LIVRE r, CHAPITRE VII
rétablissement de son fils aine à mademoiselle de Saveille1, d'une illustre Maison de Saintongc, qui avoit lors beaucoup de biens et qui de voit en avoir encore davantage après la mort de sa mère, laquelle s'étoit remariée en secondes noces à monsieur de Saint-Germain2. Cette affaire s'entama au commencement de l'année. La réponse que fit madame de Saint-Germain fut que ce mariage leur feroit beaucoup d'honneur, mais qu'il n'y avoit encore rien de pressé. Cependant les amis de monsieur de la Force lui mandèrent que le dessein de monsieur de Saint-Germain étoit de donner la demoiselle de Saveille en mariage à un fils3 qu'il avoit d'un premier lit , mais que ladite demoiselle ne vouloit point en entendre parler. Ainsi le sieur de la Force, s'en retournant à la Cour au mois de septembre, résolut de la voir en passant.
Il se rend donc à Verteuil, chez madame la Comtesse de Roussy, sœur de sa femme, qui lui apprit
1 Jeanne de la Rochefaton, Dame de Saveille, fille de Jean de la Rochefaton, Seigneur de Saveille, de Montalembert, deBeaulieu, etc., et d'Anne d'Albin.
2 Gabriel de Polignac, Seigneur de Saint-Germain, Comporte, etc., avait épousé en premières noces Lea Boutaut, Dame de l'Aubonycre, dont il eut un fils; il se remaria à Anne d'Albin, veuve de M. de Saveille, et en eut une fille qui épousa le Maréchal de Chàtillon.
3 Gaspard de Polignac, sieur de l'Aubonyère, fils de M. de Saint- Germain et de Lea Boutaut.
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1607. que le beau-père continuoit toujours dans son dessein et qu'il ne vouloit point y être traversé; mais que la demoiselle en éloit fort éloignée. Madame de Roussy lui conseilla même de faire venir son fils ; mais le sieur de la Force prit un autre parti, qui fut d'aller droit chez monsieur et madame de Saint-Germain , leur rendre visite , afin qu'ils ne pussent plus douter de ses intentions, et que s'il remarquoit que la demoiselle y eût de l'inclination, de la disposer et encourager en faveur de son fds ; ce qu'il lit, et parla à monsieur de Saint-Germain, duquel il ne tira que des paroles générales. Il en parla plus vivement à la mère de la demoiselle, qui lui témoigna qu'elle étoit très-contente de sa visite, et que quoiqu'elle fût fort affectionnée à la satisfaction de son mari, que cependant il n'y avoit point de parti en France qu'elle désirât plus que d'avoir pour gendre le Baron de la Force, son fils. Cependant il prit soin de faire entretenir la demoiselle de Saveille par Castelnaut , le deuxième de ses enfants , qui lui dit les raisons pourquoi son frère ne s'étoit pas présenté à elle.
Le sieur de la Force reconnut par cette visite que le père n'y vouloit point consentir, et que sans la fermeté de la demoiselle , on ne devoit pas espérer d'en venir à bout ; mais que la mère souhai-
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toit ce mariage, et craignoit cependant trop son 1607. mari pour oser vouloir se déclarer. Il passa ensuite chez monsieur de Parabère1, Lieutenant du Roi en la province , et pria monsieur de Constant de s'y trouver. Côtoient deux amis et parents de monsieur de Saint-Germain; monsieur de la Force leur demanda de ne lui point être contraires; mais ils lui firent tant de difficultés, qu'il jugea bien qu'ils étoient plus dans les intérêts de monsieur de Saint-Germain et de son fds que dans les siens. Il fut aussi chez monsieur de Vérac, qui lui promit de le servir.
Cependant le sieur de Constant vient le trouver de la part de monsieur et de madame de Saint-Germain, pour lui dire qu'ayant dessein de marier leurs enfants en famille, ils le priaient de prendre patience, pour voir s'ils pourroient faire réussir leur dessein et y disposer la demoiselle, lui protestant, au surplus, que si elle n'y vouloit consentir, ils ne l'y forceroient point, et que dans ce cas il n'y avoit aucun parti qu'ils estimassent plus que le sien.
1 Jean de Baudéan, sieur de Parabère et de laMothe Saint-Heraye, Gouverneur de Niort, qu'il avait pris par escalade en 1590. Henri IV lui donna les deux Licutenances générales du haut et du bas Poitou, lesquelles auparavant avaient toujours été séparées. Il fut fait Maréchal de France en 1622, et mourut dix ans plus tard, après avoir abjuré le Protestantisme.
Le sieur de la Force, voyant qu'on le prioit de suspendre ses poursuites et d'empêcher son fils d'aller la voir, jugea bien que Ton vouloit l'amuser; il dépêcha un de ses gens en Poitou, à un ami sûr *, pour savoir s'il étoit certain qu'elle ne voulût point du fils de monsieur de Saint-Germain, et si en ce cas elle agréeroit leur recherche, résolu, si cela étoit, d'y mener le Baron de la Force lorsqu'il s'en retourneroit en Béarn.
1608. Le sieur de la Force demeura à la Cour jusqu'au mois de février, et sut par celui qu'il avoit envoyé en Poitou que la demoiselle ne vouloit absolument pas du fils de son beau-père. Il jugea à propos, avant de partir, de parler au Roi de cette affaire, et lui dit ce qui s'étoit passé jusque-là. Le Roi écrivit 2 à monsieur de Saint-Germain, et
1 Le pivot de toute cette affaire était un certain maître François, qui avait accès auprès de la demoiselle, et qui envoyait des rapports détaillés sur ce qui se passait dans la famille de M. et de madame de Saint-Germain, car c'était toujours à lui que M. de la Force s'adressait pour être informé des dispositions de l'héritière de Saveille. Les difficultés qui s'opposèrent à ce mariage nécessitèrent de longues négociations; les pièces en sont fort nombreuses; elles ont été conservées pour la plupart dans les archives de la Force, et forment un épais dossier qui offre beaucoup d'intérêt pour l'étude des mœurs du temps.
2 Voici la lettre dont il est ici question :
« Monsieur de Saint-Germain, j'ai su par le sieur de la Force comme il vous avoit ci-devant prié d'agréer que son fil* recherchât