‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 23 sur 168 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

SOMMAIRE

Avis de l'auteur de ces Mémoires. — Son extraction. — Le sieur de la Force, son père, le mène au mariage du roi de Navarre et de Marguerite de Valois. — Massacre de la Saint-Barthélémy. — Un maquignon avertit M. de la Force de se sauver. — Comme il s'y prépare, des soldats l'arrêtent et veulent égorger le père et les enfants. — L'espoir d'une rançon retient leurs bras. — Retirés en lieu de sûreté, ils en sont arrachés contre k foi donnée. — Le sieur de la Force et son fils aîné tombent sous les coups des assassins. — Le jeune Caumont la Force échappé seul miraculeusement aux poignards; —recueilli par un marqueur de jeu de paume ; — il demande à être mené au Louvre , puis à l'Arsenal ; conduit chez madame de Brisambourg, il fait donner trente écus à son libérateur. — Catherine de Médicis envoie visiter l'Arsenal. — Colère du maréchal de Biron ; on cache la Force dans la chambre des Hlles, sous des vertugadins; dangers qu'il court. — Il sort de Paris déguisé. — Sa haquenée culbute une procession. — Il soupe avec un des massacreurs, revêtu de la robe de chambre de son frère. — Nouveaux périls du voyage. — Il arrive en Guyenne chez le sieur de Caumont, son oncle. — Admonestation à la Yertu et pieuses semonces dudit oncle au sien neveu.

Monsieur, pour satisfaire à ce que vous avez désiré de moi, j'ai travaillé au soin de tirer la vérité îles choses les plus considérables qui se sont passées

Il MÉMOIRES DU DUC DE LA FORCE.

en la vie du maréchal duc de la Force, et que j'ai estimées dignes d'être sues, les ayant apprises de ceux qui en ont été oculaires témoins. Je ne doute pas que dans ce récit je ne puisse avoir omis beaucoup; mais au moins n'y a-t-il rien qui ne contienne vérité, ainsi que je l'ai vérifié par l'exacte recherche que j'en ai faite. Votre ouvrage perdroit de sa beauté, si en l'histoire que vous entreprenez des plus illustres du royaume, il étoit terni de faussetés. Je crois bien que vous trouverez ici beaucoup de choses superflues, pour ce qui est de votre dessein; mais j'aime mieux laisser à vous d'en retenir ce qui vous plaira et de retrancher le reste1.

t 11 peut sembler curieux de rapprocher de ce préambule officiel . qui du reste est dans l'esprit du temps, la lettre que le maréchal de la Force écrivait à son fils le marquis de Castclnaut, en lui envoyant ses Mémoires:

« Mon fils, me trouvant en ce lieu (le château de la Force) sans » beaucoup d'occupation, et me ressouvenant de la presse que m'a- » vez tant de fois donnée de faire quelque recueil des choses les plus » remarquables qui me sont advenues; voulant essayer s'il me res- » souviendroit de quelque chose, j'ai mis la main à la plume, et sans » y penser, me suis engagé en ce brouillard que vous verrez ici, que » j'ai tracé si couramment par pièces rapportées et même par de » méchants morceaux de papiers avec force ratures. Je n'ai voulu » toucher les choses particulières qui me regardent, et connois bien » aussi que j'ai omis beaucoup de particularités. Je vous conjure » qu'il ne soit vu de personne, on pourroit m'y attribuer des vani- » tés de quoi je ne me repais point; je fais parler une tierce per- » sonne, ce qui m'a semblé être plus à propos. Je l'ai écrit si à la » hâte que je n'ai pas seulement distingué les matières. »

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