‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 50 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IL

la Reine se rendit, accompagnée des Ducs de Ne- me. mours et de Retz et de plusieurs Seigneurs et Dames de considération. Le Roi de Navarre y arriva de 16 octobre. son côté avec monsieur le Prince de Condé et les principaux Seigneurs de son parti, entre lesquels étoit le sieur de la Force. Après plusieurs discours inutiles qui venoient tous au changement de Religion, au lieu d'avoir une bonne paix, on ne conclut qu'une trêve de quelques jours \ et chacun se retira chez soi.

Le Roi de Navarre, qui vit bien que la guerre alloit recommencer de plus belle, envoya le sieur de la Force en Guyenne, avec ordre de rassembler sa compagnie de chevau-légers et de venir le retrouver incessamment.

Voilà donc qu'au commencement de l'année les cartes sont plus brouillées que jamais ; le printemps venu, Henri III envoya une formidable armée commandée par le Duc de Joyeuse, son favori, qui même avoit épousé la sœur- de la Reine. Ce jeune Seigneur, plein de vanité, marche en diligence vers le Poitou; mais tous ses exploits se réduisirent à assiéger le régiment de Charbonnières dans la

1 Elle fut prolongée ensuite jusqu'en mars 1587.

2 Marguerite de Vaudémont-Lorraine, sœur de Louise de Vaudémont, femme de Henri III.

158, Mothe Saint-Éloy, lequel ayant pris, il fit passer au fil de l'épée ; il surprit aussi quelques compagnies à Croy-Chapeau ' et à Surgières, qui n'eurent pas un meilleur traitement; mais ces cruautés lui coûtèrent cher. La peste se mit en ce temps-là dans son armée; elle y fit un grand ravage; et ce fameux

15 août. Général, content de ses succès, prit la poste pour retourner à la Cour, et laissa l'armée du Roi au sieur de Lavardin2, qui se retiroit vers le Bas- Poitou.

Sur ces entrefaites arrive auprès du Roi de Navarre le sieur de la Force avec sa compagnie de cent maîtres bien armés et équipés. Quoique ce Prince n'eût d'autre cavalerie que cette compagnie, cent vingt arquebusiers à cheval, sa compagnie de chevau-légers , commandée par le sieur d'Arambures3, et sa cornette blanche, voilà que soudain

1 La compagnie de gens de chevaux du sieur des Peuilles, brave gentilhomme protestant, y était logée; la résistance fut belle; mais forcés de se rendre, on ne leur fit aucun quartier. {De Thou.)

2 Jean de Beaumanoir, sieur de Lavardin ; il était Mestre de camp général de l'armée de Joyeuse; quelques auteurs rapportent qu'il avait des ordres secrets de ménager le Roi de Navarre.

3 Charles de Rambures, dit le brave Rambures; c'était une noble et vaillante race de Picardie, qui s'est éteinte sur les champs de bataille, à coups de mousquet. Celui-ci mourut, à la vérité, dans son lit, en 1633, ayant été obligé de se faire couper le bras pour deux vieilles blessures dont il avait reçu l'une à la bataille d'Ivry, et l'autre au siège d'Amiens.

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