Morisques : « Vu qu'ils continuoient leurs trames » avec les hérétiques et autres princes qui déles- » tent la grandeur du nom espagnol. » Le soulèvement des Morisques n'était qu'une partie du vaste dessein que méditait Henri IV; il voulait attaquer à la fois la maison d'Autriche en Italie , en Flandre et en Espagne; des traités conclus avec les Pays-Bas, les Ligues suisses, Genève, les États protestants de l'Allemagne, le duc de Savoie, la république de Venise et d'autres puissances italiennes lui assuraient partout de puissants auxiliaires. Ce projet, mûri depuis longtemps, touchait au moment de sa réalisation. La mort du duc de Juliers laissait un héritage contesté par l'empereur aux ducs de Neubourg et de Brandebourg, princes protestants ; elle offrait au roi une occasion naturelle d'intervenir ; un dépit amoureux la lui fit saisir encore plus vivement. Henri IV allait donc s'élancer dans l'immense carrière de gloire et de succès qui semblait s'ouvrir devant lui , lorsque Ravaillac le frappa d'un coup mortel. La Force soutint son maître dans ce moment fatal , et lui dit , tandis qu'il expirait entre ses bras : « Sire, souvenez-
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» vous de Dieu! » Puis il ramena au Louvre le corps du roi, el conduisit le dauphin chez la reine. Il avait perdu plus qu'un roi, il venait de perdre u« ami ! Le lendemain de ce jour néfaste, Henri IV devait lui faire prêter le serment de maréchal de France ; une commission pour commander orne armée lui avait été délivrée. A la tête de dix mille Français , il allait entrer en Espagne; on espérait profiler de la confusion jetée dans ce royaume, par l'exécution de l'édit de bannissement auquel il avait été sursis jusqu'alors ; on eût armé les Morisques ; le désespoir en faisait des soldats : disciplinés par des chefs habiles, ils pouvaient attaquer au cœur cette puissance qu'à différentes époques, eux seuls, et avec leurs propres forces, ils avoient mise en péril. Navré jusqu'au fond de lame, la Force quitte immédiatement la Cour pour retourner dans son gouvernement; passant en Guyenne, Saintonge, Poitou et Périgord, il devait y faire reconnaître le nouveau roi , et principalement par tous les gouverneurs des villes de sûreté accordées aux protestants; il était également chargé de les rassurer sur la libre jouissance de leurs édils, que le premier acte de la régente confirma d'une manière solennelle.
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A peine arrivé en Béarn, il put remarquer combien les choses étaient changées. Les montagnards de la Navarre espagnole renouvellent sur les frontières les mêmes incursions dont un an avant la mort du roi, la Force avait su tirer de terribles représailles. Mais alors il était soutenu par un pouvoir ferme et décidé ; Henri IV lui écrivait à cette époque (20 juillet 1609) : « Je » vous ordonne et commande très-expressément » qu'aussitôt que les Espagnols entreprendront » quelque chose, vous usiez de représailles, sans » attendre autre commandement de moi, lequel » avant que vous l'eussiez reçu , refroidiroit tel- » lement les courages de ceux qui auroient » perdu et été offensés, et enorgueilleroit telle- )) ment nos voisins, qu'il semblerait que ce se- » roit par foiblesse ou faute de courage que nous » endurons d'eux ce que je ne suis résolu de » soufirir, comme je n'entends aussi que vous » permettiez à ceux qui sont sous votre charge » de commencer. »
Quel contraste entre ce langage et celui de la régente! Les Espagnols enlèvent nos troupeaux et leurs pasteurs, incendient nos granges; on se borne à négocier ; pendant quatre ans ils réitèrent leurs outrages , et lorsque la Force sollicite
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l'autorisation et les moyens nécessaires de réprimer leur insolence, Marie de Médicis lui donne à la vérilé des troupes; mais par une étrange pusillanimité, elle lui refuse la permission d'agir.
L'histoire du règne de Henri IV est la satire la plus amère de celle de la régence, de môme que celle - ci est le panégyrique de ce grand roi. A une sage fermeté succède une faiblesse quelquefois mêlée de violence ; à l'ordre dans les finances, la dilapidation des trésors amassés ; au respect de la couronne, sa déconsidération; à l'unité de vues , la mobilité et l'inconsistance des résolutions; à l'amour du bien public, les exigences des intérêts privés.
Au lieu de dominer les partis , le gouvernement se fait parti lui-même ; les factions se raniment, les grands recommencent la guerre contre le trône, les catholiques, contre les protestants. Les survivances, perpétuant les hautes fonctions dans les familles comme les substitutions y perpétuaient les grands domaines, oient au pouvoir toute liberté d'action ; les charges de la cour et les gouvernements des places deviennent l'objet d'un trafic honteux ; l'impunité est accordée à tous les crimes, pourvu que le coupable soit puissant ; les juges eux-mêmes ne sont plus que les inslru-
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menls de l'arbitraire, tandis que Henri IV respectait leur indépendance, a ce point qu'il écrivait à M. de la Force (18 juin 1G05), au sujet d'un homme qui avait conspiré contre son état : « Faites-le châtier par la voie de la justice ordi- » naire, qui est celle de laquelle vous devez vous » servir pour me faire respecter, afin qu'on ne » vous accuse pas de passion et moi d'injus- » lice. »
Comme il n'y avait de sécurité nulle part , chacun cherchait à s'agrandir aux dépens d autrui , et à se défendre des usurpations par des envahissements. L'édit de Nantes avait constitué le protestantisme, non-seulement comme une religion tolérée, mais comme une puissance indépendante dans l'état; il ne s'était pas borné tà consacrer la liberté de conscience , mais par l'établissement d'assemblées mixtes et périodiques où la noblesse et la bourgeoisie siégeaient à coté des pasteurs , par les dépu talions que ces assemblées envoyaient à la cour et qui y résidaient d'une manière permanente, il avait octroyé aux réformés une représentation légale et de véritables droits politiques ; par la concession des places de sûreté, il leur avait garanti ces droits; c'était un gage donné de leur maintien, mais
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aussi un danger pour l'autorité royale, que la possession d'un grand nombre de forteresses situées au cœur du royaume, et dont les gouverneurs dépendaient des volontés des assemblées protestantes. Dans les circonstances où se trouvait Henri IV lors de la publication de 1 edit de Nantes, il n'avait pu faire moins pour un parti du sein duquel il était sorti, et dont l'appui lui semblait encore si nécessaire; d'ailleurs son habileté et la modération de son caractère, tout à la fois équitable et ferme, surmontèrent les difficultés de cette situation ; mais elles devaient renaître sous une minorité; les fautes de la régente hâtèrent ce moment et suscitèrent bientôt de graves complications.
L'élément catholique et l'élément prolestant se réveillèrent et se retrouvèrent en présence sur un terrain nouveau; Marie de Médicis, italienne et passionnée dans ses croyances religieuses, devait inquiéter les réformés. Les doctrines ultramontaines qui dominaient à la cour, l'alliance étroite qui unissait la France à l'Espagne et qui allait se resserrer encore par un double mariage, n'étaient pas propres à calmer ces craintes; aussi malgré les démonstrations bienveillantes de la reine à 1 égard des chefs du parti protestant, û
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ne pouvait leur échapper que la peur qu excitait la faction des princes mécontents, n'y entrât pour beaucoup, et qu'on ne les ménageait que parce qu'on les redoutait. D'abord ils se tinrent à l'écart de tous ces mouvements; ils eussent sagement lait de persévérer dans cette habile neutralité; mais l'ambition leur prit enfin, et pour accroître leurs privilèges, ils compromirent leur existence dans une lutte qui, remettant tout en question, les dépouilla des concessions qui leur, avaient été accordées par Henri IV.
L'histoire du protestantisme en France <est étroitement liée à l'histoire du Béarn , car les églises réformées de France en prenant parti pour celles du Béarn, attirèrent sur elles toutes une commune catastrophe.
Quoique ledit de Nantes eût été enregistré par le parlement de Navarre, le nombre des catholiques se trouvait trop restreint en Béarn pour que la totalité de ses dispositions leur pût être appliquée. Henri IV toutefois , et c'était une des conditions que le pape avait mises à son absolution, rétablit la messe dans quelques paroisses et restaura les deux anciens évôchés de Lesear et d'Oloron.
Les nouveaux prélats, pasteurs sans troupeaux,
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et résidant presque toujours à la cour, suscitaient des embarras continuels au gouvernement de M. de la Force. Le roi résistait toujours à leurs sollicitations, et plusieurs fois même il les avait renvoyés assez sèchement dans leurs diocèses. Cet état de choses se maintint pendant tout le règne de Henri IV. Sous la régence, les évèques du Béarn, encouragés dans leurs prétentions par Marie de Médicis, surent intéresser le clergé français au succès de leurs démarches en faveur d'une restauration complète du catholicisme en Béarn et en Navarre. D'un autre côté, les protestants de ces pays, alarmés de l'avenir qui les menaçait, s'unirent au corps des églises réformées du royaume, dont la prudente politique du feu roi les avait toujours tenus séparés.
Il s'éleva alors un conflit entre les protestants du Béarn, soutenus par leurs coreligionnaires de France, et les évêques d'Oloron et de Lescar, soutenus à la vérité par le très-petit nombre des catholiques de la province, mais forts de la protection de la cour et du clergé, mais s'appuvant sur l'intervention très-active du nonce du pape et de l'ambassadeur d'Espagne.
Les catholiques demandaient leur libre admission à tous les emplois, et la main-levée des biens
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ecclésiastiques dont Jeanne d'Albret les avait dépouillés. Les protestants invoquaient la possession déjà ancienne de ces mêmes biens, et refusaient les dédommagements qui leur étaient offerts sur le domaine royal; le parlement de Navarre invoquait le for du Béarn, ce pays de par soi, toujours si jaloux de ses privilèges.
Il y avait là une double question de droit religieux et de droit constitutionnel.
La Force était naturellement incliné à défendre les intérêts protestants; cependant il cherchait à concilier les esprits et à les empêcher de se porter aux extrémités.
Le comte de Gramont, ennemi de la Force, épousa tout à la fois et les griefs du parti catholique et les récriminations de quelques seigneurs béarnais, jaloux de l'autorité d'un gouverneur qui n'avait point été choisi parmi eux.
Cherchant un prétexte pour intervenir dans les affaires du pays, il ne craignit point de se ravaler jusqu'à solliciter la charge de sénéchal ; ainsi le conflit qui existait déjà en Béarn se trouva compliqué de l'animosité privée de la Force et de Gramont ; c'était en petit l'image de ce qui se passait en France , où la lutte des églises pro-
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testantes se compliquait par les guerres de Condé et des princes contre la cour.
Il s'agissait donc d'abord dans le royaume, de réprimer les assemblées générales des réformés, puis de triompher des mécontentements des grands armés contre la régente.
En Béarn, il s'agissait de déposséder M. de la Force de son gouvernement et de ruiner ensuite le parti protestant.
Ces intérêts divers tantôt se heurtaient et tantôt se protégeaient les uns les autres; les réformés faisaient cause commune avec les mécontents et obtenaient des concessions de la cour; puis la reine, débarrassée des querelles des grands dont elle avait acheté bien cher la soumission, sévissait contre les religionnaires, essayant de reconquérir par la violence ce qu'elle avait perdu par sa faiblesse.
C'était une alternative continuelle de faveurs et de menaces, de brouilleries et de raccommodements, de négociations et de prises d'armes. La reine, au lieu de s'occuper des aflaires d'état, assemblait son conseil pour réconcilier les seigneurs auxquels elle avait délégué son autorité dans les provinces, et qui, loin de la faire respecter, se querellaient continuellement. Les exempts
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des gardes et les maîtres des requêtes se rendaient sur tous les points du royaume à la fois : ici, pour apaiser les dissensions des robes longues, là, pour faire rentrer dans le fourreau les épées des gentilshommes. La querelle des maisons de la Force et de Gramont, après avoir offert toutes les péripéties d'un drame, finit par un duel dont le sujet était bouffon, et dont l'issue ne tourna pas à l'honneur de celui qui l'avait provoqué.
Le marquis de la Force, le héros de celte aventure, avait obtenu la survivance du gouvernement de son père; mais il fallut dissiper une armée avant de pouvoir faire enregistrer à Pau les lettres que la reine lui avait accordées à Paris. La maison de Montauît-Bénac, d'où sont sortis les ducs de Na vailles, chercha dispute à celle de la Force, et toute la noblesse de la Basse-Guyenne dut se mettre en campagne pour empêcher les suites d'une partie liée entre six Bénac et six Gaumont.
Aux états généraux de 1615, l'ordre de la noblesse s'unit au clergé pour demander dans ses cahiers le rétablissement de la religion catholique, et la main-levée des biens ecclésiastiques en Béarn. A l'assemblée générale de Grenoble, les protestants effrayés prêtent le serment d'union et se déclarent pour Condé. 11 avait été
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résolu de s'opposer au mariage du roi ; la Force, qui venait d'être nommé général de la Basse- Guyenne par l'assemblée, lève des troupes avec Rohan, Boisse-Pardaillan et Lauzun, pour se jeter sur le passage de la cour qui s'acheminait à Bordeaux ; le rendez-vous était donné à Brarn3 sur la Dordogne ; il ne s'agissait de rien moins que de s'emparer de la personne du roi. Le comte de Saint-Paul, sur qui l'on comptait pour cette expédition, manque à la parole donnée; ainsi que Lauzun, il s'était réconcilié avec la reinemère. Ce projet avorté, la Force apprend que des lettres du roi l'ont déclaré rebelle en Béarn, et que Gramont est autorisé à le chasser de son gouvernement ; il retourne précipitamment à Pau, disperse les troupes de Gramont et circonvient le sieur de Caumartin, envoyé par la cour pour le déposséder de sa charge.
La trêve accordée au prince de Condé, et 1 edit de pacification qui suivit les conférences de Loudun, spécifièrent une abolition pour tout ce qui s'était passé en Guyenne et en Béarn.
Les protestants obtinrent quelques concessions et des promesses ; le parlement s'opposa à l'enregistrement des avantages accordés aux réformés ; la cour ne tint point les engagements pris
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par Coudé, qui lui-même fut peu après enfermé à la Bastille.
Jusque-là les choses avaient suivi leur cours naturel ; la régente, favorable aux demandes des évêques du Béarn, travaillait à les satisfaire ; mais il se présentait de grandes difficultés, et au milieu des embarras suscités par les partis qui divisaient les princes et les grands, elle cherchait plutôt à tourner les obstacles qua les briser; elle négociait au lieu de commander. Une révolution de palais changea tout à coup la face des affaires, et fit tomber l'autorité entre les mains d'un homme personnellement intéressé à ruiner M. de la Force et toute sa maison.
Les Mémoires de M. de Montpouillan, qui font partie de cette publication, offrent des documents précieux et nouveaux sur la mort du maréchal d'Ancre ; ils révèlent et la part qu'y prit Louis XIII et combien ce dessein avait été prémédité. Le marquis de Montpouillan, favori du roi, acleur lui-même dans cedrame sanglant, en déroule toute l'intrigue et soulève le voile qui en cachait encore certaines parties; les trois frères Luynes y sont caractérisés de main de maître; la peur et l'ambition furent les mobiles de cet assassinat que la royauté devait couvrir de son inviolabilité.
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Le pouvoir échu nominativement au roi, devenait la proie de celui qui gouvernerait ce prince adolescent. Monlpouillan, par sa naissance, par l'amitié du monarque et par son courage, semblait destiné à prendre auprès de Louis XIII la place que le marquis d'Ancre occupait auprès de Marie de Médicis; déjà même, après que le bâton de maréchal de la victime eut payé le sieur de Vitry, son meurtrier, une autre partie de sa dépouille, la charge de premier gentilhomme de la chambre, avait été donnée spontanément par le roi à Monlpouillan ; il assistait au conseil, et nulle décision importante n'y élait prise sans lui. Luynes n'était pas en situation de disputer ouvertement la prééminence à Monlpouillan ; il usa d'adresse pour le supplanter et le fit dupe de sa propre générosité. Tout en lui témoignant le plus ardent dévouement, il sut l'écarter du pouvoir; il s'entendit avec les vieux ministres Yilleroy, Jeannin et Sillery, réintégrés clans leurs fonctions. Ceux-ci représentèrent qu'un protestant ne pouvait publiquement diriger les affaires. D'un autre côté, Luynes comprenait que tant qu'il n'éloignerait point Montpouillan de la personne du roi , l'affection de ce prince le rendrait toujours redoutable; pour perdre son
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rival, il s'attaqua donc à tonte sa maison, il fit passer ledit de la main-levée. Si M. de la Force obéissait, il devait être déconsidéré dans le parti réformé; si au contraire il résistait aux volontés du roi, il ne manquerait pas d'attirer sur lui les rigueurs de Louis XIII, qui ne pourrait conserver auprès de sa personne le fils d'un sujet rebelle.
Ainsi la mort du maréchal d'Ancre et la disgrâce du parti italien, qui d'abord avaient semblé favorables aux réformés et à la maison delà Force, devinrent pour eux la source de calamités nouvelles.
Si les parlements de Bordeaux et de Toulouse s'empressèrent d'enregistrer l'édit de la mainlevée, une opposition très-vive se manifesta aux états du Béarn et au parlement de Navane; la Force ne put y faire vérifier l'édit, ses ennemis jouant un double rôle, le contrecarraient à Pau et l'accusaient à Paris de mauvais vouloir. Le fait est que son seul désir eût été d'amener une transaction entre les opinions extrêmes.
Le roi, mécontent de n'être point obéi, disgracie tous les enfants de M. de la Force et les renvoie à leur père.
Les réformés tinrent à Orthez une assemb ée et se déclarèrent en permanence ; le parlement
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de Navarre, repoussant les lettres dejussion du roi, rendit contre la vérification un arrêt qui fut signé par la Force. Il fallait sortir de ces difficultés, la royauté ne pouvait rester en échec ; Rohan lui-même inclinait à un arrangement qui eut tout terminé; la Force l'appelait également de ses vœux et en préparait les voies. Mais le feu de la discorde était attisé des deux côtés; d'abord par les assemblées protestantes, toujours portées à empiéter sur les droits de la couronne, puis par le parti catholique et par les partisans de la doctrine du pouvoir absolu qui commençait à prendre faveur. Villeroy et Jeannin, ces deux anciens Ligueurs, assistés de du Vair, garde des sceaux et évoque de Lisieux, tout en servant la cause du catholicisme, désiraient aussi relever l'autorité royale et retirer à la faveur d'un conflit les concessions de Henri IV ; il s'agissait encore moins pour eux de violenter les consciences que de détruire des libertés incompatibles avec la monarchie, que d'abolir des privilèges exorbitants, que de remettre des garnisons royales dans les places de sûreté ou d'en raser les fortifications ; mais pour arriver à ce but, ils faisaient vibrer le sentiment religieux si puissant sur l'esprit d'un prince, fils d'une Médicis, si énergique dans une noblesse