‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 164 sur 168 · LE ROI A M. DE VÉRAC · texte numérisé non relu

LE ROI A M. DE VÉRAC

Ordre de remeltre mademoiselle de Saveille entre les mains des sieur et dame de Parabére.

Monsieur de Vérac, après avoir été particulièrement in- 22 octobre. formé de ce qui s'est passé jusqu'ici, touchant le mariage de la demoiselle de Saveille, qui est à présent par devers vous, pour éviter les accidents qui en pourroient arriver, je me suis résolu de la faire mettre ès-mains des sieur et dame de Parabelle, pour y demeurer durant deux mois, pendant lesquels le Baron de la Force, le fils du sieur de Saint-Germain et autres la pourront rechercher en toute liberté, ainsi que je mande présentement audit sieur de Parabelle, afin de reconnoître quelle sera l'inclination de ladite demoiselle , et qu'elle ne puisse être forcée en sa volonté ; au moyen de quoi incontinent la présente reçue, vous la ferez consigner auxdits sieur et dame de Parabelle, sans aucune longueur ni difficulté, vous déchargeant à cette fin par celle-ci, de la promesse que vous avez faite de la garder , et remettre toutes fois et quantes que j'en aurai ordonné. Je prie Dieu, Monsieur de Vérac, etc. Le 22 octobre, à Fontainebleau. Signé: Henry. Et plus bas: Brulart.

LE ROI A M. DE PARABÈRE

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Monsieur de Parabelle, j'ai eu plaisir à entendre par votre 22 octobre. lettre du quinzième de ce mois, que vous avez trouvé les sieur et dame de Saint-Germain disposés à obéir à mes volontés, touchant le mariage de la damoiselle de Saveille, fille de ladite dame. Et depuis, ayant vu mon cousin le Duc de Sully qui m'en a encore plus particulièrement informé, j'ai résolu de faire consigner et remettre ladite damoiselle entre vos mains et celles de votre femme, pour demeurer près de vous

Zl80 CORRESPONDANCES.

«608. et elle durant deux mois, pendant lesquels je veux et pré- Kmftotwe. tcnc]s qUe je Baron de ja Force, le fds dudit sieur de Saint- Germain et autres qui la voudront rechercher en mariage, le puissent faire en toute liberté , afin de reconnoître quelle sera l'inclination de ladite damoiselle, et qu'elle n'y puisse être forcée en façon que ce soit : sur quoi faisant particulièrement savoir mon intention au sieur de Vérac, auquel vous m'avez mandé ladite damoiselle avoir été baillée en garde, vous me ferez service très-agréable de l'envoyer prendre de ses mains avec la lettre qui sera ci incluse, et prendre garde que je sois obéi en ce fait, comme je m'en fie à vous, m'avertissant de ce qui s'en ensuivra, et de ce que vous connoîtrez être des mouvements de ladite damoiselle, durant les deux mois, pour y pourvoir après, ainsi que j'aviserai plus convenable. Je prie Dieu, etc. A Fontainebleau, le 22e d'octobre. Signé : Henry. Et plus bas : Brulart.

P. S. Monsieur de Parabelle, pourvoyez, durant ces recherches, à empêcher toutes querelles , et les défendez aux uns et aux autres de ma part.

Mariage de son fils avec mademoiselle de Saveille.

22 octobre. Monsieur de la Force , j'ai été bien aise d'apprendre de vos (Autographe) nouvelles par ce porteur, et l'espérance que vous avez de venir à bout de votre dessein, touchant le mariage de votre fils avec la demoiselle de Saveille, à quoi j'apporterai tout ce qu'il me sera possible pour vous témoigner, et à lui, que je vous aime tous deux. J'ai ordonné que ladite demoiselle soit ùtée d'entre les mains du sieur de Yérac, et mise pour deux mois entre celles de la dame de Parabelle, femme de mon Lieutenant en la province, là où votre fils et le fils du sieur de Saint-Germain la pourront voir quand ils voudront. Le commissaire Yiguier partira au plus tôt pour, suivant la commission que je lui ai fait expédier, s'en aller par delà, et s'informer des parents de la fille, et d'elle, et de sa volonté sur ladite recherche. Je trouve bon que vous séjourniez encore quelque peu par delà, mais à condition que, quand vous serez auprès de moi, autant de temps que vous aurez man-

M- DE LA FORCE A Mme DE LA FORCE. 68 1

que à votro quartier, autant vous en demeurerez auprès de 1608. moi, icclui parachevé. Loménie m'a assuré vous avoir fait aaoct*W entendre ma volonté sur celle que vous lui écrivîtes, par le Baron votre fils, touchant la dispute de ceux des vallées d'Aspe et d'Anço. Et remettant le surplus de mes nouvelles à ce porteur, etc. Ce 22« d'octobre, à Fontainebleau.

M. DE LA FORCE A MADAME DE LA FORCE

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Nos affaires prennent bien plus de longueur que je ne 28 octobre, m'étois promis ; je vois bien que l'on avoit fait état par ces remises de m'ennuyer, et que le service où ma charge m'appelle, m'obligeroit de passer outre et quitter la partie. Mais ils y seront trompés; tant y a que la dépêche du Roi que nous attendions, est venue, il y a cinq ou six jours, et Franchemont de retour. S. M. avoit ordonné que mademoiselle de Saveille seroit mise entre les mains de M. et madame de Parabelle, pour là être vue avec toute liberté de ceux qui la voudroient rechercher; mais il n'a jamais été possible d'y faire condescendre le sieur de Parabelle, de sorte que cette nouvelle difficulté nous a encore obligés de recourir au Roi, où j'ai redépêché Franchemont à ce matin; j'espère qu'il sera de retour dans cinq ou six jours, et, à mon avis, que S. M. ordonnera qu'un Commissaire vienne, afin que par sa présence il puisse pourvoir à toutes les difficultés qui se présenteroient. Ces longueurs ont fait reprendre courage à nos parties, ils font toutes sortes d'efforts pour nous traverser, et se portent à toutes voies violentes et extrêmes; je ne m'en émeus pas pour cela davantage, je ne laisse pas de bien aviser à mon fait, et espère que tous leurs efforts seront en vain. Je tiens M. de Parabelle pour m'être fort contraire, au moins a-t-il fait des coups fort désavantageux pour nous. Quoiqu'il en soit, je pense avoir gagné les principaux parents, et tiens, Dieu merci, nos affaires si bien disposés que, quoi qu'ils fassent, j'espère que nous en aurons bon succès. J'ai souvent des visites à présent. M. le Baron de Savignac y est; M. d'Oradour, M. du Repaire, et celui que j'ai nourri page; M. de Chamberet y a demeuré huit jours , il est allé à la Cour. I. 31

Zi82 CORRESPONDANCES.

«608. H y a trois jours que ceci est écrit, M. le Baron de Savi- 3j octobre. gnac ^ ja ^tie d'aller hier vers M. et madame de Saint- Germain avec de bonnes lettres , pour essayer encore de les disposer en notre faveur, mais il n'y a moyen. J'envoie cejonrd'hui M. d'Oradour à Couhé vers M. de Yérac et mademoiselle de Saveille, pour avoir permission de les voir, afin que j'aie observé les honnêtetés requises lorsque les volontés du Roi seront venues, car je suis résolu de presser les affaires sans plus laisser couler de temps; et encore que l'on fait de grands efforts pour me traverser, j'espère, avec l'aide de Dieu, que tout ira bien. A Chefboutonne, ce 31e octobre.

LE ROI A M. DE PARABERE

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4 novembre. Monsieur de Parabelle, j'ai entendu les raisons pour lesquelles vous désirez être déchargé avec madame de Parabelle, votre femme, de la garde de la demoiselle de Saveille, sur le commandement que je vous ai fait, que ce porteur m'a représentées de votre part ; mais je persiste à désirer de vous et d'elle ce service, au moyen de quoi je vous prie de vous y résoudre, car l'autorité de votre charge et créance que vous avez par delà, seront causes que toutes choses passeront plus doucement. Mon intention n'est pas d'empêcher que le fils du sieur de Saint-Germain épouse ladite fille, si elle l'a agréable et le consent; mais au défaut de cela, je désirerois y favoriser le Baron de la Force pour l'affection que je lui porte, à son père et à sa Maison, et pour ce que je crois certainement que ce mariage-là seroit fort sortable, et que ce seroit le bien commun des parties ; ce que je désire que vous représentiez de ma part audit sieur de Saint-Germain et à sa femme, afin de les disposer à l'agréer, en cas que ladite fille fasse difficulté et refus d'admettre leur fils, et les assurant qu'ils feront chose qui me sera très-agréable, comme vous ferez, de la pouvoir faire réussir à mon contentement. Et parce que j'ai entendu que l'on en avoit engagé d'autres à la même poursuite, afin de traverser celle du sieur de la Force, faites entendre à ceux-là qu'ils me feront déplaisir de s'y embar-

quer et que ce sera s'opposer à ma volonté, puisque j'ai en- notu trepris d'y porter et favoriser ledit sieur de la Force, et tant *«■■■*■* ferez qu'ils s'en déparlent; si étant mal conseillés ils faisoient relus de me complaire, vous les y traverseriez en favorisant en tout et partout ledit sieur de la Force, après que ledit sieur de Saint-Germain aura été éconduit; et d'autant que mon intention n'est de rien faire en ceci dont l'on puisse avec raison et justice se plaindre , j'ai commandé être envoyé sur les lieux un des Maîtres des Requêtes ordinaires de mon Hôtel, pour informer plus particulièrement de la volonté de ladite demoiselle et de l'avis de ses parents sur ce sujet, pour après en ordonner ainsi qu'il sera équitable. Mais je serai très-aise que le mariage dudit sieur de la Force et de ladite demoiselle, au défaut de celui du sieur de Saint- Germain, se puisse faire du gré et consentement dudit sieur de Saint-Germain le père, et de la dame de Saint-Germain, mère de ladite fdle, sans être nécessaire d'employer les Maîtres des Requêtes, ni y procéder par autre voie; car, comme ils sont tous mes serviteurs que j'affectionne grandement, j'aurois grand plaisir et contentement qu'ils s'en accordassent aimablement, estimant que ledit mariage en seroit plus heureux, et aussi que ce seroit le bien et avantage de ceux qui appartiennent à l'une et à l'autre partie. Je vous prie donc d'y employer mon nom et autorité, et votre crédit et pouvoir envers les uns et les autres, et surtout ne permettre que cette résolution aille à la longue, ni qu'elle engendre aucune querelle entre mesdits ser\ Heurs, et je reconnoîtrai le devoir que vous y ferez. Je prie Dieu, etc. Fcrit à Fontainebleau, le ic"jour de novembre. Signé: Henry. Et plus bas : Rrulart .

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Monsieur de la Force, ce porteur vous dira ce que j'écris 4 novembre, présentement aux sieurs de Parabellc et de Saint-Germain, et pareillement à la femme du dernier, sur le sujet pour lequel vous L'avez renvoyé vers moi, avec ce que j'ai ordonné pour l'acheminement du Commissaire que l'on avoit demandé, et

UbU CORRESPOND AN CES.

1808. rompre le cours des autres recherches que l'on veut susciter 4 novembre. e|. faYorjser au préjudice de la vôtre; partant, je m'en remettrai sur lui pour vous dire que je ne me lasserai jamais défavoriser le bien de vous et des vôtres en toutes occasions et même en celle-ci ; mais si vous en pouvez sortir avec le gré et contentement de la mère, comme des parents de la fille, je l'aurai encore plus agréable, d'autant que j'estime que le mariage en sera plus heureux, comme vous dira de ma part ledit porteur. Je prie Dieu, etc. Écrit à Fontainebleau, le 4e jour de novembre. Signé: Henry. Et plus bas : Brûla rt.

M. DE LA FORCE A MADAME DE LA FORCE

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K novembre. Je neveux manquer à mes promesses de vous donner avis de tout ce qui se passe; j'ai fait mon voyage à Couhé où M. de Parabelle se rendit le lendemain. Je ne bougeai du bourg ; il y avoit nombre des parents que je voyois à toute heure, même M. de Yérac ; la volonté de tous étoit fort portée, encore plus celle de mademoiselle de Saveille, d'être plutôt entre les mains de quelqu'un d'entre eux que de celles de M. de Parabelle. Lorsqu'il reçut ma lettre faisant mention que j'allois à Couhé et le priant de s'y rendre, il ne le trouva pas bon et me renvoya Franchemont en poste pour me prier d'arrêter à Chaunay, mais j'étois déjà à Couhé, de quoi M. et madame de Saint-Germain étoient aussi fort fâchés; ils me pressèrent fort d'aller audit Chaunay, mais je tins bon , et avons demeuré deux jours audit Couhé, c'est-à-dire au bourg. Il y a eu force contestations pour se résoudre du lieu où seroit mise mademoiselle de Saveille, enfin il a fallu revenir à l'ordre que le Roi y établit, et que M. de Parabelle l'amèneroit cbez lui, ce que nous fîmes hier; j'ai été de son escorte, je l' allai voir au château avec M. de Parabelle et saluai madame de Yérac et elle. Je n'y fus qu'un quart d'heure pour ne donner occasion de plainte, et l'après-dîner nous y retournâmes ; je l'entretins encore un peu, et soudain montâmes à cheval et elle en carrosse à la portière, de sorte que tous ceux que j'avois avec moi eurent moyen de la voir et de l'entretenir tout le chemin, surtout Masgezir. Je vous fais ce

M. DE LA FORCE A Mrac DE LA FORCE. 685

discours pour vous dire que c'est merveille que l'estime que »6<>8tous en font, car c'est à qui en dira le plus de bien, non pour 12DOvembresa beauté, mais pour son bel esprit et les témoignages qu'elle donne de son bon jugement par toutes ses actions. Je lui parlai par deux fois en chemin, mais retenuement et peu, par discrétion. M. de Parabelle trouva bon que je n'allasse point jusqu'en sa maison, de sorte que je logeai à une petite lieue de là, et ne suis arrivé ici que cet après-dîner. Il a ce matin prié M. de la Fresilière, qui est un des parents, d'aller savoir de M. et de madame de Saint-Germain s'ils prétendent faire présenter le fils (M. de l'Aubonyère), ce qu'ils jugent qu'ils ne feront pas et se contenteront de faire paroître que le Roi leur en avoit donné permission et qu'il n'a tenu qu'à eux. Je ne sais s'ils feront guère durer cette cérémonie, mais du moins je fais état de cinq ou six jours. Leur déclaration faite, M. de Parabelle m'a assuré qu'il nous en avertiroit soudain pour nous présenter, où j'espère que nous ferons lors notre petit devoir. Au reste il a tellement disposé M. et madame de Saint-Germain, qu'il a tiré parole d'eux qu'ils consentiroient à notre recherche, etse promet mettre la paix partout, ce qui seroit à la vérité un grand bien et un grand contentement. J'avois laissé ici notre fils aîné pour ne point leur donner d'ombrage. Voilà l'état où sont les affaires à présent, desquels, Dieu merci, j'ai plus d'occasion d'espérer bien que jamais, non que je puisse être délivré de crainte que je ne voie le tout arrêté, tant j'ai toujours mon esprit agité, si n'avons-nous rien à redouter de mal, à moins qu'il ne nous fût fait par une contrainte ou grande trahison, ce que nous ne devons pas présumer, vu le lieu où elle est. Il faut que je vous die que si Dieu nous fait la grâce de mener cet affaire à bonne fin, comme je l'espère fort, que nousaurons bien de quoi le louer, car à la vérité il est plein de mystères et de choses remarquables. Au reste c'est une fille rare, et de laquelle je fais grande estime; nous avons toujours quelques bonnes marques de son inclination envers nous, et tous les principaux parents acquis. Je m'assure que vous aurez bien de l'impatience d'avoir de nos nouvelles durant ces sept ou huit jours, je serai soigneux de vous en envoyer. Adieu pour cette fois. A Chefboutonne, ce 12e novembre.

LE ROI A M. DE PARABÈRE

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1608. Monsieur de Parabelle, ayant ordonné que la demoiselle

20 novembre. ^ Saveille seroit séquestrée entre les mains de votre femme

og™p e pour être en liberté d'être vue de ceux qui ont dessein de la rechercher, j'ai bien voulu vous faire ce mot en faveur du Baron de la Force; vous savez comme son père m'a toujours bien servi et que je les aime. Je vous prie, départez-leur toute l'assistance qu'il vous sera possible, et faites entendre aux sieur et dame de Saint-Germain, auxquels j'en écris, que si le fils dudit sieur de Saint-Germain ne peut y parvenir, que je désire qu'ils consentent audit Baron de la Force, en quoi ils me donneront beaucoup de contentement. Employez-vous-y donc à bon escient, je vous prie; je sais qu'ils croient fort en vous, ce sera me rendre un service fort agréable. Ce 20e novembre, à Paris.

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20 novembre. Monsieur de la Force, j'ai été bien aise d'apprendre par la (Autographe) yûti\> en quel état sont les affaires de votre (ils, touchant la recherche qu'il fait de la demoiselle de Saveille, et qu'elle soit entre les mains du sieur de Parabelle, auquel j'écris pour le favoriser et s'y employer vivement à ce que au plus tôt vous en ayez votre résolution, et que ce soit à votre contentement, comme chose que je désire et affectionne, et que vous vous rendiez près de moi, où vous serez le bienvenu et vu de moi qui vous témoignerai comme je vous aime. Adieu, Monsieur de la Force. Ce 20e novembre, à Paris.

M. DE LA FORCE A MADAME DE LA FORCE

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2i«mmbre. J'estime que cette dernière lettre vous apportera plus de contentement que les autres, aussi vous puis-je parler par celle-ci plus avantageusement des affaires; nous arrivâmes hier au soir en ce lieu de la Motte ', chez M. de Parabère, où est mademoiselle de Saveille. M. le Comte de la Rochefoucauld me fit l'honneur de vouloir être de la partie ; nous 'LaMothe-Sainte-Heraye, quoique M. delà Force l'appelle la Moltc-Saint-Eloy.

étions bonne troupe, j'ai été bien aise d'avoir retenu le sieur i6^de Stutjusques à cette heure, afin qu'il vous put conter toutes 2lnovcmbMles particularités. Je vous dirai que c'a a été un grand coup d'avoir gagné ce point que de se voir; car c'est un affaire tellement traversé que nous ne sommes pas encore à bout de toutes les difficultés; mais à la vérité, Dieu nous y favorise tellement que les choses nous succèdent contre tous les efforts. M. et madame de Parabére nous font une très-bonne chère et nous témoignent beaucoup d'affection; j'espère, avec l'aide de Dieu, que nous aurons bonne issue. Au reste, j'apprends aslheure à faire l'amour, car je vous réponds que j'ai entretenu aujourd'hui cette belle fille plus de trois heures, tous deux à part, et avec force contentement, car c'est un bel esprit, et ne vous tairai point aussi à vous qu'elle m'a fait connoître en avoir reçu beaucoup de son côté. C'est une fille fort agitée du travail que cela lui donne, et qui a pris plaisir à mes discours. J'ai voulu aussi satisfaire mon esprit et la sonder sur notre recherche , de quoi j'ai retiré de si modestes paroles, et avec cela de quoi en espérer bien, que, Dieu merci, je puis dire que nous n'avons plus de quoi douter pour ce regard. Je vois bien que l'on ne laissera encore de nous donner de la peine tant qu'on pourra ; mais j'espère, avec l'aide de Dieu , surmonter tout. Si notre amoureux avoit de l'affection avant de la voir, jugez astheure en quoi il en est; il fait gentiment sa cour. Je vous prie envoyez-moi les papiers que je vous ai mandés ; nos contraires qui voient toutes choses si disposées en notre faveur, ne trouvent d'autre remède que de prolonger tant qu'ils peuvent et gagner temps, espérant que cela leur pourroit susciter quelques nouveaux moyens; cela me donne toujours de la peine, non que j'appréhende meshuy rien, et pouvez en demeurer à repos, car je n'abandonnerai point cet affaire qu'il ne soit résolu. Je supplie Dieu qu'il conduise le tout à sa gloire et vous tienne en sa sainte garde.

P. S. Il y a quatre jours que madame de Saint-Germain vint céans, qui tourmenta fort sa fille de rudes paroles ; mais enfin elle lui pardonna le passé, et en présence de M. et do madame de Parabére, déclara qu'elle consentoit à notre recherche, mais qu'elle ne la vouloit plus voir; tout cela est

1608. fait à quelque dessein, tant y a que je ne crains plus rien à si novembre. present. A la Motte Saint-Eloy, ce 21e novembre.

25 novembre. Vous aurez appris de nos nouvelles bien particulièrement par le sieur de Stut, et comme, Dieu merci, toutes choses sont bien acheminées pour l'avancement de notre recherche, et vont toujours de mieux en mieux. Mon déplaisir est que l'on me jette en de plus grandes longueurs que je ne voudrois. M. de Parabère nous y témoigne beaucoup d'affection, mais il veut tellement contenter M. et madame de Saint- Germain, qui sont toujours fort aigris contre nous, qu'il n'y a pas peu de peine à les ramener. Tous aurez vu par les lettres de S. M., comme elle désire que le mariage se fasse par leur gré et consentement, s'il se peut, ce qu'à la vérité, j'alTcc lionne fort aussi et n'y épargne nulle sorte de rechercbes et de soumissions. M. de Boissec est vers eux pour cet effet, -nous l'attendons aujourd'hui ou demain. Je vous dirai que l'avis de M. de Parabère est que nous devons prendre cet ordre, à savoir : que mademoiselle de Savcille suppliera sa mère de se rendre ici à certain jour auquel elle mandera de même tous ses parents, ce qui est la voie ordinaire et la plus honorable, afin que par le consentement de tous, le mariage se puisse résoudre, et s'il s'y rencontre des difficultés, lors envoyer vers le Roi pour faire venir le Commissaire; de sorte que voilà l'état des affaires. Il se promet enfin que la mère s'y rangera ; elle a bien déclaré qu'elle y donneroit son consentement, mais qu'elle ne s'en vouloit pas mêler ; toutefois , il se promet que lorsqu'elle verra que le mariage ne se peut faillir, qu'elle s'y résoudra. J'en aurai beaucoup plus de contentement; il nous faudra encore douze ou quinze jours à cette cérémonie, et si cela manque, et qu'il faille envoyer chercher un Commissaire, jugez quelles longueurs, tant y a qu'elles sont à présent plus supportables puisque nous sommes près de ce cher gage , qui est à la vérité une agréable conversation et un entretien auquel je prends grand plaisir. J'ai eu force travail et peine jusqu'ici, mais astheure nous passons une douce vie, madame de Parabère vous y souhaite à toute heure. C'est une des honorables maisons où j'aie jamais été, et où nous faisons aussi bonne chère.

M. DE LA FORCE A Mme DE LA FORCE. 489

Je vous assure que cette fille a beaucoup de mérite, nous en 1608avons tout le contentement que nous saurions souhaiter. Je 25 DOvem ,re' prie Dieu qu'il lui plaise nous y continuer son assistance et bénir tellement cet oeuvre qu'il le parfasse à sa gloire, et vous doint en parfaite santé très-longue et heureuse vie. A la Motte Saint-Eloy, ce 25e novembre.

Nos affaires vont, Dieu merci, de mieux en mieux, nous * décembre, sommes sur la décharge que la mère demande de l'administration qu'elle a eue des biens de la fille. Ils nous font espérer que moyennant cela , et qu'on leur accorde quelques autres demandes qu'elle a faites qui, à la vérité, sont un peu déraisonnables, qu'elle passera le contrat de mariage incontinent. Ce sont matières qui ne se peuvent si tôt résoudre, car la mère se tient à Comporte, qui est à huit lieues d'ici; il faut faire plusieurs allées et venues , et à la vérité , ils témoignent tant de mauvaise volonté que nous avons occasion jusqu'ici d'estimer que s'ils font quelque chose de bien en cet affaire et à notre contentement, c'est pour ne le pouvoir éviter. Nous attendons demain le retour de ceux qui négocient pour madame de Saint-Germain ; s'ils y veulent bien procéder, nous n'en avons pas pour quatre jours, sinon ils nous feront encore beaucoup traîner, et possible nous contraindront-ils d'en venir aux extrémités, qui est de faire venir de la Cour un Maître des Requêtes. Mais je suis résolu de les fort presser astheure pour n'être plus amusé inutilement. C'est ce que je vous dirai pour cette fois , étant fort aise que vous soyez allée assister notre fille de Castelnaut; j'écris à notre fils de Castelnaut, s'il faut que vous veniez, que je désire qu'il vienne avec vous. Dieu vous tienne tous en sa sainte garde. A la Motte Saint-Eloy, le ¥ décembre.

J'ai été fort aise d'apprendre des nouvelles de votre bonne 17 décembre. santé à tous. Je m'attends par les premières d'entendre les couches de notre fille de Castelnaut; je lui demande encore un garçon et après je lui permets de se reposer un an. Je vous renvoie ce laquais pour vous donner avis comme, Dieu merci, tout est résolu. J'ai contenté madame de Saint-Germain sur les propositions et demandes qu'elle avoit faites. Pré-

1608. sentcment M. de Boissec vient d'arriver de sa part pour nous îT.iecembre. assurer qu'elle sera ici sans faillir samedi matin, aveclesparents et du conseil pour passer le contrat de mariage et faire les fiançailles, qu'elle est fort apaisée et témoigne avoir du contentement; il ne peut survenir meshuy de difficultés, nous ferons crier ici dimanche les premières annonces, Dieu aidant ; je vous prie en faire de même à la Force, car ce que je vous mande est du consentement de toutes les parties. Il est nécessaire qu'incontinent après la troisième annonce, vous fassiez partir un homme de cheval en diligence pour m'apporter l'attestation de l'église, et je crois que M. Dupuis ne fera point de difficulté de la délivrer dès le samedi au soir et la dater du dimanche, afin de gagner plus de temps, car il sait bien qu'en cela il n'y a point d'abus. Il faut qu'à quelque prix que ce soit, elle soit ici de mardi prochain en quinze, et je crois qu'il sera à propos que vous arriviez ici le lundi auparavant. J'estime qu'il vous faut mettre six jours en chemin pour le moins: voilà ce que je vous en puis mander pour astheurel .le vous ai dresséun mémoired'autrcs particularités, et outre ce, je fais état, dès le lendemain des fiançailles, de vous dépêcher Franehemont et Gastqui seront encore mieux instruits de tout; cependant faites vos préparatifs, car il ne faut pas manquer au temps que je vous donne. J'écris à Castelnaut de s'en venir avec vous, et d'être prêt, s'il faut qu'il fasse le voyage de la Cour, car je ne sais encore s'il sera plus à propos qu'il s'en retourne avec vous. A la Motte Saint-Éloy, le 17* décembre.

N. B. La première partie des Correspondances et Documents, qui comprend le règne de Henri IV, n'ayant pu être insérée ici tout entière, la suite en a été reportée au second volume; l'on y retrouvera ce qui est relatif aux années 1G09 et 4610.

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