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qui se ressentait encore des passions de la Ligue. Quant à Louis XIII, il confondait tellement sa religion avec sa couronne, qu'il cherchait à justifier les mesures qu'il prenait comme roi par le témoignage de sa conscience de catholique. On peut en juger par ces deux fragments extraits des lettres qu'il écrivait à M. de la Force.
(( J'ai appris par celle que vous avez écrite au » sieur de Loménie que les esprits sont aucune- » ment aigris et alarmés, j'entends ceux de mes )) sujets faisant profession de la Religion préten- » due Réformée, ou pour mieux dire de ce qu'ils » continuent à témoigner du mécontentement de » ce que j'ai justement et saintement ordonné en » faveur des Évêques et autres ecclésiastiques » de ma Souveraineté de Béarn. » ( 19 février 1618.)
« Je n'oublierois à mettre l'estime que cette » affaire m'a fait recevoir parmi les Catholiques, )) qui, ne pouvant se contenter de m'en louer, » sont conviés à dire que cest une sainte inspira- )) tion qui ne peut procéder que de celui qui tient en » ses mains les cœurs des Rois. » (2 avril 1618.)
Les troubles qui suivirent l'évasion de la reinemère donnèrent quelque relâche au Béarn, et suspendirent les rigueurs dont le pays était me-
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naeé. Cependant de nouveaux obstacles retardaient toujours l'enregistrement de la main-levée, et la Force, combattu entre son devoir et sa religion, était livré aux plus cruelles perplexités; il cher Imita concilier les obligations de sa charge avec celles de sa conscience, par la modération qu'il opposait aux exigences des partis. Tantôt on lui reprochait de trahir le roi, et tantôt de trahir sa religion; mais ces accusations contradictoires,, que lui adressaient quelquefois les mêmes personnes, étaient la meilleure preuve qu'il ne trahissait ni l'un ni l'autre.
Le roi se trouvant à Angers après avoir l'ait la paix avec sa mère, résolut d'en finir une bonne fois avec le Béarn. En conséquence, il se rend à Bordeaux, y mande M. de la Force, et lui ordonne de faire passer immédiatement la main-levée, sinon qu'il ira à Pau la faire vérifier lui-même.
La Force comprit les conséquences d'un pareil voyage; il fit tout ce qui était humainement possible pour que le roi lut obéi ; mais il échoua, et ceux-là mêmes qui s'étaient opposés à l'enregistrement, l'accusèrent auprès du roi de l'échec qu'ils avaient provoqué ; puis, profilant du moment où il était allé retrouver le roi, ils firent procéder à La vérification en son absence.
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Celte satisfaction tardive n'empêcha point Louis XIII de poursuivre son voyage. Traitant le Béarn et la Navarre en provinces conquises, il les incorpora à la France.
• Constitution religieuse et politique, ordre judiciaire, anciennes institutions des milices du pays, tout fut ou modifié ou aboli en cinq jours. Ces mesures pouvaient être justifiées par la politique, mais certainement elles n'étaient point fondées en droit. Les catholiques, et il n'y en avait guère d'autres que ceux de l'armée d'occupation, triomphèrent avec arrogance; de nombreuses garnisons occupèrent les places fortes pour tenir les protestants en respect. Le roi fut au moment de faire arrêter M. de la Force ; s'il lui laissa son gouvernement, c'est qu'il ne lui restait plus que l'ombre du pouvoir, et que Poyanne, catholique zélé et nouveau gouverneur de Navarreins, (?ui disposait de toutes les troupes royales, était chargé de le surveiller et de le molester de toutes manières.
Dès ce moment la situation de la Force ne fut plus tenable. Poyanne faisait le lieutenant de roi, et dans les conflits qu'il élevait à dessein, la cour lui donnait toujours raison contre le gouverneur. Nous en citerons un exemple : Poyanne préten-
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dait qu'on lui remît deux petits canons que la Force avait fait jadis transporter de Navarreins au château de Pau, plutôt comme ornement et objet de parade que comme moyen de défense ; Poyanne ajoutait que si on ne les lui livrait point, il viendrait les prendre. Ces canons devinrent le sujet d'une correspondance fort animée entre le Roi, Luynes et la Force. Ce dernier se regardait comme déshonoré s'il était obligé de céder ; il suppliait qu'on lui retirât sa charge ou qu'on lui permît de l'exercer librement. Résolu de pourvoir à sa propre sûreté, il lève enfin des troupes et met garnison dans quelques places.
Cependant les changements violemment opérés en Béarn avaient ému les protestants de France ; une assemblée générale est convoquée à la Rochelle sans autorisation du roi. Pour justifier l'irrégularité d'une pareille mesure, les réformés alléguaient une déclaration donnée à Loudun de la part de sa majesté, par le prince de Condé et Luynes ; elle portait que si les promesses faites n'étaient point exécutées dans le délai de six mois, les députés des églises pourraient se réunir de nouveau.
Des remontrances furent adressées de la Rochelle; le Pioi, les considérant comme émanées
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d'une réunion illicite, ne voulut point les recevoir. L'assemblée eut recours à MM. de Bouillon et de la Force, et les lit prier d'écrire au Roi en faveur de leurs coreligionnaires.
Après avoir chaleureusement plaidé leur cause, M. de la Force terminait ainsi sa lettre :
« Ce qui me porte, Sire, à cet excès non ae- » coutume de paroles, ce qui oblige vos pauvres » sujets de la Religion de redoubler leurs très- » humbles instances et supplications, ce qui nous » tient aux uns et aux autres en perplexité, » c'est la crainte que nous avons que ce rebut » (le refus d'entendre les remontrances) soit » l'avant-coureur d'une totale disgrâce, et cette » disgrâce , la cause de notre finale destruction ; » et ce d'autant plus que ces appréhensions sont » fortifiées par les menaces de ceux qui peut-être » désireroîent ensevelir l'État dans la ruine de nos » Églises , et par les discours ordinaires des Ca- » tholiques romains qui publient haut et clair que » votre Majesté desseigne une guerre contre ceux )) de la Religion, résolue de les exterminer sans » compassion ; et bien que nous estimons que » votre Majesté a trop de prudence pour vouloir )) mettre son Royaume en si éminent péril, la » fidélité de ses sujets au décri, son autorité au
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)) rabais, les mauvaises intentions de plusieurs » en montre et les maximes de Henri le Grand » en oubli, et trop d'humanité encore pour vou- » loir convertir vos villes en cimetières, votre )> France en un désert, finalement trop de justice » pour vouloir épandre le sang de tant de gens » de bien qui l'ont si courageusement prodigué » pour en arroser les fleurs de lys. Pardonnez, » Sire, au zèle d'un vrai Chrétien et à la franchise » d'un vrai François, si j'entreprends de supplier » votre Majesté de vouloir ouïr et répondre favo- » rablement aux très-humbles remontrances de » ses loyaux et fidèles sujets, sans s'arrêter au )) défaut de formalités, fi '13 février 1021.)
Mais Luynes, qui gouvernait le roi, avait résolu de pousser à bout M. de la Force, afin de le perdre plus sûrement. Pour toute réponse à1 ses plaintes sur les empiétements de Poyanne, Louis X11I lui ordonne de désarmer. « C'étoit, )) dit la Force, demeurer tout à nu et à la merci » de Poyanne. t Cependant, comme ce dernier, avec les troupes qu'on lui avait laissées et l'appui que la cour lui prêtait, ne pouvait parvenir à déposséder la Force de son gouvernement, cette commission est donnée à d'Épcrnon. A la tète d'une petite armée, il se dirige sur le Béarn. La
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Force lui députe le baron d'Arros, et le prie de surseoira cette exécution jusqu'à ce qu'il ait reçu la réponse du roi aux lettres que lui portait ce même gentilhomme. D'Épernon y consent; mais au lieu de s'arrêter, il accélère sa marche. La Force, joué par le vieux courtisan et pris au dépourvu, se voit obligé d'abandonner précipitamment le Béarn, que d'Épernon occupe sans coup férir. L'assemblée de la Rochelle, depuis sa réunion, n'avait cessé de tenter la voie des négociations ; mais Lesdiguières, chargé par le roi de traiter avec elle, aspirait à l'épée de connétable, et déjà il avait promis de se faire catholique. Intéressé à complaire à la cour, il ne pouvait prendre le rôle de médiateur sans devenir suspecta ses coreligionnaires, dont il avait déserté la cause. Le vicomte de Favas, l'un des députés généraux , se trouvait auprès du roi l'organe avoué de l'assemblée,- mais cet homme ardent et vaniteux cherchait à tirer parti de sa situation, et exigeait avec arrogance au delà de ce qu'il devait prétendre, afin de se mettre à un plus haut prix. Ainsi donc les défiances des réformés contre Lesdiguières et les demandes exagérées de Favas, jetèrent bientôt de l'aigreur dans les conférences, et portèrent aux extrémités les esprits, qui, de
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part et d'autre, n'y étaient que trop disposés.
Indépendamment des circonstances particulières qui contribuaient à empêcher un rapprochement, d'autres causes plus générales s'y opposaient encore; l'assemblée même, avant sa réunion, avait été frappée de nullité par le roi, et ses membres déclarés criminels de lèse-majesté. Les parlements se mirent à instrumenter dans ce sens. Le marquis de Chateauneuf, neveu de M. de la Force, fut condamné dès le mois de mars, par le parlement de Bordeaux , à avoir la tête tranchée, etla confiscation de ses biens prononcée. L'assemblée pouvait-elle être prévenue favorablement à l'égard d'un gouvernement qui sévissait ainsi contre les plus éminents de ses membres? De plus, la seule base que la cour admettait pour traiter, c'était de commencer par demander pardon, puis de se séparer immédiatement. Il y a peu de corps délibérants, peu de corps politiques qui veuillent consentir à un suicide, même lorsque le parti qu'ils représentent aurait beaucoup à y gagner, et c'est ce qui alors paraissait fort douteux.
La cause principale de la guerre doit être attribuée aussi à la composition de l'assemblée. Indépendamment des députés ecclésiastiques, de la no-
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blesse et du tiers-état, nommes par les provinces, les grands seigneurs de la religion avaient droit de séance aux assemblées générales des réformés, et même ils y exerçaient une influence prépondérante; aucun d'eux ne vint à celle de la Rochelle, soit à cause des défenses du roi, soit parce qu'ils étaient généralement peu portés à la guerre, et qu'espérant que tout s'arrangerait avec la cour, ils craignaient de se compromettre. Quelques-uns seulement, tels que Rohan, la Force et Bouillon , se firent représenter par des gentilshommes, mais c'était presque abdiquer leur autorité que de déléguer leurs pouvoirs à des personnages du second ordre.
L'assemblée livrée à elle-même, les députés des églises et du tiers-état y dominèrent; une majorité plébéienne lui imprima cette tendance démocratique que l'on reconnaît dans le règlement qu'elle publia le 10 mai 1621, et sur lequel nous reviendrons plus tard.
Si l'absence des grands du parti contribua a donner aux délibérations un caractère plus audacieux; si, au lieu d'être dirigée par des hommes pratiques, l'assemblée elle-même, sous l'influence d'un esprit clérical et bourgeois, cédant au mouvement des masses, entraîna ensuite par son
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exemple ceux qui adhérèrent à ses volontés, cet avantage fut compensé par de grands inconvénients : ta puissance d'exécution ne fut pas égale à l'énergie des résolutions ; ceux qui étaient chargés d'agir n'ayant point délibéré, les uns, et ce fut le plus grand nombre, déclinèrent cette responsabilité, et les autres qui obéirent, ne le firent point avec la vigueur de ceux qui auraient décidé dans leur propre cause.
On a beaucoup reproché à la Force d'avoir excité l'assemblée à la guerre; Rohan le dit dans ses Mémoires, la plupart des historiens l'ont répété après lui. Tout ce qui nous reste des correspondances de la Force dément cette assertion ; tout ce qu'il écrit dans répanchement de l'amitié, toutes les démarches qu'il fait auprès du roi , auprès du chancelier, auprès de Luynes et de LesdiguièreS; respirent un esprit de paix et de conciliation. Il ne tend qu'à trouver des voies de rapprochement; sa longanimité et sa soumission au roi sont véritablement exemplaires; blessé sans cesse par de nouveaux outrages, humilié dans le sentiment de sa dignité et de son honneur, il se borne à s'écrier : « Je voudrois que le » poignard de Ravaillac eût percé mon cœur et » avoir suivi mon excellent maître! » Si l'on s'é-