‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 40 sur 168 · LIVRE fi, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE fi, CHAPITRE I

mandement exprès de Monseigneur le Maréchal de Bi- 1572. ron de faire venir sa compagnie de gendarmes ; car le Roi veut mettre une grande armée sur pied pour détruire entièrement ce qui reste des huguenots. Voilà l'ordre et le passe-port de Sa Majesté î

Ce discours achevé, ils continuèrent leur route. Les autres furent bien étonnés, et feignant d'aller à une autre hôtellerie, ils retournèrent sur leurs mêmes pas; ce qui confirma le sieur de Fraisses dons ses soupçons qu'ils n'étoient venus que pour leur mal faire; et étant devenu plus circonspect dans ses discours, il conduisit heureusement le jeune la Force en Guyenne, et ils arrivèrent tous deux, le huitième jour de leur départ de Paris, au château deCastelnaut1 des Mirandes, où s'étoit relire' le sieur de Caumont, qui reçut ce sien neveu avec une si grande joie et contentement qu'il n'est

1 C'était une baronie du Périgord, depuis longtemps dans la maison de Caumont; le château en était très-fort. En 1586 (25 avril), Henri III écrit au capitaine Peschault, qui le tenait alors sous l'obéissance du sieur de la Vauguyon, que la possession en est de telle importance au bien de son service, que, sur les nouveaux remuements qui sont en son Royaume, il le prie de veiller plus que jamais à $a garde. Il paraît que le sieur de la Force l'avait recouvré, car Henri IV lui mande du camp de Vendôme, le 18 novembre 1589: « Étant averti des entreprises des Ligueurs et rebelles sur les villes, plues, châteaux et forteresses de voire gouvernement, même sur le château de Castelnaut des Mirandes, grandement important à mon ice, pour être proche et environné de plusieurs villes et forts dé-

1572. pas croyable, l'ayant cru mort jusque-là, et voyant que Dieu l'a voit préservé d'un si grand danger.

En effet, bien qu'il eût un fils ' unique, il témoignoit à ce sien neveu une si tendre amitié, qu'il disoit librement qu'il avoit plus d'espérance en lui qu'en son propre fils, et lui faisoit souvent réciter tout ce qui s'étoit passé, comment son père avoit été tué, et lui par quel moyen il s'étoit sauvé ; prenant de là occasion de lui faire admirer cette providence divine qui l'avoit si heureusement délivré d'un si grand péril. Il prit grand soin de sa conduite et de l'administration de ses biens en se chargeant de sa tutelle.

Je ne dois omettre ici le soin qu'il prenoit de l'appeler de temps en temps en son cabinet pour, par ses bonnes instructions, l'affermir toujours en la crainte de Dieu, à qui il dcvoit incessamment rendre grâces de cette singulière assistance, et en toutes ses actions suivre le chemin de la vertu et fuir le vice. Après il le faisoit mettre à genoux, et

tenus par lesdits ennemis, je vous ai voulu faire la présente, à ce que vous ayez à pourvoir à la garde, sûreté et défense dudit château, et y mettre telles garnisons de gens de guerre, vivres et munitions, qu'il n'en puisse advenir aucune surprise, etc.» ( Archives de la Force. ) 1 Dans un autre mémoire on lit : Mais il éloit si mal sain qu'il voyoit bien qu'il ne pouvoit vivre longtemps; ainsi il considéroit le sieur de la Force comme son héritier. —En effet, ce fils, qui so nommait Jean de Caumont, mourut le 9 juillet 1579.

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