DE LOMÉNIE
DU PLESSIS-MORNAY A M. DE LA FORCE
Affaires de Religion. — Nouvelles de la Cour.
Monsieur, vous saurez assez d'ailleurs ce qui se passe en l'affaire qu'avez laissé ici; il s'y présentoit des difficultés, et j'estime qu'il s'y est fait pour le mieux. Pour le monde, il est tel à peu près que l'avez laissé. Le Roi prend soin de la querelle de M. de Soubise, pour faire que ce mal ne passe outre, ce que je vous dis parce que je connois que vous en aurez soin. Le Prince de Joinville a fait une nouvelle escapade qui ne se rhabillera qu'avec le temps. S. M., offensée de ce qui s'est imprimé à la Rochelle, touchant l'attente de l'Ante- Christ, a désiré que nous nous y entremissions pour y remontrer le trouble que cela pourroit apporter à son service, ce que nous avons fait, et y est allé M. de Caumartin pour cet effet. Pour le brevet de la nomination des Députés généraux
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îeoT. le Synode avoit envoyé ici à S. M. pour requérir qu'il n'en sa mar». f^ nommé que deux et pour un an. S. M. a préféré qu'il en fût nommé six pour en choisir deux, et pour trois ans. Pour le dehors, il semble que les États se disposent à arrêter une suspension d'armes de huit mois, demeurant toutes choses en l'état, pendant laquelle on traitera paix ou trêve. On tâche de ce mauvais marché d'en tirer tel quel profit, en quoi je ne vois pas peu de difficultés. En l'affaire des Vénitiens, le Pape relâche de la rigueur en formalités , moyennant laquelle on fait espérer que les Vénitiens suspendront leurs lois. Si la paix se fait , il est à craindre que l'Espagnol ne tourne ses armes ailleurs. C'est ce que vous aurez de moi, sauf une protestation de vous rendre tout le service qui se peut attendre d'une personne qui se sent fort inutile , mais au moins de sincère affection, comme, Monsieur, je vous baise très-hublement les mains, du Plessis. A Paris, ce 29e de mars.
Trêve conclue avec l'Espagne par les Etats de Hollande.
3 avrU. Monsieur de la Force, les derniers avis que j'ai de Flandres, (Autographe) sont que les Etats sont proches de faire une suspension d'armes qui sans doute les mènera à la trêve, et la trêve à la paix, et ce qui plus m'étonne, est qu'ils y vont avec une si grande diligence, qu'ils ne m'en ont donné nul avis; j'espère toutefois que cela m'apportera du bien à mes affaires; mais pour ce que ce n-'est encore chose du tout conclue, n'en sonnez mot à personne. Mandez-moi les nouvelles que vous apprendrez de vos voisins, et ce que vous saurez importer à mon service, faisant état assuré que je vous aime bien. Adieu, Monsieur de la Force. Ce be avril, à Fontainebleau.
Nouvelles de l'accouchement de la Reine. — Elle lui a donné un second fils '.
18 »tiu. Monsieur de la Force, il y a peu de jours que j'admonestois mes bons serviteurs et sujets de se mettre en prière et oraison, à ce qu'il plût à Dieu assister la Reine, mon épouse, et lui donner un heureux accouchement ; maintenant sa divine
1 Le Duc d'Orléans, qui mourut en 1G11.
16 avril.
bonté exauçant mes vœux et ceux de mesdits sujets, a fait ««* cette grâce à madite épouse, qu'elle est heureusement accouchée d'un fils, dont aussitôt j'ai bien voulu vous avertir, afin que participant en la joie et au contentement que j'en reçois, vous m'assistiez aussi à rendre grâces et louanges de cette bénédiction à la même divine bonté qui me l'a départie, ensuite de tant d'autres pour le soutien et la conservation de mes Etats. Vous ferez part de cette bonne nouvelle à tous mes bons serviteurs et sujets de votre charge, et les disposerez aux mômes actions de grâces par prières publiques, avec feux de joie et tous les démonstrations d'allégresse qu'il vous sera possible; et je prierai Dieu, etc. Ecrit à Fontainebleau, le 16e jour d'avril. Signé : Henry. Et plus bas : de Loménie.
Ordre de s'opposer à la réunion des Eglises Réformées de Béarn avec celles de France.
Monsieur de la Force, depuis vous avoir fait part de l'heu- 26 avril, reux accouchement de ma femme, d'un second fils qu'il a plu à Dieu me donner , et de ce que je désirois qu'il fût fait pour la réjouissance d'icelui, j'ai eu avis qu'entre les autres points qui ont été traités et arrêtés au dernier Synode tenu en ma ville de la Rochelle, celui d'associer et joindre les Eglises de mon Pays souverain de Béarn à celles de France en est l'un, et un autre de faire un fond d'argent en ladite ville, ce que je trouve fort mauvais ; de quoi aussitôt je vous ai bien voulu avertir par celle-ci, afin que vous fassiez entendre à ceux de la R. P. R. de mondit Pays, que c'est chose que je leur défends très-expressément, les assurant de ma part de la continuation de mon affection en leur endroit, quand ils se comporteront comme bons sujets doivent faire, et comme ils ont fait jusques ici; et pour ce vous leur défendrez de se trouver aux Synodes qui se tiendront en Fiance , encore que ce soit par ma permission, s'ils n'en ont une particulière de moi, et se contenter de ceux qu'ils tiendront dans le pays pour la correction des mœurs et disciplines ecclésiastiques. J'attends au premier jour les articles de la paix conclue par mon entremise, entre le Pape et les Vénitiens, pat le moyefo de mon cousin le Cardinal de Joyeuse, où il s"esl acquis une grande gloire. Il y a quelques jours que j'ai commencé une
26 a\ril.
l'f mai.
légère diète à laquelle j'espère être dehors dans huit jours; ce n'est pas que j'en eusse besoin, mais par une précaution. Ma femme et mes enfants se portent très-bien, Dieu merci, qui sont les meilleures nouvelles que je vous puisse mander, et par ce je finirai en le priant , etc. Ecrit à Fontainebleau, le 26e jour d'avril. Signé : Henry. Et plus bas : de
LOMËNIE.
LE BARON DE LA FORCE A M. DE LA FORCE
11 s'arrête à Verteuil chez madame de Roucy, et à Brisambourg chez M. de Biron, son oncle. — Renseignements sur l'héritière de Saveille et sur les volontés de ses parents.
Monsieur, je vous supplie très-humblement me vouloir pardonner si je n'ai eu l'honneur de vous écrire plus tôt. Comme j'arrivai à Fontainebleau, M. deLoménie me dit qu'il n'y avoit que deux jours qu'il vous avoit fait une dépêche J'attendois aussi que M. Barraud dût venir chaque jour; enfin étant venu ici, pour m'en aller voir ma tante, et voyant qu'il ne pouvoit partir encore de quelques jours , je vous ai voulu faire cette dépêche par la voie de la poste, par laquelle je vous dirai qu'ayant fait les visites que m'aviez commandé de faire, je m'en allai à Brisambourg où M. de Biron me retint huit ou dix jours; de là je m'en allai à Verteuil où je fus deux ou trois jours , là où nous parlâmes fort de l'affaire que savez. Madame la Comtesse de Roucy me dit qu'elle avoit vu M. d'Availles, parent de la fille, qui lui en parla fort avant, et de la volonté d'elle; et étant là, Solmignac ayant écrit à M. Dubois en la façon qu'il lui avoit dite, et lui étant venu servir son quartier, sa femme reçut la lettre et lui fit réponse, laquelle vous verrez ; elle croyoit que vous fussiez à Verieuil , et eût désiré que les fussiez allé voir en forme de visite , la mère étant malade, comme elle dit depuis à Solmignac, que nous envoyâmes parler à elle comme si c'eût été Boifilat; mais de peur d'être connu il n'entra point au château, et demeura en une maison, là auprès, où elle vint parler à lui, et lui tint les mêmes propos que M. d'Availles avoit faits à madame la Comtesse de Roucy : à savoir que la fille disoit qu'elle n'épouseroit jamais le fils de son beau-père, et qu'elle
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