‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 39 sur 168 · LIVRE Ij CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE Ij CHAPITRE I

chercher le portier, cela leur donna le loisir de gagner pays. Cependant ils furent poursuivis par cette cavalerie, qui, les ayant approchés, firent semblant de vouloir les enfoncer; mais voyant la bonne contenance que faisoit monsieur de Caumont et tous ceux qui s'étoient joints à lui, ils n'osèrent l'attaquer, et s'étant retirés, lui laissèrent continuer son chemin.

Voilà ce que le jeune la Force apprit par cet homme, touchant le sort de son oncle , et le lendemain il fit grande diligence pour gagner le devant et se délivrer de si méchante compagnie.

Il arriva une autre mauvaise rencontre ; au bout

de deux jours , étant à l'hôtellerie , le soir , comme

les discours ordinaires pour tous étoient ce grand

massacre qui avoit été fait par toute la France , il

y avoit là trois ou quatre étrangers, avec lesquels

s' échauffant en paroles sur ce sujet , il échappa au

sieur de Fraisses, qui se croyoit en sûreté, de dire

que c'étoit un méchant acte et une grande perfidie

et cruauté; à quoi ceux-ci répliquèrent hardiment

que c'étoit une bonne action ; de sorte que le sieur

de Fraisses reconnut avoir tort, et que ces gens

avoient remarqué son dire et témoigné par leurs

gestes et leurs paroles qu'ils avoient grand soupçon

d'eux, et qu'ils ne fussent huguenots échappés du

'6h MÉMOIRES DU DUC DE LA FORCE.

massacre de Paris. Il ne leur répondit rien, et résolut de partir le lendemain de grand matin de cette hôtellerie, ce qu'il lit effectivement ; mais il trouva déjà les autres aux faubourgs, montés sur de bons chevaux , tous armés de bons pistolets , qui faisoient semblant de s'amusera la porte d'un cabaret; mais c'étoit pour les voir passer; de sorte que lui et son compagnon n'eurent pas fait un quart de lieue, qu'ils virent venir ces drôles après eux; ce qui leur donna l'alarme à bon escient, ne pouvant douter qu'ils ne les suivissent exprès pour leur faire du déplaisir , sur l'opinion qu'ils avoient conçue qu'ils étoient huguenots. Mais Dieu permit qu'heureusement et au même temps ils rencontrèrent en leur chemin un peut vallon , qui les mettant à couvert et hors de la vue de leurs ennemis, ils se mirent au galop pour tâcher de se garantir de leur mauvais dessein , et arrivant dans un grand bourg , avant que les autres les eussent pu joindre, ils s'arrêtèrent donc là, faisant semblant de vouloir boire. Les autres en firent de même et les aceostèrent; mais le sieur de Fraisses, qui avoit reconnu leur mauvaise intention, s'avisa de leur faire changer l'opinion qu'ils avoient eue qu'ils fussent huguenots.

— Ah! vous voilà, Messieurs, leur dit-il : nous marchons en diligence, comme vous voyez. J'ai com-

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