‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 25 sur 168 · LITRE % CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LITRE % CHAPITRE I

cularités1 pour en donner gloire à son saint 1572

nom.

Un chacun sait comme advint la blessure de feu monsieur l'amiral de Coligny, et pewde jours après, comme on le fut assassiner la nuit dans son logis, et jeter par la fenêtre de sa chambre dans la bassecour. Il y avoit près de là un macpiignon de chevaux, de la Religion, qui avoit fait acheter à monsieur de la Force, le père, neuf ou dix chevaux, lequel prévoyant le mal qui s'en pouvoit ensuivre à tous ceux de la Religion, part soudainement pour avertir ledit sieur de la Force de ce qu'il avoit vu, et se rend au-devant du Louvre pour passer l'eau, droit à la rue de Seine2, où il étoit logé. Mais il trouva

» Nous n'avons retrouvé aucune trace du passage suivant que Voltaire, en citant les Mémoires du maréchal de la Force, dans une note du deuxième chant de la Henriade, a donné comme extrait de ces Mémoires; nous en concluons que Voltaire l'avait ou emprunté ailleurs, ou peut-être inventé :

« Deux jours avant la Saint-Barthélémy, le roi avait ordonné au parlement de relâcher un officier qui était prisonnier à la conciergerie; le parlement n'en ayant rien fait, le roi avait envoyé quelquesuns de ses gardes enfoncer les portes de la prison, et tirer de force le prisonnier. Le lendemain, le parlement vint faire ses remontrances au roi; tous ces messieurs avaient mis leurs bras en écharpe , pour faire voir à Charles IX qu'il avait estropié la justice. Tout cela avait fait beaucoup de bruit; et, au commencement du massacre, on persuada d'abord aux huguenots que le tumulte qu'ils entendaient venait d'une sédition excitée dans le peuple à l'occasion de l'affaire du parlement. » {Ilenriadc, note du deuxième chant.) 2 11 n'y avait pas alors de pont qui réunît le faubourg Saint-Ger-

1572. tous les bateaux retenus !, ce qui l'obligea de descendre jusque auprès des Tuileries, où, pour l'ordinaire, il y en avoit toujours ; mais il ne put non plus s'en procurer, de sorte que porté d'affection, il se dépouille , et mettant ses habits sur sa tète, passe à la nage de l'autre côté de l'eau, s'en va droit au logis de monsieur de la Force, et l'avertit de ce qu'il avoit vu.

Ledit sieur de la Force se lève et va trouver d'abord le sieur de Caumont2, son frère aine, pour lui faire savoir ce grand accident. Ils en donnent aussitôt avis à tous les principaux de la noblesse de la Religion, qui étoient logés au faubourg Saint- Germain, afin de s'assembler et d'aviser aux remèdes qu'ils avoient tous à prendre pour se garantir du mal qu'ils prévoyoient leur pouvoir

arriver.

Étant tous ensemble, ils résolurent, par l'avis

dudit sieur de Caumont (qui croyoit toujours cet

Page 1