AN^ÉE
Détails sur le siège de la Fère. — Le Roi attend les ennemis qui viennent secourir celle place. — Il demande des nouvelles de ses jardins et de ses voisins en Béarn.
1596. Monsieur de la Force, je vous dirai des nouvelles de notre 6 mars. s;e„e par cotte voje? ]eg ennemis font état de venir secourir
(Autographe) cette pjac(? (1ang je qUinzieme cie co mois ; ils se promettent d'amener de quinze à seize mille hommes de pied , et trois mille chevaux; moi je fais état d'envoyer douze mille hommes de pied et quinze cents chevaux, car c'est assez pour les combattre et les battre , ce que j'espère avec l'aide de Dieu ; et si j'en avois davantage, ils seroient pour avoir faim. Nous sommes retranchés; la rivière est arrêtée, et cela incommode les assiégés, avec le peu de vivres qu'ils ont ; par les lettres interceptées d'eux au Comte de Fuentès, ils lui mandent que tout ce qu'ils peuvent patienter est jusqu'au quinzième ou deux jours par delà, mais avec toutes les misères du monde, et si foibles que, si on leur donnoit un assaut, ils ne seroient pour le supporter. J'avois écrit à mon cousin le Maréchal de Liron de venir , ce qu'il m'avoit mandé qu'il fe-
1 Le Maréchal de Biron.
roit; mais il s'est amusé ce carême prenant à Dijon, à faire 1596. des ballets et des mascarades, si bien que je ne sais s'il sera 6 mars' auprès de moi, comme je l'ai désiré. Je vous prie de m'envoyer une douzaine de petits arbres de milicotons* et autres de Pavie, de Béarn, et les faire mettre dans une boîte de ferblanc, qu'ils soient d'un pied de long, et avec de la terre, et me les envoyer par un laquais, à Paris. Mandez-moi des nouvelles de mes jardins , en quel état ils sont, et des nouvelles des voisins ; croyez que je vous aime, et que je vous le témoignerai en ce qui s'en présentera pour votre contentement. Adieu, Monsieur de la Force, etc. Ce 6 mars, à Saint-Ceny, près la Fère.
Continuation du siège de la Fère.
Monsieur de la Force, le Cardinal 2 d'Autriche n'ayant eu li aviille courage de nous venir voir et nous donner l'absolution, 'Alllosrai'hel comme il s'étoit vanté de faire, a pensé pour divertir le siège et la prise de cette place, qu'il lui en falloit aller attaquer une d'importance, ce qu'il a fait, s'étant acheminé à Calais, où je m'en vais dès demain avec mille bons chevaux, laissant mon compère le Connétable continuer ce siège, lequel je m'assure ne pourra plus guère durer ; voilà, Monsieur de la Force , ce que pour cette heure vous aurez de moi, qui prie Dieu, etc. Ce lke avril, à Traversy.
Inquiet pour Bayonne des armements de l'Espagne, il ordonne à la Forse d'y envoyer de l'artillerie.
Monsieur de la Force, étant averti de divers endroits que le Roi d'Fspagne assemble des forces à la côte de Biscaye, je me laisse aisément persuader que ce doit être pour quelque dessein qu'il a sur ma ville de Bayonne, laquelle je sais qu'il œillade il y a longtemps ; j'écris présentement à mon cousin le Maréchal de Matignon, qu'il y pourvoie par tous les moyens qu'il aura en main, et au Comte de Gramont qui en aie commandement, qu'il y fasse aussi de son côté du mieux qu'il lui sera possible ; le plus grand défaut qui soit en ladite
' Pêchers.
' Albert d'Autriche, sixième fils de l'empereur Maximilien, nommé par Philippe II, son oncle, Gouverneur des PaysUas.
20 mai
1596. place, est qu'elle se trouve dégarnie d'artillerie, à quoi j'avois pensé de remédier il y a longtemps, ayant destiné d'y en faire porter six pièces, à savoir, quatre canons et deux couleuvrines de celle qui est au magasin de Navarrenx ; mais cela n'a point eu de lieu pour quelques formalités qui s'y sont présentées ; or je désire maintenant qu'il soit effectué, pour la conservation de ladite ville, dont je m'assure que vous savez bien juger la conséquence; et partant je vous prie incontinent la présente reçue , d'y faire acheminer lesdits quatre canons et deux couleuvrines; afin que vous en soyez suffisamment déchargé, et que votre décharge en soit plus authentique, j'ai commandé au sieur de Calignon * de vous en expédier des lettres patentes, que vous recevrez avec celle-ci, laquelle je ne vous ferai plus longue sur ce sujet, priant Dieu, etc. Ecrit au camp devant la Fère, le 20e jour de mai . Signé : Henry. Et plus bas : Fobget.
Convocation d'une Assemblée de Notables à Compiègne, alin de soulager la misère du peuple el de pourvoir à l'entretien des gens de guerre. — Progrès des Espagnols en Picardie. — Union et efforts nécessaires pour les repousser. — Le Iloi commencera par lui-même la réforme des finances.
25 juillet. Monsieur de la Force, dès le temps qu'il a plu à Dieu de m'appeler à la succession de ce Royaume, auquel pour la plupart j'ai été contraint d'entrer par conquête, j'ai trouvé un tel désordre en toutes mes provinces qui depuis, à l'occasion des guerres civiles et étrangères , y a été continué à la foule et oppression de mes bons sujets, que la mort me seroit moins dure qu'il ne m'est de voir et souffrir plus longuement les misères dont ce Royaume est accablé; ce que je reconnois procéder principalement du ténement des champs des gens de guerre qui ne peuvent être disciplinés sans paye, ni servir sans entretenement, à quoi m'ayantétéjusques à présent impossible de pourvoir, je souffre en mon âme une douleur extrême ; d'un côté il ne m'est loisible d'abandonner la conservation de mon Etat ; d'autre part , je ne puis qu'avec un sanglant et incroyable regret ouïr les justes plaintes de mon pauvre peuple , sans y apporter le remède convenable, en la charge et dignité en laquelle il a plu à Dieu de m' élever.
1 Chancelier de Navarre.
Implorant sa grâce en toute humilité, j'ai pris conseil de con- 1596. voquer présentement une notable Assemblée d'aucuns de 25i,,illetmes sujets dont la fidélité, suffisance, probité et affection au bien de cet Etat a été expérimentée, et connus par leurs bonnes et louables actions, entre lesquels j'ai estimé vous devoir choisir pour l'assurance que j'ai de votre vertu, valeur et dignes rapports qui m'en sont faits ; à cette cause je vous prie incontinent la présente reçue, de vous disposer à venir en ma ville de Compiègne, pour vous y trouver le quinzième jour de septembre prochain , et vous informer auparavant fort exactement de l'état de votre province, prendre l'avis de mes bons serviteurs et sujets, de ce à quoi il est besoin de pourvoir pour y établir un bon et assuré repos, et aussi de ce dont je puis être secouru, afin que j'aie moyen d'empêcher les désordres qui se voient maintenant en ce Royaume, et de résister par la force aux forces et mauvais desseins de mes ennemis, pour à quoi parvenir, il n'y a chose que je n'entreprenne, et à laquelle je ne me résolve. Grâces à Dieu, ce Royaume est plein de vaillants hommes, d'un bon nombre de chefs de guerre, me demeurant ce seul pensement de pourvoir à leur entretenement qu'il faut mettre peine de trouver en mes finances , retranchant tout ce qui est volontaire et dont l'on se peut passer, pour être employé à ce qui est plus nécessaire ; en quoi je désire aussi être assisté de votre sage et prudent conseil, et de celui que recueillerez de mes bons serviteurs de votre province, et par même moyen faudra aviser où se pourra trouver ailleurs ce qui ne se recouvrera en mes finances, voulant espérer que tous mes bons sujets qui connoitront par effet ma ferme résolution de faire dispenser et employer tout le secours qui me sera fait, et ce qui sera avisé de prendre en mes finances, à la conservation de l'État et non ailleurs, suivant la résolution qui en sera prise en ladite Assemblée, se disposeront volontiers à m'accorder pour un temps, de quelques parties de leurs moyens, pour sauver le surplus avec leur patrie, de la conservation de laquelle dépend celle de leurs honneurs, de leur vie, de leurs femmes et enfants ; ce que j'eusse volontiers fait représenter en une pleine Assemblée des États-Généraux de ce Royaume, si les armes et efforts de mes ennemis permettoient (pue l'on
1596. pût différer plus longuement de pourvoir et remédier au mal 25 juillet. fjUe me presse sj violemment ; ce que différant à un autre temps, je vous dirai que mon intention est, attendant le terme desdits Etats, de faire cesser .tous ces désordres au mieux et le plus tôt qu'il se pourra, et qu'en la convocation que j'ai présentement ordonnée, soient faits les mêmes règlements et réformation en ce qui concerne principalement la police militaire, l'ordre et distribution de mes finances, que si l'affaire était traitée en pleine Assemblée d'Etats-Généraux, voulant espérer moyennant la grâce de Dieu, en laquelle j'ai toujours mis ma fiance, que se présentant devant nous l'armée espagnole , elle en rapportera le même traitement qu'elle a fait ci-devant, quand elle s'est voulu résoudre au combat. J'ai été l'espace de sept mois au siège de la Eère, que l'ennemi a mieux aimé laisser perdre à sa vue que de s'obliger au combat ; je contribuerai franchement pour mettre lin à cette guerre, ma peine, tous mes moyens, mon sang et ma propre vie, dont , quand il s'est agi de conserver l'Etat, je ne fus jamais chiche, me promettant la même affection et loyale assistance de ma Noblesse, que j'ai souvent éprouvée en occasions qui se sont présentées.
Etant mes forces occupées au siège de la Eère, par je ne sais quel malheur, notre ennemi s'est avantagé de deux villes frontières, ne s'étant trouvées si bien munies et fortifiées comme il eût été besoin ; ayant été la fortification des places de ma province de Picardie par trop négligée durant la longue paix dont elle a ci-devant joui, à quoi aussi depuis mon avènement à la Couronne, je n'ai pu pourvoir, pour avoir été occupé ailleurs, lorsque la plupart dudit pays ne m'avoient reconnu; ces événements ne peuvent étonner les cœurs généreux de ma Noblesse , étant ces pertes advenues contre toute raison humaine, et non par valeur qui se puisse remarquer en mes ennemis; il faut maintenant que nous réveillions tous en nos cœurs l'ancienne vertu françoise, que ma Noblesse se résolve avec moi de ne dépouiller jamais les armes que nous n'ayons eu la raison de nos ennemis; ce qui semble n'être point difficile, si avec la valeur de la Noblesse, l'Ecclésiastique aide l'Etat en ce qui est de sa vocation et de ses moyens, et si nous sommes assistés de nos bonnes villes
Mmc DE CAUMONT A M. DE LA FORCE. 273
et plat pays, selon les moyens que chacun en aura, qui se- «596. ront trop mieux employés au payement d'une armée qui s'op- 25 J"illHposera courageusement à celle de l'Espagnol, que si par ce défaut l'ennemi ne trouvant point de forces en campagne qui résistât aux siennes, s'en faisoit le maître, ravageoit le plat pays, etsaccageoit les villes, comme bon lui sembleroit. Succédant à cette Couronne, ainsi que chacun sait, j'y ai trouvé une extrême pauvreté, on ne peut dire que j'aie jamais consenti, ni que mon naturel soit d'approuver que les revenus du Royaume soient mal ménagés et employés en dépenses superflues et volontaires. Je désire la réformation au fait de mes finances, autant qu'ait jamais fait Prince qui ait porté cette Couronne, et en tout ce qui écherra et serai conseillé, je commencerai volontiers la réformation par moi-môme, jugeant que l'ordre et bon ménage dont il sera usé, fera que l'on pourra satisfaire aux dépenses nécessaires pour la conservation de l'Etat, et me donnera moyen de soulager mes pauvres sujets, contribuables à la taille, d'une partie des levées qui se font sur eux, ce que je désire de tout mon cœur, et ne vivrai jamais content que ce mien désir n'ait été témoigné par les effets; priant Dieu, etc. Signé : Henry. Et plus bas : de Neufville.
M. dfi Vivans, Gouverneur de Caumont, gagné par la Comtesse de Saint-Paul, cherehoil à lui assurer la possession de cette place, dont madame de Caumont, sa mère, avoii la jouissance : mais celle-ci désiroil que M- de la Force, son neveu, la conservât à l'exclusion de sa propre fille.
Monsieur, je serois très-marrie d'outrepasser rien de vos 2s juillet. bons avis ; ains les veux ensuivre tous tels qu'il vous plaira me les donner, et puisque jugez que mes lettres ne doivent point être envoyées, comme je crois, après y avoir bien pensé, n'en être besoin, les pourrez, s'il vous plaît, rompre ou garder, comme il vous plaira. Je crois qu'aurez vu certaine lettre et articles qui ont été envoyés à M. de Yivans, et jugez par là l'impudence de ces pernicieux conseils, par lesquels est aisé à connoître qu'ils croient que nous n'avons
' Marguerite de Luslrac. (Voir la note précédente, page 8 de ce volume.)
1596. point d'entendement de penser que nous fussions si aveu- 28 juillet. gjes (je ne- connoître un si grossier dessein. Je vous dirai que j'aimerois mieux être morte que si Caumont bougeoit jamais d'entre vos mains, et me semble que ne devez entendre à nulle assemblée, ni en faire état, vu que ce n'est que pour vous tromper, et n'y vois nul avantage pour vous. Remettant toutefois le tout à votre bon jugement et prudence accoutumée, avec assurance que je vous supplie prendre que j'agréerai toujours tout ce qu'il vous plaira et condescendrai à toutes cboses que voudrez, pourvu que le tout revienne à votre utilité et avantage, vous tenant aussi cber que celui que j'ai élu pour mon fils, vous rendant un humble remerciement du soin qu'il vous plaît avoir de moi, qui vous suis et serai sans fin, Monsieur, votre humble et très-obéissante tante. Aux Millandes, ce 28 juillet.
Mission d'Hespérien.
21 septembre. Monsieur de la Force, où va Espérien la mienne sera plus (Autographe) courte ; il vous dira de mes nouvelles et ce que je lui ai commandé, de quoi je vous prie de le croire comme moi-même et en ce qu'il aura besoin de vous pour sa réception en l'état que je lui ai donné, lui témoigner qu'il vous est recommandé comme serviteur que j'aime et que j'affectionne, sur la suffisance duquel me remettant, je prie Dieu, etc. Ce 21 septembre, à Saint-Germain en Laye.