LIVRE I, CHAPITRE I
Je commencerai par son extraction, sans m'y étendre beaucoup. Le père étoit de la maison de Caumont i dont le nom est assez connu par les histoires, et la mère2, de celle des Beaupoil, desquels la probité, piété et sainteté de vie étoient sans exemple ; il a bien suivi leurs traces, pouvant la France rendre ce témoignage de lui, que sa vie étoit irréprochable; aussi a-t-elle été pleine des marques de la bénédiction du ciel; il étoit resté seul de
1 L'origine des sires de Caumont se perd dans la nuit des temps; on ignore si ce sont eux qui ont donné leur nom à la ville de Caumont, ou qui le lui ont .emprunté ; le fait est que dès le dixième siècle on les trouve seigneurs de cette ville, avec une grande puissance féodale ; il existe des titres d'hommages rendus par eux à nos rois, depuis huit cents ans, pour douze ou treize villes de la basse Guyenne et du Périgord. Au nom de Caumont, ils ont ajouté celui de Nompar, qu'un de leurs ancêtres conquit sous Charles V, par sa valeur nonpareille ; ils se sont alliés aux rois de Navarre, aux ducs de Bretagne et aux d'Orléans-Longueville ; leurs armes sont celles d'Angleterre ; ils les ont gagnées avec leur épée , sous les ducs de Guyenne. Antoine Nompar de Caumont, marquis de Puyguilhem, duc de Lauzun, qui épousa la grande Mademoiselle, était issu d'une branche de cette illustre maison.
2 Philippe de Beaupoil, dame de la Force en Périgord; veuve de François de Vivonne, seigneur de la Châtaigneraie , tué en champ clos, par Jarnac, en 1547; elle se remaria à François de Caumont, seigneur de Castelnaut : le plus jeune de leurs enfants, Jacques Nompar de Caumont, maréchal et duc de la Force, auteur de ces Mémoires, naquit le 30 décembre 1558. La noble famille des Beaupoil s'est perpétuée jusqu'à nos jours, dans deux de ses branches, représentées par M. le comte de Saint-Aulaire, pair de France et ambassadeur à Londres, et par M. le comte de Beaupoil, maire de ftlaye.
sa race. Dieu Ta béni en son mariage, béni en sa postérité, l'ayant joint avec une femme tonte de Dieu, remplie de l'amour et. de la crainte de son saint nom, issue de la maison de Biron, dont le père et le duc son frère ont rendu à la France de m signalés services. Elle lui a porté dix enfants mâles; ils en ont vu les huit, hommes faits, et plusieurs enfants de leurs enfant*, avec ce contentement d'avoir élevé cette belle et heureuse famille, toute pleine de vertu et de religion, si dignement, qu'il y a eu peu de maisons en France qui vivent avec plus d'honneur et de bonne réputation.
1572. ^ enons aux choses remarquables de son bas âge.
François de Caumont, sieur de la Force, son père, étant allé à la Cour pour le mariage de Henri de Bourbon avec Marguerite de Valois, l'emmena avec lui ainsi que son frère, qui étoit son aine d'un an. Tout le monde sait que ce fut sous le prétexte du mariage du Roi de Navarre que la maison de Guise attira à Paris les gens de la Religion, pour exécuter contre eux le détestable massacre de la Saint-Barthélémy ; mais, sans nous arrêter à la manière dont cet le horrible boucherie fut conduite, nous dirons seulement ce qui regarda le jeune la Force : sa délivrance provenant toute de la Providence de Dieu, mérite qu'on en déduise les parii-