LIVRE I, CHAPITRE II
Guyenne, commandée par Matignon l, qui, au mois isse. de février, assiège Castets ; mais ce Prince, à la tête de deux ou trois cents maîtres commandés par le sieur de la Force et de dix-huit cents arquebusiers, en fait lever 2 le siège, et dine dans le château pour Mars. marque de sa victoire. Ensuite, toujours accompagné dudit sieur de la Force , il fait un voyage en Béarn pour donner ordre aux affaires. De retour à Nérac, il apprend que la deuxième armée, qui étoit celle de monsieur le Duc du Mayne, jointe à celle du sieur Matignon, cherchoit à lui boucher le passage du Poitou, où il vouloit aller se joindre au Prince de Condé. Il part de Nérac malgré ces obstacles, et prenant le sieur de la Force avec vingt gentilshommes de sa suite et dix de ses gardes, il vient dîner et reposer à Caumont, puis, le soir, passe sur la contrescarpe deMarmande, et arrive avant le jour à un château du sieur de la Force, d'où il se rend à Sainte-Foi ; il y demeure trois semaines, et ensuite avec ledit sieur de la Force se dirige vers le Poitou. Cependant le Maréchal de Biron marche avec
i Jacques de Goyon, Seigneur de Matignon, Comte de Thorigny, Maréchal de France ; quoique zélé Catholique, il servit fidèlement Henri IV depuis son avènement; il mourut d'apoplexie en 1597.
2 Matignon reprit plus tard le siège de Castets , dont il se rendit maître, dit de Thou, par un arrangement [conclu entre le Duc de Mayenne et Jean de Favas, Vicomte de Castets.
1586. une troisième armée sur le Poitou, où ayant pris 10 juillet. Lusignan, il s'avance et investit Marans l, la seule ville qui tenoit encore pour les Reformés dans toute la province; ce qui fait que le Pvoi de Navarre, connoissant l'importance de cette place, jeta dedans le sieur de la Force, auquel il baille tous ceux de sa cornette blanche et ses plus particuliers domestiques. Il s'y porta si généreusement et avec tant de bonne conduite, quoique gendre du Maréchal de Biron, qu'ayant soutenu plusieurs efforts l'espace de cinq semaines, ledit Maréchal, qui étoit le plus grand capitaine de son temps, fut obligé de lever le siège; et ensuite le Roi de Navarre ayant besoin ailleurs du sieur de la Force, mit dedans le sieur de Frontenac, qui, quoique catholique, avoit toujours été attaché à sa Maison.
Le Roi Henri III, voyant le peu d'effet qu'avoient fait ses armées, se résolut sérieusement à la paix, et envoya pour cela la Reine sa mère vers le Roi de Navarre. Après plusieurs difficultés de part et d'autre, la conférence fut arrêtée à Saint-Bris 2, où
1 Cette petite ville, sur la Sevré, est tout environnée de marais, aussi la plupart des historiens la nomment-ils l'île de Marans. Biron en allant la reconnaître fut atteint d'un coup de feu qui lui emporta uh doigt de la main gauche et le bout du pouce.
2 Château situé en Saintonge, près de la Charente, entre Jarnac et Cognac.