‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 27 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

tous en corps se ranger auprès de la personne de sa Majesté.

Et pour cet effet, ils s'acheminèrent tous ensemble droit à la rivière par la rue de Seine; mais cherchant le moyen de passer au Louvre, ils virent que tous les bateaux avoient été emmenés du côté opposé ; ce qui donna lieu à toute l'assemblée de faire mauvais jugement de leurs affaires, et de penser qu'il étoit temps de pourvoir à leur sûreté.

La résolution fut prise de retourner tous à leurs logis, de se préparer promptement, de monter à cheval, et de se rendre au Pré aux Clercs, en état, si on les vouloit attaquer, de bien défendre leur vie, et, s'ils en avoient le temps, de gagner la campagne pour se retirer chez eux dans les provinces.

Or tout ceci se passoit le dimanche au matin, le vingt-quatrième jour d'août quinze cent soixantedouze. Le sieur de la Force revint comme les autres à son logis, et ordonna qu'on habillât ses enfants en toute diligence.

Voilà que sur le point du jour, on donne avis à ceux de la Religion, que les bateaux étoient remplis de soldats qui, soudain qu'ils abordoient, couloient le long de la rue de Seine.

Les plus diligents, à cette nouvelle, exécutèrent le dessein qui avoit été pris de s'assembler au Pré aux

1572. Clercs, d'où ils prirent leur retraite, et monsieur de Caumont, passant devant le logis de son frère, le presse de partir, s'il ne veut être enveloppé dans le massacre. Il alloit prendre ce parti, car déjà il étoit à cheval avec son fils cadet; mais l'ainé ne se trouvoit point encore prêt, étant trés-foible d'une grande maladie qu'il avoit eue et dont il n'étoitpas encore bien sorti. Le sieur de la Force ne voulant point abandonner son fils, retourna dans le logis, et y ayant fermé la porte, se retira dans sa chambre avec ses enfants.

Soudain la porte fut saisie par plusieurs soldats qui crioient puissamment : Ouvre, ouvre, avec beaucoup de blasphèmes. Il ordonna à une servante de la maison de l'ouvrir, et se résolut d'attendre patiemment ce qu'il plairoit à Dieu lui envoyer. La basse-cour se remplit aussitôt de soldats conduits par un capitaine nommé Martin, lesquels montent à la chambre, l'épée à la main, et se mettent à crier : Tue, tue.

La présence du sieur de la Force, qui étoit en prière avec ses deux enfants, ralentit un peu leur première fougue; mais ledit capitaine ayant fait saisir leurs épées, les fit arranger en un coin de la chambre, lui disant: Prie Dieu, si lu veux, ear il le faut mourir !

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