‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 163 sur 168 · LE BARON DE LA FORCE A M- DE LA FORCE. Û · texte numérisé non relu

LE BARON DE LA FORCE A M- DE LA FORCE. Û

qu'il s'y faut assurer, car il prend l'affaire fort à cœur. Il 16<>8. m'assure de retenir le petit jusques au sixième de l'autre mois ^septembre, pour le moins, bien que le père le sollicite de le faire venir vitement; comme j'ai vu une lettre qu'il a reçue aujourd'hui où il lui mande qu'il lui fait grand tort de le retenir si longtemps, et qu'il lui dresse promptement son équipage et qu'il le fasse venir; cependant il prolongera jusqu'au terme que je vous ai dit et lui enverra un laquais tout exprès afin qu'il ne parte jusqu'à ce qu'il soit de retour. Je partis d'ici le dixseptième et allai coucher à Meaux ; j'arrivai le dix-huitième à Monceaux, une heure avant le lever du Roi. Dès que je lui eus fait la révérence, il me demanda l'état de cette affaire; comme je commençois à lui en parler, il m'interrompit, me demanda si l'Evèque de Lescar étoit mort : je lui dis que non ; enfin il prit l'Ambassadeur du Duc de Wirtemberg et se promena fort longtemps avec lui. Après qu'il l'eut quitté, je lui baillai votre lettre et lui reparlai encore de l'affaire; après que je lui eus dit , il me donna force belles paroles et me remit à Paris où nous sommes. 11 partit le lendemain, alla coucher à Fresnes et le jour après en cette ville. Le môme jour que j'arrivai à Monceaux , après avoir parlé à S. M. , je m'en allai trouver M. de Villeroy à qui je contai l'affaire et le suppliai d'en parler au Roi , ce qu'il fit. Il lui répondit qu'il en vouloit parler à M. le Chancelier. Je n'en parlai point à M. de Loménie à cause que M. François m'avoit dit qu'il étoit fort ami du père du petit; je ne lui donnai point aussi votre lettre. Il a fait au père une dépêche sans m'en rien dire, encore que je l'en avois prié. Etant astheureen cette ville, j'allai trouver M. le Chancelier à une maison qu'il a à deux lieues d'ici, où je lui dis toute mon affaire. Il me promit de faire ce qu'il pourroit. Le Roi lui a parlé en nuit, à ce qu'il m'a dit ; mais que le discours avoit été rompu et remis à une autre fois. J'en ai parlé au Roi, il m'a fait des difficultés et m'a dit que quelqu'un devroit avoir présenté la requête de la part delà fille. Je lui ai répondu qu'aussi le faisois-je. 11 m'a dit que j'étois partie et que nous devions avoir une requête de la part d'un des parents; enfin qu'il étoit d'avis de remettre cela après l'Assemblée de ceux de la Religion , pour attendre, je pense, si le beau-père ne sera point des députés,

1608. ce qui nous nuiroit beaucoup. Je crois que si vous eussiez

22septembre. ^ — ^ cette afirajre ge fftj fajte gans touteg ceg remiseS. Enfin

je m'en suis allé chez M. le Chancelier; je l'ai supplié de parler au Roi et que je perdois mon affaire, si elle étoit retardée; que le petit devoit partir dans quatre ou cinq jours; que son père le faisoit venir en toute diligence. Il m'a promis d'en parler demain au Roi et lui représenter cela. Je serai demain matin à son lever et supplierai encore S. M., si elle nous veut gratifier, que ce soit promptement ou qu'il faut que je cherche un autre remède. INous attendons des nouvelles que M. François doit recevoir demain où sa fille écrira fort particulièrement; elle a déjà parlé un peu des grosses dents au père du petit , ce qui le mit fort en colère. M. d'Espernon est fort affectionné pour nous; il m'envoya hier une lettre qu'il reçut d'un parent de cette fille, celui sur qui il a pouvoir , qui lui mandoit que pour l'affaire de M. de la Force il s'assuroit qu'il étoit content de lui , mais qu'il faisoit beaucoup d'avantage pour lui qu'il ne lui avoit promis et qu'il y pouvoit. Je ne puis vous en dire davantage; selon ce qui se passera , je vous enverrai un homme en poste. Faites-moi l'honneur de me tenir en vos bonnes grâces et croire que je ne manquerai jamais à vos commandements, ni à ce que vous doit votre très-humble et très-obéissant fils. A. de Caumont. A Paris, ce 22 septembre.

LE ROI A M. DE PARABÈRE

Mariage Saveille.

6 octobre. Monsieur de Parabelle , depuis sept ou huit jours, sur les plaintes qui me furent faites de la part de demoiselle Jeanne de la Rochefaton, fille posthume de feu sieur de Saveille, que le sieur de Saint-Germain qui a épousé sa mère, lavouloit de fait et de force , comme même il est apparu par quelques écrits, faire épouser à un sien fils, contre le gré de ses principaux parents et la volonté de ladite demoiselle ; je fis commander un des Maîtres des Requêtes de mon Hôtel pour se transporter au château où est ladite demoiselle, prendre son avis sur le mariage, avec celui de ses parents, et même afin que ladite demoiselle ne fût violentée , la faire séquestrer et

M. DE LA FORCE A Mn" DE LA FORCE. Ull

mettre ès-mains d'un de ses plus proches parents jusques à tm. ce que, vu le procès-verbal qui en seroit fait, j'en eusse au- 6 octobre. trement ordonné. Depuis, ayant su que le fds dudit sieur de Saint-Germain étoit en cette ville, je lui fis commander d'aller trouver M. le Chancelier pour recevoir mes intentions sur ce fait et ne désemparer ; mais tant s'en faut qu'il y ait obéi, qu'au contraire j'ai su qu'il s'en est retourné en diligence, et qu'incontinent après le Baron de la Force l'a suivi; c'est pourquoi désirant prévenir les inconvénients qui pourroient arriver, je vous envoie ce courrier exprès, afin qu'incontinent après l'avoir reçu, vous montiez à cheval pour empêcher avec mon autorité les entreprises et assemblées qui se pourroient faire sur ce sujet, tant de la part dudit Saint- Germain que du Baron de la Force , ensemble toutes voies de fait et port d'armes , vous transportant pour cet effet sur les lieux et y apportant tout ce qui dépendra de vous ; ferez défense en mon nom aussi auxdits sieur et dame de Saint- Germain de passer outre au mariage jusqu'à ce qu'après avoir vu l'avis et délibération des parents, je leur ai fait savoir ma volonté ; et n'oublierez à me donner avis par le retour de ce courrier de ce qui s'en sera ensuivi et de ce que vous aurez fait en l'exécution du contenu de cette-ci, laquelle je finirai, priant Dieu , etc. A Paris , ce 6e octobre. Signé : Henry. Et plus bas : Brulart.

M. DE LA FORCE A MADAME DE LA FORCE

Même sujet.

Je vous avois demandé les obristos ' avant le temps, pour is octobre. vous réjouir, encore ne m'en dédis-je point ; j'espère plus que jamais que toutes choses succéderont bien, avec l'aide de Dieu ; mais elles ont pris plus de longueur que je ne pensois, et sachant bien que vous avez de l'impatience d'apprendre de nos nouvelles, et de savoir comment toutes choses vont, j'ai voulu vous dépêcher ce laquais, et vous dire comme

1 Nous avons vainement cherché dans les vocabulaires de l'époque la signification ù'obristes. Ce mol pourrait venir A'obra, qui en espagnol veut dire ouvrage et œuvre ; obri>te alors, par analogie, signifierait ouvriers, artistes, peutêtre même musiciens, et la Force entendrait par là tous ceux qui travaillent aux préparatifs et à la célébration d'une noce.

i608. je me suis arrêté en ce lieu de Chefboutonne, qui est fort à 18 octobre. pr0p0S p0Ur attendre le cours de cet affaire. M. et madame de Saint-Germain jettent des plaintes et mécontentements incroyables de se voir privés de ce qu'ils avoient espéré, et de ce que mademoiselle de Saveille a demandé d'être mise hors de leurs mains, ayant déclaré ouvertement depuis qu'elle est à Couhé, en présence de tous ses principaux parents, qu'elle étoit résolue de n'entendre jamais au mariage de il. de l'Aubonyère. J'avois prié M. d'Ars devoir M. et madame de Saint-Germain, et me promettois par les mêmes discours qu'il m'avoit faits, qu'il les disposeroit à agréer notre recherche; mais cet affaire les touche si avant, qu'ils se sont offensés de se voir tant pressés. Etant sur ces négociations, est arrivée une dépêche du Roi, de son propre mouvement, par courrier exprès, adressée à M. de Parabelle, qui est Lieutenant dans le pays, sous M. de Sully, dont je vous envoie la copie. Mondit sieur de Parabelle a été vers M. et madame de Saint-Germain, et après ici. Ils ont dépêché un gentilhomme vers le Roi, faisant de grandes plaintes et avec des attestations comme ils n'ont jamais eu volonté ni dessein de contraindre les volontés de la fille, et, à ce que j'ai appris, suppliant S. M. d'agréer que M. de l'Aubonyère continue sa recherche ; M. de Parabelle a cependant retiré parole d'eux, que mademoiselle de Saveille ne bougeroit des mains de M. et de madame de Aérac. Je n'ai été négligent aussi à dépêcher vers le Roi; j'y ai envoyé Franchemont ; je m'assure que S. M. ordonnera que nos amoureux se produisent et fassent à qui mieux mieux, et espère qu'on ne nous y fera point la loi. J'attendrai ici ses commandements; la réponse demeurera à venir six ou sept jours. Le Maître des Requêtes qui avoit la commission du Roi fut arrêté par notre fils, jusqu'à ce qu'il ait vu l'état des affaires. Je ne sais si, à présent, S. M. voudra qu'il vienne; je le remets à sa volonté, et crois bien qu'il viendra, car elle voudra que ces affaires se conduisent par son autorité et avec ordre pour empêcher qu'il n'y survienne des brouilleries. Je n'ai rien oublié de ce qu'il falloit pour ma dépêche, et ai écrit à M. le Chancelier et à M. de Sully, qui avoit fait l'honneur à notre fils de lui écrire, par le courrier du Roi, une fort bonne lettre. Soyez

18 octobre.

HENRI IV A M. DE PARABÈRE. Zi79

en repos qu'avec l'aide Dieu, tout se conduira bien. Tout ce 1608que j'apprends de mademoiselle de Saveille est toujours à notre avantage ; je me doute que cet affaire me retiendra bien encore quinze jours. Je serai soigneux de vous avertir de tout ce qui surviendra. A Chefboutonne, ce 18 octobre.

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