‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 137 sur 168 · THÉOPHILE HESPÉRIEN A M. DE LA FORCE · texte numérisé non relu

THÉOPHILE HESPÉRIEN A M. DE LA FORCE

Assemblée de Loudun transférée à Vendôme. — Préliminaires de l'Edit de Nantes. — Instructions dont le Roi l'avoit chargé pour M. de la Force.

6 octobre. Monseigneur, l'occasion principale pour laquelle je suis parti en poste de la Cour a été pour vous venir trouver en ce pays et hâter votre voyage. S. M. vous écrit et vous prie de croire tout ce que je vous dirai. Il y a plus de six mois que MM. les députés de la Religion sont assemblés à Loudun pour avoir une dernière et bonne réponse aux trois articles proposés dans leur cahier. Le premier est d'avoir cinq ou six Chambres mi-parties ; le second, lieux propres par toute la

France pour l'exercice de la Religion ; le troisième, entrete- i59s. nement de leurs garnisons, sans lesquelles les deux premiers 6oclol>r9' articles ne peuvent être observés et maintenus. Depuis ce temps-là, il y a eu plusieurs allées et venues d'un côté et d'autre, comme vous l'aurez pu savoir plus amplement par celles que je vous ai écrites de la Cour. On est après d'y mettre une fin. Je suis passé à Saumur et Loudun, Thouars et Niort, pour avertir MM. du Plessis, de la Noue et toute l'Assemblée de Loudun, et Mgr de la Trémouille et M. de Parabère, que S. M. veut et désire que ladite Assemblée s'approche de la Cour et qu'elle se tienne à Vendôme , où MM. de Bellièvre et de Yilleroy se transporteront de la part de S. M. ; c'est pourquoi elle désire grandement que vous soyez tôt par delà, et que cependant vous voyiez en passant ces messieurs pour savoir d'eux là où ils en sont, le plus particulièrement que faire se pourra. Je l'ai assurée de votre zèle à son service, et a été très-aise que vous ne vous soyez ligué avec les autres, comme au contraire elle est pour cette occasion particulièrement irritée contre M. de Parabère. Touchant M. du Plessis, Madame vous en écrit des particularités, comme aussi de mesdames la Comtesse de Guiche, de la Barre et de Panias.

Il y a un autre point, Monseigneur, pour lequel aussi S. M. m'avoit dépêché vers vous. Les premiers propos que M. le Légat lui a tenus, c'a été de remettre la messe en Béarn. Le Roi s'est excusé, disant qu'il mettroit le pays en combustion, à quoi M. le Légat a répondu que le Pape étoit bien et duement averti que les Béarnois obéiroient au moindre mot que le Roi diroit là-dessus. S. M. lui a répliqué : « Eh bien ! vous saurez comme tout y va par la propre bouche » de M. de la Force, qui est là mon Lieutenant et qui est gen- » tilhomme d'honneur et très-sage, lequel je manderai qu'il » me vienne trouver en diligence, et sur son rapport, nous » aviserons à suivre le meilleur expédient. » J'ai pensé, Monseigneur, que vous auriez pour agréable d'être averti de tout ceci par lettre, puisque je n'ai eu le moyen de parler à vous. Sur toutes choses vous ferez un singulier plaisir au Tvoi de voir MM. de la Trémouille et de la Noue; celui-là parce qu'il s'en défie, et celui-ci parce qu'il préside à l'Assemblée de

1596. Loudun, et c'est ce que principalement S. M. m'avoit re- 6 octobre. COmmandé de vous dire. Yous ne sauriez croire comme elle vous prise, loue et estime, tant en public qu'en privé, là où j'ai eu quelquefois cet honneur de m'y trouver. Si j'ai rien fait à la Cour pour votre service, je serai plus aise que vous le sachiez par M. de Loménie, qui vous est assuré serviteur, et peut-être de la propre bouche de S. M., plutôt que par mon rapport. J'espère avoir ce bien de vous aller trouver bientôt à la Cour pour ce que S. M. me l'a commandé. Je m'arrêterai ici quelques jours pour me faire recevoir en l'état de Procureur criminel, qu'il lui a plu me donner, et pour ce que M. de Loménie m'a fait entendre que le Roi me recom-' mandoit en celle qu'il vous écrit, je vous supplierai trèshumblement me vouloir recommander par un mot de lettre à MM. du Conseil, non-seulement et comme étant reconnu du Roi pour son serviteur, mais aussi en qualité de, etc. A Pau, ce 6 octobre.

M. DE LA FORCE A MADAME DE LA FORCE

Séjour à Rouen. — Ouverture de l'Assemblée des Notables transférée dans cotte ville. — Le Roi désire qu-1 M. de la Force ait Caumont, et l'engage a en porter le nom. — Mariage de M. de Montpemier avec mademoiselle de Joyeuse. — Travaux et règlements de l'Assemblée.— Affaires de la Religion. — Nouvelles de la Cour. — Le Roi veut prendre un de leurs fils pour enfant d honneur.

12 novembre. Je suis bien marri qu'il ne se soit présenté occasion de vous faire savoir plus tôt de mes nouvelles, craignant que vous n'en soyez en peine. Il y a huit ou dix jours que je vous écrivis par un de Béarn ; mais je crains qu'il n'ait fait beaucoup de diligence, car il alloit passer à Paris. Celle-ci est par un laquais de M. de Belsunce; vous serez donc assurée de notre bonne santé à tous, nous étant, Dieu merci, bien conduits en notre voyage. Le Roi est en ce lieu de Rouen, où il fait état de passer son hiver. Il y a ennuit huit jours que le Roi fit l'ouverture de l'Assemblée, où il triompha de bien dire; je vous enverrai sa harangue si je la puis recouvrer. L'on commence à travailler aux principaux affaires avec une procédure fort exacte, pour apporter réformation et règlement à toutes choses, de sorte que l'on en espère beaucoup de bien. Je vous dirai que S. M. ne me rendit jamais tant de

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témoignages de son bon vouloir, ayant l'honneur d'en rece- isfls. voir meilleure chère qu'elle ne me fit jamais, et ne saurois en i2n0Tembr«avoir plus de contentement, et montre être bien aise que j'eusse Caumont; l'on m'en a fait prendre ici le nom et ne m'appelle-t-on plus autrement. Le Roi même a dit à plusieurs qu'il falloit que tous m'en appelassent, si bien que je fais état d'emporter toujours le nom. J'ai l'honneur d'être fort employé du Roi aux affaires de ceux de la Religion ; c'est ce que je vous puis dire pour astheure. La Cour est fort grande. Le mariage de M. de Montpensier avec mademoiselle de Joyeuse est arrêté, le contrat passé ; il ne se^arle point de marier Madame; elle m'a fait l'honneur de me faire toujours bonne chère. Je n'ai point encore de lettres de M. le Maréchal votre frère, mais son secrétaire n'est arrivé que cejourd'hui; il se porte fort bien. Votre frère de Saint-Blancard n'est parti d'ici que depuis quatre ou cinq jours pour l'aller trouver. A Rouen, ce 12 novembre.

Je vous prie de ne point laisser passer d'occasion de me 20 novembre. donner de vos nouvelles, quand ce ne scroit que trois lignes. Je ne doute pas que vous ne receviez souvent des miennes. L'Assemblée continue toujours; l'on en espère beaucoup de bien. Je crois qu'elle durera encore un mois. L'on travaille aussi sur les affaires des députés de ceux de la Pieligion. M. le Maréchal de Riron est toujours à l'armée ; il se porte fort bien. J'en eus hier des nouvelles par M. de Saint-Angel, qui en est venu. Il fut bien aise des nouvelles que je lui dis de mademoiselle de Moneins; car le bruit avoit couru qu'elle étoit morte. Il a part au prisonnier qui fut pris lors du combat de M. le Maréchal et en aura à sa part dix ou douze mille écus... Je vous fais celle-ci à la hâte, ayant pou de loisir. A Dieu, lequel je supplie vous tenir en sa sainte garde. A Rouen, ce 20 novembre.

M. le Comte de Saint-Paul est toujours ici, il a dépêché 2i novcmbrevers madame la Comtesse pour lui faire entendre comme il veut traiter de nos affaires et en sortir à l'amiable ; je reconnois fort qu'il le désire, vous ne manquerez d'avis de tout ce qui so passera. Je bâterai le plus qu'il me sera possible

1596. pour partir au plus tard dans la fin de janvier. L'Assemblée ainoTembre. confinue toujours et ont déjà fait de beaux règlements ; j'ai eu l'honneur d'en être , mais je n'ai eu moyen d'y guère assister, à cause de ma charge, et que le Roi a voulu que je demeurasse auprès de lui. S. M. n'y va que quelquefois, elle ne se porta jamais mieux et va souvent courre le cerf, de quoi je suis toujours. Je crois que je ne vous ai point mandé comme le Roi nous a fait l'honneur de me demander de vos nouvelles et de nos enfants, mais je vous dis fort soigneusement et souvent, et. qu'il vouloit que je lui en donnasse un pour être enfant d'honneur avec six ou sept qu'il y en a de fort honnête jeunesse. Sans mentir, c'est chose qu'il m'a demandée avec affection, mais nous aurons assez temps pour y aviser. Je cherche fort de leur pouvoir mener quelque homme de cheval et encore mieux, si je puis. Je vous prie, mandez-moi s'ils se sont exercés depuis mon départ, et tâchez à leur employer le temps le mieux qui se pourra. Vous trouveriez étrange d'en voir ici de dix ou douze ans, qui sont façonnés avec autant de grâce que s'ils avoient trente ans... La Cour est extrêmement grande, je crois que M. le Maréchal (de Biron) y viendra dans cinq ou six jours, cela me seroit fort à propos, car M. le Comte de Saint-Paul croit fort en lui, et m'a dit qu'il n'y a homme en France qu'il aime, estime et honore comme lui ; c'est tout ce que je vous puis dire pour astheure. A Rouen, ce 24 novembre.

îdécemire. Vous aurez été au commencement assez longtemps sans avoir de mes lettres; mais depuis la première, si les avez toutes reçues , je m'assure que trouverez que je n'en ai pas été paresseux. J'ai reçu les vôtres trois, la dernière par le fourrier. Je loue Dieu de votre bonne santé, la mienne est toujours fort bonne, encore que nous fassions la plus étrange vie qu'il est possible. Même se faut veiller et courre le cerf toutes les semaines deux fois, sans que je n'aie failli une seule chasse, et cette ville qui est fort rhumatique, tout cela me faisoit craindre que ma douleur de dent ne se réveillât, mais depuis que je la fis arracher , je ne m'en suis senti, et de la mâchoire, fort peu. Au reste, j'ai appris que quelques-

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uns du côté de deçà s'étoient mêlés de mander ici des choses 1M6 de moi pour m'y rendre odieux, ils eussent mieux fait de s'en 4 décembrcpasser, et sera malaisé qu'ils ne s'en repentent, bien que, Dieu merci, ils n'aient que mal employé leur temps, car cela m'a plutôt servi que nui. Je vous prie de me faire savoir tout ce que vous en apprendrez. J'espère que M. de la Place sera dépêché dans sept ou huit jours et peut-être plus tôt; mais il n'est pas croyable la peine qu'il y a de faire des affaires à la Cour. Je ne vous manderai autre chose pour astheure, n'étant rien survenu depuis mes dernières , et il est deux heures après minuit. Dieu te donne le bonsoir et le supplie te maintenir en sa sainte garde. A Rouen, ce 4e décembre.

M. DE LA FORCE A MADAME DE LA FORCE

Voyage où il a suivi le Roi.— Réformes de l'Assemblée de Rouen. — Cérémonie des Chevaliers du Saint-Esprit — Arrivée de Biron.— Il semble vouloir épouser la nièce du Connétable. — Triomphes pour le jour des Rois. — Les difficultés des affaires de la Religion retiennent M. de la Force à la Cour. — Enumération des emplettes qu'il fait à Paris. — Surprise d'Amiens par les Espagnols. — Départ du Roi pour la Picardie. — Pertes du Comte de Saint Paul. — M. de la Force remercie sa femme de lui avoir donné une fille. — Entreprise faillie sur Arras. — Le Roi avec Biron rassemble une grande armée. — La Force va le trouver à Beauvais. — S. M. le ramène à Paris. — Son départ pour Saumur est décidé. — MM. de Montglas et de Vie l'accompagnent. — Tous trois portent les ordres du Roi à l'Assemblée des Réformés.

Il y a bien quinze jours que j^ ne vous ai écrit, ne s'en 1597, étant présenté aucune occasion, et aussi que depuis ce 2 janvier. temps-là, le Roi a fait un voyage en poste à Saint-Germain, Paris et Fontainebleau, où nous n'étions que douze ou quinze avec lui et avons demeuré onze jours hors d'ici; c'étoit pour visiter ses bâtiments, et aussi pour se décharger un peu des affaires. Il a été toujours fort joyeux, et il fait fort bon avec S. M. à ces petits voyages dérobés. L'Assemblée sera bientôt achevée; il ne s'y est fait d'aussi grands règlements que l'on espéroit, toutefois l'on en a beaucoup faits, et a été réformé beaucoup de choses et pris de belles résolutions pourvu qu'elles s'observent. Quant à MM. les députés de la Religion, on les a un peu tenus en longueur; mais, Diou merci, les affaires se disposent bien, étant toutes choses bien acheminées, et presque tous les principaux points consentis de MM. du Conseil; mais il reste que S. M. en dé-

1597. clare sa volonté, sur quoi elle a promis d'en traiter demain. 2 janvier. L'on se prépare à la cérémonie des Chevaliers, et il doit y en avoir dix-huit ou vingt de nouveaux cette année. M. le Maréchal de Biron est ici depuis huit ou dix jours, fort gaillard, toujours fort chéri du Roi et en si belle estime de tout le monde, qu'il n'est possible de plus. Il m'a fait tant de bonne chère qu'il ne se peut dire davantage, je le gouverne en tout astheure. Pour le regard de mes assignations, j'ai toujours été remis après que l'Assemblée auroit pourvu aux charges principales, comme de ce qu'il faut pour toute la Maison du Roi et pour l'entretenement des armées et garnisons; je vois bien que j'aurai bien des difficultés à en venir a bout, car tout le monde en est logé là, et môme l'on craint qu'ils veuillent retarder tous les payements pour un an ou deux, afin de relever les affaires du Pioi, car l'on s'esttrouvé tout à coup à l'extrémité. Je ne fus jamais dans cette Cour avec plus d'honneur, du Roi et de tous les principaux, et ne saurois en avoir plus de contentement ; mais jusqu'ici, c'est tout, car je n'ai encore pu faire d'affaires. Cette dépêche est par Arnaut le fourrier, que le Roi envoie par delà pour quérir quelque tapisserie , et m'a commandé d'en écrire à MM. de la Chambre des Comptes et au concierge. A Rouen, ce 2 janvier.

J'ai parlé à M. le Maréchal de Biron s'il ne vouloit point acheter ce que j'ai du Domaine, il semblequ'il en est en volonté; il a ici de l'argent; s'il me paye comptant, je le lui lairrai : quant à ce que me mandez s'il se marie point, je l'en prêche fort, et vous dirai qu'il est comme résolu avec la nièce de M. le Connétable qui y a aussi tout plein d'affection, mais pourtant cela ne se parachève point encore : votre frère est ici avec lui, qui se porte bien. Vous me mandez qu'à Rayonne , sont en alarme ; j'en ai parlé au Roi et le lui ai dit, et à M. le Maréchal de Matignon ; mais ils n'en ont su nulles nouvelles, et ne croient point qu'il y ait occasion de rien craindre. C'est demain la cérémonie des Chevaliers, l'on prépare aussi quelques triomphes pour le jour des Rois ; Madame et les Princesses font des ballets ; je crois qu'après cela le Roi ira à Paris ou à Saint-Germain; quant à moi je ne tra-

i janvier.

M. DE LA FORCE A M,ae DE LA FORCE. 281

vaille qu'à parachever mes affaires pour m'en aller près de '5*r. ma petite et être à son secours, cependant je la conjure de 3 ianvierde ne se point fâcher ni ennuyer de rien. Ma sœur se porte bien, je l'ai fort aidée en ses affaires et crois que je lui ferai changer la Ferté avec une belle terre qui est au Roi qui lui est fort commode étant près de la Boulaye ' ; c'est madame la Marquise de Monceaux qui veut la Ferté, et ma sœur désire fort s'en défaire, car elle en est toujours inquiétée pour les dettes de feu M. le Prince. J'avois donné charge àM. Guast de me faire tenir encore mille écus ; il n'en fait rien, et serois bien en peine, si je n'eusse trouvé moyen de deçà d'en avoir, car je n'ai porté de la Force que quatorze cents écus, et je n'en serai pas quitte pour trois mille cinq cents, que je ne plaindrai point, pourvu que je sorte de mes affaires, comme je l'espère. Adieu, ma fille. A Rouen, ce 3 janvier.

Je travaille de tout ce que je peux pour parachever 24 janvier.

les affaires de deçà, à quoi j'espère avoir bientôt mis fin , et ne pense être retenu de rien que du retour des députés, qui sont allés à Vendôme trouver MM. de l'Assemblée, car ils ont désiré que je me trouvasse à la résolution de leurs affaires. Faites donc état que mon partement sera dans le huitième ou dixième du mois prochain; je crois que le Roi partira dans sept à huit jours , pour aller à Paris avec toute la Cour. Je prendrai de là mon chemin. Croyez qu'il me tarde queje vous revoie et tous nos enfants. Je suis bien marri qu'ils n'aient pu s'exercer à monter à cheval ; je faisois état d'un homme de cheval , duquel je ne suis pas encore certain , et travaille fort pour leur en mener un à quelque prix que ce soit. J'ai aussi arrêté un violon qui danse bien ; et leur pouvez dire queje n'ai garde de les mener à la Cour qu'ils ne sachent faire quelque chose, car il y a tant de jeunes Seigneurs qui triomphent, que l'on se moqueroit bien d'eux, s'ils ne savent rien faire. Adieu, ma fille, c'est tout ce que je vous dirai pour cette heure, sinon que je vous recommande mon gros ventre, et vous assure que je me hâterai fort pour être au secours , priant Dieu, etc. A Rouen, ce 2i janvier.

1 Terre à madame de Larchanl, située près d'Evrcm.

1597. Le petit laquais s'est bien conduit et a fait assez bonne 18 fetner. diligence; j'ai été infiniment aise de l'assurance que me donnez par vos lettres de votre bonne santé; c'est tout mon contentement; j'ai tout le regret qui se peut dire que je ne suis pas près de vous, et croyez que j'y ai travaillé de ce qu'il m'a été possible : j'ai envoyé mon train devant afin d'avoir plus de loisir de parachever ce qui me reste à faire et de pouvoir après par le moyen de la poste être plus tôt à vous. Ce qui me retient encore, c'est la résolution des poursuites des députés de ceux de la Religion qui n'ont pas reçu contentement des réponses du Roi, et les choses sont un peu altérées, de sorte qu'ils se sont retirés à Saumur où ils attendent qu'il plaise à S. M. satisfaire à leurs demandes. Ils m'avoient fort pressé de me rendre avec eux, mais je leur ai fait entendre les empêchements que j'avois d'y aller, qu'ils ont trouvés fort bons. A présent le Roi m'a voulu envoyer vers eux et m'en a fort pressé, mais je m'en suis défendu, car je désire achever ce que j'ai à faire ici , et fais bien état qu'il me commandera en m'en allant de passer vers eux. Il ne reste pas de difficultés capables de rien rompre , et devez vous assurer que toutes choses se termineront à bien, Dieu aidant.

Pour le regard de la dépêche pour ma pension , vous aurez su par M. de Casaux comment le tout est allé; j'en eus hier une grande prise avec le Chancelier l et vous réponds que je le repasse bien. Je n'attends que l'occasion pour le trouver devant le Roi et lui en faire ma plainte à bon escient et y pourvoir au mieux qui se pourra ; mais , quoi qu'il en soit , je suis résolu de m'en faire accroire, puisque j'ai la volonté du Roi ; croyez que je n'en suis nullement en peine et que l'on verra aller les affaires d'autre train qu'ils ne sont allés jusques ici.

Je suis bien marri qu'un violon que j'avois arrêté pour apprendre à nos enfants, s'est dérobé; je suis après aussi pour avoir un écuyer; j'ai acheté quelque vaisselle d'argent et autres brouilleries , tant que mon argent s'est pu monter; il y a quelques coiffes et fraises que je vous fais porter par ce laquais , je porterai le reste après ; je n'ai eu moyen d'acheter

' Philippe Hurault, sieur de Cbiverny et de Limours, Chancelier de France après la mort du Cardinal de Birague, en 1583; il mourut le 29 juin 1399.

18 février-

M. DE LA FORCE A Mme DE LA FORCE. 283

d'étoffes pour les enfants, mais encore trouverez- vous pour 159Tle reste que j'ai fait assez bonne emplette et ne me promets que toute sorte de contentement ; mais qu'il plaise à Dieu que je vous trouve en bonne santé et nos petits, de quoi je le supplie de tout mon cœur, et à toi, ma fille, de te bien contregarder; et dès que tu seras accouchée, de me le mander par homme exprès ; que j'apprenne au moins à la Force des nouvelles. A Paris, 18 février.

P. S. Je n'ai fait acheter que peu d'étoffes , l'argent étant court; mais ce qu'il y a en vaisselle d'argent vous plaira bien, qui est une plaque à tenir la bougie , bassinoire , écuelles à oreille, aiguière, salières, vinaigrier, cuillers et un crachoir, quand on tient le lit; j'ai gagné aussi à Rouen une fort belle enseigne à la paume qui est de trois cents écus ; j'ai aussi mis environ cent cinquante écus du jeu en bagues ou autres drôleries.

Ma dernière lettre a été par le messager de la Chambre des Comptes ; il est arrivé depuis un grand accident aux affaires du Roi , de la prise d'Amiens par les Espagnols , qui fut hier matin à huit heures, de surprise , à l'ouverture des portes. M. le Comte de Saint-Paul étoit dans la ville qui fit ce qu'il put pour rallier des hommes et se saisir de quelque porte , mais il ne put et a été contraint de se sauver et s'est retiré à Abbeville. Cette nouvelle est arrivée cejourd'bui au Roi qui en a été extrêmement ennuyé, étant aussi une perte de très-grande importance, même d'autant que tout le magasin que l'on avoit pu faire d'artillerie et de munitions étoit là, et y avoit vingt canons et pour tirer dix mille coups. S. M. est partie cejourd'hui même pour s'acheminer en Picardie afin de pourvoir aux autres places et rassurer le peuple. M. le Maréchal de Biron est avec S. M. et doit dresser un corps d'armée à Nesle , et M. de Saint-Luc un autre à Pequigny pour empêcher que les desseins des ennemis n'aillent plus avant et pour prendre sur eux ce qui se pourra. Il n'est pas croyable l'étonnement que ce coup-là a apporté partout, et combien cela donne de liberté à beaucoup de gens de parler. Ce sont des témoignages que Dieu est courroucé et avons grand besoin de sa grâce , et qu'il nous fasse à tous

12 mars

1587. amender. Au reste le Roi m'a dit qu'il falloit nécessairement que j'attendisse ce que lui manderoient MM. de Schomberg et de Calignon sur les traités avec MM. de la Religion, afin de m'envoyer lors vers eux et mettre une résolution aux affaires; que de là je m'acheminerois en mon Gouvernement où il lui tardoit plus que je fusse qu'à moi-même. De sorte que ne devez douter que je ne sois bientôt après celle-ci de delà, Dieu aidant, je crois qu'au plus tard dans neuf ou dix jours, nous aurons nouvelles de M. de Calignon; je partirai incontinent d'ici pour aller trouver S. M. en poste à Beauvais, où je serai en sept ou huit heures, et espère au plus loin en être dépêché dans deux jours, mon séjour à Saumur ne saura être que de quatre à cinq jours, et croyez que je hâterai fort et userai de toute la diligence qui se pourra : faites donc état assuré de me voir avant le quinzième d'avril, avec l'aide de Dieu. Madame la Comtesse de Saint-Paul étoit dans Amiens et n'a pu sortir, l'on ne sait encore s'ils la retiendront prisonnière ou s'ils la renverront. M. le Connétable est ici où le Roi l'a laissé et MM. du Conseil pour pourvoir à beaucoup d'affaires qui étoient encore irrésolus, et aussi à ce qui est des finances qui ont plus besoin de bonne ménagerie que jamais. Je ne vous dirai autre chose pour le présent, priant Dieu, etc. A Paris, ce 12 mars.

P. S. Madame a été fort malade, mais à présent elle se porte bien , Dieu merci , et commence à se lever. L'on tient que M. et madame de Saint-Paul ont perdu dans Amiens vaillant plus de deux cent mille écus; les belles tapisseries de Gavaudan y avoicnt été portées. Ce Prince a été fort malheureux en ce Gouvernement-là, il n'y avoit que huit cents hommes à la prise de la ville et y avoit dedans huit mille hommes portant armes , mais point de garnison ; l'on n'en donne point de blâme à mondit sieur le Comte de Saint-Paul, et y fit tout ce qui s'y pouvoit faire.

4 avril. Après avoir fort dilayéet usé de force remises, enfin il sera temps de partir, et puis à présent vous en donner plus de certitude; car j'étois assujetti à la volonté du Roi, laquelle je reçus hier. S. M. m'a fait l'honneur de m'écrire et me com-

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mande de m'en aller à Saumur avec des instructions pour '597. mettre une fin, s'il est possible, aux poursuites de ceux de la 4 *"**' Religion; elle me commande d'attendre une dépèche qu'elle devoit encore recevoir de M. de Schomberg et autres députés qui sont encore avec lui, laquelle arriva hier, afin de communiquer le tout à M. le Connétable et à MM. du Conseil; ils se doivent assembler demain et commencerons d'y tratravailler, mais nous sommes sur les fêtes de Pâques , ce qui retardera un peu, toutefois j'espère être dépêché lundi, mon séjour à Saumur ne sauroit être que de trois ou quatre jours, de sorte que j'espère arriver aussitôt à la Force que ce porteur vers vous. Car il me tarde que je ne vous revoie étant en peine de ce que je n'ai point de vos nouvelles; j'ai été fort soulagé par une lettre que M. de Colommier écrit à M. de Bellefleur et lui mande comme êtes accouchée d'une fille et qu'êtes, Dieu merci , en bonne santé. Quant aux nouvelles, il n'est rien survenu depuis mes dernières que l'entreprise que le Roi avoit sur la ville d'Arras qui a été faillie avec beaucoup de malheur, car elle avoit été fort bien conduite, et sans que les ennemis en eussent d'avis; S. M. y étoit elle-même etfaisoit donner par deux portes , M. d'Espernon en l'une et M.leMarécbaldeBiron par l'autre. Tous les pétards jouèrent avec grand effet, ayant gagné les premières portes et le pont levis, jusqu'au dernier effort qui étoit le râteau ; mais le malheur fut tel que tous les pétardiers furent blessés, et même manquèrent de pétard. Nonobstant cela, l'on s'y opiniâtra si longuement qu'il étoit plus de deux heures de jour avant que l'on se retirât, de sorte qu'il y eut plus de trente soldats de tués et plus de deux fois autant de blessés, parmi lesquels il y a quelques capitaines et lieutenants; mais il n'y a aucun de marque. L'on fait bruit que les ennemis dressent une armée. S. M. n'a à présent que six mille hommes de pied ensemble , mais elle mande toutes ses forces pour mettre une grande armée sur pied au quinzième du mois de mai , et fait état d'avoir trente canons et pour tirer douze ou quinze mille coups. M. le Maréchal votre frère est toujours en l'armée et le Roi ne veut point qu'il en bouge. 11 se fait tous les jours d'autant plus estimer avec un merveilleux honneur. S. M. s'en alloit à Abbeville , où elle veut faire une diète.

4 avril.

1597. Madame ne bouge d'ici et se porte fort bien , Dieu merci ,

auprès de ce qu'elle a été. M. d'Espernon est arrivé ici et M. de Joyeuse; ils vont à Rouen faire les noces de M. de Montpensier1, et de là M. d'Espernon s'en va en son Gouvernement de Saintonge pour revenir dans un mois trouver le Roi. Nous faisons la Cène dimanche chez Madame; je n'ai point eu de nouvelles de M. ni de madame la Comtesse de Saint-Paul ; ils sont fort ennuyés de leur accident à ce que j'ai appris. J'ai recouvré un écuyer italien qui est fort bon homme de cheval et l'ai envoyé devant à la Force : adieu, ma petite. A Paris, ce vendredi matin 4 avril.

P S. Depuis ma lettre écrite, MM. de Yic et le jeune Montglas sont arrivés de Saumur, qui viennent remontrer au Roi les grandes difficultés qui restent à vider, et comme ceux de la Religion ne veulent point se relâcher de leurs demandes ; et semble d'autre part que le Conseil du Roi se rende aussi plus difficile. A la vérité je ne vis jamais les Catholiques plus animés, et semble que le désavantage que l'on voit aux affaires de S. M. les altère de plus en plus. Aucuns de MM. du Conseil vouloient que j'attendisse leur retour de vers le Roi, vu l'importance des affaires; mais je leur ai remontré à tous qu'il y en avoit d'employés exprès pour cette négociation et de fort capables, qu'étant appelé en ma charge, je ne pouvois arrêter ici davantage, de sorte qu'il a été décidé qu'ils s'assembleroient demain pour en résoudre et que je ne lairrois de m'acheminer à Saumur avec les instructions du Roi. J'espère que je ne serai point retardé, étant résolu de m'y bien opiniâtrer.

13 avril.

Encore aurez-vous cette lettre de moi; je vous avois écrit par la voie de la Force, comme le Roi m'avoit commandé de l'aller trouver à Beauvais, je n'y ai demeuré qu'un jour, S. M. se résolut de s'en venir en cette ville; même sur des avis que je lui donnai, elle y arriva hier, fort empressée de pourvoir à beaucoup d'affaires, de quoi il est bon besoin, car tout va assez mal ; il y a force prisonniers en cette ville et y

1 Henri de Bourbon, Duc de Montpensier, Prince de Dombes; il épousa Henriette Catherine de Joyeuse, donj, il eut mademoiselle de Montpensier, mariée à Gaston d'Orléans.

en a déjà de défaits, entre autres un avocat du Parlement, «w. nommé Charpentier; il s'est trouvé chargé de plusieurs mé- 13 ■"* moires qu'il faisoit au Roi d'Espagne et avoit fait passer de nouveau un courrier vers M. de Mercœur1; il se découvrira force choses, je vous en dirai davantage; nous devons cet après-dîner travailler à ma dépêche, et le Conseil s'assemble pour cet effet. J'espère partir dans deux ou trois jours, MM. de Vie et de Montglas viennent aussi à Saumur et nous portons la dernière résolution du Roi, j'espère que nous y mettrons une fin. Le Roi fera sa diète à Saint-Germain, où il s'en ira dans deux ou trois jours; je partirai en même temps ; je n'ai point encore reçu de vos lettres depuis que vous vous mêlez de faire des filles ; Dieu yous conserve. A Paris, ce dimanche matin 13 avril.

Regrets de ce qu'il n'ait pu assister à l'Assemblée de Cbatelleraut. — Préoccupation des Espagnols à cause des armements de l'Angleterre. — Affaires de la Religion. — Détails du siège d'Amiens. — Mort de Matignon. — Sa charge donnée au Maréchal de Biron.

Monsieur de la Force, j'ai vu par vos lettres du vingt-qua- 4 août. trième juin comme celles que je vous avois écrites ont demeuré un mois à vous arriver, dont j'ai beaucoup de déplaisir, que cela ait été cause que vous ne vous soyez pu retrouver en l'Assemblée de Chàtellerault où votre pouvoir m'eût été fort nécessaire, mais les affaires y sont si proches de leur conclusion, que dès cette heure vous n'y pourrez arriver à temps que vous ne trouvassiez la compagnie séparée, et sera meilleur que vous vous arrêtiez par delà, pour pourvoir aux affaires qui s'y présentent, ne pouvant néanmoins estimer que vos voisins soient pour entreprendre rien de conséquence, car ils ont l'alarme trop grande de l'armée d'Angleterre qui les va trouver, et n'est pas sans raison, parce qu'elle est plus puissante que nulle autre qui soit ci-devant partie, et si l'on prépare un renfort en Angleterre qui n'est guère moins grand que lé premier embarquement, de sorte que tout ce que les Espagnols peuvent faire de cette année, ce sera de se sauver

1 Philippe-Emmanuei de Lorraine. Duc de Mercœur; il tenait en Bretagne pour la Ligue, el n'avait pas encore fait son accord avec le Roi.

4 août.

1597. de ce coup ; toutefois, c'est toujours le plus sûr que de se tenir sur ses gardes, comme je m'assure que voiis ferez : quant au fait de l'Assemblée de Châtellerault, les sieurs de Montmartin et de Constant qui m'ont apporté un mémoire de ce qui avoit été convenu avec eux par le sieur de Schomberg à quoi il a été nécessaire de changer quelque peu de chose, mais pour cela je ne pense pas qu'ils se formalisent et tiens cette affaire en fort bons termes. Mes cousins les Ducs de Bouillon et de la Trimouille m'ayant fait assurer qu'ils se rendront ici incontinent pour m'assister en cette occasion en laquelle nous continuons de travailler incessamment, et a été jusques ici, Dieu merci, assez heureusement, n'y ayant perdu de ceux qui avoient charge que les sieurs de Fouquerolles et les Maréchaux de camp Flessaux et Montignv; nous espérons être logés demain sur la contrescarpe, il y aura anrès à entrer dans le fossé qui sera le plus fort de la besogne, nous y aurions bon besoin de cinq ou six cents soldats de Gascogne, pour avoir moyen d'assaillir en deux endroits, ne le pouvant faire qu'en un seul, pour ce que nous n'avons pas des gens assez. Vous avez su plus tôt que nous l'accident arrivé à mon cousin le Maréchal de Matignon ', que je n'ai su que d'hier. J'ai donné la charge qu'il avoit en Guyenne, à mon cousin le Maréchal deBiron, votre frère, comme celui que j'ai estimé plus propre pour cette charge, et la charge aussi plus propre pour lui; mais il n'y peut aller que ce siège ne soit achevé, de la fin duquel il est bien raisonnable qu'il ait l'honneur, comme il l'a eu du commencement. C'est ce que j'ai à vous dire pour cette fois, priant Dieu, etc. Ecrit au camp devant Amiens, le 4e jour d'août. Signé: Henry. Et plus bas : Forget.

Témoignages de bonne volonté à l'égard des Réformés.

24 octobre. Monsieur de Caumont 2, j'ai reçu la vôtre par Hespérien (Autographe) lequel m'a fidèlement rapporté l'occasion qui vous avoit em-

1 II était mort d'apoplexie dans son Gouvernement de Guyenne. Biron n'accepta pas cette charge et préféra garder le Gouvernement de Bourgogne. Ce fut le Maréchal d'Ornano qui remplaça Matignon.

1 Le Roi l'avait engagé à reprendre le nom de Caumont, pour appuyer ses prétentions contre la Comtesse de Saint-Paul. (Voir la lettre de M. de la Force à sa femme, du 12 novembre 1596.)

péché de vous trouver à Chàtellerault, suivant le comman- 1597. dément que je vous en avois fait; j'ai reçu vos excuses. J'es- 24 oclol)retime que toutes choses seront bientôt terminées de ce côtélà à mon contentement et au leur ; pour le moins j'y apporte tout ce que je puis, pour leur faire paroître que je les aime. Vous me ferez service très-agréable de me mander des nouvelles de delà et ce que vous savez m'importer. J'espère après avoir fait ici et à Paris et Fontainebleau quelque séjour, de ■n'acheminer vers Blois, et peut-être plus avant ; si cela est, vous n'aurez à faire que la moitié du chemin ; assurez-vous toujours de mon amitié; sur ce Dieu vous ait, etc. Ce 24° jour d'octobre, à Saint-Germain en Laye.

I) l'engage à lui envoyer un courrier lorsqu'il sera prêt à exécuter ce dont il est convenu avec lui.

Monsieur de la Force, j'ai reçu les vôtres du deuxième de l598"

. ° , , . 30 janvier.

cestuy-ci par ce porteur, je suis tres-aise de savoir que les (Autographe afiaires soient aux termes que vous m'écrivez, et me ferez un signalé service de les avancer de sorte que l'on y puisse voir quelque fin : mais souvenez-vous que lorsque vous serez prêt de faire exécuter, de me dépêcher un homme exprès en poste, bien instruit de tout.

Pour le reste, je vous recommande ce qui est de mon service, et qu'à toutes occasions vous me teniez averti de ce que vous apprendrez m'importer. J'espère m'acheminer bientôt en mon voyage de Bretagne et me rendre à Angers dans le quinzième du mois prochain; cela accourcira le voyage de ceux que vous me dépêcherez, voire même le vôtre, si vous jugez qu'il soit nécessaire pour mon service. Adieu, Monsieur de la Force. Ce 30 janvier à Paris.

Demande des oies salées du Béarn. — Fin des affaires de ceux de la Religion. — Regrets delà mort de madame de Brisamb >urg.

Monsieur de la Force, ce mot par Perryèque, l'un de mes 5 mai. sommeliers de panneterie, est pour vous prier de m'envoyer [Autographe] par les premiers une douzaine d'oies salées de Béarn, des plus grasses que vous pourrez recouvrer, de sorte qu'elles 1. 19

5 mai. lassent honneur au pays, car quant à mes nouvelles, je vous dirai qu'ayant réduit cette province en mon obéissance, aussitôt que j'aurai fait un tour jusques à Rennes, Dinan et Saint-Malo, où je m'achemine, je m'en retournerai sur la frontière de Picardie, espérant me rendre à Paris dans la fin de celui-ci; j'ai mis fin à l'affaire de ceux de la Religion, et de ce côté-là j'ai l'esprit en repos. L'on m'a assuré que depuis peu vous étiez venu en Saintonge à cause de la mort de feue madame de Brisambourg ; vous ne sauriez croire comme je la regrette, car outre que mon inclination me portoit à l'aimer, elle méritoit cela pour sa vertu et son affection à mon service. Je participe à la perte que tous ses parents y ont faite. Je vous recommande ce qui est de mon service et que vous me teniez souvent averti de ce que vous apprendrez m'importer; sur ce, Dieu vous ait, etc. Ce 5e mai, à Nantes.

Chagrins que lui cause la mauvaise humeur de la Princesse Catherine. — Il cherche à la marier. — Elle veut prendre tous ses meubles. — Il lui recom mande d'en faire Taire des inventaires et de les lui envoyer.

.. , JUin' , Monsieur de la Force, ma sœur est en la même mauvaise

(Autographe)

humeur qu'elle étoit à Compiègne, qui m'est une affliction insupportable; c'est pourquoi je me dépèche le plus qu'il m'est possible de la marier et de me donner ce contentement après tant d'autres que Dieu m'a donnés, comme de la paix générale en mon Royaume, et la particulière avec ceux de la Religion. Elle veut avoir tous les meubles que j'ai à Pau, Navarrcnx et >Térac, faisant état de 1rs prendre sans me le demander, ne se contentant pas de ceux que je lui ai ci-devant donnés, qui étoient à Vendôme, encore qu'il y en eût bon nombre et de beaux ; c'est pourquoi je vous prie incontinent la présente reçue, d'en faire faire des inventaires de tous ceux qui sont à Pau, INavarrenx, et INérac, par les concierges et gardes-meubles qui les ont en garde, et me les envoyer promptement par ce même laquais, sans que personne en ait connoissance, ni ne le sache ; pour ce, brûlez cette lettre, et croyez qu'après tant de bénédictions de Dieu, cet ennui est pour me les faire goûter, comme j'eusse fait. Adieu, mon ami. Ce 18e juin, à Paris.

11 désapprouve le choix des Députés envoyés par les Etats du Béarn. — Ordre de lui en amener d'autres qu'il désigne.

Monsieur de la Force, Hespérien m 'a rendu la vôtre, et fidèle- 1598. ment rapporté ce que vous lui aviez commis, et tout ce qui s'est 21 i,lilIetpassé aux derniers Etats de mon Pays souverain de Béarn, (Aut°siarhc] tant sur l'élection des quatre députés que je voulois qui me fussent envoyés, que aussi touchant l'état de Sénéchal de mon dit Pays, lequel j'ai donné au sieur de Castelnau; ledit Hespérien vous fera savoir mes intentions et volontés sur ces deux affaires, et comme je n'agrée nullement l'élection qui a été faite desdits quatre députés, pour les raisons qu'il vous dira. Amenez avec vous tant seulement les sieurs Hespérien père et de Saint-Quastyn, auxquels je ferai entendre ce que je juge être de mon service et du hien et repos de mondit Pays, me remettant de tout le reste à la suffisance du porteur, auquel vous croirez comme à moi-même, et je prierai Dieu, etc. Ce 21 juillet, à Monceaux.

M. DE LA FORCE A MADAME DE LA FORCE

D'Ornano, sur le refus de Riron, obtient le Gouvernement de Guyenne. — Projet d'un canal pour réunir les deux mers. — La Force arrive à Paris. — Il visite ses avocats. — Mort de la Connétable de Montmorency. — Le Duc de Lorraine à la Cour. — Détails sur le logis de la Force. — Biron retourne eu Rourgogne. — Gracieux accueil que la Force reçoit du Roi à Monceaux. — Irrésolution de Riron sur le mariage de sa sœur avec M. de Duras. — Gains de la Force au jeu du Roi.— Indisposition de S. M. — Madame de Saint-Paul engage la Force à renoncer à Caumont. — Son refus. — Il présente son (ils au Roi. — Querelle de Sully et d'Epernon — Mort du (ils de la Marquise de Maignelay — Faux bruits répandus eu Béarn. — Le Comte de Soissons parrain, et madame d'Angoulême marraine du dernier fils du Roi et de la Duchesse de Beaufort. — Le Connétable demande le rétablissement de la messe en Béarn. — Le Roi blessé de quelques propos séditieux des prédicateurs. — Nouveaux Chevaliers du Saint-Esprit. — Fêtes du baptême.— Un danseur de corde fait merveille.— Lenteurs apportées à la vérification de l'Editde Nantes.— La Force fait la Cénc chez Madame. — Réforme des dépenses du Roi.

Je vous écrivis hier de Caumont, fort au long, et vous fais 20septeml» encore ce mot; c'est pour vous donner de mes nouvelles le plus souvent que je pourrai , et vous dire comme je suis arrivé ce soir en cette ville, sur les cinq heures, et incontinent après souper, m'en suis allé chez M. le premier Président, où j'ai demeuré une heure et demie ; il m'a fait démonstration d'être fort aise de me voir, et m'a prié de représenter

1598. quelques particularités au Roi concernant son service; les aoseptembre. (jernières nouvelles qu'il en a sont du huitième, il n'étoit rien survenu. L'on tient que les noces de Madame se feront à Blois, à la fin d'octobre, et que S. M. y veut passer une partie de l'hiver, et de là s'en venir à Poitiers, Bordeaux et Béarn, et faire le tour vers Toulouse, et aviser au moyen de faire joindre ensemble les deux mers. S. M. a diminué la taille pour le soulagement de son peuple, et particulièrement rabaissé le tribut du pastel, en faveur de ceux de Toulouse et Languedoc. M. le Légat est parti pour retourner vers le Pape. M. le Maréchal d'Ornano est pourvu de ce Gouvernement, l'ayant avant cela le Roi encore offert à M. de Biron, qui ne l'a point voulu; c'est ce que j'ai appris de M. le premier Président; au reste j'ai vu M. de Duras qui est venu me trouver à la Réole, et m'a fort prié de lui être aidant en sa poursuite de votre sœur, envers elle et M. le Duc de Biron. Je tiens cet affaire en bon train, n'y jugeant plus aucune difficulté, car il se contente des avantages qui lui ont été faits depuis la mort de feue madame de Brisamhourg M. de Duras se porte mieux qu'il ne souloit et se propose d'aller voir bientôt votre sœur ; je passerai vers elle et je vous écrirai encore de delà. Vous n'en aurez pour astheure davantage; je suis venu loger en ce lieu de la Bastide, où j'ai fait passer les chevaux de poste, afin de partir de bon matin ; j'espère être le 27 de ce mois auprès du Roi ; il doit faire quelques jours de diète à Saint-Germain; cela me donnera plus de moyen d'aviser à mes affaires... etc. A la Bastide, près Bordeaux, ce dimanche au soir, 20 septembre.

28 septembre. Je ne vous puis mander beaucoup de nouvelles, car le partement de ce porteur m'a pris de si court, après mon arrivée, que je n'ai vu encore personne. Nous nous sommes conduits jusques ici en bonne santé ; il est vrai qu'il y en a eu de bien las, et qui ont pris des chutes, de quoi ils se sentent un petit, et je fus hier de ce nombre-là; mais il n'y a que galantise à tout cela. Mes visites ont été à mes avocats, et ai pris heure à demain pour les assembler ; ma sœur étoit partie il y a deux jours avec madame de Retz, pour s'aller

M. DE LA FORCE A Mrae DE LA FORCE. 293

ébattre à Noisy ; cejourd'hui ses gens l'ont avertie de mon isds. arrivée; elle sera ici demain matin. 28scptembre.

M. le Maréchal de Biron n'est point encore allé en Bourgogne; il est parti ce matin avec M. le Comte d'Auvergne pour aller voir M. le Connétable à Chantilly, à cause que madame la Connétable mourut hier de maladie, étant grosse de quelques mois. Je crois qu'il sera ici de retour demain , et fais état de l'aller voir sur le soir, et crois que j'en apprendrai force particularités; il s'en va, à ce qu'on dit, daus sept à huit jours en son Gouvernement. Au reste il y a deux jours que le Roi est parti pour aller à Mousseaux faire sa diète. M. de Lorraine le père a été ici quelques jours ; S. M. l'a fort promené par ses maisons. Presque tous les Princes sont en cette ville; Madame aussi n'en bouge point. Il est certain que son mariage est arrêté, et parle-t-on de faire noces à Noël ; après avoir pris résolution de mes affaires avec mon Conseil , je lui irai baiser les mains, et ferai le reste des visites que je pourrai, pour après aller trouver le Roi , où je ne demeurerai que deux jours. L'on m'a arrêté un logis assez commode et assez près du Louvre, contre la rue Saint- Honoré, où nous pourrons tous loger ; ils fournissent linge, lits et vaisselle, et ont arrêté prix à quatre livres par jour, et ce pour le temps que je voudrai. Voilà tout pour astheure. Mandez-moi souvent de vos nouvelles. A Paris, ce 28 septembre.

Comme je montois à cheval pour aller trouver le Roi à i" octobre. Mousseaux , j'ai su que ce porteur alloit par-delà ; tout ce que je vous dirai est que j'ai eu une très-grande chère de M. le Maréchal, et m'a fort ouvert son cœur de beaucoup de choses; nous n'avons point parlé encore de ce qui vous touche. M. le Comte de Saint-Paul est dans cette ville ; je le fus trouver hier, et n'eus jamais tant d'embrassades; je ne lui parlai point de nos affaires : ce sera bientôt, car de nécessité il me faut commencer par là. Nos enfants ne sont point encore arrivés; tous nos amis se réjouissent fort de ce que jo les fais venir. Madame est ici, que j'ai eu l'honneur do fort entretenir. AI. le Maréchal alla hier trouver le Roi ; il est sur son partement, mais il m'a promis de demeurer ici deux ou

«98. trois jours davantage pour l'amour de moi. A Paris, celerd'oc-

ier octobre. tobre>

7 octobre. J'ai vu le Roi que j'allai trouver à Mousseaux, de qui j'eus l'honneur de recevoir meilleure chère que jamais , et même de madame la Duchesse (de Beaufort), et m'a, pour le peu de temps que j'y ai demeuré , fait l'honneur de me discourir de plusieurs particularités importantes qui me rendent beaucoup de témoignage de la confiance qu'il prend de moi ; je suppliai S. M. de me permettre de revenir en cette ville, pour voir M. le Duc de Biron qui étoit sur son partement. S. M. me l'a accordé, mais avec commandement fort exprès de la retourner trouver incontinent. Elle est là fort seule à présent, ayant congédié tout le monde à cause qu'elle veut faire sa diète. Toute la Cour est ici, mais la plupart s'en vont entre autres MM. de Montpensier, d'Espernon et de Joyeuse. M. de Biron m'a fort discouru de tous ses plus particuliers affaires ; je l'ai fort pressé pour votre sœur, touchant ce que désire M. de Duras pour le mariage qu'il affectionne tant; cependant, il ne m'a parlé de l'argent qu'il doit bailler qu'avec beaucoup d'irrésolution, etconnois bien que cela prendra de la longueur qui, je crains, fera rompre tout. J'ai déjà pourvu au fait de nos enfants; ils ont aussi leurs accoutrements prêts; j'espère qu'ils seront ici demain; le Roi m'a fait l'honneur de s'en fort enquérir ; il y a force gentille jeunesse à l'Académie ; j'eusse bien désiré qu'ils eussent été ici il y a quatre ou cinq jours avant que toute cette Cour ne se séparât; M. de Biron a amené de Mousseaux votre frère de Chefboutonne avec lui, et le veut envoyer en Italie. Voilà tout ce que je puis vous dire pour astheure. A Paris, ce7e d'octobre.

«octobre. Je vous fais ce mot à la hâte et vous dirai comme S. M., faisant ici sa diète, a eu quelques jours la fièvre bien âpre; mais à présent elle se porte bien et reprendra sa diète pour dix ou douze jours; elle fait état de demeurer encore ici quelque temps ; au reste M. le Comte de Saint-Paul y est venu , auquel j'ai fort parlé de nos affaires; il me montre plus d'affection que jamais et veut fort que nous y mettions fin. Je

M. DE LA FORCE A Mme DE LA FORCE. 295

vous dirai que je fais état de retirer Armand1 près de moi *598. dans un mois, afin qu'il se tienne auprès du Roi et que par 22oclobre* ce moyen il puisse se faire connoître ici aux principaux de la Cour, cependant que j'y suis , à quoi ma présence lui aidera comme vous pouvez penser, et je désire fort que cela puisse le façonner. Il y a ici force autre jeunesse, je sais que tous l'aimeront pour l'amour de moi. Cependant il s'accoutume là où il est et prend de l'assurance et de la grâce. Je n'ai loisir de vous en dire davantage. A Mousseaux, ce 22 octobre.

Je presse fort M. le Duc de Biron de satisfaire aux sommes 23 octobre. qu'il doit à votre sœur, ou autrement qu'il lui feroit perdre le parti de M. de Duras. Il y a beaucoup d'affection, mais je vois bien que ses affaires ne sont disposés pour y pourvoir si tôt. Il est temps de vous donner le bonsoir, il est deux heures du matin ; nous ne fesons que de quitter le jeu: c'est la principale occupation du Roi en sa diète, et y a toujours deux ou trois partis : je suis de celui de madame la Duchesse, nous nous sommes associés M. le Grand et moi et faisons toujours à moitié : nous avons quelque deux cents écus de gain. Ce 23e octobre, à Mousseaux.

Je vous ai écrit toujours fort au long; à présent je vous 5 novembre. dirai que je suis depuis deux jours en cette ville, ayant laissé le Roi encore à Mousseaux , qui a eu encore une rechute d'un grand accès de fièvre avec un dévoiement d'estomac ; mais cela ne dura qu'une nuit. S. M. s'est toujours mieux portée depuis, et lorsque j'en suis parti, étoit du tout relevée et sortoit dehors, et en état de meilleure santé, à ce que disent les médecins, qu'elle n'a été il y a fort longtemps. Elle me donna congé pour venir trouver madame la Comtesse de Saint-Paul qui s'y étoit rendue exprès pour traiter de nos affaires; nos enfants l'avoient vue avant mon arrivée et leur a fait fort bonne chère, comme elle a fait à moi aussi ; M. le Comte de Saint-Paul est retourné en Picardie et lui a laissé l'entière disposition de tout, sar quai elle veut me faire re-

1 Armand de Cauraont, Ris aine de Force.

5 novembre

1598. connoître qu'elle est résolue de ne consentir jamais que Caumont me demeure et qu'elle en viendra plutôt à toutes sortes d'extrémités ; mais que si je veux prendre sur le reste du bien , qu'elle rendra ma condition plus avantageuse ; je ne vous dirai point mes réponses, cela seroit trop long; contentez-vous que je ne me suis point laissé ébranler et que je l'ai payée de même monnoie. Je ne m'attends à autre cliose de cette part-là et suis sur le point de me résoudre des moyens que je dois tenir pour plaider. A Paris, ce o novembre.

ii novembre Ne faisant rien ici pour le présent, je m'en revais trouver demain à Mousseaux S. M. qui m'en presse, et mènerai Armand avec moi , pour lui faire la révérence; je désire qu'il s'accoutume aux compagnies pour se façonner; ses frères demeurant ici , continueront leurs exercices. Madame alla bier voir le Roi à Mousseaux , S. M. doit en partir à la fin de cette semaine pour venir à Saint-Germain, de quoi je suis fort aise; car on est là plus commodément et plus près de cette ville. Il ne se passe à présent rien de nouveau ; l'on fait état de la venue de M. de Lorraine à la fin de ce mois pour le mariage de Madame. Il se parle peu de celui du Roi , mais je sais que S. M. est en volonté de le faire et crois que dans quelque temps elle donnera plus de connoissance de sa résolution. Tous les Princes sont en cette ville ; je vis hier M. le Comte de Soissons qui revenoit de cbez lui. Je crois qu'ils n'iront trouver le Roi qu'il ne soit à Saint-Germain. Il y a quelques jours que M. d'Espernon et M. de Pvosny eurent une grande prise au Conseil, mais cela est aucunement accommodé. S. M. a fort porté M. de Rosny, il est fort en crédit, il me dit être fort de mes amis et me promet de m'aider en mes assignations; j'espère d'en retirer quelque partie cette année, ce qui sera un grand coup ; le Pioi me l'a promis et ce ne sera pas peu fait, car il n'y eut jamais tant de difficultés à faire ici les affaires, et à la vérité il y a force malcontents. A Paris, ce 11e novembre.

P. S. Depuis sept ou huit jours la Marquise de Maignelay a perdu son fils, de quoi elle a porté un merveilleux regret; il lui reste une seule fille de l'âge de sept ans qui sera fort

M. DE LA FORCE A Mme DE LA FORCE. 297

riche; l'on a parlé que le mariage pourroit se faire de M. le '598- Connétable avec la mère et son fils avec la fille, d'autres de " povembre M. d'E^pernon et de son fils.

Si mes lettres ne courentfortune, vous en recevrez souvent h novembre. Je suis venu trouver le Roi en ce lieu de Mousseaux. S. M. se porte fort bien, Dieu merci, allant toujours sa santé en s'amendant; elle part lundi pour Saint-Germain et passe par les maisons de M. le Connétable; elle mettra trois ou quatre jours en chemin pour chasser. J'ai mené Armand avec moi, auquel elle a fait l'honneur de faire plus de cas mille fois que je ne devois espérer. Il ne tiendra qu'à lui qu'il ne soit honnête homme, car il a ce bonheur d'être chéri de tous. Quant à mes affaires, je n'espère plus rien par accord. Adieu pour cette fois. A Mousseaux, ce samedi H novembre.

Vous me mandez qu'il a couru des bruits par delà de quel- 6 décembre, ques voix que le Roi auroit ouïes à la chasse; ce sont des contes de néant. Quant aux discours aussi que m'écrivez de quoi l'on parle sur ce qui me touche et que l'on dit s'être passé ici , ce sont tous chansons ; croyez que l'on est bien éloigné de là et que je vous puis assurer avec vérité que je n'eus jamais tant d'occasion d'espérer de mon maître qu'à présent, et faites état que lorsque l'on fera courir quelque bruit par de là et que je ne vous en manderai rien, que c'est chose fausse ; car tout ce qui le méritera ne vous sera point célô. Le Roi est en ce lieu de Saint-Germain où la Cour est fort grande, il n'y eut jamais tant de presse aux affaires ni plus de difficultés à en faire, même astheure que l'on est sur le point de dresser les états sur la fin de l'année et de faire force règlements. Le baptême du dernier fils se fait dimanche prochain ; M. le Comte de Soissons est parrain et Madame d'Angoulème la marraine; il n'y aura pas grands triomphes. Pour le mariage de Madame, l'on en faisoit état dans ce mois, mais ce ne sera si tôt ; le Pape n'a voulu accorder la dispense à cause de la Religion, et pensoit-on que cela pourroit y donner quelque empêchement; mais M. de Lorraine a mandé qu'il ne lairroit de venir et qu'il seroit ici le vingt-cinquième

1598. de ce mois ; le Roi est fort résolu à ce mariage et Madame 6 décembre. anss[. [\ s'en traite d'autres qui ont amené de grandes brouilleries , c'est pour cette fille ' héritière dont je vous ai parlé par mes dernières. La marche veut que le mineur fasse vendition avec la fille du fidelle, et son fils avec sa fille d'elle, et cependant g hœshvqrq (d'Espernon) traitoit pour lui et pour son fils, de quoi la fontaine (le Pioi) a été merveilleusement offensé et a rompu ce coup. Je crois que l'autre se fera , car le Roi l'affectionne fort et s'est toujours servi du gentil qui a négocié tout et si à propos , qu'ils ont reçu tous du contentement. Le joyeux a eu ce bonheur qu'il ne s'est guère traité d'affaire d'importance qui ne lui soit communiqué; il me l'a dit à moi-même et ai eu cet honneur d'y avoir souvent part et d'avoir reconnu S. M. prendre plus de fiance de moi que jamais, pour la connoissance qu'il me- donne librement de ses plus particuliers desseins et affaires. Il se fera à ce premier jour de l'an force nouveaux Chevaliers. Il ne s'est rien passé depuis en mes affaires, car j'ai résolu d'attendre et de plaider par delà. Cejourd'hui une personne de qualité m'en a fort entretenu, j'ai reconnu qu'il en avoit charge de mes parties , car il m'a pressé que, si je voulois, il s'assuroit qu'il me feroit rendre content; croyez que je joue bien mon personnage et me ferai valoir à mon tour. M. le Connétable a fort sollicité pour remettre la messe en Réarn; mais S. M. a résolu de n'y point toucher que les Edits de ceux de la Religion ne soient vérifiés.

Le Roi nous faisoit jouer tous les soirs à la prime durant sa diète; j'y ai gagné à plusieurs fois quatorze cents écus; il est vrai que M. le Grand en étoit de moitié, j'en ai sept cents de quitte. A Saint-Germain, ce 6e de décembre.

n décembre. Tout présentement je viens d'arriver en cette ville, où le Roi m'a envoyé pour des affaires qui importent, ce sont des particularités qui ne se peuvent écrire; je vous fais ce mot à la hâte que j'étendrai davantage si j'ai plus de loisir. M. le Comte de Saint-Paul est arrivé depuis hier, je ne l'ai point vu encore , mais un gentilhomme qu'il tient de ses amis , m'a dit

1 Mademoiselle deMaignelay . (Voir le post-scriptum de la lettre du 11 novembre de M. de la Force à sa femme.)

M. DE LA FORCE A Mmo DE LA FORCE. 299

qu'il étoit fort marri de ce que madame la Comtesse sa femme 1598. n'avoit accordé et qu'il désiroit encore m'en faire parler. Je " décembre. les verrai venir, et s'il y a apparence de quelque bon expédient et qu'ils veuillent se rendre à la raison, je n'y perdrai point temps. A Paris, ce vendredi 11e décembre.

J'ai eu plus de loisir que je nepensois, et vous dirai encore 12 décembre. comme je pars ce jourd'hui pour retourner trouver le Iloi à Saint-Germain. Le baptême se fait demain; tous les Princes et Princesses s'y trouveront. J'ai appris par un de mes amis que la Comtesse de Saint-Paul faisoit manier une entreprise sur Caumont qu'ils ont su ne leur pouvoir réussir. Le Roi a été offensé de quelques prêcheurs de cette ville qui en leurs sermons ont dit des choses séditieuses, même pour empêcher la vérification de nos Edits; son bon ordre a étouffé cela et la ferme résolution qu'il a de s'en faire accroire qui sert de beaucoup, car il y a force mauvaises volontés et qui hrouilleroient s'ils pouvoient, mais les remèdes y sont bien et dignement apportés. Je vois bien que vous commencez à prêter l'oreille pour savoir quand je commencerai à parler de retour; il est certain que passé ce mois, nul affaire important ne peut plus me retenir que le procès. Je crois qu'au plus loin je serai résolu de tout dans le quinzième du mois prochain. Le Roi continue à vouloir m'adresser la Commission de la Guyenne que mes amis me conseillent de ne point refuser, et cette occupation ne pourroit me retarder de beaucoup à vous voir, car ayant acheminé les affaires, j'iroi s toujours faire un tour jusques à vous. Je vous discours de tout naïvement comme je pense ; mandez-moi bien particulièrement l'état de votre santé et de la petite canaille. Adieu. Ce 12e de décembre, à Paris.

P. S. J'ai infinie occasion de me louer de la bonne volonté du Roi et de madame la Ducbesse (de Beaufort) ; elle est plus en faveur et autorité que jamais. J'aurois force particularités à vous conter, mais ce sont choses qui ne doivent être commises au papier : c'est tout pour astheure. Je vous dirai seulement qu'il me reste encore quelque argent du jeu et que j'ai résolu, quoi qu'il en soit, de réserver trois ou quatre cents écus pour employer en petites galantises de bagues et autres

1598. choses. Je vous prie, si vous me voulez faire plaisir, mandezmoi franchement ce que voulez que je vous porte et ce qu'aurez particulièrement en affection. Je prie Dieu, ma fille, qu'il te conserve, et te baise cent mille fois et ma petite follette.

12 décembre

14 décembre. je Vous ai écrit, il n'y a que deux jours, et vous mandois tout ce que je pourrois à présent vous dire, sinon que je suis fort las de la peine que je pris tout hier à force cérémonies pour le baptême du fils ' du Roi; il y eut un ballet excédant qui nous fit veiller jusques à six heures du matin. La Cour est fort grande et grossit tous les jours. Nous-vîmes hier après dîner faire des miracles à un homme qui va sur la corde là où il faisoit des cabrioles, comme un autre sauroit faire sur terre. Le Roi fait état d'aller dans trois ou quatre jours à Paris , où il demeurera jusques à la cérémonie desCbevalicrs. M. le Comte de Saint-Paul y est; l'on m'assure qu'il dit qu'il veut fort accorder. Je serai fort aise de voir ce que j'en dois espérer, attendant la vérification de nos Edits qui sera au premier jour, car les affaires s'y disposent fort, le Roi faisant toujours^connoître que c'est sa volonté. J'ai eu des lettres de M. le Duc de Biron qui se porte fort bien. Il devoit faire un tour à Lyon et à son retour fait état de venir trouver S. M. ; je n'ai autre chose à vous mander pour astheure. A Saint- Germain, ce IV de décembre.

i6 décembre. Vous me menaciez par vos lettres que vous m'en adresseriez si souvent que vous m'en ennuieriez ; je vous montre bien que je ne crains pas cela envers vous , car je ne me lasse point de vous faire voir des miennes; celle-ci est la troisième en six jours. Je n'ai pas grand'chose à vous apprendre, sinon l'arrivée de M. de Lorraine plus tôt que nous ne pensions. Madame a eu nouvelles comme il doit arriver dans trois ou quatre jours; les principaux de la Cour, à savoir les Princes et Officiers de la Couronne, ont été nommés du Roi pour euxmêmes dresser l'état, afin que voyant combien les charges se montent plus que la recette, un chacun se dispose à se re-

1 Alexandre, dil le Chevalier de Vendôme, Grand Prieur de France, second fils de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, Duchesse de Beaufort.

M. DE LA FORCE A M'ue DE LA FORCE. 301

trancher, car l'on est plus sur l'épargne que jamais, et cepen- isos. dant il y a plus de demandeurs que jamais. S. M. s'en va 16 décembre . dans quatre ou cinq jours à Paris fort résolue de faire vérifier l'Edit; à la vérité il se trouve tous les jours quelques difficultés sur beaucoup d'articles, et cejourd'hui nous nous sommes assemblés pour en traiter, et sur tous les points qui étoient en controverse, il y a été apporté des expédients. Voilà tout ce quejepuis vous dire pour astheure. A Saint-Germain, ce mercredi 16 de décembre.

Le Roi est venu en cette ville pour y passer les fêtes, nous 24 décembre. avons demain Noël, S. M. doit toueber les malades, et huit jours après est la cérémonie des Chevaliers ; je crois qu'elle y fera encore demeure de quinze jours ou trois semaines. Le Parlement est fermé à présent à cause des fêtes, et n'ouvrira jusqu'au cinquième du mois prochain , de sorte que l'Édit ne pourra être présenté qu'alors; ce sont des longueurs qui m'ennuient fort, car je crains encore qu'il s'y trouvera toujours quelques difficultés qui apporteront du retardement. Il s'est fait de terribles rumeurs en cette ville sur cela , et y en a de si envenimés contre nous qui seroient bien aises d'y pouvoir apporter de l'empêchement; c'est une des occasions qui a fait venir ici le Roi, qui est fort résolu de s'en faire accroire, et parla bien haut à son arrivée, sur de mauvais bruits que l'on faisoit courir; entre autres, l'on persuadoit au peuple qu'il faisoit faire une levée de Suisses et Lansquenets pour l'avancement de ceux de la Religion, et pour faire passer leur Edit par force. Sa présence abattra bien tous ces coups-là, et il y procède si bien que j'espère que le tout tournera sur ceux qui sèment ces malicieuses inventions. AParis, ce 2V1 de décembre.

Nous avons fait cejourd'hui la Cène chez Madame 25 décembre, avec fort grande compagnie, nos trois enfants y ont aussi communié, Dieu merci. Je crois qu'il y a ici plus de trois cents gentilshommes de la Religion ; il y a fort longtemps que la Cour ne fut si grande.

P. S. M. de Belsunce m'a prié de lui prêter mes chiens

302 CORRRESPONDACES.

1598. jusqu'à mon retour, faites-les-lui bailler; j'en amènerai de 25 decembre- beaux d'ici, et un bon cheval de pas pour vous, afin que soyez chasseresse.

31 décembre L'on attend M. le Prince de Lorraine ici dans trois ou quatre jours, il est arrivé à Troyes en Champagne, et vient fort accompagné avec cinq cents chevaux. Il se fait de grands retranchements sur les garnisons et sur la Maison du Roi; je désire aussi avoir l'œil à la dépense pour ce qui me regarde, car cela est allé merveilleusement vite; tout ce que j'apportai d'argent a été dépendu , et de plus quatorze cents écus que j'ai tirés de mon état des Gardes, et mille queM. de la Yigerye m'a prêtés au moins, il ne m'en reste que cinq cents; si ai-je outre la dépense ordinaire, à faire encore force dépense extraordinaire, même envers mes avocats qui pressent tous les jours , astheure qu'ils voient que j'ote le procès de leurs mains; soit que j'accorde, soit que j'aille plaider par delà , je fais état qu'il leur faudra pour le moins six à sept cents écus; c'est un gros article. Adieu, ma petite, je te baise cent mille fois ma bouche et celle de mon Elisabeth ; je me suis fâché ce soir à M. de Bellefleur, parce que je lui ai dit cent fois dem'apporter des poupines et qu'il n'en arien fait; moi je n'ai été au Palais il y a trois mois ; mais à présent que je suis en liberté, je me promènerai et ne vous oublierai pas ni à notre petit peuple. A Paris, ce 31e de décembre.

1599. p. S. Ma petite, c'est le premier de l'an, si tu as retiré la

i-r jaDv;cr. }K,]jc enS(,jgne> je te la donne pour tes étrennes, et si ne lairrai pas de te porter force brouilleries d'ici. Adieu encore un coup.

M. DE LA FORCE A Mmc DE LA FORCE. 303

M. DE LA FORCE A MADAME DE LA FORCE

Arrivée du Duc de Bar. — Son mariage avec la Princesse Catherine. — Détails de tout ce qui a précédé la vérification de l'Edit de Nantes. — Jeune fanatique qui vouloil tuer le Roi, arrêté sur l'avis du Duc de Lorraine. — Grossesse de la Duchesse de Beaufort. — Divertissements de la Cour. — Accord de Mornay et de Saint-Phal. — Brouillcries de quelques Seigneurs à la foire de Saint Germain. — Départ de la Duchesse de Bar. — Voyage de Rohan aux Pays-Bas. — Accord de M. de la Force avec la Comtesse de Saint-Paul. — Entremise du Roi dans cette affaire. — Ambassadeurs du Pape, du Roi d'Espagne, de la Reine d'Angleterre et du Duc de Savoie. — Le Roi envoie la Force en Guyenne procéd.r avec le Maréchal d Ornano à la vérification de l'Edit en faveur des Réformés.

Je vous dirai comme M. le Prince de Lorraine et M. de 1599. Vaudemont sont arrivés ici, il y a six ou sept jours, fort ac- 12Janviercompagnes , bien et honorablement reçus du Roi et de Madame. Le jour est pris pour les noces au vingt-cinq de ce mois à Fontainebleau;, dix ou douze jours après mo'ndit sieur de Lorraine fait état de l'en amener. Une s'y fera pas grandes magnificences, si est-ce qu'il y a vingt ans que l'on n'a vu la Cour plus grande. Au reste, nos Édits furent présentés, à l'ouverture du Parlement après les fêtes, pour la vérification. Le Roi avoit auparavant mandé MM. les Présidents pour leur faire entendre sa volonté, et leur représenter fort dignement comme il vouloit qu'ils y procédassent. Us y ont déjà travaillé trois ou quatre matinées , toutes les Chambres assemblées, et prenoient un biais pour mettre les affaires encore en longueur; mais S. M. les a encore fait venir par devers elle, leur enjoignant à tous de suivre ses volontés; de sorte qu'ils ont commencé d'entrer aux opinions, et à ce que le Roi m'a dit, pour la première fois ils ordonneront qu'il sera fait remontrances à S. M., mais qu'après la jussion, ils passeront outre. Il n'est pas croyable la fermeté que le Roi y apporte, et en quels termes il en parle; de quoi il étoit besoin, car il y a de très-mauvaises volontés, et s'est fait de grandes brigues pour y mettre de l'empêchement. Cela a occasionné beaucoup de gens de parler, et ont fait courir des bruits que je crains être allés jusque à vous, et que cela n'ait donné de l'alarme en beaucoup de lieux; car malicieusement l'on a fait courir le bruit trois ou quatre fois en cette ville, que le peuple étoit

>599. résolu de se lever et de courir sus à tous ceux de la Religion ; !2 janvier, et tout de même que c'étoit ceux de la Religion qui avoient résolu de se venger de la Saint-Barthélémy; car à la vérité, il y en a en cette ville fort grand nombre et de qualité. Le Roi a fort crié contre tous ces mauvais instruments, et commandé, à tous ceux qui en oyeroient parler de le révéler à peine de punition, afin qu'il en fût fait exacte recherche pour découvrir l'origine et les auteurs de telles inventions malicieuses. Enfin, tout cela va en fumée, et devez croire que jamais le Roi ne fut plus aimé et plus craint de ses sujets, prenant cet État un établissement si stable, que nous devons espérer, avec l'aide de Dieu, une paix fort durable. Parmi tout cela est venu un avis de M. de Lorraine le père, qu'un jeune homme possédé du diable depuis quelques années, et que l'on avoit mis en une Religion de capucins, comme prison nier, s'étoit échappé et avoit dit en quelques lieuv. qu'il vouloit tuer le Roi; tout cela aidoit à alarmer beaucoup de gens; cependant l'on a mis bon ordre pour le faire chercher et prendre. S. M. se porte fort bien et chasse ou joue à la paume tous les jours ; madame la Duchesse est grosse de quatre ou cinq mois. Vous pouvez vous assurer que ma cour est faite, que je commence à en être si saoul que le paiement me tente fort. A Paris, ce mardi 12e de janvier.

P. S. Cejourd'hui l'accord de M. du Plessis et de M. de Saint-Phal s'est fait; le Roi les a fait embrasser. J'avois été employé par M. du Plessis avec d'autres de ses amis; j'ai eu ce bonheur de lui avoir assisté dignement et si bien qu'il en a reçu grandissime contentement, et tient m'en être fort obligé.

2 février. Je vous dirai comme Madame épousa dimanche, qui étoit devant hier, M. de Lorraine; il n'y a eu magnificence que de beaux habits qui ont fort paru au grand bal qui s'est dansé trois soirs de rang , et grands festins servis en cérémonie. Nos enfants ont tout vu, je les y avois fait venir tous trois; le Roi part demain pour Paris, résolu, à ce que S. M. me dit encore, de n'en bouger que l'Edit ne soit vérifié. Je ne vous en dirai astheure davantage , suppliant Dieu qu'il

M. DE LA FORCE A Mrae DE LA FORCE. 305

vous ait en sa sainte garde. A Saint-Germain , ce 2e de 1599 février. 2 février.

P. S. Madame m'a fait l'honneur de me dire qu'elle étoit infiniment contente en son mariage, et s'estimoit fort heureuse.

Cejourd'hui MM. du Parlement sont venus trouver le Roi 5 février pour lui faire remontrances sur l'Édit. S. M. leur a parlé comme il falloit, et après nous a commandé à MM. de Bouillon, du Plessis et à moi, de nous assembler avec MM. le Chancelier et autres de son Conseil, où leurs remontrances ont été épluchées et ne s'y est rien trouvé d'important; de sorte qu'il a été résolu que S. M. les manderoit après-demain, pour leur déclarer sa volonté et les enjoindre par ses jussions de procéder à la vérification; il me semble que toutes choses sont en bon train, et le Roi si résolu à cela, que j'espère que nous en viendrons à bout; voilà tout pour astheure. A Paris, ce 5e de février.

Votre lettre que je reçus au soir me tient en peine de notre petite et encore plus de vous, pour la crainte que j'ai de votre humeur trop appréhensive et que cela ne nuise à votre santé. Croyez que les jours me commencent à être fort longs et que j'ai astheure tellement le retour en la tête qu'il me tarde fort, et ne devez douter que je n'y mette toute la diligence qui se pourra ; mais à la vérité je ne veux rendre mon voyage inutile, et si je puis avoir ce bonheur que de sortir d'affaires, je prendrai mon retour avec un grand repos d'esprit et de voir nos Édits vérifiés, qui est sans mentir uncoup d'État fort important. A Paris, ce 7e de février.

P. S. Madame a résolu de partir d'ici avec M. le Prince son mari un jour ou deux après carême prenant ; le Roi fait état de la conduire jusqu'à Chàlons en Champagne, et de là aller visiter la frontière de Picardie.

Nous avons failli de voir depuis deux jours de grandes ni.w..

brouilleriespour quelque aigreur qu'il y avoit entre le Prince

de Joinville et M. le Grand, lesquels s'étant rendus à la foire

de Saint-Germain fort accompagnés les uns et les autres, à

12 février.

savoir : MM. le Comte d'Auvergne, les Princes du Mayne, de Joinville et de Nemours, le Comte Sommerive ' et plusieurs gentilshommes, d'un côté ; et de l'autre, M. le Grand avec des principaux de la Cour ; où il y eut de grandes pousseries. M. le Prince de Joinville, et M. de Termes, frère de M. le Grand, s'attaquèrent de paroles si avant qu'il s'en fallut de peu qu'il ne se donnât une petite bataille entre eux. Le Pioi étoit à Fontainebleau. M. le Connétable avec MM. de Montpensier, de Bouillon et d'Espernon ont travaillé pour empêcher que les choses n'allassent plus avant, à quoi il y a bien eu de la peine ; enfin j'ai eu cejourd'hui commandement du Roi de les aller à tous arrêter en leur logis et de leur faire défense de n'en point partir jusqu'à sa venue, à peine de désobéissance, ce que j'ai fait. S. M. sera ici après-demain et pourvoira à tout de quoi il est bien besoin, car il s'en est failli fort peu qu'il ne soit arrivé beaucoup de scandale. Au reste, il s'est présenté des effets merveilleux de Dieu, que depuis deux jours il a été pris trois hommes qui vouloient tuer le Pvoi ; les deux premiers ont été pris ensemble, ayant été découverts par un confesseur. Ils ont déjà avoué et dit des choses qui font croire que l'on en tirera de grandes particularités. Le dernier a été pris sur un avis que M. de Lorraine envoya en poste, il y a plus de trois semaines. Il a aussi déjà confessé ; c'est une grande assistance de Dieu.

Je puis vous assurer qu'il me semble que je porte Paris sur les épaules; croyez que mes mauvaises humeurs fantastiques me prennent souvent; de quoi ma tête se sent bien, car j'ai astbeure fort ma migraine. Adieu. A Paris, ce vendredi 12° de février.

24 (écrier. Le laquais de mademoiselle de Tines vous a apporté une longue lettre de moi; ce que je vous puis dire de plus est que notre Édit a été vérifié, et demain il doit être publié; nous avons beaucoup d'occasion d'en louer Dieu, car à la vérité c'est un grand affaire. Le Roi part à ce matin d'autant qu'il veut courir le cerf en chemin, et Madame part après dîner. Je l'accompagnerai deux ou trois lieues et m'en reviens ici

' Honoré de Savoie, Comte de Sommerive, fils aine du Comte de Tende, Gouverneur de Provence sous Charles IX.

M. DE LA FORCE A Mme DE LA FORCE. 307

pour y attendre M. et madame la Comtesse de Saiot-Paul «99. afin de prendre résolution en nos affaires. Cependant je pré- 24février« parerai ce qu'il faut pour mon équipage pour n'être retardé de rien. S. M. fait état de passer son carême à Fontainebleau; j'irai y prendre congé là d'elle après que j'aurai achevé ici, où il fera bien ennuyeux astheure que la Cour n'y sera point. Pour le regard de la Commission pour la Guyenne, je ne sais encore ce cpn en sera; l'on m'a dit que M. de Bouillon la désiroit avoir ; je n'ai garde de la rechercher, car je vous réponds que je ne m'en soucie nullement. Vous aurez encore de mes nouvelles avant mon parlement. A Paris, ce 2ic de février.

Je vous ai écrit d'un voyage que doit faire M. de Tiolian, 25 février. certes c'est une belle occasion et eusse fort désiré en avoir votre avis, estimant qu'il seroit fort à propos que notre aîné l'eût fait, mais je n'ai garde de le lui faire entreprendre que je ne sache votre volonté. Je crains trop que si vous ne l'aviez agréé, que cela ne vous donnât du déplaisir et de l'ennui, ce je ne voudrois pour rien. A la vérité cela lui profiteroit fort et s'en sentiroit toute sa vie ; ils sont quatre ou cinq jeunes Seigneurs qui font ce voyage. Je n'ai encore pu savoir de M. de Rosny pour combien je suis assigné ; il me dit hier qu'il verroit dans ses papiers, mais qu'il croit que c'est pour trois ou quatre mille écus. Comme j'étois justement en cet endroit de ma lettre, Geneste est arrivé, de quoi j'ai été fort aise et d'être assuré de votre bonne santé et de nos petits. 11 m'a apporté la pierrerie, je vous manderai à la première occasion combien elle sera appréciée des lapidaires; je trouve le bracelet fort mal ainsi et les diamants sans lustre, il est besoin de les remettre en œuvre. Je supplie Dieu qu'il vous tienne en sa sainte garde. A Paris, ce jeudi 25e de février.

Vous serez bien étonnée de voir mon séjour plus long que ne pensiez; certes, c'est à mon grand regret, car astheure que toute la Cour s'en est allée d'ici, il y fait bien ennuyeux, et d'ailleurs si cher vivre que l'on y dépense extrêmement. Notre Edit a été vérifié et publié ; M. le Chancelier assembla hier MM. "du Conseil où je fus aussi appelé; c'étoit pour traiter de

27 février.

1599. l'ordre que l'on doit tenir pour l'exécution de l'Edit et pour 57 février. ]e faire vérifier aux autres Parlements, et faire nomination des Commissaires afin d'en donner avis au Roi, et que sur ce, S. M. prît sa résolution. L'on me fit une grande presse pour me commettre en Poitou et Saintonge, estimant que j'y pouvois servir même envers ceux de la Rochelle que l'on juge qu'il y aura de la difficulté à persuader de remettre la messe en leurville. Enfin je m'en défendis, et aussi ilsjugèrent que puisqu'il me falloit employer en Guyenne, que ce seroit trop me charger, vu les occupations que j'ai ailleurs. Je tâche fort de m'excuser de tout, mais cela est remis au Roi d'en ordonner. Je n'ai point encore nouvelles de M. et madame la Comtesse de Saint-Paul. J'ai montré votre lettre à ma sœur1, je l'ai bien fait rire du mariage et aussitôt pleurer, car vous savez que c'est son humeur; elle m'a prié de vous faire ses recommandations et de vous dire qu'elle s'assure que sans qu'elle en jure, que vous croyez bien qu'il n'en est rien. C'est tout pour astheure. A Paris, ce 27e de février.

5 mars. Je désirerois vous pouvoir mander de meilleures nouvelles de notre traité d'accord que nous avons commencé depuis deux jours, étant madame la Comtesse de Saint-Paul arrivée en cette ville ; mais à ce que j'en puis juger, il ne faut pas espérer que nous fassions rien, car les choses ne sont point acheminées à cela, de quoi je ne vous mentirai point que j'ai un extrême regret, appréhendant tout ce qui se peut la misérable vie que celle d'un plaideur, et qu'au lieu que j'espérois m'en voir hors, qu'il me faille astheure recommencer tout de nouveau. Certes la seule appréhension me fait naître des cheveux blancs, m'étantfort difficile de ployer mon humeur et de m'assujettir à cette fâcheuse vie. Les choses se sont fort altérées ennuit, toutefois non pas rompues; je ne sais si elles prendront meilleur train. N'estimez pas pour ce que je vous mande que cela me rende plus lâche à la conservation de mes droits, car je vous réponds que j'y suis merveilleusement résolu, mais il me semble que quand je vous ai fait mes plaintes que je suis beaucoup plus capable de me résoudre

' Madame de Larchant.

M. DE LA FORCE A Mme DE LA FORCE. 309

et do supporter mon mal. Nous n'avons pas traité par assem- i*w. Liées, c'est entre nous-mêmes, de vive voix, ou par entre- 5marimetteurs. Madame la Comtesse de Saint-Paul est tellement aheurtée à avoir Caumont qu'elle dit absolument qu'elle mourroit aussitôt que de le céder ; je vous réponds que de ma part je suis bien aussi ferme et pouvez vous assurer que s'ils m'en font départir, que ce sera à bonne enseigne. Le Roi n'est point en cette ville, il passe fort son temps à la chasse, il a écrit cejourd'hui une lettre à M. le Maréchal d'Ornano, qui est ici, qu'il se préparât d'aller promptement en Guyenne et qu'il r allât trouver pour cet effet mardi à Conflans, qui n'est qu'à quatre ou cinq lieues d'ici ; je m'y en irai avec lui ; je crois que c'est pour la vérification de l'Édit et aussi afin de pourvoir à ce qui se passe à Pardaillan pour le fait de M. de Boisse, et ne sais encore s'il me voudra adresser la Commission pour la Guyenne; cela sera bientôt résolu. Au reste je me trouve empêché pour avoir l'évocation que je désire de mon procès, car l'Édit porte qu'il faut que ce soit au même Parlement du ressort, et la Chambre n'y est pas encore établie ; il est bien à craindre que cela prendra de la longueur. C'est une chose étrange que les sermons séditieux qui se sont faits en cette ville et que la malice de ces prêcheurs contre nous et contre le Roi même. Il y en a auxquels l'on a interdit la chaire, mais je crois qu'il y en aura de punis. Pareille chose est advenue à force autres villes. S. M. en est fort offensée. Il y a quatre ou cinq jours que j'ai eu nouvelles de M. de Biron, il se porte fort bien. Il me donne quelque espérance de le voir bientôt, j'en serois fort aise. Il n'a encore rien résolu pour votre sœur, quelque sollicitation que je lui en ai faite ; s'il vient avant mon partement, je l'en presserai fort. A Dieu, ma petite, je le supplie vous tenir toujours en sa garde. A Paris, ce 5e de mars.

J'arrivai hier de Fontainebleau où le Roi m'avoit corn- 2 »wa. mandé de l'aller trouver ; c'a été pour résoudre le fait de la messe en Béarn ; l'on est astheure après à en dresser l'Edit ; puisque c'étort chose qui devoit advenir, je crois que l'ordre n'y pouvoit être meilleur, et espère que cela n'apportera

2 avril.

1599. point d'altération ni de changement aux affaires du pays. Je vous ferai savoir bientôt de mes nouvelles plus au long par notre Cls la Force, que je fais partir demain avec tout mon train. Je m'en retournerai en poste. Je n'ai point voulu partir d'ici que je n'eusse mon évocation, que je poursuis ici au privé Conseil. M. le Chancelier est absent et ne doit être ici qu'après Pâques; d'ailleurs S. M. a résolu de s'en aller à Blois, madame la Duchesse y va faire ses couches, et le Conseil privé doit suivre le Roi, de sorte que j'appréhende bien à tout cela de la longueur. Il est vrai que j'estime meilleur pour moi que cette évocation soit jugée là, que non pas en cette ville, où mes parties auront plus d'incommodité et moins de moyens d'y faire des brigues; croyez que de mon côté je ne m'endormirai pas à bien solliciter et fais état que j'aurai une résolution dans la fin de ce mois. Je vous envoie notre fils aîné pour vous réjouir. A Paris, ce 2e d'avril.

P. S. Madame la Comtesse de Saint-Paul se plaint fort de ce que je suis si déraisonnable, moi je dis que c'est elle; il y a toujours de nos amis qui s'emploient à notre accord, mais je n'en espère pas beaucoup.

Je vous recommande ma fille et de ne la laisser pas hàler le visace.

24 mai. Dieu merci, je suis hors d'affaires, content tout ce qui se peut ; à la vérité, le dernier accord me coûte plus cher que celui que je vous avois mandé, mais les grandes traverses et difficultés que je prévoyois à rentrer en procès, avec les longueurs qui s'éprouvent continuellement à ce misérable métier, me rendent l'esprit fort en repos de m'en voir délivré. J'ai d'ailleurs vu les choses si désespérées et de si peu d'apparence d'en pouvoir jamais sortir par accord, qu'ayant eu ce bonheur d'y pouvoir arriver, il m'a été si doux et si agréable que sans mentir, c'est une sauce qui le fait trouver beaucoup meilleur. Ce sont toutes les mêmes conditions que je vous ai déjà mandées, mais au lieu de trois mille écus, il y en a cinq et la substitution assurée pour Caumont au cas que madame la Comtesse de Saint-Paul n'ait point d'enfants. Us m'ont fait de grandes difficultés pour me laisser Castelnaut en ce cas- là, disant que ce sont toutes les principales

M. DE LA FORCE A Mme DE LA FORCE. 311

maisons, et ont voulu que j'aie promis lors de payer dix i5d9. mille écus, mais ce n'est rien comme je vous ferai entendre. 24mai" Je vous assure qu'il y a bien fallu du mystère et le Roi m'a fait l'honneur d'y apporter un merveilleux soin, S. M. ayant fait assembler tous les principaux de son Conseil privé, où il y avoit sept Présidents. Madame la Comtesse de Saint- Paul s'étoit rendue pour cet effet à Fontainebleau, où les choses ont été à la fin décidées et en bonne et due forme. Le contrat en est passé par main de notaire et signé de toutes parts. J'attends dans quatre ou cinq jours la ratification de M§r le Comte de Saint-Paul, pour après le faire homologuer au Parlement, de quoi je laisse la charge à M. de la Courtiade, faisant état de partir au commencement du mois prochain si aise et si content qu'il n'est possible de plus, de me voir délivré de ce grand fardeau et en espérance de te voir bientôt avec un esprit plus libre que je ne m'étois promis. Je crois que mes dernières lettres vous auront bien fâchée, car je supportois ce déplaisir fort impatiemment et n'en disois pas tout ce que j'en avois sur le cœur. J'arrivai devant hier en cette ville, et hier M. de Biron ; je suis après lui pour le faire résoudre sur beaucoup d'affaires qui lui importent, même pour le mariage de votre sœur et aussi de la jeune afin que j'en puisse porter une résolution. Je le presse fort pour luimême afin qu'il se marie, il est certain qu'il est recherché de deux ou trois fort grands partis ; je vous en porterai des nouvelles; quant à celles du général, le Roi se porte bien, Dieu merci, il se parle toujours fort de le marier bientôt et y est fort disposé. Je crois que S. M. dépêchera bientôt vers cette Princesse ' du Grand Duc. L'on continue toujours le voyage de Blois. Il y a ici plusieurs Ambassadeurs arrivés depuis sept ou huit jours, du Pape, du Roi d'Espagne, de la Reine d'Angleterre et du Duc de Savoie, je remettrai les particularités à notre vue. Au reste il n'est pas croyable les grandes protestations que madame la Comtesse de Saint-Paul fait de nous vouloir aimer et à tous nos enfants, et sans mentir, elle me le témoigne par une vie toute autre que par le passé. Elle m'a fort promis qu'elle nous donneroit des meubles. C'est

1 Marie de Médicis, fille de François, Grand Duc de Toscane.

2i mai

1599. tout pour astheure, je supplie Dieu que j'aie ce contentement de vous trouver en bonne santé, mais que vous veuilliez me reconnoitre, car je suis devenu tout gris. Je te baise cent mille et mille fois et de bon cœur. A Paris, ce 2ie de mai.

P. S. J'ai eu nouvelles de notre Henri ' de Sedan, tout se porte bien, croyez qu'il est fort content; j'ai employé deux mille écus depuis que mon train est parti. Je vous porterai encore quelques brouilleries, il y a aussi d'autres vertugadins et rabats. Je vous prie qu'on ne laisse pas, pour la cbaleur, de faire chasser mes chiens.

Nous ne ferons pas ici tant de séjour que je pensois d'autant que nous pourrons aussi bien exécuter l'Edit pour tout ce qui regarde cette Sénéchaussée à Bergerac comme ici, c'està-dire à la Force, et ce me sera tant plus de moyen de vous voir plus longuement, car je fais état de retenir M. du Refuge; MM. de Bergerac et des autres lieux nous viendront bien trouver là et pourrons delà expédier nos ordonnances. Je vous prie avoir soin de ce qui se pourra accommoder pour la maison et de même des vivres. J'ai donné ordre à ce porteur d'aller chercher le maître architecte de Cadillac et le conduire à la Force afin que nous prenions résolution de notre bâtiment; j'espère que nous serons demain à souper à la Force; il faut du poisson, car M. du Refuge ne mange point de chair; s'il y en a assez, l'on pourra mettre chair et poisson. J'espère que j'aurai moyen de vous donner toute la semaine ; je désire fort faire la Cène avant partir, je ne sais quel dimanche l'on la doit célébrer à la Force. J'aurois grand déplaisir qu'il mésadvînt de cette pauvre fille, je prie Dieu qu'il lui veuille assister, mais il se faut conformer à sa volonté, je vous supplie que cela ne vous travaille point, j'aurois beaucoup de peine de vous trouver en mauvais état et qu'eussiez aucun ennui; je vous prie, faitesbonne chère et joyeuse, je désire fort puisque je n'ai guère de temps à dépenser auprès de toi que ce soit avec plaisir et contentement. APérigueux, ce vendredi.

1 Le Marquis de Castelnaut, son second fils.

Ordre de se saisir de l'héritière de Labalut, enlevée par M. de Sauvelerre, et de la remettre à ses parents.

Monsieur de la Force, sur ce que j'ai été averti que l'hé- 1599. ritière de Labatut a été ravie d'entre les mains de sa mère et 24 juin. menée dans la maison de M. de Sauveterre ou quelqu'autre de votre Gouvernement, de Bigorre ' ; je vous commande trèsexpressément de vous transporter où ladite héritière de Labatut aura été emmenée, et vous en saisir, et arrêter le cours des querelles et assemblées qui se sont faites pour ce sujet; qu'elle soit bien et sûrement gardée, pour après être mise entre les mains de ses plus proches, ainsi que la justice en ordonnera, à quoi vous tiendrez la main de tout votre pouvoir, d'autant qu'en cela il y va de mon service et que c'est chose que j'affectionne, et celle-ci n'étant à autre fin, je prierai Dieu, etc. Ecrit à Orléans le 24e jour de juin. Signé : Henry. Et plus bas : de Loméme.

VériOcation de l'Edit concernant les Catholiques. — Le Roi veut être obéi. — Voyage qu'il fait à Paris. — De retour à Orléans, il s'achemine vers Rlois.

Monsieur de la Force, outre mon autre lettre que vous n juillet. recevrez par cette même voie, je vous fais ce mot de ma ' AlUosraPhe) main pour vous dire que vous m'avez fait service très-agréable de me faire entendre que vous prévoyez que quelquesuns me veulent faire des remontrances sur la vérification de mon Edit touchant le rétablissement de la Religion Catholique en mon Pays souverain de Béarn, mais je ne veux pas que pour cela l'on diffère la vérification d'icelui; pour ce portez-vous en cet affaire avec telle roideur que je sois obéi ; vous ne sauriez croire de quelle importance cela m'est à.présent, mêmement à Rome où ça seroit pour traverser les affaires que j'y ai, desquelles vous savez assez juger l'importance, c'est pourquoi je vous recommande cet affaire et ne recevez aucunes remontrances sur ce fait. Je suis très-aise do ce que, passant par la Guyenne, vous ayez trouvé un chacun

1 II est évident que ces mots ne peuvent se rapporter au Gouvernement de M. de la Force, qui se composait du Béarn et de la Basse-Navarre, sans y comprendre le Bigorre, mais au lieu d'où 1 héritière d? Labatut avait été enlevée.

3 1 h CORRESPONDANCES.

1599. bien disposé à la paix et à m'obéir; j'espère que Dieu me 17 juillet. fera ja grfcQ gUe je je seraj (jes uns et (jes autres> si je su]s

bien servi de ceux que j'emploie et qui ont charge. Je vous dirai que j'ai fait un tour à Paris de quinze jours, où j'ai bien passé mon temps, car j'y étois allé pour voir les dames et mes bâtiments, et sans gens de conseil ni d'afTaires, mes hôtes ont été Gondy et Zamet et n'ai jamais couché deux fois en un même lieu. Je suis de retour en cette ville, d'hier seulement, où je séjournerai sept ou huit jours, et d'ici m'acheminerai à Blois, où je ferai quelque séjour, cependant donnez-moi avis de tout ce que vous apprendrez m'importer. J'attends par le retour de mon laquais amplement de vos nouvelles sur toutes les occurrences de delà; surtout gardezvous bien de recevoir ceux des Etats de mon Pays ni autres à me faire aucunes remontrances sur la vérification de mon Edit, car c'est chose que je ne veux souffrir, et faut qu'ils se résolvent à m'obéir et considérer que j'ai fait le tout pour le bien général des uns et des autres ; donnez-moi avis de la réception de la présente par la voie de la poste de Dacqs. A Dieu, Monsieur de la Force, etc. Ce 17e juillet, à Orléans.

Plaintes des lenteurs du Conseil à l'occasion de l'Edit pour le rétablissement du Catholicisme.— 11 prie la Force de s'entendre avec le Président du Pont pour hâter celte affaire.

23 août. Monsieur de la Force, vous saurez toutes nouvelles par (Autographe) ]e pr<4sident du Pont, c'est ce qui fera ma lettre plus courte, il vous déclarera mon intention sur le rétablissement de la Religion Catholique en Béarn; je trouve très-mauvais que ceux de mon Conseil y apportent telles longueurs, puisque par vous je leur avois fait entendre ma volonté ; les Evoques s'en sont plaints à moi ; vous me ferez service très-agréable d'y mettre fin à ce coup en sorte que je n'en oye plus parler; ces retardements préjudicient à mes affaires et au bien commun de ceux qui y apportent les difficultés , s'ils le savoientreconnoître. Quoi que soit, je veux être obéi sans rien retrancher de mon Edit; s'il s'y trouve quelque article qui mérite réformation , il en faudra doucement conférer avec le temps ; ne faites faute de vous gouverner en ce sujet selon que vous dira le Président du Pont, auquel j'ai commandé

me revenir trouver dans trois mois pour me servir par deçà. 15"- A son retour je m'attends d'être informé de l'état de mon Pays et particulièrement du succès de cet affaire ; sur ce je prie Dieu, etc. Ce 23 août, à Blois.

23 août.

Remerciement sur ce qu'il a faitjvérifier son Edit en faveur des Catholiques.

Monsieur de la Force, j'ai été très-aise d'entendre par la 31 août, vôtre du dix-huitième de ce mois qui me fut rendue le vingt- (Autographe) septième en suivant et depuis par Casaux, comme vous avez fait vérifier mon Edit du rétablissement de la Religion Catholique en mon Pays de Béarn, et eusse bien voulu que c'eût été sans me faire sur cela aucunes remontrances comme je vous avois commandé et écrit depuis ; mais puisque cela n'a pu, j'espère que avant que les uns et les autres se séparent d'auprès de moi, de leur donner contentement; cependant je vous prierai qu'en attendant cela, vous teniez la main que les uns et les autres vivent en repos sous mes Edits et que vous employiez vivement votre autorité à ce que cela soit. Assurez-vous que je vous aime bien fort et les effets vous le témoigneront. Par Casaux, vous aurez plus amplement de mes nouvelles. Sur ce, Dieu vous ait, etc. Ce dernier août, à Blois.

Il se félicite de ce que M. de Casaux ait été député vers lui, et regrette qu'il soit chargé de lui adresser des remontrances.

Monsieur de la Force, j'ai été fort aise d'entendre, tant par ^septembre, les vôtres du dix-huitième du passé, que depuis par celles que le sieur de Casaux m'a rendues, et par sa bouche même, le devoir duquel vous avez usé pour faire vérifier mon Edit du rétablissement de la Religion Catholique en mon Pays de Béarn , suivant ce que je vous ai commandé lorsque vous partîtes d'auprès de moi, et ai écrit depuis; mais je l'eusse été davantage qu'il se fût passé sans sur icelui m'y faire des remontrances comme m'a fait ledit sieur de Casaux de la part de ceux de mon Conseil et Cour souveraine de Béarn , d'autant que ces longueurs préjudicient au bien do mes affaires et service ; j'ai eu pour fort agréable l'élection qui a été faite de la personne dudit Casaux pour me faire lesdites

1599 . remontrances, tant pour ce qu'il s'en est bien acquitté, 14 septembre. qU'aussi p0Ur ce qUe je m'assure qu'il s'acquittera fidèlement de ce que je lui ai commandé là-dessus pour le faire entendre à ceux de mondit Conseil et Cour souveraine. Il importe infiniment et plus que je ne vous puis dire qu'aussitôt qu'il sera arrivé, on procède à la vérification de mondit Edit, ensemble du règlement sur icelui, et que incontinent après vous procédiez à l'exécution d'une chose que je vous commande, et dont vous savez assez juger l'importance; et remettant le surplus à la suffisance dudit de Casaux, je ne vous en dirai davantage que vous prier de le croire, et Dieu vous avoir, Monsieur de la Force, etc. Ecrit à Blois, le 14e jour de septembre. Signé : He>ry. Et plus bas: de Loméme,

Procès de Bustamente, Espagnol arrêté à Pau. 2 octobre. Monsieur de la Force, je n'ai rien à vous mander depuis Autographe) ja dépêche que je vous aj faite par Dauval ; ce mot par votre laquais est pour vous dire que j'ai reçu la vôtre par lui , et que je vous envoie la lettre que j'ai commandé être faite à ceux de mon Conseil ordinaire pour leur faire entendre mon intention sur la procédure qu'ils ont à tenir contre Bustamente, Espagnol, prisonnier à Pau, laquelle vous leur ferez tenir en diligence et viendrez au-devant de moi entre Limoges et Cbàtelleraut, car je serai bien aise de vous voir avant que d'y arriver. Adieu, Monsieur de la Force. Le 2 octobre, à Blois.

Prière de rétablir en sa charge le sieur du Pont que le Roi avoit relevé de l'interdiction prononcée contre lui par les Etats du Pays. — Promesse qu'il fait à la condition d'être obéi.

24 novembre. Monsieur de la Force, à mon autre lettre que vous rece- (Autographe;) vrez par Mesplées , j'ajouterai ce mot de ma main pour vous dire que vous me ferez service très-agréable d'affectionner la réception du Conseiller du Pont, comme je l'affectionne, pour les raisons que vous entendrez par ledit Mesplées; il y va en cela tellement de mon service et de mon contentement, que je ne vous cellerai point, que je ne pourrois trouver bon de voir mon autorité combattue plutôt par passion que par raison, et vous savez que mon humeur est de ne m'y laisser

vaincre. Les choses en sont venues trop avant pour en de- 1599. meurer là; bref, je veux être obéi; aussi vous pouvez vous24novembre• assurer et assurer en mon nom les Etats de mon Pays et le leur jurer et promettre que cela n'arrivera plus, et que je les conserverai en tout ce que je pourrai, non-seulement pour le For, mais même qu'en tout ce qu'ils requerront de moi, je leur témoignerai comme je désire les gratifier, mais aussi qu'ils me donnent ce contentement-là et qu'ils ne me fassent choisir une autre voie pour me faire obéir, en mandant Coulomyes, cause de tout le bruit, de me venir servir ici près de moi, et vous commandant de me l'envoyer; et remettant le surplus à la suffisance dudit Mesplées , je ne vous en dirai davantage que pour vous prier de le croire, et Dieu vous avoir, Monsieur de la Force, en sa garde. Ce 24 novembre, à Paris.

COMMISSION DU ROI POUR EXÉCUTER l'ÉDIT DE NANTES EN GUYENNE AVEC LE MARÉCHAL D'ORNANO.

Mes amés et féaux, envoyant les sieurs de la Force, Con- 1600. sciller en notre Conseil d'État et Capitaine des Gardes de nwn notre corps, et du Refuge, Maître des Requêtes de notre Hôtel, en l'étendue de notre province de Guyenne, pour avec notre cousin le sieur d'Ornano, Maréchal de France, et notre Lieutenant en icelle, pourvoir à l'exécution et entérinement de notre Édit et déclaration sur les précédents Edits de paci fi cation, qui a été naguère vérifié en notre Cour de Parlement de Bordeaux ; nous voulons et entendons que tous et chacuns de nos Officiers de ladite province aient à les assister de tout leur pouvoir au fait de leurdite Commission et à eux obéir et faire obéir et entendre par tous ceux de leur j uridiction et ressort en ce qui concerne l'observation de notredit Edit, parce que d'icellc dépend le repos et tranquillité de cet Etat et l'union de tous nos sujets. N'y faites donc faute pour votre regard sur tant que désirez le bien de la paix et notre bienveillance, car tel est notre plaisir. Donné à Paris, le 17e jour d'avril. Signé: Henry. Et plus bas .Fouget.

M. DE LA FORCE A MADAME DE LA FORCE

Guerre de Savoie. — Préparatifs du siège de Montmeillant. — La Force arrive à Montélimar. — Prise des forts de la Bresse, par Biron. — Négociations. — Marie de Médicis attendue à Lyon.

1600. Je n'ai encore trouvé aucune occasion pour vous adresser

10 octobre. (Je mes lettres. Nous nous sommes bien conduits jusqu'ici, étant tous en bonne santé; il est vrai que nos chevaux et mulets sont fort harassés. Je n'ai point été à Marseille, d'autant que le Roi est encore en Savoie, et prenons notre chemin droit à Grenoble, où j'espère que nous serons dans quatre jours. Au reste, je ne puis vous dire de nouvelles de S. M. avec beaucoup de certitude; tout ce que j'en ai appris est qu'elle fait de grands appareils d'artillerie et de munitions pour attaquer la citadelle de Montmeillant; d'autres tiennent qu'elle n'y veut point faire d'efforts, mais seulement la bloquer et y laisser M. de Lesdiguières et s'en venir recevoir la Reine à Marseille; d'autres tiennent que ce sera à Avignon ou à Lyon, afin de n'éloigner point son armée. M. de Biron a pris tous les forts de la Bresse, hors la citadelle de Bourg, où il a laissé M. le Baron de Luz ', et lui est venu assiéger un fort que M. de Savoie avoit fait faire auprès de Genève pour les tenir en sujétion, qui s'appelle le fort Sainte-Catherine. Le Roi est presque toujours à Chambéry, qui n'est qu'à une lieue de Montmeillant. L'on m'a assuré que la paix seroit bientôt faite et que de tous côtés la désirent; mais S. M. dit qu'elle ne veut point traiter avec le Duc de Savoie, d'autant qu'il lui a manqué de promesse, mais que si le Pape ou le Roi d'Espagne veulent traiter pour lui, qu'il y entendra, de sorte qu'il y a des courriers en campagne pour cet effet. Il y a six ou sept jours que nous en trouvâmes un qui couroit à trois chevaux et nous dit qu'il alloit delà part du Pape vers le Roi d'Espagne. Je n'aurai point demeuré six ou sept jours auprès de S. M. que je ne vous mande bien au long l'état de toutes choses; cependant, je vous prie, n'ajoutez point de foi à tant de mauvaises nou-

1 Edme de Malain, Baron de Luz, Lieutenant au Gouvernement de Bourgogne compromis, en 1602, dans la conspiration de Biron ; il fut tué en duel en 1013 pa: le Chevalier de Guise.

10 octobre.

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